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Manifestations du G20 - Du désarroi idéologique de notre temps

Jean François Bissonnette - Ottawa  3 juillet 2010  Canada
Toronto a été le lieu de mise en scène d’une violence essentiellement symbolique.<br />
Photo : Agence Reuters
Toronto a été le lieu de mise en scène d’une violence essentiellement symbolique.
C'était une curieuse courtepointe que la manifestation qui partit de Queen's Park, samedi après-midi dernier. Rassemblée sous la pluie dans une commune opposition au sommet du G20, elle brillait néanmoins de mille couleurs. Les revendications exprimées par les marcheurs se déclinaient sous une foule de variantes, à tel point que les manifestants sans allégeance apparente se faisaient demander par d'autres à quelle cause ils s'identifiaient.

Des différents syndicats aux groupes antiracistes, des défenseurs de «l'île de la Tortue» à ceux proclamant que «les vrais hommes sont féministes», des «grands-mères en colère» aux libérateurs des animaux, des militants pour un Tibet libre aux partisans de la légalisation des drogues, leurs protestations fusaient sur tous les tons et dans toutes les langues. La clameur populaire s'accordait dans une harmonie qui taisait mal une relative confusion des genres. Aussi pouvait-on voir, à quelques enjambées de bannières arborant le portrait de Karl Marx, des «vétérans albertains de la guerre du Vietnam» maudissant le régime communiste du même pays.

Foule bigarrée


Malgré le sentiment d'une solidarité générale, on pouvait difficilement échapper à une impression d'incohérence. Car si les «leaders» de notre monde retranchés dans un centre-ville exproprié appelaient sur eux le flot de toutes les critiques, la tenue d'un sommet international ne formait en somme qu'un prétexte à la présentation des doléances les plus diverses. Nul mot d'ordre en partage parmi les milliers de protestataires, nulle visée commune: c'était une foule bigarrée laissant entendre un mécontentement diffus.

Dans un mélange de bonne humeur aux accents de carnaval et d'exaspération devant la présence massive des forces policières, le cortège s'ébranlait dans une direction aussi incertaine que l'était le sens du message exprimé. Ceux qui marchaient ce jour-là étaient mus par un même appel à la «justice», mais la multiplicité de ses objets dessinait un fractal aussi complexe que «l'ordre mondial» tant décrié par eux. Les chants et les slogans portaient haut et fort la parole d'un peuple emporté dans la frénésie d'être libre, mais ils traduisaient aussi en contrepoint le désarroi idéologique d'une époque.

La rue criait un malaise qu'aucune rationalisation savante ne saurait résumer, un trouble aussi profond que notre incapacité à comprendre la nature du mal qui dévore ce monde. Quant à ceux dont les lectures fiévreuses et les débats passionnés ont pu affiner la rigueur théorique, ils nomment «capitalisme», «patriarcat» ou encore «État policier» l'hydre aux innombrables têtes qui se dresse devant eux comme ennemi, rendu responsable de tous les maux.

Destin du monde

Et c'est bien ce qu'incarnent, sous leurs oripeaux de chefs des nations, les petits et grands potentats réunis dans l'autisme barricadé où ils se félicitent en choeur, avec cette morne fatuité qui leur sert de jugement. Ils dictent les règles d'un jeu mondial dont ils n'ont guère, eux non plus, qu'une vague idée. Leur sens de ce que les anglophones appellent «entitlement», qui les retient de sourciller devant le spectacle absurde de leurs propres sauteries annuelles, n'a d'égal que leur incurie devant l'histoire, sinon quant à la manière dont elle les honorera. Et c'est drapés dans une autorité souvent douteuse, justifiés par une légitimité discutable, qu'ils jouent avec le destin du monde, sans daigner écouter ce qu'il a à leur dire même confusément.

