Un virage intéressé
Le premier ministre a une rage de ménage du printemps mais ce n'est pas parce qu'il en a envie. Il l'a dit lui-même hier, ce sont les événements et l'opinion publique qui lui ont forcé la main. Il a réussi à n'admettre aucune faute et à servir sa principale obsession, la préservation de son leadership, mais le pari n'est pas encore gagné, surtout face au public.
C'est que Jean Chrétien s'y prend un peu tard pour faire son grand nettoyage. Les mesures annoncées hier ne lui permettront pas d'aller de la cave au grenier. Elles visent de vieilles affaires, oublient quelques placards encombrés et laissent sans réponse son problème le plus criant, le scandale entourant le programme de commandites.
Les nouvelles règles gouvernant «les activités à des fins politiques personnelles» des ministres, par exemple, corrige une lacune apparue depuis le début de la campagne larvée à la succession de Jean Chrétien, une course approuvée par le premier ministre. L'opposition s'inquiétait déjà des dangers de conflits d'intérêts pour les ministres mais ça n'a jamais ému Jean Chrétien. Il a même dit hier qu'avant que n'éclate une première controverse touchant Paul Martin, il n'avait pas cru nécessaire d'avoir de règles.
Voilà que soudainement, il en annonce toute une panoplie. Mais il le fait après avoir ordonné à ses ministres, il y a deux semaines, d'arrêter de faire campagne. Ceux qui refuseront seront exclus du cabinet, a-t-il averti. Le seul qui continue est Paul Martin mais il n'est plus membre du cabinet depuis qu'il en a été congédié. À quoi servent ces règles alors? Elles avaient beau être en préparation depuis un moment, elles n'ont plus qu'une fin maintenant: mettre de la pression sur Paul Martin avant le vote de révision du leadership de février prochain. Jean Chrétien ne cache pas que ça aura cet effet. Il l'espère même.
Dans le camp Martin, on se dit prêt à dévoiler ses sources de financement. Suffit de savoir quand et comment mais on n'entend pas se laisser dicter sa conduite par le premier ministre. Si M. Martin révèle tout, le premier ministre connaîtra qui appuie l'ancien ministre, ce qui explique en partie l'hésitation de l'équipe Martin qui craint les représailles contre ses supporteurs.
On est bien loin des préoccupations éthiques. On ressent la même chose quand on entend le message ambigu du premier ministre à l'endroit des nouvelles règles gouvernant les relations entre ministres et sociétés d'État. Cette mesure découle directement des pressions exercées par le premier ministre auprès du président de la Banque de développement du Canada pour qu'il accorde un prêt à l'Auberge Grand-Mère.
M. Chrétien, comme à son habitude, refuse catégoriquement de reconnaître toute erreur de sa part. «Ce n'était pas mal. C'était des choses qui se faisaient couramment», a-t-il dit. Il a agi en réaction à la controverse et l'a fait à contrecoeur, a-t-il dit sans hésiter. En somme, ce n'est pas le conseiller à l'éthique, avec des recommandations faites il y a des mois, qui l'a convaincu du bien-fondé d'agir.
Jean Chrétien donne actuellement l'impression qu'il agit à son corps défendant en matière d'éthique, surtout quand cela risque de faire croire à une admission de faute de sa part. Il diminue du même coup l'impact de son geste. Pourtant, beaucoup d'améliorations annoncées hier sont bienvenues. C'est le cas des changements à la loi électorale pour resserrer le financement des partis politiques et pour que les courses au leadership soient régies par la loi. Le Directeur général des élections demande ces amendements depuis 1996.
En cachant mal son manque d'enthousiasme, le premier ministre ajoute à son premier défi en matière d'éthique, celui de la crédibilité. C'en est un car il a trop tardé pour agir. Dans certains cas, en particulier celui du conseiller en éthique qui ne sera toujours pas un officier du Parlement, il hésite à aller jusqu'au bout.
Et malgré les mesures annoncées, il ne résout en rien le dossier qui fait actuellement le plus mal au gouvernement en matière d'intégrité, celui des commandites. Pour le grand public, voilà l'enjeu de l'heure. Bien avant le financement de la course de Paul Martin. Le sondage Léger Marketing-Le Devoir montrait bien hier combien la satisfaction à l'endroit du gouvernement a chuté depuis trois mois.
Les citoyens savent maintenant que le bureau du premier ministre était au courant, avant les dernières élections, que le programme souffrait de problèmes importants. Un rapport de vérification interne a mené à quelques correctifs mais sans plus. Il a fallu que la presse, deux ans plus tard, fasse la lumière sur des dossiers compromettants pour qu'on passe les dossiers au peigne fin, appelle la Vérificatrice générale à la rescousse, réfère des cas à la Gendarmerie royale, réclame les fonds versés sans raison. Et malgré cet étalage d'abus de fonds publics, le premier ministre défendait encore hier les vertus anti-souverainistes du programme.
Ce que Jean Chrétien propose va au-delà de ce qu'il aurait accepté dans un autre contexte. On l'aurait trouvé ambitieux en d'autres circonstances. Mais il doit en offrir davantage parce qu'on lui en excuse moins. Le doute s'est installé, à l'épreuve des explications et des mesures ponctuelles. Contrairement à la controverse qui a secoué le ministère du Développement des ressources humaines au printemps 2000 ou encore à celle ayant entourée l'Auberge Grand-Mère et le premier ministre, celle des commandites a eu raison du teflon car les bavures sont trop grossières, les liens avec les libéraux trop préoccupants, les explications trop confuses et surtout, la lenteur du gouvernement à réagir trop évidente. Et elle hantera le gouvernement encore longtemps, gracieuseté de la GRC, de la Vérificatrice générale et de la presse.
