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La raison d'être

Manon Cornellier   11 août 2010  Canada
Gilles Duceppe<br />
Gilles Duceppe
Un politicien qui dure est plus souvent qualifié de professionnel que d'homme ou femme de conviction. De Gilles Duceppe, qui célébrera vendredi le 20e anniversaire de son élection à la Chambre des communes, on peut dire les deux. Tout comme du Bloc, d'ailleurs.

Le chef et son parti ont duré au-delà de ce qu'ils espéraient puisque leur longévité leur rappelle chaque jour leur rêve inachevé — la souveraineté. On ne se gêne d'ailleurs pas pour le leur rappeler lors de chaque élection fédérale. On s'interroge à tout coup sur les raisons d'être du Bloc et, depuis 2004, sur son impact sur l'échiquier politique fédéral, où l'élection d'un gouvernement majoritaire est devenue pratiquement impossible. Combien de fois Gilles Duceppe ne s'est-il pas fait demander pourquoi lui et son parti s'accrochaient?

«J'y suis encore parce que j'y crois», répond Gilles Duceppe en entrevue. En quoi? «En la souveraineté», rétorque-t-il, presque étonné. Une souveraineté, prend-il soin de rappeler, qui ne serait pas faite par dépit ni en opposition au Canada, mais pour «nous donner tous les outils pour faire une meilleure société». En attendant, pas question de céder les sièges bloquistes à des fédéralistes qui occulteraient la voix des souverainistes ou qui ne tiendraient pas compte des consensus québécois qui déplaisent au reste du pays.

On oublie souvent que le rapatriement de la Constitution a nourri l'idée d'un parti souverainiste à Ottawa. Alors que la quasi-totalité des députés à l'Assemblée nationale votait contre la réforme constitutionnelle de Pierre Elliott Trudeau, 73 de ses 74 députés québécois votaient pour, Louis Duclos étant le seul dissident. Les positions des deux députations québécoises étaient légitimes, mais conflictuelles. À partir de ce jour, un grand nombre de souverainistes, et bien des Québécois, se sont promis de ne plus jamais être victimes de cette double légitimité.

La mort de l'accord du lac Meech a rafraîchi les mémoires et en juin 1991, lors de la fondation du Bloc à Tracy, le parti se donnait quelques missions fondamentales, dont celle de faire échec à la double légitimité. Cet objectif n'a pas disparu, insiste Gilles Duceppe. La voix des souverainistes doit être entendue. Tout comme celle du Québec quand les autres partis en font fi.

***

Mais le Bloc souhaitait avoir une vie brève. Autrement, craignait Lucien Bouchard, il risquait de se transformer en «police d'assurance» pour Québécois craintifs de faire la souveraineté. Des Québécois désireux de voter pour un parti souverainiste sans courir le risque de voir le processus s'enclencher, comme cela serait le cas avec un vote pour le Parti québécois.

Comme tous les bloquistes, Gilles Duceppe aurait bien voulu que le référendum de 1995 soit victorieux et mette fin à leur passage à Ottawa, mais il n'admet pas cette idée voulant que le Bloc soit un frein au mouvement souverainiste. Au contraire, il l'a bien servi. Le chef bloquiste cite le référendum de 1995, pour lequel le Parti québécois a pu compter sur un allié à Ottawa et sur le terrain, ce qui a contribué aux résultats serrés du 30 octobre. Le Bloc a aussi fait des percées auprès des communautés culturelles, où il a recruté candidats et députés. Il a contribué à la réflexion du mouvement, au renouvellement de ses idées. Encore en fin de semaine, ce sont les jeunes bloquistes qui ont organisé une université d'été où tous les jeunes souverainistes, peu importe leur affiliation partisane, étaient invités. Au Canada anglais, le mouvement souverainiste a perdu ses auras de Bonhomme Sept Heures. Il est vu, à travers le Bloc, comme un interlocuteur responsable, croit Gilles Duceppe, qui nourrit ses liens dans le reste du pays et la communauté diplomatique.