Qu'attend-on de ces gens, de toute façon? À quoi bon leur exprimer nos griefs? Qui sont-ils sinon les bouffons qui tiennent le haut de l'affiche dans la comédie humaine? Ils n'en sont pas moins mystifiés par les fables qui nous tiennent lieu de réalité. Et si tant est que les manifestants aient réussi à atteindre la clôture protégeant les «puissants», si tous avaient pu se trouver enfin face à face, militants et délégués, qu'auraient-ils bien pu se dire?

Absence de langage commun

Le désarroi idéologique de notre temps, c'est aussi cela: cette fracture qui rend incommensurables les préoccupations des uns et des autres. Cette absence d'un langage commun, capable de signifier autrement que par intervalles, lorsque les gouvernants s'en retournent vers la populace en croyant ressourcer par un faux-semblant de dialogue ce qu'ils estiment être leur vocation à commander. Ils n'ont pas de mal à trouver dans l'apathie électorale des modernes la preuve qu'ils gouvernent le meilleur monde possible, eux que l'indifférence place à la tête de nos «républiques de satisfaits».

En vertu de quoi ces vaniteux se rendraient-ils à notre exigence de justice? Comment pourraient-ils mieux comprendre ce que nous ne parvenons même pas à formuler, eux qu'une vie de privilèges a rendus insensibles à la tragédie ambiante? Des communiqués lénifiants dont on a négocié chaque virgule à la cacophonie des slogans et des causes, de part et d'autre, la même incommunicabilité, le même bruit, et un profond sentiment d'insignifiance.

Un autre monde


Pourtant, nombreux étaient les manifestants ayant encore suffisamment de foi dans le pouvoir de ces chefs indignes pour poursuivre dans le souhait de les voir réformer notre système politique et économique. Il y en a toujours pour croire ces dirigeants qui proclamaient, comme Nicolas Sarkozy il y a peu encore, que devant la débâcle financière engendrée par une cupidité à grande échelle, il fallait «refonder le capitalisme».

«Un autre monde est possible», répète-t-on, comme si le fait de le répéter devait le faire advenir. Il est vrai qu'au jour le jour, de très nombreux activistes s'emploient admirablement à le réaliser, à coups d'initiatives locales, ingénieuses et pleines d'abnégation. Et ceux-ci ont raison de s'occuper d'abord de leur propre jardin, qu'ils veulent communautaire, plutôt que de stagner dans l'attente d'un grand soir improbable, à imaginer vainement une utopie de rechange. Ils font bien de ne pas attendre non plus des gouvernements qu'ils soignent le monde, alors que les chefs d'État n'arrivent même pas à voir l'intérêt d'une taxe de 0,05 % sur les transactions financières afin de freiner la déprédation de tout ce qui nous est encore commun par les classes sociales qui leur ressemblent.

Désir de révolution


Il n'en demeure pas moins qu'une part de l'imaginaire politique qui inspire ce genre de manifestations est teinté par un désir aussi impossible que minoritaire: celui de voir l'ordre renversé. Ce désir hanté par les fantômes de 1789, de 1848, de 1917, c'est celui de voir l'humanité enfin réconciliée avec elle-même, assumant librement son destin dans la clairvoyance, l'égalité et la justice. Utopique? Sans doute, mais exiger l'impossible, comme le disait un légendaire guérillero, c'est encore faire preuve de réalisme.

Il existe toujours, même après la «fin de l'histoire», un profond désir de révolution qui jamais ne trouvera à s'accomplir. Car on aurait eu beau capturer les vingt chefs d'État et les passer tous à la guillotine, la catharsis se serait rapidement étiolée: ils ne contrôlent rien ou si peu d'un monde en pilotage automatique, et nulle société nouvelle ne se profile à l'horizon dont on pourrait décréter l'avènement. De nos jours, décapiter le citoyen Capet ne serait rien de plus qu'une pitrerie. Les plus radicaux des manifestants s'en rendent bien compte, et ce constat, plus que la répression policière, plus que la jouissance qu'ils peuvent bien tirer malgré tout du monde tel qu'il est, c'est peut-être cela qui les retient de sombrer dans une violence aveugle.

