Dépenses des gouvernements - Dans quel monde vivons-nous?
Monique Jeanmart - Sociologue retraitée, après 30 ans d'enseignement au collégial
14 août 2010
Canada
Photo : Jacques Grenier - Le Devoir
Les panneaux routiers, un exemple parmi d’autres
En première page du Devoir, ce lundi 9 août, deux articles suscitent d'abord l'étonnement, et bientôt la honte... Honte d'avoir élu et d'être représentée par des politiciens qui prennent, en notre nom, des décisions révoltantes pour n'importe quel citoyen qui n'est pas encore complètement cynique. Le premier article s'intitule «L'école des Africaines. Un jour le Burkina Faso s'en sortira». Le second, «Armes et munitions: la facture explose à Ottawa».
Dans le premier article, la journaliste nous apprend que, dans ce pays, une fille sur deux ne fréquente pas l'école. De celles qui la fréquentent, 38 % seulement termineront le niveau primaire.
Selon l'article, les freins à la scolarisation des filles sont «les pesanteurs socioculturelles de la société». Mais aussi — et surtout — le paiement des frais de cotisation obligatoires à l'association des parents (1500 CFA, 3 $CAN). Et parmi ces petites filles qui vont à l'école, beaucoup y vont le ventre vide. Un maigre budget, consenti par l'État, fournit «habituellement» un repas de maïs et de riz le midi. Mais quand la journaliste est passée, «le fonds était vide depuis 15 jours» et le professeur faisait «chanter» les fillettes pour les dynamiser et leur faire oublier leur ventre vide.
Le deuxième article («Armes et munitions: la facture explose à Ottawa») nous apprend que, en raison de la guerre en Afghanistan, les achats de munitions, de grenades, d'armes et de canons ont bondi ces dernières années. Il y a cinq ans, l'armée dépensait, seulement pour les munitions, 207 millions de dollars. En 2009, la facture était passée à 308 millions. À cela il faut ajouter le «volet militaire»: à ce chapitre, l'armée prévoit dépenser pour cette année seulement 1,622 milliard de dollars pour la mission à Kandahar.
Ce ne sont que quelques chiffres sur cette guerre que beaucoup trouvent inutile et qui n'apporte certainement pas aux femmes afghanes la liberté et le respect de leurs droits. N'est-ce pas l'argument qu'on nous a servi pour justifier cette guerre?
C'est ce même gouvernement qui a grugé dans les budgets des organismes qui viennent en aide aux femmes d'ici. Faut-il lui rappeler qu'il gouverne un pays qui a inventé les Casques bleus, dont la mission est de protéger la paix là où elle est menacée, et que Lester B. Pearson a obtenu le prix Nobel pour cette initiative?
À Québec aussi
C'est le gouvernement fédéral, me direz-vous! Et je n'ai pas voté pour lui! Toujours en première page du Devoir, cette fois le 29 juillet 2010, il y avait l'article «Le modèle du Dr Julien miné par un manque de fonds». Le gouvernement du Québec n'a pas versé le million qui constitue sa participation dans le financement du programme de pédagogie sociale du Dr Julien. Résultat: compressions dans les services aux enfants, licenciement de la moitié du personnel de l'équipe, mise en vente du siège social pour combler les déficits. Le lendemain, à la suite de cet article, le gouvernement annonce qu'il consentira 100 000 $ «en attendant de voir si le projet peut rentrer dans les normes du ministère».
À la une du journal du 4 août 2010, on apprend que le gouvernement du Québec va dépenser des millions de dollars pour remplacer tous les panneaux de signalisation routière. Explication officielle: en vieillissant, les Québécois voient leur vue diminuer, ce qui justifie de nouveaux panneaux conçus avec d'autres caractères. Mais l'article précise également que, jusqu'en 2008, le ministère des Transports se chargeait lui-même de la fabrication et de l'installation de ces panneaux. Par décision de Monique Jérome-Forget, le service de la fabrication a été fermé et c'est au secteur privé que l'on confie maintenant cette tâche. Des millions jetés par la fenêtre... alors qu'on ne cesse de nous répéter que nos gouvernements sont pauvres, qu'ils manquent d'argent et que nous devons nous serrer la ceinture.
Alors que le cynisme ambiant nous incite à nous fermer les yeux, il faut refuser ce monde d'injustice que nos politiciens contribuent
(en notre nom) à perpétuer. Ne pas agir, c'est être complice des actions et des politiques de ces politiciens que nous n'avons peut-être pas élus, mais qui agissent en notre nom et avec notre argent.