Gilles Duceppe se défend de contribuer à une certaine paralysie à Ottawa. Il rappelle que son parti vote toujours en fonction des intérêts du Québec, peu importe qui forme le gouvernement. Résultat, son parti a appuyé deux des cinq budgets conservateurs et des lois présentées par différents partis. Il est tout aussi agacé quand on lui dit qu'il tient les Québécois à l'écart des décisions, son parti étant voué à l'opposition. Il invoque la démocratie, qui donne le droit aux gens d'être représentés par des élus qui partagent leurs idées et, au Québec, environ 40 % des gens sont souverainistes.

Il croit aussi à l'influence des parlementaires de l'opposition. Il cite en exemple celle tant vantée de l'ancien chef du NPD, Ed Broadbent. «Si c'est vrai pour lui, pourquoi ça ne serait pas vrai pour moi? Si c'est vrai pour le NPD, pourquoi ce ne serait pas vrai pour le Bloc?» Il parle des mesures contre le crime organisé, le rapatriement de la formation de la main-d'oeuvre, la reconnaissance de la nation québécoise, gommant dans ce dernier cas les égratignures que son parti a récoltées au passage.

Au bout du compte, il ne le dit pas, mais le Bloc est tout simplement là parce que les Québécois en veulent, parce qu'ils jugent qu'ils représentent mieux leurs valeurs et leurs intérêts. Il ne revient pas à Gilles Duceppe et à ses troupes de se saborder pour laisser le champ libre aux autres partis. C'est à ces derniers de faire leurs preuves au Québec. La réussite du Bloc est le reflet de leur propre échec et d'une certaine impasse politique au Québec qu'ils n'arrivent pas à dénouer. La raison d'être du Bloc se trouve là.
 
 
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  • Yves Lanthier
    Abonné
    mercredi 11 août 2010 07h33
    L'expérience politique des bloquistes...
    ... va-t-elle servir au Québec avant la retraite? Le Québec ne serait-il pas plus proche de la souveraineté si toute cette énergie politique avait été déployée au sein d'un... parti québécois (au sens large!). Le Bloc fut un fait historique d'autant plus important qu'il était inattendu, mais le prochain fait historique se fait attendre.
    Que répondent les bloquistes à ce qu'on entend parfois: «C'est plus payant à Ottawa», tant en salaire qu'en pension?

  • michel lebel
    Inscrit
    mercredi 11 août 2010 07h33
    Une institution fédérale
    Le Bloc a fait son temps ainsi que Gille Duceppe à la tête de ce parti. Mais les conditions de travail et de départ sont fort bonnes à Ottawa. Alors on y reste le plus longtemps possible et comme on ne risque pas de prende le pouvoir... c'est le meilleur des deux mondes. Et aini va la vie et au diable les contradictions. Avec le temps, le Bloc est devenu une institituion féférale. Incroyable!

  • André Loiselet
    Abonné
    mercredi 11 août 2010 07h56
    Pragmatisme
    Pourquoi ne pas voter libéral, aux prochaines, juste pour se débarrasser de Harper. Regardons les sondages du moment et si les conservateurs sont affaiblis dans le Roc, votons Ignatieff. autrement, continuons d'encourager notre Bloc.
    Harper est en train de s'effondrer sur lui-même, de l'intérieur de son dogmatisme. Les gens qui croient posséder la vérité n'ont pas d'avenir.

  • Steve Fortin
    Abonné
    mercredi 11 août 2010 09h00
    De la pertinence du Bloc
    Merci M. Duceppe. Pour bon nombre de Québécois, comme moi, si ce n'était de votre présence à Ottawa, je ne voterais tout simplement pas au Fédéral. Nous payons, contre notre gré, des impôts à Ottawa, nous avons le DROIT d'y être représenté par qui nous voulons. Dans l'ouest, un parti régional créationniste et ouvertement de la droite radicale y existe toujours, sous le couvert du PC, ce qui mine tous les jours l'image du Canada internationalement et légitime encore plus notre lutte pour l'indépendance.

