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Revue de presse - Le Bloc vu du ROC

Manon Cornellier   14 août 2010  Canada
Le 20e anniversaire de vie politique du chef bloquiste Gilles Duceppe n'est pas passé inaperçu au Canada anglais, en particulier dans le National Post. On aimerait bien trouver une façon de mettre fin à l'emprise du parti au Québec, mais comment? Les solutions envisagées n'ont rien à voir avec la résolution du débat de fond autour de l'adhésion du Québec à la Constitution de 1982. On est dans la mécanique démographique et l'argent...

Le chroniqueur du Post Adam Daifallah pense que le Bloc est devenu, pour le reste du pays, «une des forces politiques les plus obstinément vexantes». Les conservateurs, les libéraux et les néodémocrates ont tenté de briser l'emprise du Bloc au Québec. En vain. «Les vieux arguments contre le Bloc se sont révélés des échecs», dit Daifallah. Contrairement à ce que certains pensent, le Bloc n'est pas une nuisance du point de vue québécois. Il demeure populaire à cause de son chef et parce que «sa présence à Ottawa agit comme une police d'assurance contre le reste du Canada, garantissant presque des "concessions" à la province de la part du parti gouvernemental, ce dernier nourrissant l'espoir futile de ravir des appuis au Bloc». Mais il y a de l'espoir, dit-il. Duceppe ne sera pas éternellement chef et l'évolution démographique du pays fera en sorte, avec la redistribution électorale, que le poids politique du Québec diminuera. Les autres partis n'auront donc plus à s'en soucier pour obtenir un mandat majoritaire.

Avec l'équipe éditoriale du Post, le Bloc a le dos large. Selon elle, le parti a «cimenté la balkanisation de la politique canadienne» et encouragerait l'élection de gouvernements minoritaires en «monopolisant le vote» au Québec. La conséquence serait un Parlement où l'affrontement serait la norme, ce qui alimenterait un climat hostile et détournerait les citoyens de la politique. En plus, le Bloc contribuerait, selon le Post, à l'isolement du Québec et réduirait le réservoir de talents pour de futurs conseils des ministres. À première vue, les Québécois n'ont pas été mal servis par leur stratégie, note le quotidien, puisque les partis fédéralistes font des pieds et des mains pour les courtiser. Mais les Québécois ne se laissent plus séduire facilement et la force persistante du Bloc maintient «le fossé politique et culturel entre le Québec et le reste du pays». «Le laisser s'élargir est dangereux pour l'unité nationale», dit le Post.

Le nerf de la guerre

Pour briser l'impasse, le Post suggère, sans trop y croire, que les partis fédéralistes concluent un pacte de non-agression et se partagent les circonscriptions québécoises, les conservateurs affrontant le Bloc dans les régions et à Québec et les libéraux, dans la région montréalaise. L'autre solution serait de frapper le Bloc là où ça compte, c'est-à-dire son portefeuille. Depuis l'avènement du financement public, note le Post, le parti de Gilles Duceppe dépend presque entièrement des subventions fédérales. «Si on fermait le robinet des subventions, le Bloc se retrouverait nettement désavantagé.» De toutes les raisons militant en faveur de la fin du financement public, celle-ci devrait à elle seule suffire, conclut le quotidien.

Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, dénonce à son tour un système qui a, selon lui, surtout profité au Bloc québécois. Il note que le Bloc n'a déclaré que 850 000 $ en dons l'an dernier alors qu'il a reçu 2,7 millions en fonds publics. Selon Simpson, les bloquistes ne se forcent même plus pour récolter des fonds, «les largesses fédérales

permettant au Bloc de dire à ses plus fidèles supporteurs de donner plutôt au Parti québécois». Le chroniqueur conclut que le Bloc profite de «l'argent des contribuables, la plus grosse partie provenant de l'extérieur du Québec». (Comme si les Québécois ne votaient pas ni ne payaient pas les mêmes taxes que les autres Canadiens. Le financement public est basé sur le nombre de votes reçus. On peut donc supposer que les fonds versés au Bloc viennent des Québécois qui ont voté pour eux.) Simpson ne peut accepter que ses taxes servent à la promotion de la souveraineté et souhaite qu'on remplace cette subvention aux partis politiques par un rehaussement de la limite sur les dons individuels.

