L'opposition bombarde le PCC de questions sur l'expulsion de Guergis
L'ex-ministre évite l'enquête pour conflit d'intérêts
Photo : Agence Reuters
L’ex-ministre à la Condition féminine Helena Guergis a été expulsée du cabinet Harper. L’opposition suppose que son conjoint, l’ex-député conservateur Rahim Jaffer, aurait tenté de monnayer ses contacts au gouvernement sans s’enregistrer comme lobbyiste.
Ottawa — Le gouvernement conservateur paye cher son silence sur les raisons du départ de l'ex-ministre à la Condition féminine, Helena Guergis. Il a fait face hier à un barrage de questions des trois partis d'opposition, pour qui la thèse du trafic d'influence ne fait plus aucun doute. Ils l'affectionnent d'autant plus qu'elle entache l'image d'incorruptibilité que Stephen Harper avait donnée à sa formation politique.
L'ex-ministre échappe toutefois à une enquête de la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mary Dawson. Dans un avis publié hier soir sur son site Internet, il est écrit que «selon l'information qui lui est actuellement disponible, la commissaire n'est pas en mesure de procéder à une enquête en vertu du Code régissant les conflits d'intérêts des députés ou à une étude en vertu de la Loi sur les conflits d'intérêts, mais elle continuera de surveiller la situation». Mme Dawson mentionne que si la Gendarmerie royale du Canada (GRC) décidait de faire enquête, son bureau devrait interrompre tout travail. Mme Dawson a déjà refusé la semaine dernière d'étudier l'achat d'une maison de 880 000 $ sans mise de fonds par Mme Guergis.
La Chambre des communes a repris du service hier et comme prévu, le Parti libéral, le Bloc québécois et le NPD ont critiqué le gouvernement pour son refus d'expliquer les raisons de l'expulsion d'Helena Guergis. On suppose que son conjoint, l'ex-député conservateur Rahim Jaffer, aurait tenté de monnayer ses contacts au gouvernement sans s'enregistrer comme lobbyiste.
«Ce n'est pas une allégation, c'est une crainte, mais ma crainte, c'est qu'elle soit impliquée dans l'influence peddling de son mari, a expliqué Michael Ignatieff aux journalistes hier. Ce n'est pas crédible de dire qu'il n'a pas essayé de faire avancer ses dossiers.»
En l'absence du premier ministre, le ministre des Transports, John Baird, a répondu calmement aux questions. Il a soutenu que c'est sur la foi d'informations provenant «d'une tierce partie» que Stephen Harper a décidé jeudi soir de se départir de sa ministre gênante et de transférer les informations à la GRC et au Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique (CCIE).
Le chef du NPD, Jack Layton, ne s'est pas gêné pour rappeler que c'est la seconde fois qu'un ministre démissionne alors qu'on fait état de liens présumés entre son entourage et les motards criminels. «[Dimanche] était le quatrième anniversaire de la Loi sur la responsabilité. Cependant, depuis, on a vu les motards liés au député de Beauce, un autre lien des motards avec l'ex-ministre du Statut de la femme et voilà que la GRC enquête sur elle. [...] Le gouvernement peut-il nous expliquer la différence au juste qui existe maintenant entre les conservateurs et les libéraux?»
Encore les Hells
Si le brouillard plane toujours sur cette affaire, des bribes d'informations révélées dans divers médias au cours de la fin de semaine permettent de voir un peu plus clair quant aux raisons de la mise à l'index de Mme Guergis.
Dans une courte déclaration faite à la Presse canadienne, elle a soutenu que les allégations qui ont été relayées à la GRC et la CCIE «sont injustes et fausses», tandis que sa lettre de démission parle d'allégations formulées «à propos de [s]a famille», raffermissant la thèse voulant que les relations de son conjoint soient en jeu.
Rahim Jaffer a tissé une relation professionnelle avec l'homme d'affaires louche Nazim Gillani. (Son procès pour fraude dans une autre affaire débute la semaine prochaine.) Le lendemain d'un souper bien arrosé avec M. Jaffer, le 11 septembre dernier, Nazim Gillani s'est félicité d'avoir trouvé, par lui, une porte menant au bureau du premier ministre du Canada. Au cours du week-end, le Toronto Star a révélé que M. Gillani a déjà été le «banquier des Hells Angels» en Colombie-Britannique. Dans la semaine suivant ce souper, ils ont mangé une autre fois ensemble, en présence cette fois d'Helena Guergis.
«M. Gillani n'était pas le banquier des Hells Angels, a dit son porte-parole, Brian Kilgore, au Devoir. Il n'y a aucun lien que quiconque pourrait qualifier de "lien"» entre M. Gillani et les motards. Le souper en présence de Mme Guergis était «purement social».
Rahim Jaffer a été défait à l'élection de 2008, mais encore récemment, il distribuait ses cartes professionnelles de député. Il affichait sur son site Internet le logo du Parti conservateur et utilisait un BlackBerry parlementaire provenant de sa conjointe, ce qui lui procurait une adresse gouvernementale.
Le bureau du premier ministre a été prompt à nier que M. Jaffer avait ses entrées auprès de M. Harper, et la famille conservatrice a même soutenu qu'il était devenu persona non grata depuis sa défaite inexplicable de 2008. Mais hier, les libéraux ont mis au jour au moins deux occasions où M. Jaffer a été vu en présence d'un ministre conservateur, dont John Baird le 3 septembre dernier. «Je suis heureux de confirmer aux députés que M. Jaffer n'a fait aucune requête reliée à son entreprise», a répondu M. Baird hier.
