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    La marche discrète de Maxime Bernier vers le pouvoir

    Le député conservateur n'est pas tendre envers le Québec dans ses discours

    20 avril 2010 |Alec Castonguay | Canada
    Depuis des mois, Maxime Bernier parcourt le pays pour rencontrer des militants conservateurs, serrer des mains et établir de précieux contacts.
    Photo: Jacques Nadeau - Le Devoir Depuis des mois, Maxime Bernier parcourt le pays pour rencontrer des militants conservateurs, serrer des mains et établir de précieux contacts.
    Le député fédéral Maxime Bernier parcourt le pays pour faire connaître ses valeurs de droite, quitte à écorcher le Québec au passage. Et les militants conservateurs en redemandent. Au point que plusieurs bonzes du parti le voient participer à une éventuelle course à la succession de Stephen Harper. En entrevue, Maxime Bernier ne ferme pas la porte.

    Vendredi soir dernier, devant 150 militants conservateurs de la Montérégie réunis à Mont-Saint-Grégoire, le député Maxime Bernier n'a pas pris de gants. «Il devrait être assez évident qu'un interventionnisme étatique effréné ne conduit pas à la prospérité. Si c'était le cas, le Québec serait la région la plus riche d'Amérique du Nord au lieu d'être l'une des plus pauvres.»

    Du haut de la tribune, il ajoutait: «Disons-nous les choses franchement: dans le reste du pays, il y a beaucoup de gens qui perçoivent les Québécois comme des enfants gâtés qui n'en ont jamais assez et qui en redemandent toujours. Ce n'est pas pour rien si cette perception existe. Ça découle de 40 ans de débats futiles sur l'indépendance; 40 ans de politiques irresponsables de la part de gouvernements du Québec qui vivent au-dessus de leurs moyens et qui nous endettent; 40 ans de revendications pour aller chercher toujours plus d'argent dans les proches de nos concitoyens du reste du Canada.»

    Maxime Bernier affirme que le Québec doit cesser de «quémander» de l'argent à Ottawa. «On a construit un système de dépendance économique de plus en plus élaboré.» Il souhaite une décentralisation des pouvoirs vers les provinces et un État minceur à Ottawa. «Nous avons certainement beaucoup de raisons d'être fiers de notre culture, de notre langue, de l'évolution de notre société depuis quatre siècles. Mais les choix politiques québécois des 40 dernières années nous ont menés dans un cul-de-sac financier», a-t-il dit à un auditoire qui l'a chaleureusement applaudi.

    Maxime Bernier a lui-même traduit son discours en anglais et l'a mis sur son blogue quelques heures plus tard afin de rejoindre un large public hors du Québec. Et il a fait mouche. L'allocution de Maxime Bernier circule dans les cercles conservateurs depuis la fin de semaine. Plus de 60 % des commentaires sur son site provenaient de l'Ouest, surtout de la Colombie-Britannique et de l'Alberta. «Merci de dire ce que les Canadiens ressentent», écrit Santana. «Le Québec est chanceux de vous avoir», ajoute David A.

    Maxime Bernier ne se contente pas de son blogue. Il a beau être redevenu simple député depuis la controverse avec Julie Couillard en 2008, il a encore un horaire de ministre. Il parcourt le pays d'un océan à l'autre pour prononcer des discours dans les associations conservatrices, serrer des mains et faire de précieux contacts.

    Samedi prochain, il prononcera une allocution à Winnipeg, dans la circonscription de la députée Joy Smith. Le 30 avril, il sera dans deux circonscriptions de Toronto pour un discours et prendre le petit-déjeuner avec des militants. En mai, il sera à Victoria. En janvier, il était à Calgary, dans la circonscription du député conservateur Lee Richardson. En mars, il était devant les intellectuels conservateurs au Manning Centre for Building Democracy, à Ottawa. «J'ai du temps, alors j'en profite pour partager mes pensées», dit-il en entrevue avec Le Devoir.

