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    Conservateurs et Opus Dei à la même table

    Au moins trois députés et un sénateur ont répondu hier à l'invitation

    27 mai 2010 |Hélène Buzzetti | Canada
    Ottawa — Alors que les liens entre la droite religieuse et le Parti conservateur font couler beaucoup d'encre, une autre illustration de ce rapprochement a été fournie hier. Un député conservateur a organisé pour ses collègues un repas au chic restaurant parlementaire avec le chef de l'Opus Dei au Canada, a appris Le Devoir. Bien que les députés, les sénateurs et le personnel politique de tous les partis aient été invités, une vingtaine se sont présentés, la grande majorité des conservateurs.

    Le député de la Saskatchewan et président suppléant de la Chambre des communes, Andrew Scheer, a organisé la rencontre avec le vicaire de l'Opus Dei au Canada, monseigneur Frederick Dolan. Le repas a duré environ une heure et demie.

    Au bureau de M. Scheer, on indique que de 16 à 18 personnes étaient présentes au lunch. Un des participants parle plutôt de 10 à 15 convives. Il a été impossible d'obtenir une liste des participants, mais Le Devoir a pu confirmer la présence de deux autres députés et un sénateur conservateurs, soit Harold Albrecht, Pierre Lemieux et Consiglio Di Nino. L'adjointe parlementaire de M. Lemieux était également présente.

    Selon nos informations, ni le Bloc québécois ni le Nouveau Parti démocratique n'étaient représentés. Le bureau de M. Scheer affirme que des libéraux étaient présents, mais aucun nom n'a été fourni. Il a été impossible de parler avec Andrew Scheer hier. La porte-parole de l'Opus Dei, à qui on a demandé la raison de la visite à Ottawa du vicaire, n'a pas rappelé Le Devoir.

    Selon une participante, la rencontre a été très informelle. «L'abbé Dolan a parlé de comment on peut vivre une vie juste et bonne, comment atteindre le bien dans notre vie professionnelle.» Après une courte présentation du vicaire, il y a eu des échanges entre les participants.

    L'Opus Dei est une association controversée de laïcs catholiques faisant partie de l'Église. De stricte obédience papiste, il s'agit d'un groupe ultraconservateur. Il suscite la méfiance du fait de son caractère secret: les membres sont invités à ne pas révéler leur affiliation. On y encourage les pratiques de mortification, notamment la flagellation et le port du cilice (ceinture de crin) deux heures par jour.

    L'Opus Dei, qui pousse ses membres à poursuivre des études supérieures pour ensuite se mêler aux élites, est parfois accusée d'appuyer des gouvernements d'extrême droite. Elle compterait environ 85 000 membres dans le monde, dont environ 600 au Canada. Le vicaire Frederick Dolan est lui-même un ancien courtier en valeurs mobilières ayant étudié à la prestigieuse Université Harvard. Il a complété un doctorat en philosophie à Rome et a été ordonné prêtre en 1983. Il a été, de 1992 à 1998, chancelier de la Curie de la prélature à Rome, sorte de haut gradé de l'administration vaticane. Il est né aux États-Unis et est maintenant basé à Montréal.

    Notons que les trois députés conservateurs dont la présence au lunch d'hier a pu être confirmée s'opposent tous à l'avortement. MM. Albrecht et Lemieux ont participé à la grande manifestation pro-vie sur la colline parlementaire à Ottawa il y a deux semaines.

    Ce n'est pas la première fois que le Parti conservateur et l'Opus Dei sont associés. En 2008, La Presse avait révélé que la candidate de Stephen Harper dans Saint-Bruno-Saint-Hubert, Nicole Charbonneau Barron, en faisait partie. La dame avait accordé des entrevues deux ans plus tôt à titre de porte-parole de l'Opus Dei. Elle y dénonçait l'image caricaturale de l'organisation véhiculée par le best-seller Da Vinci Code. Elle n'avait pas révélé son affiliation aux instances conservatrices, soutenait-on alors.

    La montée de la droite religieuse au Canada et ses liens avec le Parti conservateur ont fait l'objet d'un livre publié récemment, The Armageddon Factor. L'auteure, Marci McDonald, y soutient que les groupes religieux s'organisent de mieux en mieux de manière à infiltrer le gouvernement et à influencer ses décisions. Elle cite comme exemple la présence à Ottawa de plusieurs députés et ministres créationnistes de même qu'une armée de conseillers ayant passé par ces groupes de pression.












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