Notons par ailleurs que les libéraux ont aussi demandé au commissaire au lobbyisme de se pencher sur le cas du partenaire d'affaires de Rahim Jaffer, Patrick Glémaud, chez Greenpower Generation Corp. Les libéraux allèguent qu'il ne s'est pas enregistré comme il aurait dû le faire. Par courriel, M. Glémaud a fait savoir au Devoir qu'il était à l'extérieur du pays et ne répondrait pas pour l'instant.
L'ex-ministre échappe toutefois à une enquête de la commissaire aux conflits d'intérêts et à l'éthique, Mary Dawson. Dans un avis publié hier soir sur son site Internet, il est écrit que «selon l'information qui lui est actuellement disponible, la commissaire n'est pas en mesure de procéder à une enquête en vertu du Code régissant les conflits d'intérêts des députés ou à une étude en vertu de la Loi sur les conflits d'intérêts, mais elle continuera de surveiller la situation». Mme Dawson mentionne que si la Gendarmerie royale du Canada (GRC) décidait de faire enquête, son bureau devrait interrompre tout travail. Mme Dawson a déjà refusé la semaine dernière d'étudier l'achat d'une maison de 880 000 $ sans mise de fonds par Mme Guergis.
La Chambre des communes a repris du service hier et comme prévu, le Parti libéral, le Bloc québécois et le NPD ont critiqué le gouvernement pour son refus d'expliquer les raisons de l'expulsion d'Helena Guergis. On suppose que son conjoint, l'ex-député conservateur Rahim Jaffer, aurait tenté de monnayer ses contacts au gouvernement sans s'enregistrer comme lobbyiste.
«Ce n'est pas une allégation, c'est une crainte, mais ma crainte, c'est qu'elle soit impliquée dans l'influence peddling de son mari, a expliqué Michael Ignatieff aux journalistes hier. Ce n'est pas crédible de dire qu'il n'a pas essayé de faire avancer ses dossiers.»
En l'absence du premier ministre, le ministre des Transports, John Baird, a répondu calmement aux questions. Il a soutenu que c'est sur la foi d'informations provenant «d'une tierce partie» que Stephen Harper a décidé jeudi soir de se départir de sa ministre gênante et de transférer les informations à la GRC et au Commissariat aux conflits d'intérêts et à l'éthique (CCIE).
Le chef du NPD, Jack Layton, ne s'est pas gêné pour rappeler que c'est la seconde fois qu'un ministre démissionne alors qu'on fait état de liens présumés entre son entourage et les motards criminels. «[Dimanche] était le quatrième anniversaire de la Loi sur la responsabilité. Cependant, depuis, on a vu les motards liés au député de Beauce, un autre lien des motards avec l'ex-ministre du Statut de la femme et voilà que la GRC enquête sur elle. [...] Le gouvernement peut-il nous expliquer la différence au juste qui existe maintenant entre les conservateurs et les libéraux?»
Encore les Hells
Si le brouillard plane toujours sur cette affaire, des bribes d'informations révélées dans divers médias au cours de la fin de semaine permettent de voir un peu plus clair quant aux raisons de la mise à l'index de Mme Guergis.
Dans une courte déclaration faite à la Presse canadienne, elle a soutenu que les allégations qui ont été relayées à la GRC et la CCIE «sont injustes et fausses», tandis que sa lettre de démission parle d'allégations formulées «à propos de [s]a famille», raffermissant la thèse voulant que les relations de son conjoint soient en jeu.
Rahim Jaffer a tissé une relation professionnelle avec l'homme d'affaires louche Nazim Gillani. (Son procès pour fraude dans une autre affaire débute la semaine prochaine.) Le lendemain d'un souper bien arrosé avec M. Jaffer, le 11 septembre dernier, Nazim Gillani s'est félicité d'avoir trouvé, par lui, une porte menant au bureau du premier ministre du Canada. Au cours du week-end, le Toronto Star a révélé que M. Gillani a déjà été le «banquier des Hells Angels» en Colombie-Britannique. Dans la semaine suivant ce souper, ils ont mangé une autre fois ensemble, en présence cette fois d'Helena Guergis.
«M. Gillani n'était pas le banquier des Hells Angels, a dit son porte-parole, Brian Kilgore, au Devoir. Il n'y a aucun lien que quiconque pourrait qualifier de "lien"» entre M. Gillani et les motards. Le souper en présence de Mme Guergis était «purement social».
Rahim Jaffer a été défait à l'élection de 2008, mais encore récemment, il distribuait ses cartes professionnelles de député. Il affichait sur son site Internet le logo du Parti conservateur et utilisait un BlackBerry parlementaire provenant de sa conjointe, ce qui lui procurait une adresse gouvernementale.
Le bureau du premier ministre a été prompt à nier que M. Jaffer avait ses entrées auprès de M. Harper, et la famille conservatrice a même soutenu qu'il était devenu persona non grata depuis sa défaite inexplicable de 2008. Mais hier, les libéraux ont mis au jour au moins deux occasions où M. Jaffer a été vu en présence d'un ministre conservateur, dont John Baird le 3 septembre dernier. «Je suis heureux de confirmer aux députés que M. Jaffer n'a fait aucune requête reliée à son entreprise», a répondu M. Baird hier.
Notons par ailleurs que les libéraux ont aussi demandé au commissaire au lobbyisme de se pencher sur le cas du partenaire d'affaires de Rahim Jaffer, Patrick Glémaud, chez Greenpower Generation Corp. Les libéraux allèguent qu'il ne s'est pas enregistré comme il aurait dû le faire. Par courriel, M. Glémaud a fait savoir au Devoir qu'il était à l'extérieur du pays et ne répondrait pas pour l'instant.
|
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
|
Envoyer Fermer
Haut de la page

