Michael Ignatieff sauvé des eaux?
À la même date l'an dernier, la plupart des députés fédéraux étaient rentrés au Parlement avec le sentiment qu'à l'initiative des libéraux, ils allaient rapidement en ressortir pour en découdre dans des élections générales. Par la suite, le premier ministre et le chef néodémocrate avaient fini par s'entendre pour court-circuiter les projets électoraux du PLC. En rétrospective, Stephen Harper et Jack Layton ont sauvé la carrière politique de Michael Ignatieff d'une fin prématurée.
Si des élections avaient eu lieu l'automne dernier, le PLC se dirigeait tout droit vers un naufrage. À l'époque, tout sonnait faux dans le discours de Michael Ignatieff, du ton de matamore de son ultimatum électoral aux phrases creuses de l'argumentaire mal ficelé qui devait le justifier. Le chef libéral n'avait pas sitôt annoncé son intention de faire tomber le gouvernement que la grogne s'installait dans les rangs de son caucus.
Si Michael Ignatieff avait eu l'occasion de mettre sa menace de faire tomber le gouvernement à exécution, le PLC aurait été chanceux de s'accrocher à ses 76 sièges. Plus probablement, d'un scrutin tenu dans un tel climat d'improvisation libérale auraient résulté une majorité conservatrice et un NPD plus présent à la Chambre des communes. Un an plus tard, Stephen Harper et Jack Layton ont des raisons de se mordre les doigts.
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Au cours de l'été, le PLC a renversé la tendance dans les intentions de vote. Alors que le Parlement reprend ses travaux pour l'automne, plusieurs sondages placent libéraux et conservateurs à égalité dans la faveur populaire, et certains donnent aux troupes de Michael Ignatieff un net avantage en Ontario.
L'écart entre libéraux et néodémocrates s'est également élargi. À deux pour un par rapport au NPD dans les intentions de vote, le PLC peut raisonnablement prétendre être la seule solution de rechange au gouvernement conservateur.
Ce changement de situation ne tient pas autant aux beaux yeux de Michael Ignatieff qu'aux faux pas de ses adversaires. Qu'il s'agisse du recensement, de l'achat à grand prix de nouveaux avions militaires ou du financement d'un nouveau Colisée à Québec, les conservateurs ont provoqué cet été des batailles dans l'opinion publique qu'ils ont peu ou pas de chances de remporter. En même temps, l'ambivalence de Jack Layton sur le registre des armes à feu ne sert pas sa formation.
À la faveur de la tournée estivale libérale, bien des journalistes ont également redécouvert des qualités au chef du PLC. Les entrevues des dernières semaines ont mis en évidence un Michael Ignatieff plus à l'aise dans sa peau d'aspirant premier ministre. Il a beaucoup (mais pas complètement encore) délaissé la première personne du singulier pour parler des ambitions de son parti. Les sondages ne montrent pas que les libéraux gagneraient des élections demain matin, mais la non-performance de leur chef n'est plus évoquée comme un argument qui militerait contre leur succès.
Michael Ignatieff n'est pas le premier chef fédéral à être sauvé de l'autodestruction par ses adversaires. Au printemps de 2005, Paul Martin avait fait échec aux efforts de Stephen Harper qui tentait de faire tomber son gouvernement minoritaire en raison du scandale des commandites en convainquant Belinda Stronach de changer de parti juste à temps pour un vote budgétaire.
Aujourd'hui, les stratèges conservateurs s'accordent pour dire que s'il y avait eu des élections au printemps de 2005, plutôt que six mois plus tard, M. Harper ne serait sans doute pas devenu premier ministre, faute de préparation suffisante.
Frustré dans ses ambitions électoralistes, le chef conservateur avait passé l'été de 2005 à se recentrer. Six mois plus tard, les sceptiques qui avaient enterré d'avance le chef conservateur étaient confondus, et la famille Harper emménageait au 24, Sussex.
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En principe, aucune menace électorale explicite ne pèse sur la rentrée parlementaire d'aujourd'hui. Les stratèges des quatre partis jurent tous, la main sur le coeur, qu'ils ont plutôt les yeux rivés sur l'échéance budgétaire du printemps prochain. Parmi les chefs fédéraux, seule Elizabeth May évoque avec insistance l'hypothèse d'un scrutin avant la fin de l'année. Il y a malgré tout une part de logique dans le raisonnement de la chef du Parti vert.
Si Michael Ignatieff veut rester sur sa lancée estivale, il n'a pas intérêt à jouer encore longtemps le rôle de béquille des conservateurs aux Communes. Et sachant qu'ils sont peu susceptibles d'appuyer le prochain budget, les trois partis d'opposition n'ont pas nécessairement intérêt à donner à Stephen Harper l'occasion de multiplier les gestes électoralistes jusqu'au printemps.
