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Avortement - Entre les lignes

Marie-Andrée Chouinard   17 avril 2010  Canada
De manière officielle, le gouvernement de Stephen Harper nie son intention de rouvrir le débat sur l'avortement. Il suffit pourtant d'une simple lecture entre les lignes pour décoder, encore et toujours, une inquiétante ambition d'éroder le droit des femmes à l'avortement.

Cela deviendra bientôt une mode, ou alors une manie. Pour ramener l'avortement sur le tapis, et tenter d'en plomber les acquis, rien de tel qu'un petit projet de loi privé! Le dernier en lice est le C-510, Loi visant à interdire la coercition d'une femme enceinte à avorter. Il vise à faire emprisonner quiconque contraint une femme enceinte à se faire avorter.

Le député manitobain conservateur Rob Bruinooge, président du caucus pro-vie sur la colline parlementaire, a piloté ce projet de loi, aussi appelé Loi Roxanne. Roxanne Fernando a été assassinée à Winnipeg en 2007 par son ami de coeur, de qui elle était enceinte. Elle voulait garder l'enfant et le conjoint. Il souhaitait rompre et refusait la grossesse.

Une histoire tragique, sans contredit. Qui a convaincu le conservateur Bruinooge de concocter un projet de loi dont certaines portions sont rédigées dans un esprit biscornu, il faut le noter. Ainsi, au nom de la protection des femmes «contraintes à avorter» sous une pression physique, affective ou psychologique, le projet va jusqu'à définir la «contrainte» passible d'emprisonnement (six mois à cinq ans) comme «l'exercice de pressions ou l'intimidation, y compris le fait de harceler ou d'importuner par des arguments l'expression de sa rancune». Quels arguments?

Plus que le contenu du projet de loi, c'est la manière de procéder qui indispose. Il s'agit toujours du même modus operandi. De manière inopinée, un projet de loi tente de ramener en douce le sujet de l'avortement. On se rappelle C-484, qui visait la protection juridique des femmes enceintes et des «enfants non encore nés victimes d'actes criminels». Il voulait doter le foetus d'un statut juridique. On se souvient aussi de C-537, sur la protection des médecins participant à des actes médicaux contraires à leur religion ou leurs croyances. Puis de C-338, qui visait à interdire les avortements après 20 semaines de grossesse. Et de C-543, sur les mauvais traitements infligés aux femmes enceintes.

Ces projets de loi n'ont jamais connu leur aboutissement, mais ils sont l'illustration parfaite, ne serait-ce que par leur nombre, de la volonté du gouvernement conservateur de gratter ce dossier sans toutefois le faire de manière ouverte et franche.

Pendant que ce tout dernier projet circule, le gouvernement Harper refuse de financer les avortements outre-mer dans le cadre de son initiative canadienne de santé maternelle dans les pays en voie de développement. Il s'agit pourtant là aussi de protection des femmes. Recalé par la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton sur l'abandon de l'accès légal et sécuritaire à l'avortement — dans des zones où des millions d'avortements dangereux sont pratiqués sur des femmes au péril de leur vie —, le premier ministre n'a pas bronché. Le lendemain de la gifle, début avril, il confirmait son refus de s'engager dans cette voie tout en répétant son intention de ne pas «rouvrir le débat sur l'avortement».

Difficile d'y croire, lorsqu'on voit l'insistance avec laquelle certains, dans la députation pro-vie (dont des conservateurs et des libéraux), reviennent à la charge sous tous les modes pour remettre l'avortement à l'ordre du jour. Si le gouvernement souhaite débattre de cette question, qu'il le fasse ouvertement et avec franchise, sans louvoiement et tentative de dissimulation.
 
 
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  • France Marcotte - Abonnée
    17 avril 2010 10 h 44
    Contraintes
    Parlant de contraintes qui poussent à l'avortement, les principales proviennent de la condition socio-économique des femmes; elles sont donc directement liées aux politiques sur l'équité et le partage des richesses, au pouvoir des femmes de mener leur vie, à la contraception dont elles ont presque totalement la responsabilité. Ça fait pas mal de monde à poursuivre...
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  • Sceptique242 - Inscrit
    17 avril 2010 14 h 14
    Merci
    Je me suis inscrite sur le site juste pour vous remercier de nous garder à jour des projets de lois "grotesques" des Conservateurs contre l'avortement. L'autre jour, je me demandais justement où en était rendu le projet de loi C-484.. Je n'ai rien trouvé disant qu'il était aboli; je l'ai juste déduit vu qu'il n'a pas passé.

    Ce sont des activités faites en catimini et je suis rassurée de voir que des journalistes comme vous s'occupent de nous les rapporter. Merci.
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  • osezl le feminisme - Inscrit
    17 avril 2010 15 h 53
    droit à disposer de son corp
    On constate aujourd'hui que le droit à l'avortement est remis en cause, de façon pernicieuse, en France également les centres IVG ferment les uns après les autres pour une question de rentabilité soi disant. Quand il s'agit de rentabilité, c'est toujours les femmes qui en font les frais. Le droit à disposer de son corps est fondamental, les femmes doivent avoir la maîtrise de la reproduction grâce à la contraception et à l'avortement. 68 000 femmes meurent chaque année dans le monde suite à un avortement clandestin! Les femmes doivent se battre pour conserver ce droit essentiel à leur émancipation. Rejoignez Osez le féminisme à Paris et dans Les Yvelines!! osezlefeminisme.fr
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  • Francois Lavallée - Abonné
    17 avril 2010 15 h 56
    Et l'équité pour les hommes?
    Tant qu'à traiter d'une loi qui, de toute façon, ne sera pas adoptée, au lieu de nous ramener le refrain prévisible de la femme victime, pourquoi ne pas poser la vraie question que pose ce projet : s'il est criminel pour un homme d'inciter une femme à avorter, qu'en est-il d'une femme qui souhaite avorter malgré la volonté du père? Y a-t-il égalité des droits entre les hommes et les femmes en matière d'avortement? Le père est-il moins parent que la mère quand un enfant est conçu? Pourquoi les féministes tiennent tant à rappeler au père qu'il est responsable autant que la mère quand vient le moment de payer la pension alimentaire, mais se taisent soudainement quand vient le temps d'affirmer le droit de voir son propre enfant voir le jour?

    Je souhaite que les mentalités évoluent pour qu'on puisse enfin poser franchement cette question sur la scène publique sans se faire rabrouer avec les réponses toutes faites des féministes qui datent de deux générations.
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  • Sylvain Auclair - Abonné
    18 avril 2010 13 h 01
    À Sceptique 242
    Tous les projets de loi non adoptés sont morts lors de la fameuse prorogation.
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