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    Libre opinion - Un Conseil menacé

    10 juin 2010 |Brian Barton - Président de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale | Canada
    Un climat d'incertitude plane présentement sur l'ensemble de la société civile du Québec et du Canada. Après les groupes de femmes et des organisations de coopération internationale réputées comme KAIROS et Match international, c'est désormais au Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) de craindre que tout son financement ne lui soit retiré par l'Agence canadienne de développement international (ACDI). Le CCCI regroupe une centaine d'organisations de coopération internationale réparties à travers le Canada. Il y a deux mois, on lui a annoncé que ses activités étaient réévaluées et que son financement serait prolongé temporairement pour 3 mois.

    Créé en 1968, le CCCI a pour mission d'améliorer l'efficacité de l'aide au développement dans le but ultime de réduire la pauvreté et de promouvoir la justice sociale ici et à l'international. Le CCCI joue un rôle crucial de recherche et d'approfondissement des connaissances, notamment auprès des organisations de coopération internationale. Or, leur efficacité dépend en grande partie de leur capacité d'actualiser et d'améliorer leurs pratiques.

    Le Conseil est aussi un lieu où les organisations peuvent échanger afin de trouver des solutions à des problèmes communs, ou encore concerter leur action sur le terrain, comme ce fut le cas lors de la récente catastrophe en Haïti. Il fournit un espace de dialogue entre la société civile, ses partenaires partout à travers la planète et le gouvernement canadien. Il est reconnu internationalement pour son expertise de suivi et d'analyse des politiques publiques relatives aux affaires étrangères, à l'aide internationale, au commerce et à la consolidation de la paix. Au cours de son histoire, le CCCI a régulièrement contribué à enrichir le débat public et à renforcer les politiques publiques sur ces thèmes prioritaires, et il s'est impliqué activement à bâtir la réputation de pays pacifique qui a longtemps fait la fierté des Canadiens.

    Il faut s'interroger sur la menace de retrait du financement d'un partenaire avec qui le gouvernement a construit une relation de confiance de si longue date et qui avait reçu de bonnes évaluations de sa part. Selon les plus récentes prévisions, dans un mois le CCCI devra congédier 15 de ses 23 employés et vendre ses bureaux pour arriver à payer les indemnités de départ et le coût de ce qui restera de ses activités régulières. En coupant les fonds à cet important réseau, le gouvernement canadien se priverait d'une source privilégiée d'information de proximité provenant de la diversité des expériences et pratiques des organismes membres oeuvrant dans tous les coins du monde.

    Le dialogue entre le gouvernement et la société civile est un élément fondamental de la vie démocratique canadienne. Par son absence, c'est la liberté d'expression de l'ensemble de la population canadienne qui est menacée. Si rien n'est fait pour renverser la vapeur, les compressions auxquelles font face le CCCI et d'autres organisations entraîneront un appauvrissement important de la qualité du débat public au Canada.

    Le financement octroyé à des organismes comme le CCCI est dérisoire en comparaison du milliard de dollars que le Canada s'apprête à débourser juste pour assurer la sécurité pendant les trois jours que dureront les sommets du G8 et du G20. N'est-ce pas contradictoire, de la part d'un gouvernement qui dit souhaiter augmenter l'efficacité de l'aide publique au développement?

    Cette menace de ne pas renouveler le financement du CCCI fait partie de la campagne de pression du gouvernement pour museler toute critique de ses politiques concernant la coopération internationale. Le message est clair: «Si vous critiquez les politiques du gouvernement, vous perdrez votre financement.»

    En tant que président de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale, j'exprime la solidarité de l'AQOCI avec le CCCI et demande:

    - que la ministre de la Coopération internationale maintienne le financement du CCCI;

    - que les critères appliqués aux décisions de financement de la coopération internationale soient clairs et transparents;

    - et que le ministère de la Coopération internationale travaille avec la société civile pour rétablir une relation de confiance basée sur une programmation en fonction de l'efficacité de l'aide.

    ***

    Brian Barton - Président de l'Association québécoise des organismes de coopération internationale












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