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Place du français - Toujours le mépris

Josée Boileau   16 août 2010  Canada
Le dernier rapport du commissaire aux langues officielles vient encore d'en témoigner: il ne faut plus s'étonner de rien quand il s'agit du sort réservé au français au Canada, même de se faire dire que tout ce qui vient du Québec doit être qualifié de francophone — qu'il s'agisse d'un artiste ou d'un produit anglais, ou d'un texte traduit dans cette langue.

En page Idées ce matin, un lecteur nous raconte ses déboires linguistiques aux postes-frontières du pays. Où est le francophone de garde? Avalé par le gars en poste qui ne parle pas français, ne le baragouine même pas.

C'est la même poudre de perlimpinpin qui a été jetée aux yeux du monde lors de la cérémonie d'ouverture des Jeux olympiques de Vancouver. Du français? Mais il y en avait partout! Vous n'avez donc pas vu l'hommage silencieux à la chasse-galerie, le Montréalais parmi les danseurs de break dance, la projection du timbre-poste «dans laquelle il y avait une référence au Canada français»? Pas entendu la traduction du poème L'Hymne du Nord de François-Xavier Garneau, le très superbe et très anglais Hallelujah du Montréalais Leonard Cohen?

On croit rêver, mais c'est exactement l'argumentaire qu'a utilisé le Comité organisateur des Jeux de Vancouver, le COVAN, lorsque le commissaire aux langues officielles Graham Fraser l'a interpellé à ce sujet. Son bureau a reçu 38 plaintes à la suite de la soirée qui ouvrait les Jeux, où le français — entendu comme le bon sens veut l'entendre, c'est-à-dire une affaire d'oreille! — fut limité à une chanson de Garou.

Au lendemain du spectacle, alors que l'indignation éclatait sur tous les fronts, y compris de la part du ministre fédéral du Patrimoine, James Moore, les organisateurs s'étaient étonnés de la controverse. En entrevue à La Presse, le metteur en scène de la cérémonie, l'Australien David Atkins, avait expliqué que «la portion la plus importante du spectacle était d'inspiration québécoise», car d'approche théâtrale. Et au Canada, comme chacun sait, «les francophones sont reconnus pour leur théâtre, pas la côte ouest».

Le COVAN avait pourtant déjà été rappelé à l'ordre un an plus tôt, parce que le spectacle qui avait lancé le décompte avant les Jeux ne comptait aucun artiste francophone. Puis en septembre, Graham Fraser avait produit un rapport qualifié d'«accablant» sur le bilinguisme des Jeux qui se préparaient, soulignant notamment les lacunes de la programmation culturelle. Et pourtant, cela n'a pas empêché le COVAN de laisser M. Atkins aller de l'avant avec son approche inepte de la francophonie.

En revanche, la controverse a été si énorme en février dernier qu'on aurait pu croire que, cette fois, les coupables auraient un air contrit. Même pas! C'est sans rire et sans excuses que le COVAN a fait valoir au commissaire aux langues officielles que 25 % du contenu du spectacle d'ouverture était francophone.

Il faut que le gouvernement fédéral, qui a versé 20 millions de dollars pour la cérémonie, soit plus sévère, recommande M. Fraser. On peut, de fait, resserrer les règles. Mais dans cette affaire, le gouvernement conservateur a vraiment démontré son souci du bilinguisme, tout comme les pressions de Graham Fraser avaient amené le COVAN à créer, en mars 2009, un comité consultatif sur les langues officielles.

Mais les mécaniques ne peuvent pas pallier l'insensibilité, la souveraine indifférence, pour ne pas dire le mépris. Au lendemain de la fête nationale des Acadiens, il vaut toujours la peine de le rappeler.
 
 
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  • André Loiselet
    Abonné
    lundi 16 août 2010 01h14
    Rouleau compresseur identitaire

    Le Canada est le pays des anglophones. Ils sont majoritairement et démocratiquement chez eux. Les illusions à la Trudeau d'un bilinguisme coast to coast sont de la bouillie...Les anglos, bien que sympathiques, n'y voient aucun intérêt. Ils ont l'appui linguistique du voisin américain et nous avons celui de la lointaine France qui fait tout en son pouvoir pour s'angliciser.
    Après ce constat que tous constatent, ne reste plus qu'à se faire une terre à soi, non? Connaissant les craintes financières des gens du pays, on a tout fait, depuis des années, pour nous endetter au maximum. Il faudrait faire table rase de ces dettes avec la Caisse d'économie ( que le climat financier le permette ou non), prendre le pouvoir dans la confiance (en allant voter) puis établir notre nouveau pays avec ou sans référendum (voir le Kosovo). Autrement, nous continuerons à nous plaindre d'un rouleau compresseur identitaire étranger qui fait son travail, lentement mais sûrement, le plus normalement du monde.

