Revue de presse - Le Bloc vu du ROC
Le 20e anniversaire de vie politique du chef bloquiste Gilles Duceppe n'est pas passé inaperçu au Canada anglais, en particulier dans le National Post. On aimerait bien trouver une façon de mettre fin à l'emprise du parti au Québec, mais comment? Les solutions envisagées n'ont rien à voir avec la résolution du débat de fond autour de l'adhésion du Québec à la Constitution de 1982. On est dans la mécanique démographique et l'argent...
Le chroniqueur du Post Adam Daifallah pense que le Bloc est devenu, pour le reste du pays, «une des forces politiques les plus obstinément vexantes». Les conservateurs, les libéraux et les néodémocrates ont tenté de briser l'emprise du Bloc au Québec. En vain. «Les vieux arguments contre le Bloc se sont révélés des échecs», dit Daifallah. Contrairement à ce que certains pensent, le Bloc n'est pas une nuisance du point de vue québécois. Il demeure populaire à cause de son chef et parce que «sa présence à Ottawa agit comme une police d'assurance contre le reste du Canada, garantissant presque des "concessions" à la province de la part du parti gouvernemental, ce dernier nourrissant l'espoir futile de ravir des appuis au Bloc». Mais il y a de l'espoir, dit-il. Duceppe ne sera pas éternellement chef et l'évolution démographique du pays fera en sorte, avec la redistribution électorale, que le poids politique du Québec diminuera. Les autres partis n'auront donc plus à s'en soucier pour obtenir un mandat majoritaire.
Avec l'équipe éditoriale du Post, le Bloc a le dos large. Selon elle, le parti a «cimenté la balkanisation de la politique canadienne» et encouragerait l'élection de gouvernements minoritaires en «monopolisant le vote» au Québec. La conséquence serait un Parlement où l'affrontement serait la norme, ce qui alimenterait un climat hostile et détournerait les citoyens de la politique. En plus, le Bloc contribuerait, selon le Post, à l'isolement du Québec et réduirait le réservoir de talents pour de futurs conseils des ministres. À première vue, les Québécois n'ont pas été mal servis par leur stratégie, note le quotidien, puisque les partis fédéralistes font des pieds et des mains pour les courtiser. Mais les Québécois ne se laissent plus séduire facilement et la force persistante du Bloc maintient «le fossé politique et culturel entre le Québec et le reste du pays». «Le laisser s'élargir est dangereux pour l'unité nationale», dit le Post.
Le nerf de la guerre
Pour briser l'impasse, le Post suggère, sans trop y croire, que les partis fédéralistes concluent un pacte de non-agression et se partagent les circonscriptions québécoises, les conservateurs affrontant le Bloc dans les régions et à Québec et les libéraux, dans la région montréalaise. L'autre solution serait de frapper le Bloc là où ça compte, c'est-à-dire son portefeuille. Depuis l'avènement du financement public, note le Post, le parti de Gilles Duceppe dépend presque entièrement des subventions fédérales. «Si on fermait le robinet des subventions, le Bloc se retrouverait nettement désavantagé.» De toutes les raisons militant en faveur de la fin du financement public, celle-ci devrait à elle seule suffire, conclut le quotidien.
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, dénonce à son tour un système qui a, selon lui, surtout profité au Bloc québécois. Il note que le Bloc n'a déclaré que 850 000 $ en dons l'an dernier alors qu'il a reçu 2,7 millions en fonds publics. Selon Simpson, les bloquistes ne se forcent même plus pour récolter des fonds, «les largesses fédérales
permettant au Bloc de dire à ses plus fidèles supporteurs de donner plutôt au Parti québécois». Le chroniqueur conclut que le Bloc profite de «l'argent des contribuables, la plus grosse partie provenant de l'extérieur du Québec». (Comme si les Québécois ne votaient pas ni ne payaient pas les mêmes taxes que les autres Canadiens. Le financement public est basé sur le nombre de votes reçus. On peut donc supposer que les fonds versés au Bloc viennent des Québécois qui ont voté pour eux.) Simpson ne peut accepter que ses taxes servent à la promotion de la souveraineté et souhaite qu'on remplace cette subvention aux partis politiques par un rehaussement de la limite sur les dons individuels.
Graeme Hamilton, du National Post, offre un point de vue un peu plus nuancé, même s'il se demande ce que les souverainistes peuvent bien fêter. Après 20 ans de batailles, leur projet n'est toujours qu'un rêve. Il cite Duceppe qui, en entrevue, dit que son parti et lui ont progressé sur le chemin de la souveraineté. Il en veut pour preuve les sondages, la majorité de sièges gagnés au Québec à chaque élection. Mais, rappelle Hamilton, l'objectif n'était pas de durer. 1993 devait être leur seule campagne. Mais Duceppe voit la Chambre des communes comme un terrain pour former les futurs leaders d'un Québec indépendant. Encore faut-il que les Québécois en veuillent. L'optimisme de Duceppe, le respect qu'il inspire dans le reste du pays et son ouverture à l'endroit des minorités culturelles font toutefois dire à Hamilton que «le passage des années a peut-être permis au mouvement souverainiste de mûrir au-delà de ce qu'auraient voulu ses fondateurs, mais avec ça est venu aussi une plus grande maturité».
