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    De Maclean's à Bastarache

    30 septembre 2010 |Norman Spector | Canada
    Puisque j'ai grandi à Montréal, je ne peux pas dire que j'ai été totalement surpris de lire à la une du Maclean's que la corruption existe au Québec. Cela étant dit, je voudrais bien jeter un œil sur les recherches que les journalistes de la revue Maclean's ont effectuées avant de conclure que la Belle Province est la plus corrompue du Canada — si ces recherches existent.

    Prenons la Colombie-Britannique, par exemple, si vous me permettez de dire un mot de la province où je vis maintenant. Il s'agit de la première juridiction du Commonwealth à avoir expédié un ministre en prison — c'était dans les années 50 et Robert Sommers, ministre de l'Agriculture, des Forêts et des Mines, fut reconnu coupable de corruption, ce pour quoi il servit une peine de 29 mois. Plus récemment, deux premiers ministres de la Colombie-Britannique ont dû quitter leurs fonctions en raison de conflits d'intérêts. L'un d'eux mène une lutte contre la taxe de vente harmonisée (TVH) et les médias passent outre ce scandale pour décrire plutôt sa carrière passée comme ayant été «colorée».

    Toutefois, même si d'autres provinces mériteraient assurément d'être en lice pour le titre de championne de la corruption au Canada — ai-je mentionné que j'ai aussi travaillé en Nouvelle-Écosse? —, il est difficile d'imaginer qu'une couverture de Maclean's provoquerait la même indignation si on y plaçait Anne of Green Gables plutôt que Bonhomme Carnaval...

    La dernière controverse du genre avait mis en scène la journaliste du Globe and Mail Jan Wong et son analyse farfelue de la fusillade survenue au collège Dawson. À l'époque, le premier ministre Jean Charest avait écrit au Globe and Mail, et plus mystérieusement au Devoir, pour exiger que Mme Wong ait «la décence de s'excuser auprès de tous les Québécois».

    Deux jours plus tard, nul autre que le premier ministre du Canada, Stephen Harper, a écrit aux mêmes quotidiens. Puis, les députés à Ottawa ont adopté à l'unanimité une résolution exigeant que «des excuses soient accordées à la population du Québec pour les commentaires insultants». Et lorsque le Globe and Mail a rejeté cette demande, le chef du Bloc québécois a déclaré que le quotidien devait s'excuser parce que les députés l'avaient demandé à l'unanimité — de la part de Gilles Duceppe, cela témoignait d'une bien imparfaite maîtrise des relations entre le Parlement et la presse.

    Cette fois, la bonne nouvelle est que ce sont les journalistes — du côté francophone au moins — qui débattent de l'analyse de Maclean's. Quant à eux, les politiciens semblent avoir d'autres préoccupations.

    Ainsi, le jour où Maclean's a été publié, le premier ministre Jean Charest témoignait devant la commission Bastarache. Gilles Duceppe a réagi la semaine dernière au fameux reportage en s'interrogeant sur la «xénophobie» du Canada anglais, et M. Charest vient tout juste de demander des excuses à Maclean's. Cette fois-ci, les députés du Bloc à Ottawa sont restés relativement silencieux, afin de ne pas aider M. Charest à se sortir du pétrin.

    En regardant son témoignage devant la commission Bastarache, j'ai été frappé de voir à quel point le jeune député un peu nerveux que j'ai connu il y a vingt ans — mais que je n'ai pas vu depuis autrement que lors de ses brèves apparitions à la télé — était devenu un clone de Brian Mulroney. La même élocution. La chemise blanche et la même tenue chic et de bon goût. Des pointes d'humour semblables en guise de riposte à des critiques. Le calme devant des sondages désastreux. Mais surtout, le même type d'explications incroyables que celles livrées par M. Mulroney devant la commission Oliphant, alors qu'on scrutait ses relations avec Karlheinz Schreiber.

    Ainsi, selon M. Charest, il n'y a eu aucune partialité dans les nominations à la magistrature du Québec. Il n'y avait rien d'inapproprié dans le fait que les collecteurs de fonds soient passés à son bureau dans le but d'identifier des candidats destinés à des fonctions publiques. Rien d'inapproprié non plus dans le fait que la responsable des nominations, ancienne candidate libérale, avait accès à la courte liste des candidats destinés à des fonctions juridiques, et qu'elle prenait note de leur allégeance politique. Pas plus que dans le fait que le premier ministre donne son opinion sur les candidats avant même que le ministre de la Justice fasse sa propre recommandation au cabinet.

    Le premier ministre l'a assuré: le tout a été fait dans le but de promouvoir des candidatures féminines et multiculturelles. De plus, comme M. Charest l'a répété à plusieurs reprises, dès le début de son premier mandat, son gouvernement a reconduit 65 % des nominations qui venaient à terme. Voilà précisément le type d'explications que Brian Mulroney aurait données dans des circonstances similaires.

    ***

    Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
     
     
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