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L'exode tamoul - Les terroristes ne sont pas où l'on pense

Jean-Claude Leclerc   16 août 2010  Canada
Des douaniers sont montés à bord du Sun Sea, transportant plus de 400 réfugiés tamouls du Sri Lanka, après que ce navire eut accosté au port d’Esquimalt, en Colombie-Britannique, vendredi dernier.<br />
Photo : Agence Reuters Andy Clark
Des douaniers sont montés à bord du Sun Sea, transportant plus de 400 réfugiés tamouls du Sri Lanka, après que ce navire eut accosté au port d’Esquimalt, en Colombie-Britannique, vendredi dernier.
À en croire le cabinet Harper, plus le Canada fait montre de compassion, plus il risque d'être envahi par des terroristes ou de faux réfugiés. La population serait mieux protégée, laisse-t-il entendre, si ces étrangers étaient, sinon repoussés à la mer comme autrefois, du moins traités avec toute la rigueur de la loi. Et comme si la loi en place ne suffisait pas, Ottawa s'affaire à trouver d'autres moyens de fermer la frontière.

Or, vérification faite, les passagers du Sun Sea arraisonné au large de Vancouver n'ont guère l'allure inquiétante qu'on leur a prêtée. Ils ne présentent pas, non plus, le triste spectacle de pauvres gens exploités par des passeurs sans scrupules. L'ordre qui régnait à bord du bateau et l'état de santé des arrivants auront même surpris les services qui les ont pris en charge à Esquimalt.

Il faut s'interroger plutôt sur les conditions de départ de ces migrants. Ces dernières années, d'après les chiffres des autorités fédérales, les réfugiés dont les demandes ont été traitées n'étaient pas nombreux, à peine une trentaine de mille en 2008. Par contre, les principaux pays d'origine en étaient, par ordre d'importance, le Mexique (9533), Haïti (4907), la Colombie (3329), la Chine (1661) et le Sri Lanka (1013).

Ce bilan n'est pas le fruit du hasard. Au Mexique, la drogue, la violence et la corruption sont en train de l'emporter. Des gens d'affaires fuient les enlèvements. Les journalistes descendent par milliers dans les rues, dénonçant les trafiquants et l'impunité dont ils profitent. On ne saurait présumer que les demandeurs d'asile qui fuient désormais ce pays sont tous des fraudeurs qui abusent de la protection du Canada.

La Colombie, elle, n'est pas encore sortie du chaos dans lequel l'ont plongée les cartels de la drogue, les escadrons d'extrême droite et les guérillas gauchistes. Juges, policiers et journalistes assassinés ont payé un lourd tribut à ces forces maléfiques. On ne saurait donc, là non plus, croire qu'un gouvernement intègre, efficace et impartial y assure dorénavant la protection des gens.

Les États-Unis, il est vrai, ont érigé, au nord du Mexique, un mur contre les migrations venues du sud. Mais ils portent la responsabilité principale de la montée du narcotrafic. Comme l'a reconnu Hillary Clinton en assumant le Secrétariat d'État, les Américains sont à la fois les principaux consommateurs de drogue et les premiers fournisseurs d'armes des réseaux criminels qui en tirent fortune et pouvoir. (Contre les boat people d'Haïti, Washington a déployé deux mesures de dissuasion, qu'Ottawa n'a osé emprunter jusqu'ici: le refoulement en haute mer et, pour les exilés qui ne s'étaient pas noyés, l'emprisonnement à terre.)

D'aucuns s'étonneront que la Chine fournisse des «réfugiés» au Canada. Le contraire serait pourtant surprenant. Aux dissidents qu'elle pourchasse, notamment au Tibet, s'ajoutent désormais, avec le progrès économique, les victimes urbaines du capitalisme sauvage, voire les sinistrés ruraux des ouvrages d'infrastructure. À considérer toutefois l'ensemble de la population, l'immense Chine n'est pas en crise.

L'après-guerre au Sri Lanka

Il en va autrement du Sri Lanka, relativement peu populeux, où l'armée a écrasé l'insurrection tamoule qui déchirait le pays depuis des décennies. La majorité cingalaise, en effet, est loin d'avoir réintégré la minorité tamoule dans la vie nationale. Le refus d'un statut politique à cette minorité fut à l'origine des troubles. Cet autre refus explique l'échec de la «sortie de crise» et l'exode auquel la population tamoule est maintenant acculée.

Plusieurs organismes internationaux s'inquiètent de l'après-guerre au Sri Lanka. On compte parmi eux des observateurs dont l'indépendance fait peu de doute, tels l'International Crisis Group, que préside Louise Arbour, ex-juge de la Cour suprême du Canada, Human Rights Watch et The Elders. Ce dernier groupe est formé de personnalités internationales, dont Nelson Mandela, Jimmy Carter et Kofi Annan.

