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Santé maternelle: de l'argent frais... en partie

Le G8 donnera 5 milliards d'ici cinq ans. L'argent promis par le Canada était déjà octroyé à l'ACDI pour cette année. Le G8 espère ainsi sauver la vie de 64 000 femmes.

Hélène Buzzetti   28 juin 2010  Canada
Timides dans leur décision, les représentants des huit pays les plus industrialisés de la planète espèrent à peine réduire le taux de mortalité des femmes en âge de procréer de 2,6 % d’ici 2015 et de 2,9 % celui des enfants de cinq ans ou moins.<br />
Photo : Agence France-Presse Saul Loeb
Timides dans leur décision, les représentants des huit pays les plus industrialisés de la planète espèrent à peine réduire le taux de mortalité des femmes en âge de procréer de 2,6 % d’ici 2015 et de 2,9 % celui des enfants de cinq ans ou moins.
Toronto — Le sommet du G8 s'est conclu samedi midi à Huntsville par un engagement timide des leaders envers l'initiative en santé maternelle pilotée par le Canada. Avec l'argent qu'ils ont promis, les huit pays les plus industrialisés de la planète espèrent à peine réduire le taux de mortalité des femmes en âge de procréer de 2,6 % d'ici 2015 et de 2,9 % celui des enfants de cinq ans ou moins. Le Canada, pourtant le pays le plus généreux considérant sa taille, s'est vu critiqué parce que la totalité de sa contribution proviendra de fonds déjà annoncés il y a quatre mois.

Ainsi, le G8 s'est entendu pour consacrer cinq milliards de dollars américains d'ici cinq ans à la santé maternelle. Avec cette somme, explique le communiqué de presse final du sommet, le G8 espère sauver la vie de 64 000 femmes et de 1,3 million d'enfants de moins de cinq ans d'ici 2015. À titre de comparaison, la communauté internationale évalue à 500 000 le nombre de femmes qui meurent chaque année à la suite de complications reliées à la grossesse ou l'accouchement et à 9 millions de morts dans le cas des jeunes enfants.

L'impact du G8 sera donc de réduire de 2,6 % et 2,9 % respectivement ces taux de mortalité. La communauté internationale s'était plutôt fixé comme objectif du millénaire une réduction d'ici 2015 de... 75 % (pour les femmes) et de 67 % (pour les enfants).

On ne sait pas non plus avec exactitude si l'argent promis par les huit pays sera véritablement nouveau. Déjà, les ONG remettent en question la nouveauté de la contribution canadienne. Dans le plus récent budget fédéral, déposé en mars dernier, l'Agence canadienne de développement international (ACDI) a obtenu 364 millions de dollars supplémentaires pour l'année en cours. Samedi, le gouvernement canadien a reconnu que c'est à même cette enveloppe que seront pris les 220 millions de dollars (ou 1,1 milliard sur cinq ans) qu'il promet de consacrer à la santé maternelle.

Peut-on alors parler de nouveaux fonds dans la mesure où, sommet du G8 ou pas, l'ACDI aurait bénéficié de cette somme? Le directeur des communications du premier ministre, Dimitri Soudas, estime que oui. «Le budget a été déposé au mois de mars et est encore au Sénat», fait-il remarquer. Ces fonds n'ont donc pas encore été utilisés par l'ACDI.

Les organisations non gouvernementales ne sont pas de cet avis. Elles font valoir que, n'eût été l'initiative en santé maternelle, l'ACDI aurait utilisé son budget bonifié pour augmenter son aide dans d'autres secteurs.

«Avec la stagnation de l'aide globale du G8, leurs engagements de cinq milliards de dollars pour la santé maternelle seront probablement ponctionnés sur des domaines vitaux tels que l'éducation et de la nourriture», a prévenu le directeur d'Oxfam Québec, Pierre Véronneau. «Cette année, le sujet phare est la santé maternelle. L'année dernière, c'était la crise alimentaire. Chaque année le G8 prend une nouvelle initiative. Mais avec la stagnation de l'aide globale, il ne fait que déplacer l'argent.»

Mutisme sur l'avortement


Il a été convenu que chaque pays choisirait le canal par lequel il veut acheminer son aide. Un nouveau mécanisme ne sera pas créé à cette fin. Outre le Canada, qui a choisi d'exclure les interruptions de grossesse des projets financés par cette initiative, aucun autre pays n'a fait état de l'épineuse question de l'avortement. Alors qu'on lui demandait en conférence de presse s'il permettrait que l'argent français finance aussi des avortements, le président Nicolas Sarkozy a répondu «oui». «Pour nous, la question est tranchée.»

Au total, le G8 a pu récolter des engagements de 7,3 milliards de dollars, puisque d'autres pays ne faisant pas partie du groupe sélect ainsi que des fondations ont accepté de contribuer. À elle seule, la fondation Bill et Melinda Gates versera 1,5 milliard de dollars.

À ce chapitre, on constate par ailleurs que les autres pays du G8 n'ont pas été aussi généreux que le Canada, qui réservera 1,1 milliard de dollars sur cinq ans.

  • États-Unis: 1,346 milliard sur deux ans
  • France: 625 millions sur cinq ans
  • Grande-Bretagne: 600 millions sur deux ans
  • Allemagne: 503 millions sur cinq ans
  • Japon: 500 millions sur cinq ans
  • Italie: 238 millions sur cinq ans
  • Russie: 75 millions sur trois ans

Comme les pays ne se sont pas tous engagés pour la période de cinq ans, le G8 dit s'attendre à ce que, au cours de la période 2010-2015, «l'initiative de Muskoka recueille une somme significativement supérieure à 10 milliards de dollars».

Par ailleurs, le G8 a réitéré son engagement pris l'année dernière de consacrer à l'aide alimentaire 22 milliards de dollars d'ici 2012. Il y aurait consacré 6,5 milliards à ce jour.

Quant aux changements climatiques, ils ont été brièvement abordés. Le communiqué de presse stipule que «bien que nous restions engagés à combattre les changements climatiques, nous avons discuté de l'importance d'assurer que nos économies s'adaptent au climat. Nous nous sommes entendus sur le fait qu'il était nécessaire de mener davantage de recherches pour recenser leurs impacts globaux, régionaux, nationaux et sous-nationaux, et les options pour s'y adapter».
 
 
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