Pourtant, quelle autre avenue que la violence s'ouvre devant ceux que titille encore ce vieux rêve de changement radical? Tandis que nos dirigeants ne répondent que par les cris à peine articulés de leurs gorilles promus «gardiens de la paix», le désir de voir naître un monde meilleur se bute à un mur, le seul écho qu'on lui renvoie n'étant qu'un assourdissant silence.

Et c'est le même silence qui détone dans le bruit des vitrines fracassées, des voitures incendiées. C'est le même désarroi, la même impasse à rendre un sens au monde qui jette dans une fureur destructrice des gens que l'on aurait tort de croire insensés et vicieux. Qui pourrait dire de cette jeune femme qui a su démolir à elle seule la façade de l'exotique Club Zanzibar qu'elle agissait de manière impulsive et violente? Quelle dose de mauvaise foi faut-il s'injecter pour ne pas reconnaître, dans ce fracas sans conséquence, la critique rigoureuse et légitime d'une des plus abjectes formes d'asservissement?

Le vernis craque


Stephen Harper peut bien dire que ces «voyous» ne représentent en rien «the Canadian way of life», qu'ont de plus canadien le déploiement de 20 000 policiers, les mesures d'exception, les arrestations massives, les enlèvements en pleine rue, l'emprisonnement dans des conditions ignobles, le harcèlement et l'intimidation de milliers de manifestants pacifiques, en représailles à un épisode de vandalisme qu'on a délibérément laissé se produire? S'il y a eu violence en fin de semaine dernière à Toronto, elle fut à la fois gratuite et mesurée, et cela des deux côtés. [...]

On comprend que les Torontois puissent avoir du mal à avaler la pilule de ce sommet prescrit par le bureau du premier ministre. C'est que le vernis craque sur l'image que l'on a aussi voulu projeter à travers lui, celle des évidences, de la «simple reality», dixit Harper, d'un ordre politique et économique définitif, dont la contestation ne doit se faire qu'à la manière voulue par les dominants. Toronto devait représenter ce rêve démentiel d'un futur de mégalopoles et de places financières, unanimes dans leur adhésion au néolibéralisme. Ce capitalisme global dont on devait graisser les rouages en fin de semaine dernière, en rappelant que les marchés financiers mondiaux doivent avoir le dernier mot sur la politique budgétaire des États, il règne en fait par défaut, dans l'indifférence quasi générale, celle dont témoignaient ces gens mi-amusés, mi-craintifs qui nous regardaient défiler en interrompant leur repas, un sushi au bout des baguettes.

Il en va d'une défaite de la pensée. Aussi ne faut-il pas se surprendre que la violence ait pris le dessus sur la comédie qui s'est jouée dans le «périmètre de sécurité», et non pas seulement parce que cette irruption du tragique était garantie par l'expérience antérieure. C'est qu'un tel affrontement rend manifeste, dans sa théâtralité et donc dans sa limite infranchissable, par une sorte de gravité burlesque, le désarroi idéologique de notre temps. Toronto a été le lieu de mise en scène d'une violence essentiellement symbolique, mais sans langage, où le «pétage» de vitrines et les coups de matraque sont venus rappeler rituellement qu'il existe dans cette société des conflits insolubles et explosifs, beaucoup plus profonds que ne le laisse croire le petit nombre des casseurs, des conflits inconscients que n'effacent pas l'autocongratulation des élites, leurs beaux discours et leurs lacs artificiels.

***

Jean François Bissonnette - Ottawa
 
 
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  • France Marcotte
    Abonnée
    samedi 3 juillet 2010 09h08
    Au fond du puits
    Après la lecture de ce si beau texte qui va au tréfond des choses, on n'a qu'à lire sur la page d'à côté la revue de presse canadienne et les contorsions de ses illusionnistes pour éprouver physiquement le sens du mot irréalité. S'en tenir aux déplacements des ombrages sur la scène du monde peut bien passer pour rendre compte de la réalité au jour le jour, mais c'est la lumière au fond du puits qui fait se sentir vivant et qui donne de l'espoir.

