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Menotté

Manon Cornellier   1 septembre 2010  Canada
Le chef néodémocrate Jack Layton ne peut pas gagner dans le dossier du registre des armes à feu. Sa dernière trouvaille — la présentation d'un autre projet de loi d'initiative parlementaire dès cet automne — ne peut même pas lui faire gagner du temps.

Jack Layton est pris entre l'arbre et l'écorce. Si le registre survit, ce sera parce que plusieurs de ses députés ruraux auront décidé de se rallier à la position des deux tiers du caucus, au risque cependant de perdre leur siège aux prochaines élections. En revanche, si le registre meurt, ce sera parce que suffisamment de néodémocrates se seront rangés derrière les conservateurs, ce qui rendrait très vulnérables plusieurs de leurs collègues des circonscriptions urbaines. On pense entre autres au député Thomas Mulcair.

Le NPD vit en son sein le déchirement qui se vit à l'échelle du pays. Des citadins farouchement favorables au contrôle des armes à feu côtoient des ruraux qui n'y voient qu'une façon de les traiter en criminels et de mépriser leurs habitudes. Le Parti libéral vivait le même dilemme, mais le chef Michael Ignatieff a décidé au printemps dernier d'imposer la discipline de parti tout en tendant une perche aux députés qui la contestaient. Il leur a promis, en échange de leur respect de sa décision, d'apporter des amendements à la loi une fois au pouvoir.

Acculé au pied du mur, Jack Layton veut maintenant faire à peu près la même chose, mais dès cet automne. Il veut présenter un projet de loi qui fait écho à certaines idées de M. Ignatieff, dont l'imposition d'une amende plutôt que d'une sanction criminelle à ceux qui omettent de s'enregistrer et l'élimination des frais d'enregistrement.

Le hic est que même si son projet de loi bénéficiait d'un traitement de faveur et d'une étude accélérée, Jack Layton ne pourrait pas, contrairement à Michael Ignatieff, garantir que les dissidents de son caucus entreraient dans le rang. Et parce qu'il ne veut pas les y forcer — et ne peut probablement pas y parvenir —, toute son opération équivaut à du vent et ressemble à une tentative désespérée de sauver la face.

***

À quoi bon, en effet, un projet de loi pour modifier un registre qui aurait disparu? Depuis quand s'applique-t-on à corriger une page blanche? Si M. Layton était sérieux, il exigerait de ses députés qu'ils assurent la survie du registre afin de pouvoir lui apporter les correctifs qu'il suggère.

Et il pourrait le faire rapidement. Les Communes reprennent leurs travaux le 20 septembre et doivent tenir un vote sur le registre dès le 22. Contrairement à ce que beaucoup de monde croit, ce vote ne peut pas faire mourir le registre des armes d'épaule (carabines et fusils de chasse). Pas tout de suite. Il peut par contre assurer sa survie et pour un bon bout de temps.

Tout tourne autour du projet de loi de la députée conservatrice Candice Hoeppner, le C-391, qui vise à éliminer l'enregistrement des armes d'épaule. Un premier vote sur ce projet a eu lieu l'automne dernier. Tous les conservateurs et deux indépendants l'ont appuyé, mais aussi 12 néodémocrates et huit libéraux. Le projet de loi a pu continuer son chemin en comité, mais là, les libéraux ont présenté une motion recommandant à la Chambre de ne pas poursuivre l'étude du projet. La motion a été adoptée avec l'appui des bloquistes et... du néodémocrate présent.

C'est cette motion qui fera l'objet d'un vote le 22. Si elle passe, le C-391 est mort. Sinon, il poursuivra sa route avec un autre vote aux Communes qui pourrait avoir lieu très rapidement et l'étude au Sénat. Impossible, par conséquent, de prédire le moment d'une éventuelle adoption.

Quant au projet de M. Layton, il arrive trop tard sur le tapis pour être étudié avant le C-391, ce qui pourrait le rendre totalement inutile. À moins que M. Layton obtienne le consentement unanime des partis pour agir de façon accélérée, mais aussi bien croire à la fée des dents. En réalité, la seule chose qui pourrait le sauver de l'odieux de voir son parti contribuer à la mort du registre serait que des élections soient déclenchées avant.

***

M. Layton a toujours appuyé le contrôle des armes à feu. Le dernier rapport sur le Programme canadien des armes à feu, que le gouvernement espérait garder sous le boisseau jusqu'après le vote, lui donne entièrement raison. Il conclut que le registre est efficace et nécessaire. On y lit aussi que la grande majorité des décès par balle sont dus aux armes d'épaule, que ces armes ont été utilisées pour tuer 10 des 13 policiers morts en service depuis 10 ans et que ce sont surtout ces armes qui sont utilisées lors d'homicides conjugaux. Comment, face à ces données, peut-il se réfugier derrière la tradition des votes libres pour justifier de laisser le sort du registre aux aléas d'un vote?

Jack Layton s'est souvent moqué des déchirements libéraux et leur a volontiers fait porter l'odieux de l'adoption de projets de loi conservateurs. Ces dissensions lui ont même parfois évité d'exposer celles de son propre parti. Ce paravent a disparu et c'est à son tour d'être face à un arbitrage extrêmement difficile sur la place publique, ce dont les libéraux font déjà leurs choux gras.

