Élections au Nouveau-Brunswick - Le Nouveau-Brunswick doit mettre sur pied une politique de développement régional
Majella Simard - Professeur au Département d'histoire et de géographie de l'Université de Moncton
31 août 2010
Canada
Photo : Agence France-Presse Luke Pinneo
L’organisation de la structure de peuplement pose un réel problème au Nouveau-Brunswick. Elle se caractérise par la faiblesse de l’armature urbaine, la petite taille démographique des localités ainsi que par une forte dispersion de la population.
Au cours des 25 dernières années, le Nouveau-Brunswick a globalement amélioré sa situation sur le plan économique. Cependant, une étude que nous avons réalisée l'été dernier fait apparaître l'existence de profondes inégalités à une échelle plus fine qu'est celle des comtés et des localités. En gros, 76 municipalités, sur un total de 244, se sont caractérisées par une accentuation des disparités économiques notamment au chapitre de l'emploi et de leur niveau de revenu entre 1981 et 2006. Les comtés de Restigouche et de York abritent 20 de ces milieux en dévitalisation, d'où l'urgence de mettre en place une vigoureuse politique de développement régional qui devrait, selon nous, graviter autour de cinq composantes.
La géographie
L'organisation de la structure de peuplement pose un réel problème au Nouveau-Brunswick. Elle se caractérise par la faiblesse de l'armature urbaine, la petite taille démographique des localités ainsi que par une forte dispersion de la population. Les villes ne représentent que 18,9 % de l'assiette territoriale. En outre, leur répartition inégale dans l'espace constitue un frein au développement.
Certes, Moncton bénéficie d'une position géographique privilégiée en Atlantique. Toutefois, son aire de rayonnement est insuffisante pour polariser l'ensemble de l'activité économique de la province et, par conséquent, pour stimuler le développement. Il n'est donc pas possible d'en faire un véritable pôle de croissance. En y concentrant l'essentiel des investissements et des infrastructures, on contribue à dynamiser cette croissance, mais en même temps, on accentue les disparités avec le reste de la province.
La démographie
L'évolution de la population du Nouveau-Brunswick n'arrive plus à suivre celle du Canada depuis 1971. Le poids démographique de la province par rapport à celui du pays ne cesse de décroître. De 2,9 % qu'il était en 1971, il est passé à 2,3 % en 2006. Le dépeuplement affecte de vastes parties de l'espace néo-brunswickois. Le cas des localités de 500 habitants et moins est pathétique. De 1981 à 2006, ce segment de l'espace rural a perdu plus du tiers de ses effectifs. Hormis celle de Terre-Neuve, il s'agit de la pire performance en Atlantique.
Mais ce qui est encore plus inquiétant, c'est que le Nouveau-Brunswick perd un nombre alarmant de jeunes. Pour l'ensemble de la province, la part des 0 à 24 ans parmi la population totale a diminué de 16 points entre 1981 et 2006. La décroissance a été supérieure à 20 % dans 93 municipalités. La baisse du nombre de jeunes conjuguée à l'augmentation de celui des personnes âgées contribue à déséquilibrer la pyramide des âges dont l'effet est amplifié par les migrations. Ainsi, en suivant l'évolution du groupe des 0 à 24 ans en 1981 ayant entre 25 et 49 ans en 2006, le Nouveau-Brunswick enregistre un manque à gagner de 55 195 personnes (-16,5 %). Les pertes affectent plus spécifiquement les milieux ruraux (-31,6 %) et, de manière particulière, les localités de petite taille (-51,9 %) où le phénomène atteint des proportions démesurées. On conviendra qu'il faut à tout prix stopper cette hémorragie.
L'emploi
Le Nouveau-Brunswick tire de l'arrière au chapitre de la création d'emplois. Entre 1981 et 2006, le nombre d'emplois s'est accru de 42 % au Canada contre seulement 26,7 % au Nouveau-Brunswick. Dans le comté de Restigouche, la croissance de l'emploi a été inférieure à 2 % entre 1981 et 2006. De plus, ce même comté a perdu 5316 personnes au cours de la même période. On voit bien comment démographie et économie sont intimement liées.