  • Montrealistement
    Inscrit
    samedi 3 juillet 2010 10h47
    merci
    merci pour ce texte qui met en lumière une véritable réflexion. J'admire votre ton posé et clairvoyant sur le sujet. Je suis encore incapable de réagir autrement que de façon sanguine face à l'injustice criante des soit-disant bévues policières. Voici une pensée qui pose un baume sur toute cette furie, cette décadence que nous avons vu à l'oeuvre le week end dernier.

  • Stéphane Martineau
    Abonné
    samedi 3 juillet 2010 12h01
    BRAVO BRAVO MILLE FOIS BRAVO
    Quel texte fort....Quelle analyse en si peu de mots...Ce texte devrait être lu par tous les canadiens...mais , malheureusement, un grand nombre ne voudrait pas entendre...comme dans l'Allemagne nazi, la majorité acceptant tout pour sauver sa peau ou par simple égoïsme...la résistance c'est toujours une affaire de minorité (la dignité se paie à gros prix et peu de gens sont prêts le payer).
    En tant que professeur d'université, homme de gauche et souverainiste, je m'attend un jour (si ce n'est fait) à être « fiché » par les services de renseignements du Canada...ce pays me fait de plus en plus peur, surtout pour mes enfants.....

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    samedi 3 juillet 2010 12h51
    Nécessaire réflexion!
    Oui, la cacophonie s'est fait entendre encore à Toronto et c'est certainement le symptôme d'une société déboussolée. En démocratie, nous sommes censés élire nos gouvernements mais ici, dans ce pays sans bon sens, ce n'est pas le cas et cette minorité de gouvernement nous est tombée dessus à bras raccourci pour étouffer les cris de son peuple.

    Mais oui, ces soi-disant dirigeants ne sont-ils pas des marionnettes et des pantins aux mains d'intérêts beaucoup plus puissants mais qui nous dirigent dans l'ombre? Les causes de protestation ne manquent pas, autant au niveau planétaire qu'au niveau national: à partir des changements climatiques très probablement causés par les actions de ces dirigeants de l'ombre jusqu'aux droits des autochtones confinés souvent dans des réserves insalubres et qui malgré le peu d'espoir de voir un jour leurs peuples ressurgir du néant, négocient encore avec ces gouvernements de parodie.

    Qui, en fait, mène le monde? Les manifestants de Toronto avaient peut-être cette question en commun, malgré la cacophonie des causes, et ils voulaient probablement profiter de l'occasion pour parler à ces « vrais » dirigeants qui se tapissent dans l'ombre de ces politiciens de pacotille. Qui sont-ils? On peut peut-être regarder du côté des milliards de dollars de l'argent du peuple qui ont été versé à ces institutions financières et qui ont servi à « graisser » ces dirigeants qui étaient sur le bord du gouffre à cause de leur propre turpitude. Ne sont-ce pas là les vrais dirigeants du monde? Comment peut-on leur passer le message qu'on est tannés et qu'on veut que ça change?

  • Paul Gagnon
    Inscrit
    samedi 3 juillet 2010 13h39
    Délire, délire
    Nous vivons décidément dans une époque trouble.

    L’auteur dit « Qui pourrait dire de cette jeune femme qui a su démolir à elle seule la façade de l'exotique Club Zanzibar qu'elle agissait de manière impulsive et violente? Quelle dose de mauvaise foi faut-il s'injecter pour ne pas reconnaître, dans ce FRACAS SANS CONSÉQUENCE, » … … … « la CRITIQUE RIGOUREUSE ET LÉGITIME d'une des plus abjectes formes d'asservissement? »

    Que voilà une mauvaise foi troublante.

    André Breton disait que l’acte surréaliste par excellence consistait à « DÉCHARGER SON REVOLVER AU HASARD DANS LA FOULE ». La 2e Guerre Mondiale allait, hélas, lui donner raison, mais ce sera contre toute raison humaine.