M. Layton perdra des plumes, quelle que soit sa décision. Aussi bien prendre celle qui respecte ses convictions et celles de la majorité de son caucus, est-on tenté de dire. Le pire est que rien ne garantit que cela aurait raison des dissidents et sauverait le registre.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • lemarin
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 09h28
    Et M. Mulcair?
    M. Mulcair, dont le comté d'Outremont comprend la Polytechnique, aura bien du mal à présenter son parti comme l'alternative progressiste au Québec. Un autre belle démonstration du fait que le mélange d'idéalistes de Toronto et de fermiers de l'Ouest ne réussira à s'implanter au Québec au-delà de la personne de M. Mulcair.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    mercredi 1 septembre 2010 10h53
    Oui, du vent...
    Effectivement, parlant de vent, toute cette histoire de registre est du vent pour pas grand chose. Le système de contrôle des armes à feu au Canada comprend plusieurs composantes, la plus récente étant le registre des armes longues. Il comprend d'abord les permis et les autorisations nécessaires pour acquérir et / ou posséder des armes à feu. Ces permis font l'objet d'une enquête plus ou moins sommaire par la police pour déterminer si la personne pourrait constituer un danger si elle acquiert ou possède des armes à feu.

    Ensuite, il y a les dispositions relatives à l'entreposage et au transport des armes à feu et des munitions. Par exemple, les armes doivent être remisées dans une armoire verrouillée ou chaque arme doit comporter un verrou qui bloque la gachette pour éviter l'usage intempestif (comme pendant une crise conjugale) ou encore accidentel (enfants). Les munitions doivent aussi âtre remisées dans un endroit sécuritaire, verrouillé. Le transport doit aussi se faire avec l'arme sous verrou pour empêcher une décharge accidentelle. Il faut aussi noter qu'il est interdit de transporter une arme à feu chargée dans un véhicule.

    La loi donne aussi des pouvoirs de perquisition et d'enlèvement des armes qui pourraient servir à commettre une infraction. Toutes ces dispositions ne sont pas touchées par le débat actuel et vont demeurer quelque soit l'issue du vote.

    On comprendra que le seul fait d'enregistrer pour constituer une banque de données est extrêmement marginal et ne sert qu'à la police pour collecter des renseignements sur les citoyens. C'est donc plutôt une tempête dans un verre d'eau et, heureusement, la sécurité du public n'est pas touchée par ce débat quoi qu'en dise le démagogue Ignatieff.


  • Abonné
    mercredi 1 septembre 2010 12h23
    L'armée des zombies
    Mme Cornellier, je suis très déçue de votre intervention aujourd'hui. S'il est désolant que le registre des armes à feu soit sous une menace de disparition, il est inacceptable de passer sous silence la disparition d'un nombre grandissant de pratiques parlementaires qui donnaient un rôle utile au simple député.
    Jack Layton est issu du monde municipal torontois où il a cumulé 6 mandat à titre d'élu. C'est donc un homme très expérimenté qui a pu vivre de nombreuses expériences en exercice démocratique.
    Dans son communiqué, le chef du NPD affirme ceci:
    « M. Harper oppose les régions et les provinces du Canada les unes aux autres selon la bonne vieille recette de diviser pour régner. Ça va à l’encontre des valeurs canadiennes, » a affirmé M. Layton. « Ce style de politique à l’américaine, ce n’est pas dans la tradition politique de notre pays et je la rejette. » (Source: npd.ca)
    Ce n'est pas la première fois que nous sommes confrontés à des attaques contre les institutions démocratiques canadiennes de la part des conservateurs. Lors de la crise politique de l'automne 2008, notre premier ministre à lancé ce mensonge énorme à la population canadienne:
    « Honte, honte, honte à cette alliance avec les séparatistes. (...) Si on veut être premier ministre, on doit recevoir un mandat de la population canadienne et pas un mandat des souverainistes du Québec. (...) C'est une trahison des meilleurs intérêts de notre pays.
    — Stephen Harper
    La réalité est que chaque électeur au Canada vote pour son représentant de circonscription et qu'un mandat gouvernemental se mérite à la confiance accordée par une majorité à la Chambre des communes.
    Est-ce que vous suggérez que Jack Layton doit transformer l'ensemble de son caucus en une armée de zombies payés 155 000$/an comme le font les trois autres chefs de partis.
    Honte, honte à tous ceux qui discréditent le seul chef de parti qui respect la tradition de la liberté de vot

  • alen
    Inscrit
    jeudi 2 septembre 2010 08h37
    Il n'est pas interdit d'être lâche.
    L'arme à feu, objet de plaisir, toujours en érection, prète à partir, ... Objet, qui passe devant sa compagne, qu'on enregistre elle, à sa naissance, à sa confirmation, à son mariage, ...
    Objet qu'on exhibe, qu'on caresse, qu'on polie avec soin, ... pendant qu'ailleurs on la décharge sur sa conjointe et ses enfants, ...
    L'arme à feu finalement à laquelle on donne un droit d'existence plus élevé qu'à notre propre chair.
    Layton, Mulcair, Cannon, Blainey, ... non, le ridicule ne tue pas. Il vous fera seulement perdre la face devant vos concitoyens quand vous aurez eu la lâcheté des lâchetés..

  • Sanzalure
    Inscrit
    vendredi 3 septembre 2010 09h51
    On enregistre bien les automobiles
    J'aimerais comprendre le raisonnement des personnes qui acceptent d'enregistrer leur automobile, mais refusent d'enregistrer leurs armes.

    Serge Grenier

  • T. Julien
    Inscrit
    samedi 4 septembre 2010 12h58
    alen...
    Ce ne sont pas les armes qui tuent mais bien les hommes. Un homme qui a l'intention de commettre un homicide PEUT UTILISER n'importe quoi à aller même jusqu'à une broche à tricoter s'il le veut (...)

    Placez n'importe quelle arme sur une table, ne laissez PERSONNE y toucher de quelque façon que ce soit et, je peus vous GARANTIR que RIEN n'arrivera - personne moura ou sera blessée; je peus facilement mettre mes mains directement dans le feu tellement j'ai la certitude de ce fait!

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