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 07h40
    Ne rien laisser passer
    Dans l’état actuel des choses et la situation que décrit Josée Boileau, les Francophones ne peuvent avoir que deux attitudes : ne pas réagir et attendre on ne sait quoi ou ne rien laisser passer et déposer des plaintes chaque fois que le français n’est pas respecté.
    Qu’il s’agisse d’Air Canada, de Postes Canada, du service fédéral de sécurité dans les aéroports, de l’affichage dans les aéroports, de communiqués, de manifestations, de communications avec des ministères ou d’autres circonstances ou occasions, il faut faire valoir ses droits.
    Trop souvent, des Francophones ne réagissent pas, quand ils ne communiquent pas entre eux en anglais, alors qu’ils pourraient parfaitement le faire en français. L’actuel gouvernement conservateur tend à réduire les Francophones au silence, en ne s’intéressant à eux qu’à l’occasion de campagnes électorales, avec des promesses qui n’ont pour valeur que celle que leur accordent ceux qui y croient.
    Un tel combat a payé en Ontario contre le gouvernement conservateur provincial pour maintenir et sauvegarder le caractère francophone de l’hôpital Montfort. C’est regrettable qu’il en soit ainsi, mais devant l’indifférence, pour ne pas dire le mépris que mentionne J. Boileau, c’est la solution du moment. La passivité n’est pas de mise.

  • Paul Verreault
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 08h43
    Même histoire
    Ça fait plus de 40 ans que le (la) Commissaire aux Langues officielles fait les mêmes constats et demandent les mêmes corrections. Puis on a droit aux mêmes excuses plattes des Canadians. Pendant ce temps, la Loi 101 a été rendue si efficace que le Québec s'anglicise (Réf.: Dernier recensement). Pourquoi les Canadians tiendraient-ils compte des voeux pieux du CLO? C'est au peuple québécois à constater et à faire le nécessaire pour que le français perdure en Amérique, soit l'Indépendance!

  • Marc Gendron
    Abonné
    lundi 16 août 2010 09h23
    Se faire enfirouaper
    On aurait pu aussi compter les bouts de trottoirs, les rampes d'escalier, les sièges dans le stade, autant d'œuvres des Québécois qui ont travaillé au BC durant les jeux olympiques.Et ainsi porter à 30-35% le contenu québécois des Jeux.

    C'est pas nouveau que le ROC nous rie en pleine face. Ils sont capables de toutes les outrances quand il s'agit de nous enfirouaper. La manœuvre a connu son apogée la veille du referendum de 95 alors que pas loin de 50 000 anglos débarqués des quatre coin du Canada sont venus nous dire de renoncer à un pays pour leurs beaux yeux ET ON L'A FAIT!

  • Roger Sylvain
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 09h31
    Deux poids deux mesures
    Le Québec voudrait que le Canada soit bilingue coast to coast et que chaque francophone puisse se faire servir en français peu importe la grosseur du village. On parle de mépris de la part du Canada quand ce droit n'est pas respecté mais on oublie facilement qu'au Québec nous avons voté une loi qui fait en sorte que l'anglais ne soit plus reconnu sur notre territoire. Seul le français a droit de citer dans les services gouvernementaux, dans les affaires,dans l'affichage routier et autres.Cette loi avait pour but de faire disparaitre l'anglais de la face du Québec.Un anglophone ne peut étudier dans sa langue s'il vient de l'étranger.Montréal n'offre aucun service en anglais aux 50% de non francophones de la ville car elle se dit une ville francophone et non une ville bilingue. Ça c'est de l'hypocrisie et du mépris.
    Le Canada n'est peut-être pas parfait mais au moins il n'a pas voté une loi contre le français comme le Québec l'a fait contre l'anglais.
    Avant de parler de la paille qui est dans l'oeil de notre voisin il faudrait peut-être voir la poutre qui est dans le nôtre.
    Roger Sylvain

  • L'ex-Canard
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 10h07
    Le Canada anglais s'est lui-même méprisé
    Accorder le contrat de ces cérémonies à cet australien m'est apparu de la folie furieuse. Suffisait de consulter leur site web pour comprendre... Comment aurait-il pu comprendre par exemple pourquoi honorer "Lucille Starr" née Raymonde Savoie et son célèbre "Quand le soleil dit bonjour aux montagnes" qu'elle avait entonnée l'année précédente lors du 100ième anniversaire de Maillardville.

    Rappelons-nous aussi que le contrat du pavillon du Canada était accordé à des américains de Chicago. Si vous pensez que le Québec souffre d'un mal identitaire, il suffit de regarder de l'autre bord de la clôture pour mieux comprendre l'état des lieux...

