Vancouver versus Toronto
En observant les événements de samedi dernier à Toronto, à l'occasion du sommet du G20, je me suis souvenu de scènes similaires survenues à Vancouver pendant les derniers Jeux olympiques.
Le jour de la cérémonie d'ouverture, par exemple, des milliers de personnes ont marché sous une bannière qui disait «Reprenons nos rues!». La manifestation était organisée par le réseau de résistance olympique, dont l'objectif était de perturber les «affaires courantes» à Vancouver. Parmi les manifestants se trouvaient des autochtones réclamant les terres sur lesquelles les Jeux se déroulaient et les groupes sociaux qui estimaient que les sommes dépensées pour la tenue des Jeux auraient dû être consacrées au logement public.
Un affrontement avec la police a duré environ deux heures, mais la manifestation était somme toute pacifique. Selon la version des manifestants, trois personnes ont été arrêtées. Pour sa part, la police n'a signalé qu'une seule arrestation — le chef affirmant que ses troupes continueraient de surveiller la manifestation, sans toutefois brimer la liberté d'expression.
Le lendemain, toutefois, l'escouade antiémeute de la police s'est heurtée à plus de 200 manifestants masqués utilisant les tactiques des Black Blocs; un bon nombre était en provenance du Québec. Les manifestants ont lancé des distributrices à journaux dans les vitrines du magasin La Baie, qui vendait des souvenirs olympiques. Sept personnes ont été arrêtées. Pourtant, les manifestations violentes ont pris fin ce jour-là, premier jour de compétition.
Plusieurs facteurs expliquent la différence entre l'attitude des policiers à Vancouver et celle à Toronto. Tout d'abord, étant établie sur la côte Ouest (aussi appelée «côte de gauche» — Left Coast — du Canada ), la police de Vancouver a une grande expérience de ce type de situation. Dans le cadre de leur formation, les policiers ont étudié attentivement les émeutes survenues à Seattle en 1999. Leur chef, Jim Chu, est relativement jeune et il est très sensible à la diversité et aux valeurs de la ville.
Cela étant dit, la communauté locale a aussi joué un rôle-clé lors des manifestations. Les Vancouvérois défendaient presque tous leurs Jeux olympiques, très conscients du fait qu'à travers cet événement, les yeux du monde seraient rivés sur leur magnifique ville pendant deux semaines.
Les Jeux eux-mêmes ne sont jamais devenus un enjeu partisan. Les néodémocrates ont toujours regretté leur erreur des années 80, lorsqu'ils s'étaient opposés à l'Exposition universelle de 1986 à Vancouver. Passé au pouvoir, c'est un gouvernement néodémocrate qui lança l'idée d'attirer les Jeux à Vancouver-Whistler. Une fois retourné sur les bancs de l'opposition en 2001, ce parti n'a plus formulé ce genre de critique.
Les premières manifestations violentes de Vancouver ont été rapidement condamnées par les élus néodémocrates de tous les niveaux, y compris par le maire de Vancouver (un ancien député provincial) et les membres du conseil municipal, également contrôlé par la gauche. À Ottawa, en revanche, les députés torontois du NPD ont choisi de faire de la petite politique avec le sommet du G20 — tout comme leurs homologues libéraux, et ce, malgré l'importance du sommet dans la conjoncture actuelle et le fait que le forum du G20 a été conçu par nul autre que le libéral Paul Martin.
À Vancouver, les manifestants violents ont été sévèrement et uniformément dénoncés par les médias locaux. Je n'ai aucun souvenir d'un journaliste ou commentateur qui aurait exprimé même un minimum de sympathie pour leur «cause» — ce qui n'est pas du tout l'impression que j'ai eue le week-end dernier à Toronto!
Ces manifestants ont même été condamnés par l'Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, contrairement à l'Association des libertés civiles du Canada qui, samedi dernier, a plutôt dénoncé des «arrestations massives sans précédent».
Enfin, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus important, les résidants de Vancouver eux-mêmes n'éprouvaient aucune sympathie pour les manifestants violents, refusant de les aider de quelque façon que ce soit. Au contraire, même, dans plusieurs cas les gens ordinaires ont aidé la police à déjouer les tactiques de type «Black Blocs».
En fin de compte, l'image de Vancouver en est ressortie grandie, car la ville a récolté une bonne publicité à l'échelle mondiale. Tandis que «Toronto the Good» est aujourd'hui perçue comme une ville désordonnée et divisée — et il y a fort à parier que les accusations d'un camp contre l'autre vont se poursuivre encore un bon moment.
***
Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail. En raison du congé de la Fête du Canada de jeudi dernier, nous publions exceptionnellement sa chronique aujourd'hui. Elle fera ensuite relâche en juillet et août.