    Il faut dire que depuis la désinstitutionalisation, les fous sont littéralement dans la rue! On n’arrête pas le progrès.

    Quand à la gauche gauchisante, son propre délire va sans cesse en augmentant, depuis au moins une trentaine d’années. CAUSE SANS CAUSE, il y a de quoi être perturbé. Comme les prolos se sont embourgeoisés avec leurs 4x4, leurs Floride et autre paradis artificiels, il a bien fallu leur substituer les fonctionnaires front communisés. Voilà toujours une bonne CAUSE de faite. Et à l’international, comme on dit aujourd’hui, il y a toujours la CAUSE palestinienne, même si pour cela on doit appuyer les chemises brunes de notre époque, à savoir les intégristes islamistes (bien sur il y a bien d’autres intégristes, en d’autres lieux). Idéologue et monologue font la paire (c’est pour la rime ou pour la frime). L’esprit critique est mort ou à tout le moins suspecté de déviance (ça sonne bien, j’aime. Ha. Ha. Ha).

    Je délire. Je vais de ce pas relire 1984.

  • Stéphane Martineau
    Abonné
    samedi 3 juillet 2010 13h42
    Lectures
    Pour prolonger la réflexion :
    Lire les ouvrages du sociologue Michel Freitag et ceux de l'économiste Joseph Stiglitz...deux approches totalement différentes, des solutions bien différentes aussi mais un même constat que le système de la globalisation est vicié et que la démocratie est en danger...et qu'il est urgent d'agir avant qu'il ne soit trop tard.

  • gilbert troutet
    Inscrit
    samedi 3 juillet 2010 14h24
    Excellent texte
    Je me joins aux lecteurs précédents pour féliciter Jean François Bissonnette de cet excellent texte qui constitue à la fois une analyse et un commentaire fort utiles. On s'aperçoit en effet de plus en plus que nos gouvernements ne sont que des ploutocraties, des marionnettes aux mains des Paul Desmarais et consorts. Ces dirigeants qu'on prend pour cibles ne sont que les comédiens d'une mauvaise pièce de théâtre écrite par d'autres. Aucune raison, cependant, de leur pardonner comme dans l'Évangile, parce qu'ils savent très bien ce qu'ils font.

  • Denis Blanchette
    Abonné
    samedi 3 juillet 2010 16h51
    Excellent texte ... et après
    Excellent texte qui dit beaucoup de choses mais qui n'ose pas aller à la conclusion.
    Si l'opposition est si cacophonique c'est qu'elle est éparpillé; le chacun pour soi, chacun sa petite revendication. Légitime certes mais qui installe le désordre et l'impuissance dans la contestation.
    On a récemment oublié que la critique passe par l'identification d'une cause majeure qui rassemble les préoccupations de chacun. Alors que le système financier s'est mondialisé au point de neutraliser partiellement la souveraineté des États,l'opposition à ses excès, elle, s'est localisée.
    Une contribution honnête de chacun à la communauté, le partage de la richesse la chance, pour chacun, de développer son plein potentiel dans un environnement sain constituent les bases d'une société différente. Car au-delà des causes individuelles, chacun désire un nouveau projet de société.

  • Marc Tremblay
    Inscrit
    samedi 3 juillet 2010 20h25
    Le Sommet des Amériques
    À Québec, les manifestants étaient tous unis contre la ZLÉA projetée, laquelle a finalement jamais été concrétisée. Il n'y avait pas de désarroi idéologique à Québec, contrairement à Toronto où des gens ont manifesté pour l'avortement, contre les OGM, l'état policier, etc.

    À noter qu'à Québec, les policiers ont agi en professionnels, tout comme ceux de Vancouver lors des manifestations lors des Jeux olympiques. À ce sujet, lire l'excellente chronique de Norman Spector dans Le Devoir d'aujourd'hui " Vancouver versus Toronto ".

    Un inscrit non abonné mais qui achète Le Devoir tous les jours.

