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Revue de presse - L'art de se tirer dans le pied

Manon Cornellier   7 août 2010  Canada
On aura beau dire, le premier ministre Stephen Harper n'a pas vraiment eu une bonne semaine, d'autant qu'elle s'est terminée avec un sondage le montrant au coude à coude avec les libéraux, l'avance de 11 points que lui accordait Ekos au début de l'été ayant fondu comme neige au soleil. Selon Don Martin, du National Post, cela démontre la nécessité pour le premier ministre de se concentrer sur les vrais enjeux. «L'habitude qu'a M. Harper de se lancer dans des batailles inutiles devrait attendre qu'il atteigne la terre promise d'une majorité, ce qui ne sera possible que s'il cesse de s'échauffer, avec un zèle partisan, pour des vétilles.» Martin cite l'attaque contre le financement des partis politiques à l'automne 2008 et l'abandon du questionnaire détaillé du recensement en juin. Ce dernier geste a seulement réussi à donner un os à ronger à l'opposition et aux médias durant tout l'été. Le pire, note Martin après avoir entendu le chef conservateur parler à son caucus jeudi, est que le gouvernement semble avoir bien peu à offrir pour l'automne, au-delà des conjectures électorales. Faute d'idées neuves ou «volées à d'autres», prédit Martin, les conservateurs courent à leur perte.

Lawrence Martin, du Globe and Mail, est persuadé que bien des conservateurs se demandent pourquoi leur parti, sous Stephen Harper, continue de piétiner dans les sondages après quatre ans au pouvoir. Le chef conservateur peut toutefois se vanter d'avoir réussi à saigner les libéraux et à les tenir en échec comme personne avant lui. Harper s'est d'ailleurs toujours donné comme mission de mettre fin à la domination du parti de Laurier et il «s'y est consacré à l'excès. Ceci explique sa passion pour la politique de destruction — les publicités négatives, les campagnes de dénigrement, la tentative d'éliminer le financement public des partis, la transformation de son parti en machine politicomilitaire». Selon Martin, il a réussi à miner les libéraux, mais entre-temps, il n'a pas fait avancer son propre parti et son gouvernement affiche un des plus faibles niveaux d'appui de l'histoire. «Au pays de Harper, tout le monde touche le fond, y compris la démocratie», écrit le chroniqueur.

James Travers, du Toronto Star, présente plutôt Harper comme un phénomène politique. En cinq ans, son parti a pris le pouvoir et le conserve toujours «en menant le pays là où il ne veut pas aller». «Stephen Harper y est parvenu grâce à des calculs habiles et une organisation supérieure, ce que la plupart dans la capitale nationale croyaient impossible.» Travers note le chemin parcouru par les conservateurs depuis 2006. «Dit simplement, les conservateurs de Harper sont meilleurs que leurs rivaux à tous les aspects d'un sport sanglant qui, de plus en plus, se joue passé les frontières tracées par les règles traditionnelles.» En matière de gouvernance, ils ont pu faire bouger le pays sur son axe en procédant par petites touches. Le Canada est «un endroit différent, parfois difficile à reconnaître», dit Travers. Il note toutefois qu'il existe une limite imperceptible à laquelle s'est buté plusieurs fois le premier ministre, parce qu'il voulait aller trop vite ou trop loin. De la prorogation à l'avortement en passant par le recensement, «ces exemples ont un dénominateur commun. Chacun a forcé les électeurs à regarder de plus près le premier ministre» pour ensuite freiner son élan, dit Travers, qui y voit un avertissement pour Harper.

Pieds dans les plats

Le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, n'a pas aidé son patron, cette semaine, quand il a tenté de justifier la construction de nouvelles prisons, en ces temps de déficit et de diminution du taux de criminalité, en invoquant le nombre de crimes non rapportés. Les caricaturistes se sont payé sa tête. Les éditorialistes l'ont taillé en pièces, y compris le National Post. «Les crimes n'étant pas rapportés, il y a évidemment peu de chances d'avoir des arrestations et des condamnations. Sans criminels à incarcérer, toutes ces nouvelles prisons vont rester vides, à moins, comme on l'a laissé entendre, que le gouvernement Harper n'envisage de porter davantage d'accusations contre davantage de petits criminels et fumeurs de pot», écrit le Post.