Le jour de la cérémonie d'ouverture, par exemple, des milliers de personnes ont marché sous une bannière qui disait «Reprenons nos rues!». La manifestation était organisée par le réseau de résistance olympique, dont l'objectif était de perturber les «affaires courantes» à Vancouver. Parmi les manifestants se trouvaient des autochtones réclamant les terres sur lesquelles les Jeux se déroulaient et les groupes sociaux qui estimaient que les sommes dépensées pour la tenue des Jeux auraient dû être consacrées au logement public.
Un affrontement avec la police a duré environ deux heures, mais la manifestation était somme toute pacifique. Selon la version des manifestants, trois personnes ont été arrêtées. Pour sa part, la police n'a signalé qu'une seule arrestation — le chef affirmant que ses troupes continueraient de surveiller la manifestation, sans toutefois brimer la liberté d'expression.
Le lendemain, toutefois, l'escouade antiémeute de la police s'est heurtée à plus de 200 manifestants masqués utilisant les tactiques des Black Blocs; un bon nombre était en provenance du Québec. Les manifestants ont lancé des distributrices à journaux dans les vitrines du magasin La Baie, qui vendait des souvenirs olympiques. Sept personnes ont été arrêtées. Pourtant, les manifestations violentes ont pris fin ce jour-là, premier jour de compétition.
Plusieurs facteurs expliquent la différence entre l'attitude des policiers à Vancouver et celle à Toronto. Tout d'abord, étant établie sur la côte Ouest (aussi appelée «côte de gauche» — Left Coast — du Canada ), la police de Vancouver a une grande expérience de ce type de situation. Dans le cadre de leur formation, les policiers ont étudié attentivement les émeutes survenues à Seattle en 1999. Leur chef, Jim Chu, est relativement jeune et il est très sensible à la diversité et aux valeurs de la ville.
Cela étant dit, la communauté locale a aussi joué un rôle-clé lors des manifestations. Les Vancouvérois défendaient presque tous leurs Jeux olympiques, très conscients du fait qu'à travers cet événement, les yeux du monde seraient rivés sur leur magnifique ville pendant deux semaines.
Les Jeux eux-mêmes ne sont jamais devenus un enjeu partisan. Les néodémocrates ont toujours regretté leur erreur des années 80, lorsqu'ils s'étaient opposés à l'Exposition universelle de 1986 à Vancouver. Passé au pouvoir, c'est un gouvernement néodémocrate qui lança l'idée d'attirer les Jeux à Vancouver-Whistler. Une fois retourné sur les bancs de l'opposition en 2001, ce parti n'a plus formulé ce genre de critique.
Les premières manifestations violentes de Vancouver ont été rapidement condamnées par les élus néodémocrates de tous les niveaux, y compris par le maire de Vancouver (un ancien député provincial) et les membres du conseil municipal, également contrôlé par la gauche. À Ottawa, en revanche, les députés torontois du NPD ont choisi de faire de la petite politique avec le sommet du G20 — tout comme leurs homologues libéraux, et ce, malgré l'importance du sommet dans la conjoncture actuelle et le fait que le forum du G20 a été conçu par nul autre que le libéral Paul Martin.
À Vancouver, les manifestants violents ont été sévèrement et uniformément dénoncés par les médias locaux. Je n'ai aucun souvenir d'un journaliste ou commentateur qui aurait exprimé même un minimum de sympathie pour leur «cause» — ce qui n'est pas du tout l'impression que j'ai eue le week-end dernier à Toronto!
Ces manifestants ont même été condamnés par l'Association des libertés civiles de la Colombie-Britannique, contrairement à l'Association des libertés civiles du Canada qui, samedi dernier, a plutôt dénoncé des «arrestations massives sans précédent».
Enfin, et c'est peut-être ce qu'il y a de plus important, les résidants de Vancouver eux-mêmes n'éprouvaient aucune sympathie pour les manifestants violents, refusant de les aider de quelque façon que ce soit. Au contraire, même, dans plusieurs cas les gens ordinaires ont aidé la police à déjouer les tactiques de type «Black Blocs».
En fin de compte, l'image de Vancouver en est ressortie grandie, car la ville a récolté une bonne publicité à l'échelle mondiale. Tandis que «Toronto the Good» est aujourd'hui perçue comme une ville désordonnée et divisée — et il y a fort à parier que les accusations d'un camp contre l'autre vont se poursuivre encore un bon moment.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail. En raison du congé de la Fête du Canada de jeudi dernier, nous publions exceptionnellement sa chronique aujourd'hui. Elle fera ensuite relâche en juillet et août.
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