Son président, Mgr Desmond Tutu, déclarait le 3 août dernier: «Le gouvernement du Sri Lanka a besoin de démontrer un engagement beaucoup plus grand à réaliser une réconciliation pleinement significative. La persécution en cours comme la disparition de militants des droits de la personne, de journalistes et d'opposants est vraiment terrifiante.»

L'archevêque sud-africain ajoute: «Malheureusement, les commissions internes ont jusqu'ici peu fait pour révéler la vérité derrière les violations de droits de la personne. Il est douteux que la "Commission réconciliation et leçons apprises" instituée par le Président aide les Sri-Lankais à oeuvrer à une paix durable et à la réconciliation.»

Si les gens qui fuient le Sri Lanka sont des terroristes, comment peut-on demander aux pays voisins de les laisser y présenter, au bureau local des Nations unies, une demande de statut de réfugiés, comme le suggérait samedi le Globe and Mail? Et si ce n'est pas le cas, pourquoi le Canada devrait-il se soustraire à son obligation internationale d'accorder protection à des réfugiés?

En adoptant à son tour une posture ultra-sécuritaire, le cabinet Harper donne un piètre exemple à la communauté internationale, tout en bafouant sans justification la communauté des Tamouls du Canada. Le recours aux passeurs que fustige Ottawa ne serait pas nécessaire si les gens en détresse à l'étranger pouvaient compter sur des services canadiens plus ouverts outre-mer.

Bref, au lieu d'ouvrir des prisons pour réfugiés, le cabinet fédéral devrait s'employer à ramener à la raison le gouvernement actuel du Sri Lanka. En laissant le désespoir gagner les vaincus, on ne ferait qu'ouvrir la porte à plus de terrorisme. Est-ce la conception de la paix et de la justice qui prévaut à Ottawa?


***

Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l'Université de Montréal.
 
 
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  • NicolasG
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 00h05
    Ouvrons les portes du Québec à l'immigration!
    Je propose que l'on permette à autant de réfugiés et immigrants de toute nationalité de venir s'établir au Québec (environ 200-300 milles maximum par année). Il suffira de s'assurer que ceux-ci ne sont pas des terroristes ou des criminels et ils auraient droit à un statut officiel comme résident. Après quelques années, ils devraient aussi avoir le droit de faire venir leur famille proche comme leur enfants ou leur époux/épouse.

    Ceux qui s'opposent à la venue d'immigrants ne comprennent pas que c'est la seule manière de faire face au vieillissement de la population. Il devront comprendre qu'il faut se débarrasser de nos vieux préjugés racistes.

  • André Loiselet
    Abonné
    lundi 16 août 2010 05h37
    Vieille chaussette
    Qui pourrait être surpris encore de la conception de la paix et de la justice qui prévaut au Canada? La question ne se pose même pas. J'espère que les anglo-canadiens auront la fierté de déboulonner M. Harper de son foutu piédestal de vieille chaussette au plus sacrant! Au Québec, son cas est réglé.

  • P. Boutet
    Abonné
    lundi 16 août 2010 10h10
    Regarder passer le train
    "Washington a déployé deux mesures de dissuasion, qu'Ottawa n'a osé emprunter jusqu'ici: le refoulement en haute mer et, pour les exilés qui ne s'étaient pas noyés, l'emprisonnement à terre"

    Ottawa n'a pas osé emprunter cette voie!

    Attendez qu'ils soient majoritaires!

    Il serait temps de demander gentiment au fédéral si il accepte la sécession du Québec. Je parie que la réponse serait: ouiiiiiiiiiiiiiii!

    Mais on va plutôt attendre que des élections soient provoquées au fédéral, que les conservateurs débarquent et ensuite on élira le PQ au Québec. Comme ça on aura encore regardé passer le train. Tout comme on l'a regardé passer pendant les commandites où l'enquête a été déclenchée une fois que le parti Libéral fût élu au Québec.

    J'avais déjà lu que certains considéraient les citoyens comme du bétail! À force de regarder passer le train comme de vieilles vaches impotentes, je me demande si cette comparaison n'est pas adéquate!

  • Gilbert Talbot
    Abonné
    lundi 16 août 2010 10h28
    Mais où vont les réfugiés africains ?
    Vous écrivez que les réfugiés qu'on accueille en plus grand nombre viennent de l'Asie d'une part, Chine et Sri Lanka, et de l'Amérique Latine (Mexique, Colombiie, Haïti) d'autre part. Mais où vont les millions de réfugiés africains qui fuient les guerres du Soudan, de la Républque du Congo, les pirates de la Somalie, les famines des pays du Sahel, les victimes de la discrimination religieuse et ethnique au Moyen Orient, en Irak, en Afghanistan ? Ils vont beaucoup en pays européens qui les refoulent de plus en plus aux frontières. Ceux qui sont acceptés ont de la difficulté à se trouver de l'emploi, font des petits boulots, et lorsque ce sont des professionnels, ne peuvent pratiquer leur profession dans leur pays d'adoption. Alors voici le portrait complet : ou bien on vous refoule, ou bien on vous jette en prison, ou bien on vous fait faire le sale boulot peu payé.Il ne s'agit pas seulement de la politique canadienne des réfugiés, mais bien de la politique des pays riches face aux pays pauvres ou en guerre. On a besoin d'une politique mondiale pressante, surtout si on inclut les réfugiés écologiques, ceux qui comme au Pakistan maintenant, fuient les désastres écologiques.