Graeme Hamilton, du National Post, offre un point de vue un peu plus nuancé, même s'il se demande ce que les souverainistes peuvent bien fêter. Après 20 ans de batailles, leur projet n'est toujours qu'un rêve. Il cite Duceppe qui, en entrevue, dit que son parti et lui ont progressé sur le chemin de la souveraineté. Il en veut pour preuve les sondages, la majorité de sièges gagnés au Québec à chaque élection. Mais, rappelle Hamilton, l'objectif n'était pas de durer. 1993 devait être leur seule campagne. Mais Duceppe voit la Chambre des communes comme un terrain pour former les futurs leaders d'un Québec indépendant. Encore faut-il que les Québécois en veuillent. L'optimisme de Duceppe, le respect qu'il inspire dans le reste du pays et son ouverture à l'endroit des minorités culturelles font toutefois dire à Hamilton que «le passage des années a peut-être permis au mouvement souverainiste de mûrir au-delà de ce qu'auraient voulu ses fondateurs, mais avec ça est venu aussi une plus grande maturité».

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • France Marcotte
    Abonnée
    samedi 14 août 2010 09h20
    Adorables rocailleux
    Franchement, ça prenait bien son 20e anniversaire pour savourer à quel point le Bloc pouvait faire suer le Roc et d'une façon aussi touchante. Les chroniqueurs de ces journaux canadiens font penser à des conspirateurs de dessins animés qui poseraient des pétards à la farine sous les pas d'un Bugs Bunny mort de rire. Réjouissant de voir que la belle allure de Gilles Duceppe et le respect qu'il inspire les fatiguent autant. Vrai, tous les Québécois devraient lire cette revue de presse aujourd'hui, c'est terriblement bon pour le moral. Pourquoi est-elle enfouie dans les replis de ce site?

  • lagenda
    Abonné
    samedi 14 août 2010 11h13
    Quand le ROC s'énerve
    N'ayant rien à proposer aux Québécois, le ROC, par la voie de leurs médias, n'a d'autre choix que de tenter de miner le Bloc, ce par des arguments des plus fallacieux. Le financement du Bloc "par les canadiens anglais", alors qu'il n'est fait que par les taxes des Québécois eux-mêmes en est un exemple flagrant.
    Quand le ROC s'énerve, le Post, entre autres, fait malgré lui la démonstration que le Bloc est nécessaire et profitable aux Québécois. Merci !

  • Lynn
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 14h06
    Une autre perspective
    Ou une autre manière d'y penser c'est que le Bloc est la raison pour lequel nous avons un gouvernement majoritaire Conservatrice et Harper! Grace aux Québécois. Nous méritons le government qu'on a.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    samedi 14 août 2010 14h23
    Bien dit
    France Marcotte et lagenda,
    Le Bloc empêche la venue d'un gouvernement majoritaire néo-cons ou libéral. C'esty ce qui fait suer the ROC.

  • Chryst
    Abonné
    dimanche 15 août 2010 12h31
    L’affirmation nationale
    Que le National Post ne s’étonne guère le Québec trouvera bien son chemin. Et l’argent ne sera plus un obstacle à son épanouissement, loin de là. Pour Daïfallah du Post les visées politiques canadiennes sont manifestes à l’égard du Québec soient l’assimilation à l’anglais.

    Le fossé politique et culturel s’élargit entre le Québec et le reste du Canada anglais, selon l’équipe éditoriale du Post, Elle suggère aussi une stratégie basée sur l’argent; le bloc deviendrait dangereux pour l’unité canadienne.

    Or, si le Québec adopte nos méthodes informatiques (base de données) et les nouvelles technologies liées aux satellites, les problèmes d’argent ne se poseront plus.

    Fini le chantage à la Simpson du Globe and Mail

    Pour Graeme Hamilton du National Post, le rêve pourrait bien devenir réalité. La. plus grande maturité dont il parle passe sans doute par une option qui transcende la politique.et qui réfère à notre identité.

    Michel Thibault ing. f. m. sc.