Si ce n'est pas dans ce monde-là que nous voulons vivre, clamons-le, refusons-le. Le moins que chaque citoyen puisse faire, c'est de choisir des politiciens prêts à défendre la société dans laquelle il veut vivre.
***
Monique Jeanmart - Sociologue retraitée, après 30 ans d'enseignement au collégial
Dans le premier article, la journaliste nous apprend que, dans ce pays, une fille sur deux ne fréquente pas l'école. De celles qui la fréquentent, 38 % seulement termineront le niveau primaire.
Selon l'article, les freins à la scolarisation des filles sont «les pesanteurs socioculturelles de la société». Mais aussi — et surtout — le paiement des frais de cotisation obligatoires à l'association des parents (1500 CFA, 3 $CAN). Et parmi ces petites filles qui vont à l'école, beaucoup y vont le ventre vide. Un maigre budget, consenti par l'État, fournit «habituellement» un repas de maïs et de riz le midi. Mais quand la journaliste est passée, «le fonds était vide depuis 15 jours» et le professeur faisait «chanter» les fillettes pour les dynamiser et leur faire oublier leur ventre vide.
Le deuxième article («Armes et munitions: la facture explose à Ottawa») nous apprend que, en raison de la guerre en Afghanistan, les achats de munitions, de grenades, d'armes et de canons ont bondi ces dernières années. Il y a cinq ans, l'armée dépensait, seulement pour les munitions, 207 millions de dollars. En 2009, la facture était passée à 308 millions. À cela il faut ajouter le «volet militaire»: à ce chapitre, l'armée prévoit dépenser pour cette année seulement 1,622 milliard de dollars pour la mission à Kandahar.
Ce ne sont que quelques chiffres sur cette guerre que beaucoup trouvent inutile et qui n'apporte certainement pas aux femmes afghanes la liberté et le respect de leurs droits. N'est-ce pas l'argument qu'on nous a servi pour justifier cette guerre?
C'est ce même gouvernement qui a grugé dans les budgets des organismes qui viennent en aide aux femmes d'ici. Faut-il lui rappeler qu'il gouverne un pays qui a inventé les Casques bleus, dont la mission est de protéger la paix là où elle est menacée, et que Lester B. Pearson a obtenu le prix Nobel pour cette initiative?
À Québec aussi
C'est le gouvernement fédéral, me direz-vous! Et je n'ai pas voté pour lui! Toujours en première page du Devoir, cette fois le 29 juillet 2010, il y avait l'article «Le modèle du Dr Julien miné par un manque de fonds». Le gouvernement du Québec n'a pas versé le million qui constitue sa participation dans le financement du programme de pédagogie sociale du Dr Julien. Résultat: compressions dans les services aux enfants, licenciement de la moitié du personnel de l'équipe, mise en vente du siège social pour combler les déficits. Le lendemain, à la suite de cet article, le gouvernement annonce qu'il consentira 100 000 $ «en attendant de voir si le projet peut rentrer dans les normes du ministère».
À la une du journal du 4 août 2010, on apprend que le gouvernement du Québec va dépenser des millions de dollars pour remplacer tous les panneaux de signalisation routière. Explication officielle: en vieillissant, les Québécois voient leur vue diminuer, ce qui justifie de nouveaux panneaux conçus avec d'autres caractères. Mais l'article précise également que, jusqu'en 2008, le ministère des Transports se chargeait lui-même de la fabrication et de l'installation de ces panneaux. Par décision de Monique Jérome-Forget, le service de la fabrication a été fermé et c'est au secteur privé que l'on confie maintenant cette tâche. Des millions jetés par la fenêtre... alors qu'on ne cesse de nous répéter que nos gouvernements sont pauvres, qu'ils manquent d'argent et que nous devons nous serrer la ceinture.
Alors que le cynisme ambiant nous incite à nous fermer les yeux, il faut refuser ce monde d'injustice que nos politiciens contribuent
(en notre nom) à perpétuer. Ne pas agir, c'est être complice des actions et des politiques de ces politiciens que nous n'avons peut-être pas élus, mais qui agissent en notre nom et avec notre argent.
Si ce n'est pas dans ce monde-là que nous voulons vivre, clamons-le, refusons-le. Le moins que chaque citoyen puisse faire, c'est de choisir des politiciens prêts à défendre la société dans laquelle il veut vivre.
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Monique Jeanmart - Sociologue retraitée, après 30 ans d'enseignement au collégial
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