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mcornellier@ledevoir.com
Le chroniqueur du Post Adam Daifallah pense que le Bloc est devenu, pour le reste du pays, «une des forces politiques les plus obstinément vexantes». Les conservateurs, les libéraux et les néodémocrates ont tenté de briser l'emprise du Bloc au Québec. En vain. «Les vieux arguments contre le Bloc se sont révélés des échecs», dit Daifallah. Contrairement à ce que certains pensent, le Bloc n'est pas une nuisance du point de vue québécois. Il demeure populaire à cause de son chef et parce que «sa présence à Ottawa agit comme une police d'assurance contre le reste du Canada, garantissant presque des "concessions" à la province de la part du parti gouvernemental, ce dernier nourrissant l'espoir futile de ravir des appuis au Bloc». Mais il y a de l'espoir, dit-il. Duceppe ne sera pas éternellement chef et l'évolution démographique du pays fera en sorte, avec la redistribution électorale, que le poids politique du Québec diminuera. Les autres partis n'auront donc plus à s'en soucier pour obtenir un mandat majoritaire.
Avec l'équipe éditoriale du Post, le Bloc a le dos large. Selon elle, le parti a «cimenté la balkanisation de la politique canadienne» et encouragerait l'élection de gouvernements minoritaires en «monopolisant le vote» au Québec. La conséquence serait un Parlement où l'affrontement serait la norme, ce qui alimenterait un climat hostile et détournerait les citoyens de la politique. En plus, le Bloc contribuerait, selon le Post, à l'isolement du Québec et réduirait le réservoir de talents pour de futurs conseils des ministres. À première vue, les Québécois n'ont pas été mal servis par leur stratégie, note le quotidien, puisque les partis fédéralistes font des pieds et des mains pour les courtiser. Mais les Québécois ne se laissent plus séduire facilement et la force persistante du Bloc maintient «le fossé politique et culturel entre le Québec et le reste du pays». «Le laisser s'élargir est dangereux pour l'unité nationale», dit le Post.
Le nerf de la guerre
Pour briser l'impasse, le Post suggère, sans trop y croire, que les partis fédéralistes concluent un pacte de non-agression et se partagent les circonscriptions québécoises, les conservateurs affrontant le Bloc dans les régions et à Québec et les libéraux, dans la région montréalaise. L'autre solution serait de frapper le Bloc là où ça compte, c'est-à-dire son portefeuille. Depuis l'avènement du financement public, note le Post, le parti de Gilles Duceppe dépend presque entièrement des subventions fédérales. «Si on fermait le robinet des subventions, le Bloc se retrouverait nettement désavantagé.» De toutes les raisons militant en faveur de la fin du financement public, celle-ci devrait à elle seule suffire, conclut le quotidien.
Jeffrey Simpson, du Globe and Mail, dénonce à son tour un système qui a, selon lui, surtout profité au Bloc québécois. Il note que le Bloc n'a déclaré que 850 000 $ en dons l'an dernier alors qu'il a reçu 2,7 millions en fonds publics. Selon Simpson, les bloquistes ne se forcent même plus pour récolter des fonds, «les largesses fédérales
permettant au Bloc de dire à ses plus fidèles supporteurs de donner plutôt au Parti québécois». Le chroniqueur conclut que le Bloc profite de «l'argent des contribuables, la plus grosse partie provenant de l'extérieur du Québec». (Comme si les Québécois ne votaient pas ni ne payaient pas les mêmes taxes que les autres Canadiens. Le financement public est basé sur le nombre de votes reçus. On peut donc supposer que les fonds versés au Bloc viennent des Québécois qui ont voté pour eux.) Simpson ne peut accepter que ses taxes servent à la promotion de la souveraineté et souhaite qu'on remplace cette subvention aux partis politiques par un rehaussement de la limite sur les dons individuels.
Graeme Hamilton, du National Post, offre un point de vue un peu plus nuancé, même s'il se demande ce que les souverainistes peuvent bien fêter. Après 20 ans de batailles, leur projet n'est toujours qu'un rêve. Il cite Duceppe qui, en entrevue, dit que son parti et lui ont progressé sur le chemin de la souveraineté. Il en veut pour preuve les sondages, la majorité de sièges gagnés au Québec à chaque élection. Mais, rappelle Hamilton, l'objectif n'était pas de durer. 1993 devait être leur seule campagne. Mais Duceppe voit la Chambre des communes comme un terrain pour former les futurs leaders d'un Québec indépendant. Encore faut-il que les Québécois en veuillent. L'optimisme de Duceppe, le respect qu'il inspire dans le reste du pays et son ouverture à l'endroit des minorités culturelles font toutefois dire à Hamilton que «le passage des années a peut-être permis au mouvement souverainiste de mûrir au-delà de ce qu'auraient voulu ses fondateurs, mais avec ça est venu aussi une plus grande maturité».
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