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 10h39
    Plus complexe...
    L'histoire des « terroristes » est probablement une création de la paranoïa post 11 septembre et le terroriste des uns peut être le libérateur des autres. De plus, comment prouve-t-on que quelqu'un est un terroriste dans le cadre d'une guerre civile? Dans une guerre civile, il y a les combattants, volontaires ou pas, et les civils qui sont pris entre deux feux. Qui est le « terroriste» et comment détermine-t-on qu'une personne est membre des Tigres Tamouls? J'imagine qu'ils ne tiennent pas de listes de membres (du moins accessible au Canada) et il n'y a pas d'empreintes digitales de tous les combattants... Donc, sauf pour les chefs notoires, la preuve c'est probablement tout simplement la déclaration des personnes qui arrivent ici et on peut douter qu'il y ait un grand nombre de « terroristes » qui vont s'identifier comme tel...

    D'autre part, l'arrivée de ce bateau soulève la question de la sélection des réfugiés au Canada. Je sais qu'il y a plusieurs réfugiés colombiens à qui on a refusé l'entrée au Canada, entre autres faute de budget. Ce pays est encore en guerre civile (contrairement au Sri Lanka) et des gens sont constamments menacés de mort et assassinés, en particulier les chefs syndicaux, les défenseurs des droits de l'homme et les autochtones. De plus il compte plus de 4 millions de réfugiés internes (contre environ 30 000 Tamouls selon certaintes sources). Alors, la question se pose de savoir pourquoi deux poids deux mesures, si d'une part on arrive ici en bateau, en risquant sa vie, et si, d'autre part, on suit les règles d'immigration et on attend le OK du Canada?

    Jusqu'à présent il n'y a pas eu de réponse à ces questions, y compris dans votre article.

  • Pierre Coutu
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 10h52
    Le grand désarroi des Tamouls du Sri Lanka
    Bravo M. Leclerc pour ce recul nécessaire.
    Sur ce thème lire aussi :
    Écrasement des Tigres, durcissement du pouvoir
    Le grand désarroi des Tamouls du Sri Lanka
    Par Cédric Gouverneur
    http://www.monde-diplomatique.fr/2010/08/GOUVERNEU

  • Democrite101
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 15h53
    Le terrorisme est une création de l'archaïsme religieux de la droite occidentale

    Félicitations aux autres blogueurs, humanistes et gens de coeur.

    Le terrorisme, en très grande partie, est la conséquence, donc presque la création, des réactionnaires (la droite) des pays occidentaux. Ils sont sans pitié, n'ont pas de coeur, bloquent l'évolution culturelle progressiste, ensanglantent le Proche-Orient par un antisémitisme pervers (on jette nos Juifs sur la tête des Palestiniens). Et la droite se présente à eux pour les aider à s'entendre !

    J.Légaré

  • Orchestique
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 18h24
    La Hollande a compris cela...
    L'article bien fignolé démontre bien la futilité de proscrire l'usage légal de la drogue, les cartels ont besoin de criminaliser la drogue pour maintenir un profit raisonnable. Je craindrais pour le sort du politicien trop avant-gardiste qui oserait vouloir permettre un contrôle légal comme on le fait présentement pour la cigarette.

    Quand on aura investi dans la prévention de consommer au lieu de créer de la résistance et des prisons qui ne feraient que monter les prix de la drogue si la répression devenait efficace, il y aura peut-être moins de crimes induits par les vendeurs et consommateurs de drogue et moins de personnes qui se sentent obligé de quitter leur pays pour éviter de se faire attaquer par ces cartels, ou du moins s'en servir comme excuse pour devenir réfugié.

    J. Pierre Légaré

    policier créatif

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    mardi 17 août 2010 10h32
    L'immigration
    Le Québec accueille entre 40 et 50 000 immigrants/an. C'est ce que lui permet le Fédéral. Pour augmenter ce nombre à 2-300 000, le Québec doit être souverain.

    De^plus, a t'il la capacité d'intégrer tant de monde ?

  • Marc Gendron
    Abonné
    mercredi 18 août 2010 08h45
    L'avenir du botin téléphonique
    Si on accueille 200-300 mille immigrants par année au Québec, avec leurs descendants, ils seront plus nombreux que nous le sommes aujourd'hui dans 25-30 ans. Et de beaucoup.

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