  • Khayman
    Abonné
    samedi 3 juillet 2010 21h48
    Prisonniers
    Merci pour votre texte. Il apporte une observation supplémentaire de ce problème qui semble insoluble et dont la seule réponse sensée pour le moment est le désarroi.

    Je ne sais pas si nous arriverons de mon vivant à trouver des solutions pour arriver à faire vivre décemment presque 7 milliards d'êtres humains ensemble sur notre planète (la moitié des pays du monde sont dirigés par des dictatures militaires). Cependant, ce que je sais, c'est qu'à force de cumuler les observations, on finit par trouver des solutions.

    Gardons les yeux ouverts !

  • Georges Paquet
    Abonné
    dimanche 4 juillet 2010 06h50
    Il faudrait aussi lire le Communiqué et les annexes du Sommet du G-20
    Nous avons ici un texte intéressant. Soit. Mais il ne dit pas ce que les manifestants et Jean-François Bissonnette en premier, proposent comme méthode de gestion de crise financière et de gouvernance mondiale. Vouloir la Révolution, ce n'est pas nécessairement souhaiter le bonheur de ses semblables.

    La lecture du résumé des travaux qui ont entouré cette rencontre de 20 chefs d'État et de gouvernement nous apprend que, contrairement à ce que le premier venu peut dénoncer, comme du laisser faire, du libéralisme sans bornes, ces personnages politiques, tous élus par leurs concitoyens, ont mis en place des règles et des mécanismes pour réguler les marchés financiers, les profits des banques, la rémunération des administrateurs, etc.

    Les membres du G-20 ont mis en place un Conseil de stabilité financière auquel ils ont demandé, entre autres, d'observer l'évolution des rémunérations bancaires dans chacun des pays. Ils ont confirmé leur programme de réforme du système financier et établi des règles de rigueur dans la vgestion budgétaire.

    Lisez-en quelques lignes:
    "Aujourd'hui, nous sommes convenus des points suivants :

    -poursuivre des mesures de consolidation budgétaire favorables à la croissance et communiquer des plans à mettre en oeuvre dans les pays avancés.

    -renforcer les filets de sécurité sociale, accentuer la réforme de la gouvernance des entreprises, développer les marchés financiers, investir dans les infrastructures et accroître la flexibilité du taux de change dans certains marchés émergents.

    -poursuivre les réformes structurelles chez tous les membres du G20, afin d'augmenter et de soutenir nos perspectives de croissance.

    -faire davantage de progrès dans le rééquilibrage de la demande mondiale.

    En contrepartie, donnez-moi une ou deux phrases intelligibles venues de ces manifestants.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    dimanche 4 juillet 2010 08h16
    La crainte de manifester (1)
    Pour emprunter une expression d'un des participants à ce forum, les "grands" de ce monde avancent en tâtonnant avec une canne blanche. Ils font des parades pour nous laisser croire qu'ils savent où ils s'en vont.

    S'ils savent où ils s'en vont, c'est quand vient le temps de défendre leur acquis. Mais leur acquis ne sont pas les mêmes que ceux du peuple.

    J'ai choisi le mot "peuple" à partie de leur point de vue. Quant à moi, le mot "population" aurait été ma préférence. Du point de vue de certains des "grands" de ce monde, le mot "peuple" est presque synonyme de mépris.

    Pour la question de manifester, alors là vous risquez d'ajouter au mépris que certains parmi eux portent envers vous. S'il y en a qui vous méprisent parmi eux, ils sont portés à penser aussi que vous ne comprenez vraiment rien à rien de ce qui se passe présentement.

    Alors, vous comprendrez, aux yeux de certains des "grands" de ce monde, les sommets auxquels ils participent ne veulent pas dire grand-chose pour nous.

