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    Le lourd prix de l'hésitation

    2 août 2010 |Manon Cornellier | Canada
    Depuis que l'affaire du recensement dure, les conservateurs se font critiquer de toutes parts et le jugement porté sur eux est d'une telle dureté qu'on pourrait penser qu'un gouvernement minoritaire aussi mal loti ne peut pas survivre bien longtemps. Il semble pourtant pouvoir résister encore un moment.

    Le calendrier parlementaire est son premier allié. La Chambre des communes ne reprend ses travaux que le 20 septembre et il peut s'écouler quelques semaines avant qu'un vote de confiance ait lieu. D'ici là, le questionnaire long du recensement aura été imprimé et les jeux seront faits.

    Le second atout des conservateurs est la sempiternelle hésitation de l'opposition. Tous les partis dénoncent ce qu'ils appellent l'autoritarisme de Stephen Harper, son penchant pour la division, le secret, l'intransigeance. Ils parlent tous de sa volonté d'émasculer l'État en lui coupant les vivres et en limitant son champ d'action. Tous crient «Danger», mais jamais «Ça suffit», avec gestes à l'appui.

    On attend encore le moment où l'urgence d'arrêter le train sera plus grande que la lecture nerveuse des sondages. Soutenir qu'on ne peut tenir une élection que si les Canadiens en veulent est une fumisterie. Une élection est l'occasion d'élire un gouvernement et il arrive des moments où un choix crucial s'impose, qu'on ait envie ou non d'y penser. Un tel moment est-il arrivé? Risque-t-on, si les choses continuent dans la même direction, d'atteindre un point de non-retour en ce qui a trait à la nature et au rôle du gouvernement fédéral? Si la réponse est oui, une élection s'impose, que ça nous tente ou pas.

    ***

    Encore faudrait-il avoir une idée des solutions de rechange. Or, dans le cas des libéraux, on n'y est pas encore. Ce n'est pas qu'ils soient silencieux ou manquent d'idées, mais ils n'arriment pas leurs multiples prises de position à un fil conducteur capable de s'imposer dans l'imagination des gens. Une image qui viendrait volontiers en tête quand on pense à eux et qui contraste favorablement avec celle des conservateurs.

    Les libéraux y travaillent d'arrache-pied et, cet été, testent à la fois leur chef, leur machine et leur message dans une sorte de grande répétition générale d'une campagne électorale. Depuis le 13 juillet, Michael Ignatieff sillonne le pays à bord du Libéral Express dans l'espoir, entre autres, de briser cette image d'homme distant et professoral. D'un déjeuner de crêpes à une assemblée partisane en passant par un barbecue de quartier et une de ces séances de questions-réponses auxquelles il excelle, l'opération semble avoir de l'effet. Les médias régionaux font écho à son passage. Les journalistes de la presse nationale qui ont suivi son périple en donnent généralement une image assez positive.

    Un bémol demeure cependant: le contenu. Après avoir suivi M. Ignatieff dans la campagne ontarienne, Thomas Walkom, du Toronto Star, écrit qu'une des caractéristiques du chef libéral est son incapacité à expliquer ce qu'il ferait s'il était premier ministre. Ce qui fait qu'à un fermier ontarien qui lui demande ce qu'il réserve au monde rural, M. Ignatieff parle d'abord d'accès à l'Internet et au cellulaire, avant d'évoquer le manque de médecins en région.

    Un bon exemple de cette réticence à se mouiller est la question du respect des institutions parlementaires et démocratiques, un enjeu qui hante pourtant le gouvernement conservateur depuis des mois et touche une corde très sensible auprès d'une bonne partie de la population. L'introduction à la section du site Internet libéral intitulée «Responsabilité et réforme démocratique» n'offre aucune synthèse des prises de position du parti. On y vante plutôt les efforts du chef pour aller vers les Canadiens et on se limite, en matière d'engagements précis, à dire que «contrairement à l'actuel gouvernement, nous [le PLC] respecterons pleinement la Loi sur l'accès à l'information et la Loi sur les conflits d'intérêts». Si on veut se faire une idée juste de la politique d'ensemble du parti, il faut éplucher une flopée de communiqués.

    ***

    Pour l'instant, Michael Ignatieff tente de jouer la carte de la confiance en rappelant que son parti a historiquement soutenu l'assurance-maladie, les droits de la personne, l'accès à l'information, le soutien à la science. En entrevue en fin de semaine à l'émission The House, sur les ondes de la CBC, le chef libéral a dit compter sur l'attrait qu'exerce sur beaucoup de Canadiens le caractère «modéré, centriste, progressiste» de son parti, en comparaison de la philosophie très à droite du Parti conservateur. L'opération séduction ne pourra toutefois se limiter à cela. Il faudra mettre de la chair sur les os.

    On peut comprendre que les partis souhaitent être fin prêts, mieux financés et organisés avant de se lancer en élections, mais à un moment donné, le glas doit sonner. Si provoquer une élection n'est pas qu'une réaction aux sondages, mais aussi une volonté de se battre pour ses principes, il faudra que les libéraux se demandent s'ils pourront marcher sur les leurs pendant encore longtemps. Même s'il n'a pas l'appui de la majorité des Canadiens, le gouvernement Harper est en train de changer en profondeur le visage du Canada. Or, plus le temps passe, plus il deviendra difficile de modifier le tir à un coût politique ou financier acceptable.
     
     
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