C'est que Jean Chrétien s'y prend un peu tard pour faire son grand nettoyage. Les mesures annoncées hier ne lui permettront pas d'aller de la cave au grenier. Elles visent de vieilles affaires, oublient quelques placards encombrés et laissent sans réponse son problème le plus criant, le scandale entourant le programme de commandites.
Les nouvelles règles gouvernant «les activités à des fins politiques personnelles» des ministres, par exemple, corrige une lacune apparue depuis le début de la campagne larvée à la succession de Jean Chrétien, une course approuvée par le premier ministre. L'opposition s'inquiétait déjà des dangers de conflits d'intérêts pour les ministres mais ça n'a jamais ému Jean Chrétien. Il a même dit hier qu'avant que n'éclate une première controverse touchant Paul Martin, il n'avait pas cru nécessaire d'avoir de règles.
Voilà que soudainement, il en annonce toute une panoplie. Mais il le fait après avoir ordonné à ses ministres, il y a deux semaines, d'arrêter de faire campagne. Ceux qui refuseront seront exclus du cabinet, a-t-il averti. Le seul qui continue est Paul Martin mais il n'est plus membre du cabinet depuis qu'il en a été congédié. À quoi servent ces règles alors? Elles avaient beau être en préparation depuis un moment, elles n'ont plus qu'une fin maintenant: mettre de la pression sur Paul Martin avant le vote de révision du leadership de février prochain. Jean Chrétien ne cache pas que ça aura cet effet. Il l'espère même.
Dans le camp Martin, on se dit prêt à dévoiler ses sources de financement. Suffit de savoir quand et comment mais on n'entend pas se laisser dicter sa conduite par le premier ministre. Si M. Martin révèle tout, le premier ministre connaîtra qui appuie l'ancien ministre, ce qui explique en partie l'hésitation de l'équipe Martin qui craint les représailles contre ses supporteurs.
On est bien loin des préoccupations éthiques. On ressent la même chose quand on entend le message ambigu du premier ministre à l'endroit des nouvelles règles gouvernant les relations entre ministres et sociétés d'État. Cette mesure découle directement des pressions exercées par le premier ministre auprès du président de la Banque de développement du Canada pour qu'il accorde un prêt à l'Auberge Grand-Mère.
M. Chrétien, comme à son habitude, refuse catégoriquement de reconnaître toute erreur de sa part. «Ce n'était pas mal. C'était des choses qui se faisaient couramment», a-t-il dit. Il a agi en réaction à la controverse et l'a fait à contrecoeur, a-t-il dit sans hésiter. En somme, ce n'est pas le conseiller à l'éthique, avec des recommandations faites il y a des mois, qui l'a convaincu du bien-fondé d'agir.
Jean Chrétien donne actuellement l'impression qu'il agit à son corps défendant en matière d'éthique, surtout quand cela risque de faire croire à une admission de faute de sa part. Il diminue du même coup l'impact de son geste. Pourtant, beaucoup d'améliorations annoncées hier sont bienvenues. C'est le cas des changements à la loi électorale pour resserrer le financement des partis politiques et pour que les courses au leadership soient régies par la loi. Le Directeur général des élections demande ces amendements depuis 1996.
En cachant mal son manque d'enthousiasme, le premier ministre ajoute à son premier défi en matière d'éthique, celui de la crédibilité. C'en est un car il a trop tardé pour agir. Dans certains cas, en particulier celui du conseiller en éthique qui ne sera toujours pas un officier du Parlement, il hésite à aller jusqu'au bout.
Et malgré les mesures annoncées, il ne résout en rien le dossier qui fait actuellement le plus mal au gouvernement en matière d'intégrité, celui des commandites. Pour le grand public, voilà l'enjeu de l'heure. Bien avant le financement de la course de Paul Martin. Le sondage Léger Marketing-Le Devoir montrait bien hier combien la satisfaction à l'endroit du gouvernement a chuté depuis trois mois.
Les citoyens savent maintenant que le bureau du premier ministre était au courant, avant les dernières élections, que le programme souffrait de problèmes importants. Un rapport de vérification interne a mené à quelques correctifs mais sans plus. Il a fallu que la presse, deux ans plus tard, fasse la lumière sur des dossiers compromettants pour qu'on passe les dossiers au peigne fin, appelle la Vérificatrice générale à la rescousse, réfère des cas à la Gendarmerie royale, réclame les fonds versés sans raison. Et malgré cet étalage d'abus de fonds publics, le premier ministre défendait encore hier les vertus anti-souverainistes du programme.
Ce que Jean Chrétien propose va au-delà de ce qu'il aurait accepté dans un autre contexte. On l'aurait trouvé ambitieux en d'autres circonstances. Mais il doit en offrir davantage parce qu'on lui en excuse moins. Le doute s'est installé, à l'épreuve des explications et des mesures ponctuelles. Contrairement à la controverse qui a secoué le ministère du Développement des ressources humaines au printemps 2000 ou encore à celle ayant entourée l'Auberge Grand-Mère et le premier ministre, celle des commandites a eu raison du teflon car les bavures sont trop grossières, les liens avec les libéraux trop préoccupants, les explications trop confuses et surtout, la lenteur du gouvernement à réagir trop évidente. Et elle hantera le gouvernement encore longtemps, gracieuseté de la GRC, de la Vérificatrice générale et de la presse.
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