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Déficit - Les conservateurs nient la réalité, dit Kevin Page

Jim Flaherty discrédite le directeur parlementaire du budget

Kevin Page
Kevin Page
Ottawa — Le gouvernement de Stephen Harper pèche par optimisme en soutenant que le Canada éliminera son déficit dans six ans, croit le chien de garde budgétaire, Kevin Page. Selon lui, les conservateurs n'arriveront pas à équilibrer les finances publiques comme ils l'ont promis dans le dernier budget, à moins d'augmenter les impôts ou de couper dans les dépenses de manière bien plus draconienne que ce qui a été annoncé.

Directeur parlementaire du budget, M. Page a passé en revue les projections du gouvernement fédéral telles que présentées dans le budget 2010-11 de jeudi dernier. Sa conclusion est sans appel: «Le retour à l'équilibre budgétaire exigera que l'économie tourne sensiblement au-dessus de son potentiel et que l'on prenne des mesures pour augmenter les revenus ou réduire les dépenses projetées».

Environ trois milliards de plus

Kevin Page avait déjà calculé que la succession de baisses d'impôts et de taxes, notamment de la TPS, avait engendré un écart structurel de 19 milliards entre les revenus et les dépenses d'Ottawa. Le plan de rationalisation avancé par les conservateurs aurait ramené ce déficit structurel à 13,7 milliards.

M. Page croit qu'Ottawa sous-estime l'ampleur du déficit à partir de 2012-13. Il sera à son avis de 20,6 milliards, et non de 17,5 milliards. Il s'élèvera ensuite à 16,3 milliards, soit le double des 8,5 milliards promis par le gouvernement, et atteindra 12,3 milliards en 2014-15, soit sept fois plus que le 1,8 milliard annoncé par le gouvernement.

À la Chambre des communes, Kevin Page a été discrédité par le ministre des Finances, Jim Flaherty. «Le directeur parlementaire du budget a déjà eu tort dans le passé, et il a tort cette fois encore», croit le ministre. Plus tard, M. Flaherty a affirmé que M. Page avait même «généralement tort».

Les partis d'opposition ont toutefois été unanimes à se ranger derrière M. Page. «M. Flaherty a dit qu'on doit respecter les prévisions des économistes, qui sont les employés des banques, plutôt que quelqu'un [...] dont le seul mandat est de dire la vérité aux députés de tous les partis», a mentionné le chef du NPD, Jack Layton.

Le chef libéral, Michael Ignatieff, en conclut que «les prévisions du gouvernement ne sont pas crédibles». Tout comme Gilles Duceppe, qui a rappelé que Stephen Harper avait fait campagne en 2008 en disant qu'il n'y aurait pas de récession au Canada et que le pays n'afficherait donc pas de déficit. «Quelques mois plus tard, on était à 34 [milliards de déficit]. Quelqu'un qui n'est pas capable de prédire pour les trois semaines qui viennent, j'imagine que pour les cinq ans qui viennent, c'est plus difficile.»

Discours du Trône

Les quatre chefs de parti ont par ailleurs présenté hier leur réaction officielle au discours du Trône du 3 mars. Pas de surprises dans les allocutions, mais plusieurs attaques senties.

Michael Ignatieff a choisi un ton sarcastique pour dénoncer un discours qui ne répond pas aux enjeux les plus urgents du moment. «Le premier ministre s'est apparemment dit: "Nous sommes dans la pire crise économique depuis 50 ans. Il y a 1,6 million de Canadiens n'ont pas d'emploi, notre système de pension est en crise... Qu'est-ce qu'on a besoin? De nouveaux mots pour l'hymne national"», s'est moqué le chef de l'opposition.

Il juge que le plan de match du gouvernement est rempli d'occasions manquées. «Quelle est la réponse du gouvernement [aux problèmes des aînés]? Il crée le Jour des aînés! Si ce gouvernement crée un jour dédié à tout ce qu'il laisse tomber, nous aurons une année de congé, a-t-il dit. À quand le Jour des chômeurs, le Jour du déficit, le Jour de la vérité? On ne peut pas bâtir l'avenir sur de pareilles bébelles.»

M. Ignatieff croit que la lutte contre le déficit fera bien plus mal aux Canadiens que ce que laisse croire le gouvernement. «Cette année, c'est l'année du couteau. L'année prochaine s'annonce déjà comme l'année de la hache.»