    C'est probablement un peu la façon dont, pas tous, mais certains parmi eux perçoivent vos manifestations. Maintenant, vous voulez savoir ce que pense Harper de vous? Vous n'avez qu'à regarder toute la mise en scène qu'il s'est payé sur notre dos, avec l’argent de nos impôts en plus.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    dimanche 4 juillet 2010 08h17
    La crainte de manifester (2)
    Au cas où cette mise en scène policière a réussi à faire peur à certains parmi vous, son objectif aura été atteint. En bref, vous le dérangez quand vous manifestez. Vous dites : «La crainte de manifester? » Dites plutôt : « »La crainte de le dérangez, lui ». Il faut qu’une fois Harper parti du pouvoir, les choses redeviendront plus normales, démocratiquement parlant.

    Harper, pour moi, est synonyme d'étroitesse d'esprit. Si, au moins, il était étroit d'esprit du bon côté, c'est-à-dire celui de la population, bref de tout le monde. Mais, ce n'est pas le cas, puisque entre lui, et aussi les certains autres "grands" des autres sommets, ils ont toujours érigé des murs. La muraille de Harper était bien plus riche et épaisse (comme de la crème, à son image!) que celle de la plupart des autres sommets.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    dimanche 4 juillet 2010 08h23
    À M. Paul Gagnon
    Vous réduisez les choses quand vous parlez de gauche ou de droite. La société est beaucoup plus qu'un petit monde manichéen. On dit même que certains voient le diable et le bon dieu dans leur soupe.

    Plutôt que de relire 1984, de Georges Orwell, je vous invite à lire "La ferme des animaux", du même auteur. C'est une savoureuse de belle petite allégorie.

  • Pier-Luc Lampron
    Abonné
    dimanche 4 juillet 2010 09h52
    De la démocratie à la tyrannie
    Cet excellent article me fait penser à la description que Platon faisait de la démocratie lorsqu’elle entre dans sa phase de dégradation.

    « L'opposition entre riches et pauvres grandit chaque jour, sans que la classe dirigeante, uniquement soucieuse de s'enrichir, se préoccupe d'en conjurer les redoutables effets... Quelles sont les caractéristiques de ce gouvernement... Il ne peut prétendre à rien moins qu'à l'unité, puisqu'il est un composé des institutions les plus diverses et les plus irréconciliables... il est de l'essence de la démocratie d'accorder une trop grande liberté qui dégénère fatalement en licence. Quel ordre, en effet, demeure possible lorsque toute contrainte est abolie, lorsque les règles morales sont abandonnées au jugement du premier venu, qui les adopte ou les rejette selon les exigences de son humeur ou des desseins qu'il a formés?... Dans l'État populaire la sanction d'une faute n'est point proportionnée à sa gravité... ce coupable, pour peu qu'il soit habile, échappe à la peine encourue. Condamné à l'exil, il reste dans sa patrie et s'y montre en public sans qu'on le remarque...doué du pouvoir de se rendre invisible... À l'homme qui entre dans la carrière politique, on ne demande pas de fournir la preuve de sa science et de sa sagesse, non plus que l'honnêteté de son passé. Il suffit qu'on lui fasse confiance, qu'il affirme son dévouement à la cause du peuple. Car c'est un "esprit large et point vétilleux" qui règne dans cet État où l'on se contente de vagues promesses sans chercher à savoir si celui qui les tient est capable de les tenir! Sa vie (celle de l'homme démocratique) qu'il estime libre et heureuse, offre en réalité le spectacle d'une décevante anarchie..."

    Enfin, Platon estime être dans la logique des choses que la démocratie, se dégradant peu à peu, cède la place à la tyrannie. Ainsi, de la liberté politique tout azimut, nous en venons à la plus totale des servitudes.

  • Paul Gagnon
    Inscrit
    dimanche 4 juillet 2010 18h56
    À Jacques Morissette
    Dieu me garde de réduire (comme ces réducteurs de têtes d’Amazonie) « ces choses » combien sérieuses que sont la droite et la gauche (les extrêmes évidemment). Quand au diable, il se tient dans l’encoignure d’une porte et il rigole, et il rigole.

