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Colère justicière

Manon Cornellier   21 avril 2010  Canada
La tactique est toujours la même. Quand le gouvernement conservateur est dans les câbles, il ressort l'épouvantail des méchants criminels à qui on doit serrer la vis. Et ce lundi, ça tombait bien, c'était le début de la Semaine nationale de sensibilisation aux victimes d'actes criminels et du lobby annuel de l'Association canadienne des policiers.

Le premier ministre Stephen Harper n'a pas raté l'occasion pour faire savoir qu'il ne digérait pas que certains condamnés puissent jouir du pardon. Il l'avait fait savoir à son ministre de la Sécurité publique, Vic Toews, à la fin de mars, après avoir appris que l'ancien entraîneur de hockey mineur Graham James avait obtenu un pardon de la Commission des libérations conditionnelles (CLC) pour une condamnation pour délits sexuels contre deux joueurs. (M. James a plaidé coupable et a été condamné en 1997 à trois ans et demi de prison. Il a reçu son pardon en 2007.)

Cette semaine, c'est le fait que Karla Homolka puisse, à partir de cette année, faire une demande de pardon qui a fait fulminer M. Harper. «Voilà comment les lois ont été écrites depuis quelques décennies, écrites avec cette mollesse face au crime qui était en vogue alors et une préoccupation pour les criminels qui passait avant la compassion pour les victimes», a-t-il déclaré au lancement de la Semaine de sensibilisation.

Sauf que M. Harper est au pouvoir depuis quatre ans et que son gouvernement a procédé au début de 2007, et avant que M. James reçoive son pardon, à une révision de la procédure menant au pardon, en particulier dans le cas d'infractions de nature sexuelle.

Et si sa préoccupation est la protection des victimes, comment explique-t-il que son gouvernement n'a toujours rien fait pour mettre fin à la libération après un sixième de la peine, pour améliorer le système des libérations conditionnelles et l'encadrement des personnes en liberté surveillée? Pourquoi laisse-t-il le mandat de l'ombudsman fédéral des victimes d'actes criminels, Steve Sullivan, prendre fin samedi sans avoir encore annoncé son remplaçant?

Mieux encore, pourquoi son gouvernement trouve-t-il si facilement des fonds pour agrandir les prisons et embaucher des gardiens, mais rogne les budgets de certains programmes d'aide aux victimes? M. Sullivan l'a souligné dans une lettre envoyée au premier ministre en début de semaine. Le 9 avril, la directrice générale du Centre canadien de ressources pour les victimes de crimes, Heidi Illingworth, a fait de même auprès du ministre de la Sécurité publique, Vic Toews. Les Services correctionnels bénéficieront d'une hausse de budget de 193 millions cette année alors que le budget du bureau de l'ombudsman augmentera d'à peine 1,08 % et que les subventions et les contributions pour l'Initiative sur les victimes d'actes criminels diminueront de 41 et 34 % respectivement.

***

Ce gouvernement aime manier le bâton et envisage de présenter un projet de loi qui bloquerait l'accès au pardon dans le cas de certains crimes violents ou sexuels ou qui allongerait les délais avant qu'une personne puisse faire une demande. Pour se justifier, il a recours à sa tactique habituelle qui est de monter en épingle des cas extrêmes pour ensuite, de l'exception, tirer une règle générale. Personne n'a de données ou d'analyses à offrir. Il n'y a que cette colère qui est si mauvaise conseillère.

Le pardon a pour fonction d'encourager et de soutenir les efforts soutenus de réhabilitation. Une personne doit avoir une conduite exemplaire pendant trois à cinq ans après la fin de sa sentence avant de pouvoir faire une demande de pardon.

Depuis 1970, plus de 400 000 personnes ont reçu un pardon et, selon la CLC, seulement 3 % de ces pardons ont dû être révoqués, ce qui survient quand la personne enfreint une loi fédérale, n'a «plus [une] bonne conduite» ou que sa demande initiale se révèle trompeuse. On peut donc déduire que la récidive chez les personnes bénéficiant d'un pardon est extrêmement rare.

Et il faut souligner que, dans le cas des personnes reconnues coupables de crimes de nature sexuelle, les dossiers restent accessibles pour la vérification des antécédents d'un bénévole ou d'un demandeur d'emploi qui veut oeuvrer auprès d'enfants ou de personnes vulnérables.