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    dimanche 15 août 2010 15h33
    Tant mieux si le BLOC énerve le ROC !
    Merci de cette revue, Mme Cornellier!
    On voit combien le Canada est constitué de deux solitudes sous bien des aspects: politique, culturelle, linguistique, valeurs distinctes...
    Puissent les Québécois se réveiller enfin et former leur pays et le ROC, libéré de ce prétendu fardeau, s'épanouir librement dans toute son anglophilie et sa francophobie.
    Comme si la fracture du Canada était pire de conséquences que la destruction de la couche d'ozone, le réchauffement climatique, les guerres de l'eau potable qui s'annoncent, la terrible différence croissante entre riches

  • Tivon
    Inscrit
    dimanche 15 août 2010 20h07
    Le ROC vu par le BLOC

    EN RÉACTION À: Le Bloc vu du ROC
    par Yvon Cote, dimanche 15 août 2010, à 03:36

    Cette vision me paraît juste et fidèle aux faits observés depuis 20 ans à la Chambre des Communes. En effet, sous le fallacieux prétexte de la "défense des intérêts du Québec", les bloquistes ont plutôt montré leur manie obsessionnelle de soulever la zizanie au sein du Parlement, entretenant ainsi un climat d'animosité, qui s'est peu à peu retourné contre le Québec, hélas! Cette stratégie de commportement belliqueux visant à alimenter l'embarras dans les discussions en comités, la fatigue à travers les reports de législations importantes (comme les pénalités pour les jeunes contrevenants criminels), et même la haine délibérément soulevée puis spécialement entretenue à l'égard des ministres de l'environnement successifis, ciblés et devenus particulièrement les têtes de Turcs du Parti conservateur.

    D'ailleurs, on aura noté que cette haine pouvait, en d'autres temps, aussi bien viser les Libéraux que le NPD. Souvenons-nous, à cet égard, de l'épisode loufoque de la soit-disant coalition parlementaire ... avortée, du projet de loi manigancé , puis échappé, du Bloc sur la présence obligée du Québec à l'UNESCO, et de combien d'autres! Bien pris qui croyait prendre! dit un proverbe...

    Non, je crois que le Bloc se plaît principalement dans la technique du croc-en-jambe aux uns et aux autres... Mais, hélas, à la fin, le Bloc, ce faisant,l maintient à la fois les Canadiens dans une impatience épuisante et les Québécois dans l'assurance d'un confort nourricier et bénéfique. Tout le monde y perd au change. C'est bien dommage!

  • Charles Laflamme
    Inscrit
    dimanche 15 août 2010 22h50
    Utiliser le Bloc pour favoriser le financemeent privé antidémocratique
    Nous avons à Ottawa le Parti Conservateur qui sert très bien les intérêts des américains et de ceux qui contrôlent l'économie de l'Ouest

    Nous avons le Parti Libéral qui sert les intérêts de Bay Street et en même temps ceux de l'Ontario. Quoi qu'aux dernières élections, les libéraux ne savaient plus sur quel pied danser à propos de l'Alberta et de l'environnement puisque les oligarques ont déménagé une partie de leurs intérêts dans l'ouest. Il sert aussi très bien les intérêts du Maitre de notre premier ministre québécois au détriment des intérêts de tous les québécois.

    Au Québec, nous avons le BLoc, pour défendre nos intérêts.

    Harper se sert de cette particularité pour promouvoir le financement des partis politique par l'argent provenant des intérêts privés plutôt que des deniers provenant de façon anonyme via le retour directement proportionnel aux nombre de votes récoltés au moment d'une élection.
    Derrière cela il y a le désir de faire disparaître les partis politiques dont l'argent qui est le nerf de la guerre vient de l'assentiment des citoyens.

    Imaginons lors d'une élection:
    Un parti politique à la solde des Oligarchies et bien financé
    vs
    Un parti politique sous financé malgré qu'il représente les citoyens, donc les payeurs d'impôts. Et imaginons le gouvernement qui en résulterait

    Déjà qu'un gouvernement peut faire à peu près ce qu'il veut dans tous les domaines après un vote de confiance basé uniquement sur un budget, cela même en situation minoritaire.