Le Halifax Chronicle-Herald note que si le coût du système carcéral doit exploser, ce ne sera pas parce que la criminalité est en hausse, mais parce que les politiques fédérales et provinciales des dernières années mènent plus fréquemment à des peines d'incarcération qui sont, par ailleurs, plus longues. Le Globe and Mail relève un chiffre que Day omet de mentionner: la facture de 4,4 milliards qu'Ottawa et les provinces paient déjà et qui doublera à la suite d'une seule loi adoptée par les conservateurs. Le Toronto Star s'inquiète de son côté de «l'émergence d'une tendance chez les conservateurs lorsqu'ils tentent de faire coïncider les faits avec leurs penchants idéologiques: confrontés à de l'information contraire, ils se retranchent dans le rêve». L'Edmonton Journal va dans le même sens alors que le Calgary Herald, partisan d'une politique musclée de lutte contre la criminalité, croit que «le gouvernement s'expose ainsi à se faire accuser de planifier sur la base d'anecdotes».

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    samedi 7 août 2010 08h12
    Anne, ma sœur Anne…
    Ainsi, comme le montre l’analyse de Manon Cornellier, les grands journaux assènent à S. Harper et à son parti une volée de bois vert. Mais il n’est pire sourd que celui qui ne veut pas entendre, comme le montre l’affaire du questionnaire du recensement. Le seul écho qui semble filtrer à travers ce barrage de surdité, c’est celui des sondages qui montrent le parti conservateur en perte de vitesse, d’où la déclaration de Harper qui ne veut pas d’élections à l’automne. Il n’obtiendrait pas le gouvernement majoritaire dont il rêve.
    Le parti libéral non plus, dont le chef navigue au radar et commet un nombre de bourdes qui ne contribuent pas à mettre en lumière le parti libéral. En fait, on manque d’un leader politique qui voit loin, qui voit grand pour le Canada et pour ses citoyens.
    Hélas, on est comme Anne qui demande à sa sœur si elle ne voit rien venir. Elle ne voit que l’herbe qui verdoie et le soleil qui poudroie. Nous ne voyons nous, que la grisaille de la politicaillerie qui poudroie à Ottawa, et pas de soleil qui illumine le Parlement et le gouvernement.
    Nous voilà donc mal partis pour un bon moment, à moins que, perdant sa superbe qui ne rapporte rien, Ignatieff s’entende avec J. Layon pour former avant une campagne électorale une coalition emmenée par le NPD. Cette coalition serait la seule chance de nous sortir du marasme actuel, mais il faudrait que le chef libéral laisse tomber sa vanité qui lui fait croire qu’il va l’emporter, et que les troupes des deux partis veuillent bien suivre le mouvement. Mais comme Anne, nous risquons d’attendre longtemps les deux cavaliers qui viendront nous sauver,
    « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »
    Finalement : « Je vois, répondit-elle, deux cavaliers qui viennent de ce côté-ci, mais ils sont bien loin encore. Dieu soit loué» s'écria-t-elle un moment après, je leur fais signe tant que je puis de se hâter. » Mais ici, qui va faire signe?

  • France Marcotte
    Abonnée
    samedi 7 août 2010 21h13
    L'abominable homme de l'ouest
    Ce gouvernement décadent a au moins le mérite de beaucoup inspirer les chroniqueurs parfois. Ils sont bien colorés cette semaine! De la passion pour la politique de destruction à la tentative de faire coïncider les faits avec ses penchants idéologiques, en passant par Harper phénomène politique pratiquant un sport sanglant auquel il excelle... on dirait que le Canada est envahit par un Big foot!

  • André Loiselet
    Abonné
    dimanche 8 août 2010 01h42
    Voie sans issue

    Harper est une pierre qui essaie de bâtir son église en s'enfonçant de plus en plus dans l'eau. Sans coalition et sans trop travailler, Ignatief le sait, les libéraux gagneront quand même puisqu'ils sont déjà à égalité tous les deux. Et l'homme continue à propager son dogme, même contre l'avis des canadiens du ROC qui l'aimait bien. Un clou à la fois, il s'enferme et de pierre qu'il était, deviendra pierre tombale. Nous aurons tous goûté aux bienfaits du conservatisme de droite, genre républicains des States. Le succès économique qu'il vante en s'en accordant le mérite, n'est pas le seul besoin des gens du pays. Il y a aussi la démocratie et la fierté qui nourrit son peuple. L'homme ne vit pas seulement de pain, comme disait l'Autre.

  • d.lauzon
    Inscrit
    mardi 10 août 2010 10h23
    Une coalition et ça presse
    On ne va nulle part avec Steven Harper et son gouvernement de plomb. Il est bien dommage que la coalition du temps de Stéphane Dion n'ait pas tenir pour renverser le Parti Conservateur. Maintenant que M. Ignacief monte un peu dans les sondages, lui et les autres chefs des partis d'opposition, devraient se tenir prêts à saisir la prochaine occasion pour créer une autre coalition et renverser ce gouvernement dirigé par des gens sans vision et sans idées novatrices. Toutes les politiques de ce parti sont rétrogrades et loin de ce qu'un peuple a besoin en ce début de 2lème siècle.

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