En valeur absolue, Saint-Jean accuse, en 2006, un déficit de 2075 emplois par rapport à 1981. Toutefois, en valeur relative, c'est la municipalité de Dorchester qui a été la plus touchée avec une diminution de 87 %. Outre cette dernière, cinq localités ont subi des pertes supérieures à 50 %. À l'exception de Chatham qui en fait partie, elles ont toutes moins de 500 habitants. Les petites localités ont d'ailleurs été le parent pauvre de cette évolution, le nombre d'emplois ayant décliné de 20 % en l'espace de 25 ans.
Revenus et pauvreté
En 2006, le revenu moyen des familles du Nouveau-Brunswick ne correspondait qu'à 68 % de la moyenne nationale. Comme l'écart (-1,6) n'a pratiquement pas changé au cours des 25 dernières années, cela signifie que plusieurs localités de la province sont toujours aux prises avec un faible niveau de revenu. De plus, les inégalités entre les milieux les plus pauvres et les mieux nantis ne cessent de s'élargir.
En 1981, cet écart s'établissait à 90,2 comparativement à 199,4 en 2006. On dénombre 107 localités dont le revenu familial moyen a évolué négativement par rapport à celui de la province entre 1981 et 2006. Parmi celles-ci, 12 se retrouvent dans le Restigouche et 43 ont moins de 1 000 habitants. En 2006, 9 municipalités avaient un revenu inférieur à 70 % de celui de la province comparativement à 14 en 1981. Bien qu'il s'agisse d'une nette amélioration, quatre localités s'inscrivaient à la fois parmi la liste de 1981 et de celle de 2006 confirmant le caractère structurel de leurs problèmes.
Les ressources
Le Nouveau-Brunswick jouit de nombreuses ressources. Il est inutile d'en faire la nomenclature. Toutefois, dans bien des cas, celles-ci sont sous-exploitées. Par conséquent, elles ne donnent pas leur maximum de rendement. Les politiques de développement régional qui obtiennent du succès reconnaissent l'impact de l'innovation sur l'emploi. Cependant, toute stratégie d'innovation restera lettre morte si elle ne reflète pas la nature des ressources disponibles sur lesquelles peuvent s'appuyer les activités de deuxième et de troisième transformation. Ces dernières sont susceptibles de générer des économies d'échelle en raison de leurs effets d'entraînement sur d'autres branches de l'activité économique. L'aquaculture, le bioalimentaire et la filière éolienne nous apparaissent des secteurs à privilégier particulièrement dans un contexte de mondialisation.
Eu égard à ce qui précède, une politique de développement régional au Nouveau-Brunswick devrait, nous semble-t-il, se tourner vers les orientations suivantes:
- accorder le statut de zone prioritaire d'intervention au comté de Restigouche en général et aux petites localités rurales en particulier en raison des multiples problèmes auxquels ces milieux sont confrontés;
- élaborer une stratégie visant à remodeler le tissu de peuplement en vue de renforcer les petits centres de services et de mieux équilibrer la localisation des villes dans l'espace afin d'accroître leur effet polarisateur;
- améliorer l'accès au réseau routier et aux autres types d'infrastructures (systèmes d'eau, d'égout, télécommunications) pour certaines municipalités isolées de la trame de peuplement;
- adopter une politique nataliste en concomitance à des mesures particulières destinées à la rétention des jeunes et des personnes âgées;
- développer une politique de diversification pour les localités dont l'économie repose sur l'exploitation d'une seule ressource en mettant l'accent sur les activités de deuxième et de troisième transformation de façon à atténuer les effets de la concurrence internationale en provenance des pays émergents et ceux liés aux fluctuations de la conjoncture économique;
- favoriser la mise en valeur des aménités locales et régionales afin de faciliter la restructuration économique des milieux à problèmes;
- promouvoir une culture d'entrepreneuriat local au sein de la population;
- élaborer des mesures destinées à réduire la pauvreté de façon à ce que le revenu moyen des familles ne soit pas inférieur à 70 % de celui de la province et que le taux de chômage local et régional ne dépasse pas le seuil des 10 %;
- favoriser le maintien des services de proximité (en particulier la dernière école ou épicerie du village) au sein des petites collectivités rurales;
- favoriser une exploitation rationnelle et polyvalente des ressources dans une optique de développement durable;
- valoriser les ressources immobiles liées au territoire (cohésion et capital social, capacité d'innovation, sentiment d'appartenance, esprit communautaire, etc.) dans le but de susciter des initiatives de développement local.