    Tasha Kheiriddin, chroniqueuse au National Post, suit de près le mouvement conservateur. Elle affirme que Maxime Bernier séduit. «Dans la frange des libertariens, celle des conservateurs fiscaux, il reçoit un accueil très chaleureux. Il y a clairement un retour en force de Maxime Bernier et les militants apprécient. Les salles sont pleines!», affirme celle qui a été vice-présidente de l'Institut économique de Montréal et qui vit maintenant en Ontario.

    Le créneau libertarien

    Partout, Maxime Bernier enfonce le même clou, celui des libertariens: glorification du secteur privé, valorisation des libertés individuelles, déréglementation, rétrécissement du rôle de l'État... Et il ne se gêne pas pour écorcher sa province au passage.

    Dans un Québec où l'État joue un rôle de redistribution de la richesse avec ses programmes sociaux ambitieux, le discours peut déranger. Maxime Bernier ne s'en formalise pas. «Je n'ai pas la langue de bois, et les gens aiment ça», affirme le député. Sa campagne de séduction est rodée, ses slogans sont prêts. «En politique, si on veut plaire à tout le monde, on va déplaire à tout le monde, dit-il. Je suis en politique pour défendre des idées, des principes. Ce que je dis, c'est du gros bon sens.»

    Visiblement, la position du franc-tireur lui plaît. Le 24 février dernier, Maxime Bernier a même été rabroué par son collègue et ministre de l'Environnement, Jim Prentice, à la suite d'une lettre ouverte qu'il a écrite dans La Presse où il affirmait qu'il n'y a pas de consensus scientifique sur les causes des changements climatiques et leur ampleur, allant ainsi contre la position de l'ONU, qui affirme que les humains en sont la principale cause.

    Maxime Bernier se défend. «Je n'ai pas dit que le réchauffement n'existe pas, j'ai juste dit qu'il n'y avait pas de consensus sur les causes et qu'il faut donc être prudent avant d'investir des milliards de dollars.»

    N'empêche, dans le clan de Jim Prentice, on a perçu cette lettre comme une première salve dans une éventuelle course au leadership. Le jour où Stephen Harper prendra sa retraite politique, les rumeurs veulent que Jim Prentice soit sur les rangs. «Bernier est venu jouer dans nos plates-bandes. Sa sortie est venue de nulle part. La seule explication, c'est qu'il a voulu se positionner pour aller chercher l'oreille des sceptiques des changements climatiques», dit une source dans l'entourage de Jim Prentice.

    Dans le quatuor de tête

    Tasha Kheiriddin précise qu'il n'y a pas l'ombre d'une course au leadership au sein du Parti conservateur, puisque Harper est bien en selle, mais elle ajoute que Maxime Bernier fait jaser. «Il n'y a aucun autre conservateur québécois qui est à sa hauteur. S'il y a une course à la chefferie, il sera sûrement sur les rangs et il pourrait tirer son épingle du jeu. Il devra faire oublier l'affaire Couillard et son passage difficile aux Affaires étrangères, mais c'est possible. Les militants semblent vouloir lui donner une chance», dit-elle.

    Jim Prentice, Jason Kenney, Bernard Lord et Maxime Bernier sont les poulains qui se profilent dans l'ombre de Harper. «Bernier a beaucoup d'ambitions et il a confiance en lui. Est-ce qu'il va tenter sa chance? Je ne sais pas, mais il ne fait rien pour faire taire les rumeurs», affirme une source conservatrice qui connaît bien le député et les arcanes du pouvoir à Ottawa.

    A-t-il envie de devenir chef du Parti conservateur un jour? «Je n'en suis pas là pour l'instant», dit Maxime Bernier. «Mon désir à court terme, c'est de redevenir ministre. Ensuite, je veux partager mes idées, mes valeurs conservatrices. Et aider le parti à remporter une majorité aux prochaines élections. Je suis derrière mon chef à 100 %.»

    Il affirme parcourir le pays à la demande des associations de comtés, sans plus. Il ne nie pas établir des contacts, mais soutient qu'il ne s'agit pas de son objectif. «Ce n'est pas planifié. Je ne vais pas à un endroit pour développer quelque chose ou parce que c'est bon pour mon avenir. Je réponds à la demande», dit-il. Et présentement, un conservateur québécois aux allures de franc-tireur, cela attire l'attention.












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