Dans les faits, l'énoncé budgétaire que doit présenter le ministre des Finances, Jim Flaherty, plus tard cet automne sera vraisemblablement le moment charnière de la prochaine tranche des travaux à Ottawa, et la qualité du climat parlementaire dans un Parlement minoritaire vieillissant pourrait jouer un rôle déterminant dans la suite des choses.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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chebert@thestar.ca
Si des élections avaient eu lieu l'automne dernier, le PLC se dirigeait tout droit vers un naufrage. À l'époque, tout sonnait faux dans le discours de Michael Ignatieff, du ton de matamore de son ultimatum électoral aux phrases creuses de l'argumentaire mal ficelé qui devait le justifier. Le chef libéral n'avait pas sitôt annoncé son intention de faire tomber le gouvernement que la grogne s'installait dans les rangs de son caucus.
Si Michael Ignatieff avait eu l'occasion de mettre sa menace de faire tomber le gouvernement à exécution, le PLC aurait été chanceux de s'accrocher à ses 76 sièges. Plus probablement, d'un scrutin tenu dans un tel climat d'improvisation libérale auraient résulté une majorité conservatrice et un NPD plus présent à la Chambre des communes. Un an plus tard, Stephen Harper et Jack Layton ont des raisons de se mordre les doigts.
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Au cours de l'été, le PLC a renversé la tendance dans les intentions de vote. Alors que le Parlement reprend ses travaux pour l'automne, plusieurs sondages placent libéraux et conservateurs à égalité dans la faveur populaire, et certains donnent aux troupes de Michael Ignatieff un net avantage en Ontario.
L'écart entre libéraux et néodémocrates s'est également élargi. À deux pour un par rapport au NPD dans les intentions de vote, le PLC peut raisonnablement prétendre être la seule solution de rechange au gouvernement conservateur.
Ce changement de situation ne tient pas autant aux beaux yeux de Michael Ignatieff qu'aux faux pas de ses adversaires. Qu'il s'agisse du recensement, de l'achat à grand prix de nouveaux avions militaires ou du financement d'un nouveau Colisée à Québec, les conservateurs ont provoqué cet été des batailles dans l'opinion publique qu'ils ont peu ou pas de chances de remporter. En même temps, l'ambivalence de Jack Layton sur le registre des armes à feu ne sert pas sa formation.
À la faveur de la tournée estivale libérale, bien des journalistes ont également redécouvert des qualités au chef du PLC. Les entrevues des dernières semaines ont mis en évidence un Michael Ignatieff plus à l'aise dans sa peau d'aspirant premier ministre. Il a beaucoup (mais pas complètement encore) délaissé la première personne du singulier pour parler des ambitions de son parti. Les sondages ne montrent pas que les libéraux gagneraient des élections demain matin, mais la non-performance de leur chef n'est plus évoquée comme un argument qui militerait contre leur succès.
Michael Ignatieff n'est pas le premier chef fédéral à être sauvé de l'autodestruction par ses adversaires. Au printemps de 2005, Paul Martin avait fait échec aux efforts de Stephen Harper qui tentait de faire tomber son gouvernement minoritaire en raison du scandale des commandites en convainquant Belinda Stronach de changer de parti juste à temps pour un vote budgétaire.
Aujourd'hui, les stratèges conservateurs s'accordent pour dire que s'il y avait eu des élections au printemps de 2005, plutôt que six mois plus tard, M. Harper ne serait sans doute pas devenu premier ministre, faute de préparation suffisante.
Frustré dans ses ambitions électoralistes, le chef conservateur avait passé l'été de 2005 à se recentrer. Six mois plus tard, les sceptiques qui avaient enterré d'avance le chef conservateur étaient confondus, et la famille Harper emménageait au 24, Sussex.
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En principe, aucune menace électorale explicite ne pèse sur la rentrée parlementaire d'aujourd'hui. Les stratèges des quatre partis jurent tous, la main sur le coeur, qu'ils ont plutôt les yeux rivés sur l'échéance budgétaire du printemps prochain. Parmi les chefs fédéraux, seule Elizabeth May évoque avec insistance l'hypothèse d'un scrutin avant la fin de l'année. Il y a malgré tout une part de logique dans le raisonnement de la chef du Parti vert.
Si Michael Ignatieff veut rester sur sa lancée estivale, il n'a pas intérêt à jouer encore longtemps le rôle de béquille des conservateurs aux Communes. Et sachant qu'ils sont peu susceptibles d'appuyer le prochain budget, les trois partis d'opposition n'ont pas nécessairement intérêt à donner à Stephen Harper l'occasion de multiplier les gestes électoralistes jusqu'au printemps.
Dans les faits, l'énoncé budgétaire que doit présenter le ministre des Finances, Jim Flaherty, plus tard cet automne sera vraisemblablement le moment charnière de la prochaine tranche des travaux à Ottawa, et la qualité du climat parlementaire dans un Parlement minoritaire vieillissant pourrait jouer un rôle déterminant dans la suite des choses.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
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