Les causes des malaises socio-économiques du Nouveau-Brunswick sont d'abord d'ordre structurel. Par conséquent, une politique de développement régional doit mettre l'accent sur ces éléments de façon à améliorer le niveau, la qualité et le cadre de vie des Néo-Brunswickois, objectif premier de toute stratégie de développement.
La géographie
L'organisation de la structure de peuplement pose un réel problème au Nouveau-Brunswick. Elle se caractérise par la faiblesse de l'armature urbaine, la petite taille démographique des localités ainsi que par une forte dispersion de la population. Les villes ne représentent que 18,9 % de l'assiette territoriale. En outre, leur répartition inégale dans l'espace constitue un frein au développement.
Certes, Moncton bénéficie d'une position géographique privilégiée en Atlantique. Toutefois, son aire de rayonnement est insuffisante pour polariser l'ensemble de l'activité économique de la province et, par conséquent, pour stimuler le développement. Il n'est donc pas possible d'en faire un véritable pôle de croissance. En y concentrant l'essentiel des investissements et des infrastructures, on contribue à dynamiser cette croissance, mais en même temps, on accentue les disparités avec le reste de la province.
La démographie
L'évolution de la population du Nouveau-Brunswick n'arrive plus à suivre celle du Canada depuis 1971. Le poids démographique de la province par rapport à celui du pays ne cesse de décroître. De 2,9 % qu'il était en 1971, il est passé à 2,3 % en 2006. Le dépeuplement affecte de vastes parties de l'espace néo-brunswickois. Le cas des localités de 500 habitants et moins est pathétique. De 1981 à 2006, ce segment de l'espace rural a perdu plus du tiers de ses effectifs. Hormis celle de Terre-Neuve, il s'agit de la pire performance en Atlantique.
Mais ce qui est encore plus inquiétant, c'est que le Nouveau-Brunswick perd un nombre alarmant de jeunes. Pour l'ensemble de la province, la part des 0 à 24 ans parmi la population totale a diminué de 16 points entre 1981 et 2006. La décroissance a été supérieure à 20 % dans 93 municipalités. La baisse du nombre de jeunes conjuguée à l'augmentation de celui des personnes âgées contribue à déséquilibrer la pyramide des âges dont l'effet est amplifié par les migrations. Ainsi, en suivant l'évolution du groupe des 0 à 24 ans en 1981 ayant entre 25 et 49 ans en 2006, le Nouveau-Brunswick enregistre un manque à gagner de 55 195 personnes (-16,5 %). Les pertes affectent plus spécifiquement les milieux ruraux (-31,6 %) et, de manière particulière, les localités de petite taille (-51,9 %) où le phénomène atteint des proportions démesurées. On conviendra qu'il faut à tout prix stopper cette hémorragie.
L'emploi
Le Nouveau-Brunswick tire de l'arrière au chapitre de la création d'emplois. Entre 1981 et 2006, le nombre d'emplois s'est accru de 42 % au Canada contre seulement 26,7 % au Nouveau-Brunswick. Dans le comté de Restigouche, la croissance de l'emploi a été inférieure à 2 % entre 1981 et 2006. De plus, ce même comté a perdu 5316 personnes au cours de la même période. On voit bien comment démographie et économie sont intimement liées.
En valeur absolue, Saint-Jean accuse, en 2006, un déficit de 2075 emplois par rapport à 1981. Toutefois, en valeur relative, c'est la municipalité de Dorchester qui a été la plus touchée avec une diminution de 87 %. Outre cette dernière, cinq localités ont subi des pertes supérieures à 50 %. À l'exception de Chatham qui en fait partie, elles ont toutes moins de 500 habitants. Les petites localités ont d'ailleurs été le parent pauvre de cette évolution, le nombre d'emplois ayant décliné de 20 % en l'espace de 25 ans.
