Arrestations massives - La police de Toronto persiste et signe
Un rapport de l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) contredit les propos du chef de police
Lors d’une conférence de presse ce matin, la police de Toronto a présenté aux médias des objets ayant été confisqués sur des manifestants. Le chef, Bill Blair, a désigné les dizaines d’objets comme autant «d’armes» destinées à «attaquer la ville».
Sur les nombreuses tables du quartier général de la police de Toronto, on pouvait voir des masques à gaz, une scie mécanique, des bâtons de baseball, des menottes, des cannes de peinture, des balles de golf et des dizaines d’autres objets. Certains paraissaient plus inoffensifs toutefois, comme des casques de vélos, des balles de tennis et des lunettes de soleil...
Debout devant les objets, Bill Blair a soutenu qu’il s’agit là de «preuves» de l’étendue «de la conspiration criminelle» projetée par les bandits qui ont infiltré les manifestants. «Ces personnes sont venues pour attaquer notre ville. Ils sont venus pour attaquer le sommet. Ils sont venus pour commettre des crimes et rendre coupables les gens de Toronto», a-t-il dit.
Pas d’excuses
Malgré les voix qui s’élèvent pour condamner les 900 arrestations de la fin de semaine et le fait que la majorité a été relâchée sans qu’aucune accusation soit portée, Bill Blair n’a pas présenté ses excuses. Il a par contre confirmé qu’un comité allait se pencher sur les leçons à tirer de la sécurité lors du G20 et que dans le cadre de ce travail — déjà prévu avant les événements —, ce comité allait scruter les tactiques et les agissements des policiers d’une manière large.
«Tous les aspects seront examinés», a-t-il dit. «Nous pensons que c’est très important, lors d’un événement comme celui-ci, d’une ampleur sans précédent, de comprendre ce que nous avons bien fait et mal fait.»
Le chef de police a aussi donné des entrevues aux journaux de Toronto pour justifier les agissements des policiers. «On a toujours eu l’intention de faciliter les manifestations pacifiques et respectueuses de la loi. Mais quand un large groupe de personnes — on parle de centaines — commence à poser des actes criminels, il a fallu changer notre réponse à ces agissements», a-t-il dit au Globe and Mail.
Un rapport incriminant
Un rapport dévoilé ce matin par l’Association canadienne des libertés civiles (ACLC) contredit toutefois les propos du chef de police. L’ACLC avait plus de 50 observateurs sur le terrain durant la fin de semaine et ceux-ci ont rapporté des dizaines de gestes «illégaux» de la part des policiers.
L’ACLC joint sa voix à Aministie internationale, qui a réclamé lundi une enquête indépendante sur la sécurité du G20 et les agissements des policiers. Lundi soir, plus de 1000 personnes ont manifesté dans le calme devant le quartier général de la police de Toronto pour exprimer leur colère devant les arrestations massives du week-end, les plus importantes de l’histoire du Canada.
Un groupe Facebook réclamant une enquête indépendante a été créé par des citoyens et il recueillait, ce matin, plus de 11 000 signatures.
«Intimidation»
Intitulé «A breach of the peace», le rapport intérimaire de l’ACLC, qui contient 22 pages — seulement en anglais — avance que les forces policières ont enfreint la loi à plusieurs occasions samedi et dimanche. Le document parle «d’intimidation» de la part des forces de l’ordre, d’arrestations arbitraires et de fouilles excessives. La majorité des détenus n’ont pas pu parler à un avocat.
«L’ACLC est d’accord avec les policiers pour dire que des éléments criminels se sont intégrés à des manifestants plus pacifiques, peut-on lire. Il n’y a aucun doute que les événements de la fin de semaine étaient difficiles pour les autorités. Mais cela ne justifie pas une suspension massive des droits des citoyens. On peut à la fois trouver déplorable le vandalisme et reconnaître l’importance de maintenir une société libre et juste qui soit exempte d’arrestations arbitraires et de détentions injustifiées. Selon nous, l’existence à Toronto du “Black Block” ne justifie pas la suspension des droits démocratiques des gens de Toronto.»
La police et les autorités doivent «répondre à plusieurs questions» et être «imputables de leurs gestes», selon l’ACLC. L'Association canadienne des libertés civiles songe d’ailleurs à déposer des poursuites au civil.
L’organisme se dit notamment troublé par l’arrestation massive survenue le samedi soir à Queen’s Park, près du parlement ontarien, une zone pourtant autorisée à recevoir des manifestations durant la fin de semaine.
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