«L'absence du Québec»

Gilles Duceppe a pour sa part lancé une charge pour déplorer «l'absence du Québec» dans le texte. Cela démontre d'après lui que le fédéralisme est un «arbre pourri». «Le Canada tel qu'il est clairement affiché dans ce discours n'est pas le statu quo, c'est celui du recul assuré pour le Québec.»

Se réclamant à plusieurs reprises d'une expérience de 20 ans à Ottawa, M. Duceppe a dit croire que «chaque jour qui passe affaiblit le Québec et rend plus impérieuse la nécessité de faire la souveraineté». Poids politique du Québec, énergie, aide à l'industrie forestière, commission des valeurs mobilières... Tout divise Ottawa et Québec, a lancé Gilles Duceppe.

Pour le NPD, Jack Layton a dénoncé que «plutôt que d'offrir de l'espoir, le gouvernement promet encore du pareil au même, avec un faible plan de relance qui met l'accent sur les "photo ops" pour les ministres, pas sur la création d'emplois.» Il a pointé du doigt les déréglementations annoncées et les «cadeaux faits aux grandes entreprises».

En direct sur YouTube (voir autre texte en page A 4), le premier ministre Harper a quant à lui utilisé une bonne partie de son temps de réponse pour vanter le succès des Jeux olympiques de Vancouver, de même que le travail de l'armée en Haïti et en Afghanistan, ou les effets du plan de relance.

En ce qui touche l'économie, M. Harper a rappelé que «cette Chambre aura des décisions importantes, parfois difficiles à prendre. [...] Augmenter le fardeau fiscal? Réduire les dépenses? Maintenir les déficits? Il ne fait aucun doute que ces stratégies ont leurs partisans dans cette Chambre. Mais dans ce camp-ci, nous avons conclu que l'on ne peut assurer la prospérité à coups d'impôts», a lancé le premier ministre, qui privilégie une modération immédiate des dépenses.
 
 
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  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 12 mars 2010 08h05
    Ils la cachent
    Les conservateurs ne nient pas la réalité. Ils la cachent aux électeurs qui pourraient les trouver incompétents s'ils étaient bien informés.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • Sanzalure
    Inscrit
    vendredi 12 mars 2010 08h40
    Et la prochaine crise dans tout ça ?
    Dans les projections du gouvernement, je n'ai vu nulle prévision pour faire face à la prochaine crise. Une belle remontée en douceur sur les 5 prochaines années. C'est un conte de fée. En fait ils s'organisent pour être encore une fois pris par surprise par la prochaine crise.

  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 12 mars 2010 15h57
    Bravo à Sanzalure!
    Oui, «ils s'organisent pour être encore une fois pris par surprise par la prochaine crise.» Un rapport des fortunes qui ont été crées lors de la crise dont on dit qu'elle achève, continue, ralentit, progresse, etc.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario

  • bonneau
    Inscrit
    vendredi 12 mars 2010 19h44
    LES CONSERVATEURS NIENT LA RÉALITÉ, ÉVIDEMMENT...
    Parce qu'ils ne veulent pas brasser d'la merde, ils ne veulent pas perdre le vote en haussant les taxes ou en coupant les programmes importants. Ils veulent maintenir le statut quo afin de rester au pouvoir, voilà c'est tout. Ainsi Harper peut à la fois continuer sa campagne d’émasculation d’Ottawa, à petits pas, en coupant ici et là, tout en promouvant l'exploitation démesurée des sables bitumineux.
    Son mantra : pourquoi s'énerver maintenant ? Harper a choisi une politique de non-intervention, d'intervenir seulement à la dernière minute, seulement quand il est coincé et que cela s'avère nécessaire. Pensons à la prorogation.
    Oui Harper joue à la politique comme un jeu d'échecs. Jusqu'à présent il s'en sort assez bien : le statut quo, une plus grande représentation au Sénat, aucune menace de l'Opposition pour faire tomber le gouvernement, etc.
    Il sera intéressant de voir comment il va s’en sortir une fois que la bulle de la spéculation immobilière au Canada lui pète en pleine face, quand tous ceux et celles qui ont récemment acheté des maisons à bas intérêt deviennent incapables de payer leur hypothèque justement à cause des plus hauts taux d’intérêt ou qu’ils ont perdu leur emploi.

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