Avortement - Entre les lignes
De manière officielle, le gouvernement de Stephen Harper nie son intention de rouvrir le débat sur l'avortement. Il suffit pourtant d'une simple lecture entre les lignes pour décoder, encore et toujours, une inquiétante ambition d'éroder le droit des femmes à l'avortement.
Cela deviendra bientôt une mode, ou alors une manie. Pour ramener l'avortement sur le tapis, et tenter d'en plomber les acquis, rien de tel qu'un petit projet de loi privé! Le dernier en lice est le C-510, Loi visant à interdire la coercition d'une femme enceinte à avorter. Il vise à faire emprisonner quiconque contraint une femme enceinte à se faire avorter.
Le député manitobain conservateur Rob Bruinooge, président du caucus pro-vie sur la colline parlementaire, a piloté ce projet de loi, aussi appelé Loi Roxanne. Roxanne Fernando a été assassinée à Winnipeg en 2007 par son ami de coeur, de qui elle était enceinte. Elle voulait garder l'enfant et le conjoint. Il souhaitait rompre et refusait la grossesse.
Une histoire tragique, sans contredit. Qui a convaincu le conservateur Bruinooge de concocter un projet de loi dont certaines portions sont rédigées dans un esprit biscornu, il faut le noter. Ainsi, au nom de la protection des femmes «contraintes à avorter» sous une pression physique, affective ou psychologique, le projet va jusqu'à définir la «contrainte» passible d'emprisonnement (six mois à cinq ans) comme «l'exercice de pressions ou l'intimidation, y compris le fait de harceler ou d'importuner par des arguments l'expression de sa rancune». Quels arguments?
Plus que le contenu du projet de loi, c'est la manière de procéder qui indispose. Il s'agit toujours du même modus operandi. De manière inopinée, un projet de loi tente de ramener en douce le sujet de l'avortement. On se rappelle C-484, qui visait la protection juridique des femmes enceintes et des «enfants non encore nés victimes d'actes criminels». Il voulait doter le foetus d'un statut juridique. On se souvient aussi de C-537, sur la protection des médecins participant à des actes médicaux contraires à leur religion ou leurs croyances. Puis de C-338, qui visait à interdire les avortements après 20 semaines de grossesse. Et de C-543, sur les mauvais traitements infligés aux femmes enceintes.
Ces projets de loi n'ont jamais connu leur aboutissement, mais ils sont l'illustration parfaite, ne serait-ce que par leur nombre, de la volonté du gouvernement conservateur de gratter ce dossier sans toutefois le faire de manière ouverte et franche.
Pendant que ce tout dernier projet circule, le gouvernement Harper refuse de financer les avortements outre-mer dans le cadre de son initiative canadienne de santé maternelle dans les pays en voie de développement. Il s'agit pourtant là aussi de protection des femmes. Recalé par la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton sur l'abandon de l'accès légal et sécuritaire à l'avortement — dans des zones où des millions d'avortements dangereux sont pratiqués sur des femmes au péril de leur vie —, le premier ministre n'a pas bronché. Le lendemain de la gifle, début avril, il confirmait son refus de s'engager dans cette voie tout en répétant son intention de ne pas «rouvrir le débat sur l'avortement».
Difficile d'y croire, lorsqu'on voit l'insistance avec laquelle certains, dans la députation pro-vie (dont des conservateurs et des libéraux), reviennent à la charge sous tous les modes pour remettre l'avortement à l'ordre du jour. Si le gouvernement souhaite débattre de cette question, qu'il le fasse ouvertement et avec franchise, sans louvoiement et tentative de dissimulation.
Cela deviendra bientôt une mode, ou alors une manie. Pour ramener l'avortement sur le tapis, et tenter d'en plomber les acquis, rien de tel qu'un petit projet de loi privé! Le dernier en lice est le C-510, Loi visant à interdire la coercition d'une femme enceinte à avorter. Il vise à faire emprisonner quiconque contraint une femme enceinte à se faire avorter.
Le député manitobain conservateur Rob Bruinooge, président du caucus pro-vie sur la colline parlementaire, a piloté ce projet de loi, aussi appelé Loi Roxanne. Roxanne Fernando a été assassinée à Winnipeg en 2007 par son ami de coeur, de qui elle était enceinte. Elle voulait garder l'enfant et le conjoint. Il souhaitait rompre et refusait la grossesse.
Une histoire tragique, sans contredit. Qui a convaincu le conservateur Bruinooge de concocter un projet de loi dont certaines portions sont rédigées dans un esprit biscornu, il faut le noter. Ainsi, au nom de la protection des femmes «contraintes à avorter» sous une pression physique, affective ou psychologique, le projet va jusqu'à définir la «contrainte» passible d'emprisonnement (six mois à cinq ans) comme «l'exercice de pressions ou l'intimidation, y compris le fait de harceler ou d'importuner par des arguments l'expression de sa rancune». Quels arguments?
Plus que le contenu du projet de loi, c'est la manière de procéder qui indispose. Il s'agit toujours du même modus operandi. De manière inopinée, un projet de loi tente de ramener en douce le sujet de l'avortement. On se rappelle C-484, qui visait la protection juridique des femmes enceintes et des «enfants non encore nés victimes d'actes criminels». Il voulait doter le foetus d'un statut juridique. On se souvient aussi de C-537, sur la protection des médecins participant à des actes médicaux contraires à leur religion ou leurs croyances. Puis de C-338, qui visait à interdire les avortements après 20 semaines de grossesse. Et de C-543, sur les mauvais traitements infligés aux femmes enceintes.
Ces projets de loi n'ont jamais connu leur aboutissement, mais ils sont l'illustration parfaite, ne serait-ce que par leur nombre, de la volonté du gouvernement conservateur de gratter ce dossier sans toutefois le faire de manière ouverte et franche.
Pendant que ce tout dernier projet circule, le gouvernement Harper refuse de financer les avortements outre-mer dans le cadre de son initiative canadienne de santé maternelle dans les pays en voie de développement. Il s'agit pourtant là aussi de protection des femmes. Recalé par la secrétaire d'État américaine Hillary Clinton sur l'abandon de l'accès légal et sécuritaire à l'avortement — dans des zones où des millions d'avortements dangereux sont pratiqués sur des femmes au péril de leur vie —, le premier ministre n'a pas bronché. Le lendemain de la gifle, début avril, il confirmait son refus de s'engager dans cette voie tout en répétant son intention de ne pas «rouvrir le débat sur l'avortement».
Difficile d'y croire, lorsqu'on voit l'insistance avec laquelle certains, dans la députation pro-vie (dont des conservateurs et des libéraux), reviennent à la charge sous tous les modes pour remettre l'avortement à l'ordre du jour. Si le gouvernement souhaite débattre de cette question, qu'il le fasse ouvertement et avec franchise, sans louvoiement et tentative de dissimulation.
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