    De plus, dans le cadre de mon travail, j'ai pu constater de visu le professionnalisme de la députation bloquiste lors de travaux parlementaires. Alors que les conservateurs font systématiquement obstruction aux divers comités et omettent de se préparer ou ne se présentent même pas, la députation bloquiste est saluée pour son ardeur au travail. Le Hill Times le souligne année après année. Bravo M. Duceppe.

  • Marc Gendron
    Abonné
    mercredi 11 août 2010 09h02
    Les libéraux ont encore des croûtes à manger...
    Les gens qui proposent de voter libéral pour rompre l'impasse minoritaire jouent le jeu du ROC. On oublie que le Bloc est à Ottawa parce que des électeurs votent pour lui en assez grand nombre. Les autres partis n'ont qu'à se montrer aussi attractifs que le Bloc. Les libéraux ont encore des croûtes à manger...
    L'argument de la défense des intérêts du Québec est un atout puissant et vérifiable à la pièce, si je puis dire. à ce jeu, le Bloc est gagnant à tout coup.

    Les fédéralistes et leurs amis du ROC vont à nouveau implorer le Bloc de se faire harakiri à leur profit dès le déclenchement des élections, si le PLC de M. Ignatieff veut bien faire autrement que le PLC de M. Dion.


    20 ans, faut quand même le faire, dans la jungle outaouaise. On y sera encore dans 10, 20 ans. Quant au pouvoir, on va se battre à Ottawa pour vaincre à Québec.

  • Lanthier Claude
    Inscrit
    mercredi 11 août 2010 10h50
    Situation idéale en attendant l'indépendance
    @Andre Loiselet

    Pragmatisme en vue de quel objectif? Notre assimilation?

    Nous avons présentement une chambre des communes idéale pour le Québec. Un gouvernement minoritaire qui a souvent besoin du Bloc pour obtenir une majorité, et un parti au pouvoir qui veut réduire l'importance et la taille du gouvernement fédéral. De plus, la majorité bloquiste au Québec assure une voix souverainiste au frais d'Ottawa.

    La pire situation serait un gouvernement libéral majoritaire. Des collabos qui nous représentent et travaillent à l'intérêt du ROC, ainsi qu'un parti expressionniste et centralisateur qui cherche à empiéter sur les juridictions du Québec.

  • France Marcotte
    Abonnée
    mercredi 11 août 2010 10h53
    Un miroir au reflet désagréablement fidèle
    "...le Bloc souhaitait avoir une vie brève. Autrement, craignait Lucien Bouchard, il risquait de se transformer en «police d'assurance» pour Québécois craintifs de faire la souveraineté. Des Québécois désireux de voter pour un parti souverainiste sans courir le risque de voir le processus s'enclencher, comme cela serait le cas avec un vote pour le Parti québécois".
    J'sais pas pourquoi, me semble que cette prévision nous va tout de même comme un gant.

  • Côté Marcel
    Inscrit
    mercredi 11 août 2010 12h11
    Au delà.
    Bonjour ,depuis le rapatriement de la constitution de 1982 le Québec et la nation québécoise essais de se faire reconnaître comme nation qui a défendu les terrres du Canada ,il faut faire une différence entre les terres du Canada ,le politique,et les personnages politiques ,sur ses même terres la nation québécoise a le droit à sa reconnaissance dans la constitution canadienne et à sa autodétermination comme peuple .

    Pour le faire il faut allé au delà et offrir à la population du Québec une constitution québécoise qui nous sépare de la Monarchie Britannique mais avec une reconnaissance historique , au gouvernement fédéral et si le gouvernement fédéral refuse bien dans les trente jours qui suivent bien le Québec sera un nouveau pay.
    Le Québec a deux choix soit comme un État autonome à l'intérieur du Canada où comme nouveau pay l'avenir appartient à la nation québécoise et à sa autodétermination comme nation fondatrice et qui a défendu les terres du Canada mais il y a un mais qui n'a jamais été reconnu.