  • Kebekwa
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 07h18
    Sauvons le Bloc .....
    .... car en permettant aux Québécois de se séparer sans se séparer il contribue fortement à préserver le Canada.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    lundi 16 août 2010 09h36
    Gardons le Bloc...
    ... car il empêche, entre autres, l'avènement d'un gouvernement majoritaire conservateur. C'est cela qui fait suer le ROC.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 16 août 2010 11h54
    La voix des Québécois francophones
    La pertinence du Bloc s’accroît avec le temps, quand on voit l’inanité, la fourberie et l’insignifiance des autres partis.

    Comprendra-t-on une fois pour toutes que le bi-partisme, c’est FINI au Canada? L’ère des deux partis gouvernement-opposition est révolue parce qu’anti-démocratique. Ce n’est pas démocratique, car un parti peut être au pouvoir alors que la majorité des gens est contre eux.

    Apprenons à vivre avec la concertation et la coalition plutôt qu’avec le parti unique qui ne représente que 36% de la population. Alors, la solution est la coalition et la concertation entre les divers partis pour gouverner dans les intétêts de l’ensemble des citoyens et non pas dans l’intérêt d’un seul parti.

    Je crois que la seule solution pour les Québécois actuellement, en attendant la souveraineté du Québec, est d'avoir à Ottawa un gouvernement de coalition où le Bloc aura son mot à dire et où on ne pourra pas cross(...) le Québec comme les gouvernements majoritaires libéraux et conservateurs l'ont fait dans le passé.

    Nous aurons le choix de voter pour un parti qui n'est pas inféodé au ROC. Avec le Bloc, “Heureusement on a un parti propre au Québec”, dans tous les sens. La pertinence du Bloc s’accroît avec le temps, quand on voit l’inanité, la fourberie et l’insignifiance des autres partis.

  • Raymond Saint-Arnaud
    Abonné
    lundi 16 août 2010 11h58
    De la place pour le Bloc


    Les Conservateurs et les libéraux voudraient bien être les deux seuls partis sur la glace du Parlement canadien. Cependant, le système gouvernemental bi-partiste canadien est un héritage dépassé de la domination britannique au Canada et au Québec. Le bipartisme est une des manifestations du dogme bi-polaire du bien et du mal si cher à la droite ultra-conservatrice ici dans l’Ouest canadien et au sud de la frontière. Le système bipartiste uninominal à un tour qui perdure ne correspond plus à ce qu’est la démocratie, parce que justement il empêche l’expression de la démocratie en limitant la représentativité de ceux qui sont élus dans ce système.

    En attendant, des élections s’en viennent au Canada; pour qui et surtout pour quoi voter ? Pour le Parti libéral commanditeux? Ce parti qui a imposé au Québec une Constitution niant à toute fin pratique le rôle fondateur des canadiens-français et des Québécois, le parti du vol du référendum de 1995, le parti de la clarté-camisole-de-force? Non merci.

    Pour le PC de Harper? On n’en veut plus des va-t-en guerre ( la guerre en Afghanistan qui aura coûté 5 milliards aux Québécois) et de gens qui veulent mettre des enfants en prison. Non merci.

    Pour le NPD centralisateur? On n’en veut pas du NPD centralisateur, qui veut que le fédéral contrôle la santé et l’éducation au Canada, alors que ce sont des juridictions exclusivement provinciales. Non merci.

    Au Québec, une chance qu’on a le Bloc! À ma connaissance, le Bloc a toujours pris parti pour le bien des Québécois et même pour celui des Canadiens nos voisins. Ce n’est pas pour rien que le Bloc recueille l’appui de la majorité des francophones du Québec!

    Le ROC ( Canada anglais) devra apprendre à vivre avec le Bloc et à respecter nos aspirations.

  • Pierre-S Lefebvre
    Inscrit
    mercredi 18 août 2010 08h20
    Comtés limitrophes
    Je me demande pourquoi Gilles Duceppe refuse de présenter des candidats dans les comtés limitrophes du Nouveau-Brunswick et de l'Ontario avec une population francophone importante. Ces citoyens doivent être supportés par le Bloc Québécois dans leurs démarches pour avoir des services de santé, éducation et services sociaux en français. L'offensive a toujours meilleur goût que la défensive monsieur Duceppe.

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