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    lundi 16 août 2010 11h27
    À Monsieur Sylvain
    La loi 101 réserve l'enseignement en anglais aux anglophones canadiens (dans sa version originale, c'était aux anglophones québécois). Combien connaissez-vous d'étrangers non francophones qui envoient leurs enfants à l'école française en Ontario? De plus, au Québec, ce droit ne dépend pas de la taille du village. Toute la documentation que je reçois de la ville de Montréal est toujours intégralement bilingue. Tous les policiers de Montréal doivent parler anglais. (Quelle est la proportion dans la police d'Ottawa?) Dans tous les commerces, on exige la connaissance de l'anglais, mais de nombreux commerces ne peuvent pas servir leur clientèle en français. À Montréal. Tous les jours, je vois des immigrants qui ne parlent pas un mot de français, qui ne sont même pas foutus de savoir dire excusez-moi, pardon ou merci.

  • alsandor
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 13h24
    Pas surprenant
    Ayant vécu quatre ans dans l'Ouest, il n'y a pas grand'chose qui puisse me surprendre sur l<attitude des anglais vis-à-vis l'utilisation de la première langue.

    Le plus effarant: à la bibliothèque publique d'Edmonton, le matériel audio-visuel en français venant du Québec était dans la section "foreign" (étrangère). J'ai porté plainte mais sans succès. Il y a plusieurs années de cela mais à la vitesse glaciale des changements d'attitude, je suis quasiment certain que rien n'a changé.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 16 août 2010 14h12
    Deux pays
    Le Canada n’est pas UN vrai pays, il y a en réalité DEUX pays au nord du 45e parallèle.

    Deux langues, deux mentalités, deux pays.

    Vive le Québec souverain!

    Pourquoi pas une réunification des francophones du Canada dans leur berceau historique, au Québec ? En effet, et le Québec indépendant et souverain pourrait accueillir en son sein tous les francophones du Canada qui désirent conserver leur langue et leur culture: Acadiens, Franco-Ontariens, Franco-Albertains, etc. Cette diaspora serait des plus bienvenue chez-nous.

  • Sylvain Racine
    Abonné
    lundi 16 août 2010 14h26
    Le Canada me fait...
    Je suis allé au "Canada" qu'une seule fois, alors que j'avais pris un vol transatlantique avec une escale à l'aéroport Pearson de Toronto. En passant un point de sécurité, deux agents m'ont arrêté pour faire un contrôle de sécurité supplémentaire. En regardant mon passeport l'un a dit "are you indien?" et a par la suite regardé son collègue pour lui demander "Have you heard of that town, Arthabaska?" (qui est mon lieu de naissance au Québec).

    Par la suite il me regarde, puis me demande "where is Arthabaska?" et je lui répond:

    "J'en ai marre, vous me faites chier, s'il n'y pas personne pour me faire chier en français, alors foutez-moi patience".

    Et puis les deux agents, ne comprenant rien, m'ont laisser continuer mon chemin.

    Et depuis, lorsque je choisi mes vols, je préfère payer plus cher juste pour être bien certain de ne pas avoir à faire d'escale en dehors du Québec.
    Voilà, c'est ça le Canada pour moi, un pays qui me fait chier, où je suis un indien, un terroriste, "a pain in their ass".

  • Fernande Trottier
    Abonnée
    lundi 16 août 2010 16h33
    Arthabaska
    Sylvain...tout comme moi tu sais que c'est un des plus beaux coins du Québec
    je vois le Mt St-Michel, la croix et tous ces bijoux d'architecture.. un jour que
    j'attendais un colis, il avait été envoyé à Victoria, B.C., c'est aussi cela le Canada.
    f.t.

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 16 août 2010 19h52
    "...les mécaniques ne peuvent pas pallier l'insensibilité"
    On dirait bien que plusieurs anglophones du Canada préféreraient se priver d'apprendre et surtout de parler une langue aussi riche que le français plutôt que de le faire par bilinguisme obligé et par considération pour les francophones de ce pays. Alors qu'ils le fassent pour d'autres raisons. C'est toute la francophonie qui doit démontrer l'importance du français dans le monde. Ainsi nos voisins l'utiliseront pour autre chose qu'au nom d'un amour qui n'existe pas, qui n'existera jamais; ils pourraient le faire simplement pour être plus brillants.

  • Michel Page
    Inscrit
    dimanche 29 août 2010 10h53
    Le vrai mépris fait aux francophones hors-Québec réside dans l'ignorance des droits de générations d'enfants à qui on refuse l'éducation en français...
    Madame,
    Je vous soumets quil y a pire... Le Commissaire aux langues officielles pourrait faire beaucoup et être utile s’il faisait la promotion de l’éducation en français (petite enfance, primaire et secondaire) des enfants ayant droit à l’éducation en français. Seulement environ le tiers des enfants ayant droit à l’éducation en français sont inscrits dans des écoles françaises.

    Bien votre

    référence:
    http://www.vigile.net/Francophones-hors-Quebec,29627
    '

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