  • Loraine King
    Inscrite
    mercredi 11 août 2010 12h35
    La police d'assurance
    Que serait le Canada sans le Bloc?

  • Michel Habib
    Inscrit
    mercredi 11 août 2010 15h50
    La vie est faite de contradictions!
    C'est vrai que la présence du bloc au fédéral est une forme de contradiction, mais le dernier paragraphe de l'article, me semble tout à fait juste. Tant que les québecois voteront pour le bloc, le bloc sera là, et c'Est aux autres parties de les convaince de changer. Mais comment les autres parties pourront-ils canaliser les aspirations des souverainistes?? Ca va prendre une autre contradiction p-ê?? Pour les souverainistes, le Bloc est comme une forme de revenche. Étant minoritaire et sentant qu'ils n'auront pas la majorité avant longtemps, le bloc devient leur défi envers le RDC, pour leur dire, voilà, vous ne voulez pas de nous, ben, on va vous imposez notre présence et notre différence dans votre milieux; vous allez nous voir et nous entendre à tous les jours, jusqu'à ce que vous soyez tanné de notre contradiction, et que vous nous laissiez aller...ou encore de nous chasser de votre milieu!!! Le bloc permet donc, aux souverainistes de s'exprimer haut et fort en pleine capitale fédérale...Jusqu'à maintenant, la contradiction n'a pas encore produit le fuit ultime escompté!! Le ROC n'est plus aussi tanné du Bloc, il n'est plus si méchant et on a appris à l'apprivoiser et à vivre avec...la contradiction!!

  • Micheline Gagnon
    Abonnée
    mercredi 11 août 2010 18h44
    Ceux qui votent pour le Bloc ne sont pas tous séparatistes
    Si ceux qui votent pour le Bloc étaient tous séparatistes, alors le PLQ ne serait pas au pouvoir au Québec. La raison en serait, selon mon, qu'll constitue le parti du gros bon sens et représente mieux les québécois que tous les autres partis. Une autre explication?

  • Marc A. Vallée
    Abonné
    mercredi 11 août 2010 21h55
    Bon dernier paragraphe
    Le Bloc est là parce que les autres parties politiques ne savent pas répondre aux aspirations des québécois d'être présents sur la planète. Il suffit de mentionner le processus de nomination du chef d'État canadien, qui est est le monarque d'un pays au-delà de l'Atlantique, une ancienne métropole, pour comprendre que les canadiens ne sont pas encore maîtres chez eux. En ont-ils le goût? Je pense que le Bloc sera présent tant que les canadiens n'auront pas pris le goût de se gouverner eux-mêmes comme un peuple libre, affranchis de leur métropole.

  • Chryst
    Abonné
    jeudi 12 août 2010 00h10
    Les intérêts des québécois
    Défendre les intérêts des québécois à Ottawa, telle est la mission du Bloc. C’est pour cela qu’ils obtiennent les votes des québécois aux élections fédérales.

    Mais cette situation représente un cul de sac pour le souverainiste. Peur de s’engager, celle d’être perdant, etc.

    Ce n’est qu’avec le statut quo qu’on serait perdant. Les nouvelles technologies informatiques et des satellites sont complémentaires et les données de ces derniers peuvent être inclues dans une banque de données. Avec l’analyse des liens entre les variables, les possibilités sont considérables. De la médecine à la prévention du crime et à l’aménagement du territoire pour ne nommer que quelques secteurs.

    .Le Québec a l’occasion de régler plusieurs de ses problèmes identitaires et politiques historiques tout en devenant un leader mondial dans de nombreux domaines.


    Michel Thibault ing, f. m. sc.

  • Guy Bergeron
    Inscrit
    vendredi 13 août 2010 07h45
    Le 20ième de Pierre Duceppe
    Félicitations à M. Duceppe qui répond si bien en notre nom à tous ceux qui se demandent ce que veut dire : « Je me souviens »...

    GB

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