    Heureusement nous n’en sommes pas encore là en ce pays. Alors pourquoi se presser? Les Black Blocs (B

  • Pierre Rousseau
    Inscrit
    dimanche 4 juillet 2010 21h25
    @ M. Paquet
    Une phrase intelligible, pour qui comprend l'anglais, venant de manifestants: « Peaceful demonstration ».

    Ça justifie le matraquage et les agressions n'est-ce pas? La liberté d'expression? Bah, on repassera.

  • J.Gabriel
    Inscrit
    mardi 6 juillet 2010 18h42
    L'avenue de Lot?
    "Pourtant, quelle autre avenue que la violence s'ouvre devant ceux que titille encore ce vieux rêve de changement radical?"nous demande l'auteur. Bien des avenues sont encore possible: celle de Lot me semble privilégiée par nombre d'entre nous! À l'instar du neveu d'Abraham, nous pouvons toujours choisir la plaine de la facilité et de l'installation au sein de lieux nous proposant de trouver le paradis à force d'allez-retour dans du vide (les Sodome et Ghomorre octroyant la précieuse ivresse ne manquent pas en ce monde débordant d'images et de psychotropes) . Quitte à peiner l'auteur de cet article (bien écrit, je dois dire) la quête des solutions catholiques...heu je veux dire totalisante est bel et bien fini. Il ne nous restera plus qu'à apprendre à attendre en tentant du mieux que l'on peut d'éviter l'ennui.

  • Nelson
    Inscrit
    jeudi 8 juillet 2010 00h07
    99% DES CASSEURS SONT DES ENFANTS MAL AIMÉS, ABUSÉS, NEGLIGÉS, REMPLIS DE TRISTESSE ET DE COLÈRE.
    SI CRITIQUES, GAUCHISTES, ANTI-CAPITALISTES QU'ON PUISSE ÊTRE, RIEN NE JUSTIFIE JETTER DES PIERRES ET DES BOUTEILLES ALLUMÉS REMPLIS DE PETROLE AUX AGENTS DE LA PAIX, QUE SONT LÀ POUR PROTEGER ET AIDER LA POPULATION.

    JE CROIS PLUS À DES CASSEURS CASSÉS, À DES VIOLENTS VIOLENTÉS, À DES ABUSEURS ABUSÉS, À DES BLESÉS QUI BLESSENT, À DES DESTRUCTEURS DÉTRUITS.

    AUCUN DES CHÈRES PARTICIPANTS À CETTE DÉBAT FERAIT DES FOLIES PAREILLLES.

    CECI-DIT, NOUS DEVONS TOUS NOUS IMPLIQUER À CONSTRUIRE DES SOCIETÉS PLUS JUSTES, ÉGALITAIRES, HUMAINES, RESPECTUESES DE SOI ET DES AUTRES, ET COMBATTRE SANS RELÂCHE LES GUERRES, LA FAMINE ET LES ABUS ENTRE HUMAINS.

    LA SURVIE DE L'HUMANITÉ EN DEPEND.

  • Caroline Jarry
    Abonné
    vendredi 9 juillet 2010 11h25
    Excellent texte, mais triste constat
    Moi aussi j'ai bien aimé cette analyse lucide, lue quelques jours après sa publication. Le désarroi idéologique est certainement une des caractéristiques principales de notre époque, et l'auteur du texte réussit le rare exploit de le décrire à la fois du dedans, en tant que manifestant, et du dehors, en tant qu'analyste.

    Mais ceci dit, que faire (comme disait Lénine)? Il y a quelque chose de triste qui se dégage de l'article. L'auteur est conscient de l'inintelligibilité du message des opposants au G-20 et à "l'ordre établi". "La rue criait un malaise qu'aucune rationalisation savante ne saurait résumer", dit-il, "un trouble aussi profond que notre incapacité à comprendre la nature du mal qui dévore ce monde". "Il en va d'une défaite de la pensée", dit-il encore. Et les badauds qui regardent les manifestants d'un air mi-amusé, mi-craintif, un sushi au bout des baguettes... Oui, cet article est criant de lucidité, mais aussi infiniment triste, car c'est un constat d'échec total.

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