Le système n'est pas parfait. L'attribution du pardon, par exemple, serait trop automatique aux yeux de certains. Il faut quand même relativiser. On ignore le nombre exact de Canadiens ayant un casier criminel, mais le Centre d'information de la police canadienne détient les empreintes digitales de 4,2 millions de Canadiens. Le nombre de Canadiens ayant un casier criminel serait légèrement inférieur, ce qui est encore environ 10 fois plus que le nombre de pardons accordés depuis 40 ans.

Quand le premier ministre s'emporte et affirme qu'il doit mettre fin à la façon de faire actuelle, on se demande: que veut-il empêcher ou corriger au juste? Avant de refuser ou de limiter l'accès au pardon, il faudrait démontrer que les groupes qu'on entend cibler ont abusé de cet avantage, ce que personne n'a encore fait.

Administrer la justice à l'aveuglette est la meilleure façon de commettre des injustices. Et ce n'est pas parce qu'une personne a déjà été condamnée que le gouvernement peut s'en servir comme épouvantail pour détourner l'attention et revigorer sa base.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • NicolasG
    Inscrit
    mercredi 21 avril 2010 05h19
    Vous avez raison, il faut en faire plus pour les victimes!
    Vous avez raison: ces mesures ne sont pas suffisantes et il faut éliminer les remises en liberté après un sixième de la peine. Il est grand temps que l'on tienne compte des droits des victimes plutôt que ceux des criminels. Ceux-ci doivent être punis pour leur actes contre les citoyens du Canada.

    Hier en entrevue à la radio, Pierre-Hugues Boisvenu expliquait aussi comment les statistiques de la CLC étaient faussées afin de pouvoir démontrer que leurs programmes de réhabilitation marchent bien alors que ce n'est pas le cas. De plus, il n'est pas normal qu'une personne pardonnée obtienne un casier complètement vierge que même les policiers ne pourront pas consulter en cas d'intervention.

    Bref, je supporte totalement cette réforme du gouvernement conservateur qui en finira avec ces stupides lois libérales qui nuisent à notre sécurité. Je vous encourage dans vos demandes pour en faire encore plus car le combat pour la justice aux victimes n'est pas encore terminé.

  • Claude Desjardins
    Abonné
    mercredi 21 avril 2010 08h13
    La pensée magique
    C’est de la pensée magique. On fait l’équation que cela fera baisser la criminalité et qu’il sera inutile de construire d’autre prison à cause de l’effet dissuasif. L’instrumentalisation de la douleur des victimes d'actes criminels à des fins politique est devenue une spécialité chez les conservateurs. Dans l’ensemble, cela ne rendra pas la justice meilleure. L’exemple de notre voisin américain est éloquent et devrait nous faire réfléchir sur le chemin sur lequel veut-nous entrainer les conservateurs.

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    mercredi 21 avril 2010 08h42
    Quel rapport?
    Quel est le rapport entre en faire plus pour les victimes et nuire aux chances de réhabilitation? Des fois, j'ai l'impression de lire ici le blogue du journal en lock-out.

  • Bouletrouge
    Inscrit
    mercredi 21 avril 2010 09h33
    pas tout à fait
    @Claude Desjardins

    Je crois plutôt qu'il s'agit de tactique politique. Ça donne l'image qu'ils font quelque chose, ils en profite pour descendre les autres et ça ne coûte pas beaucoup.

    Le but n'est pas d'améliorer la sécurité des gens. Le but est que les gens pensent qu'il le fait...

  • Gerard44
    Inscrit
    mercredi 21 avril 2010 10h24
    Les jsuticiers
    J'appuie le point de vue de madame Cornellier. La justice à l'aveuglette ou fondée sur l'idéologie davantage que sur les résultats observables et les études sociologiques, produisent plus d'injustice. Purger un sixième d'une peine c'est un peu court en effet mais d'envisager la réhabilitation est plus humain et plus rentable pour la société. Autrement va falloir construire plusieurs autres prisons. C'est comme avec la peine de mort, très majoritairement (et émotivement) appuyéa par la population. Les recherches démontrent qu'elle n'est pas dissuasive. Rien n'y fait. Faut punir durement pour qu'on se sente du bon côté. Ce gouvernement satisfait aux instincts de la foule pour se maintenair au pouvoir à tout prix. Pitoyable!

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