Revenus et pauvreté
En 2006, le revenu moyen des familles du Nouveau-Brunswick ne correspondait qu'à 68 % de la moyenne nationale. Comme l'écart (-1,6) n'a pratiquement pas changé au cours des 25 dernières années, cela signifie que plusieurs localités de la province sont toujours aux prises avec un faible niveau de revenu. De plus, les inégalités entre les milieux les plus pauvres et les mieux nantis ne cessent de s'élargir.
En 1981, cet écart s'établissait à 90,2 comparativement à 199,4 en 2006. On dénombre 107 localités dont le revenu familial moyen a évolué négativement par rapport à celui de la province entre 1981 et 2006. Parmi celles-ci, 12 se retrouvent dans le Restigouche et 43 ont moins de 1 000 habitants. En 2006, 9 municipalités avaient un revenu inférieur à 70 % de celui de la province comparativement à 14 en 1981. Bien qu'il s'agisse d'une nette amélioration, quatre localités s'inscrivaient à la fois parmi la liste de 1981 et de celle de 2006 confirmant le caractère structurel de leurs problèmes.
Les ressources
Le Nouveau-Brunswick jouit de nombreuses ressources. Il est inutile d'en faire la nomenclature. Toutefois, dans bien des cas, celles-ci sont sous-exploitées. Par conséquent, elles ne donnent pas leur maximum de rendement. Les politiques de développement régional qui obtiennent du succès reconnaissent l'impact de l'innovation sur l'emploi. Cependant, toute stratégie d'innovation restera lettre morte si elle ne reflète pas la nature des ressources disponibles sur lesquelles peuvent s'appuyer les activités de deuxième et de troisième transformation. Ces dernières sont susceptibles de générer des économies d'échelle en raison de leurs effets d'entraînement sur d'autres branches de l'activité économique. L'aquaculture, le bioalimentaire et la filière éolienne nous apparaissent des secteurs à privilégier particulièrement dans un contexte de mondialisation.
Eu égard à ce qui précède, une politique de développement régional au Nouveau-Brunswick devrait, nous semble-t-il, se tourner vers les orientations suivantes:
- accorder le statut de zone prioritaire d'intervention au comté de Restigouche en général et aux petites localités rurales en particulier en raison des multiples problèmes auxquels ces milieux sont confrontés;
- élaborer une stratégie visant à remodeler le tissu de peuplement en vue de renforcer les petits centres de services et de mieux équilibrer la localisation des villes dans l'espace afin d'accroître leur effet polarisateur;
- améliorer l'accès au réseau routier et aux autres types d'infrastructures (systèmes d'eau, d'égout, télécommunications) pour certaines municipalités isolées de la trame de peuplement;
- adopter une politique nataliste en concomitance à des mesures particulières destinées à la rétention des jeunes et des personnes âgées;
- développer une politique de diversification pour les localités dont l'économie repose sur l'exploitation d'une seule ressource en mettant l'accent sur les activités de deuxième et de troisième transformation de façon à atténuer les effets de la concurrence internationale en provenance des pays émergents et ceux liés aux fluctuations de la conjoncture économique;
- favoriser la mise en valeur des aménités locales et régionales afin de faciliter la restructuration économique des milieux à problèmes;
- promouvoir une culture d'entrepreneuriat local au sein de la population;
- élaborer des mesures destinées à réduire la pauvreté de façon à ce que le revenu moyen des familles ne soit pas inférieur à 70 % de celui de la province et que le taux de chômage local et régional ne dépasse pas le seuil des 10 %;
- favoriser le maintien des services de proximité (en particulier la dernière école ou épicerie du village) au sein des petites collectivités rurales;
- favoriser une exploitation rationnelle et polyvalente des ressources dans une optique de développement durable;
- valoriser les ressources immobiles liées au territoire (cohésion et capital social, capacité d'innovation, sentiment d'appartenance, esprit communautaire, etc.) dans le but de susciter des initiatives de développement local.
Les causes des malaises socio-économiques du Nouveau-Brunswick sont d'abord d'ordre structurel. Par conséquent, une politique de développement régional doit mettre l'accent sur ces éléments de façon à améliorer le niveau, la qualité et le cadre de vie des Néo-Brunswickois, objectif premier de toute stratégie de développement.
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