dimanche 12 février 2012 Dernière mise à jour 23h50
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'art de la diversion

Manon Cornellier   10 mars 2010  Canada
Quand des ministres prennent le temps de rencontrer la presse quelques jours à peine après le dépôt d'un budget, on s'attend à ce que ce soit pour mettre beaucoup plus de chair autour des os. C'est d'ailleurs ce qu'ont cru la vingtaine de journalistes qui se sont présentés lundi matin au Théâtre de la presse, à Ottawa, pour entendre le président du Conseil du Trésor, Stockwell Day, parler de «l'optimisation de l'efficacité du gouvernement».

Au grand étonnement de tout le monde, il n'avait que des miettes à offrir, soit l'élimination de 245 postes pourvus par nomination. Une économie théorique de 1,2 million. Théorique parce que 90 % de ces postes étaient déjà vacants... Sur l'essentiel cependant, le ministre n'avait rien à dire. En fait, il s'en est pratiquement lavé les mains.

Aux fonctionnaires de se débrouiller avec le gel de budget imposé aux ministères à partir de l'an prochain. À eux de trouver les mesures à adopter pour économiser 6,8 milliards sur cinq ans tout en absorbant l'inflation et en payant les salaires qui continueront de croître. Tous les ministères, sauf la Défense, sont soumis au même régime. Le gouvernement ne se mouille pas, ne nomme pas les ministères à ménager ni ceux pouvant contribuer davantage à l'effort. On s'en défend, mais cela pourrait mener à sabrer des programmes essentiels et à en sauver d'autres moins importants puisque chaque ministère travaille de son côté.

Pour qu'il en soit autrement, il faudrait que le gouvernement accepte de faire et de défendre publiquement des arbitrages difficiles. La situation des finances publiques l'y contraindra fort probablement mais, pour l'instant, le remue-méninges est laissé aux fonctionnaires et le ministre évite les coups en soliloquant sur la disparition d'une poignée de postes vacants.

***

Après Stockwell Day lundi, c'était hier au tour de ses collègues responsables des Finances, du Commerce international et du développement régional du Québec de convoquer la presse sans dire pourquoi. Mais trois ministres, ça incite à se déplacer, ce que pratiquement tous les médias représentés sur la colline parlementaire ont fait. Pour pas grand-chose, encore une fois, puisqu'on leur a resservi une annonce du budget, celle touchant l'élimination des droits de douane restants sur les intrants manufacturiers. On parle ici d'une économie qui atteindra près de 300 millions par année pour les entreprises.

C'est mieux que rien, mais il faut savoir qu'Ottawa récoltera 3,4 milliards en droits de douane en 2009-10. Et ces 300 millions par année ne compensent pas la hausse des cotisations à l'assurance-emploi, hausse qui attend employeurs et employés à partir de 2011 et qui permettra au gouvernement d'engranger un surplus de 19 milliards sur quatre ans. On calcule que les employeurs paient les deux tiers de la facture, leurs cotisations étant environ le double de celles des employés.

Ces conférences de presse sont à l'image du budget. Elles font grand cas du grignotage et de l'essaimage. Elles distraient de l'essentiel en plus de tuer le temps en attendant le véritable plat de résistance, le budget 2011. On esquive les questions difficiles et les débats sur les vraies affaires.

Cela met toutefois en relief bien des incohérences et des incongruités. Ainsi, on parle d'économiser un million pour abolir des postes vacants, mais on s'apprête à dépenser quatre millions par année pour une nouvelle Commission pour la réduction des tracasseries administratives et un million par année pour l'érection de «monuments commémoratifs de guerre». On se vante de geler le salaire des politiciens fédéraux — une économie d'un million par année — mais on refuse de toucher aux 10 millions que les députés flambent chaque année en envois postaux toujours plus partisans.

***

Les projecteurs sont tournés vers des mesures symboliques et ça marche. Après le discours du Trône, on ne parlait plus, au Canada anglais, que des changements envisagés et déjà abandonnés à la version anglaise de l'hymne national. Après le budget, on sondait les citoyens sur cette mesure populiste mais insignifiante qu'est le gel des salaires du premier ministre, des ministres et des députés.

Il serait intéressant de connaître leur opinion sur des choix plus fondamentaux, comme ceux faits en matière de fiscalité, de sciences ou d'environnement. Ou cette décision de laisser croître les budgets de la Défense et du Service canadien du renseignement de sécurité mais de geler celui de l'aide au développement. Ou encore celle d'ouvrir le secteur des télécommunications aux capitaux étrangers.

Il y a aussi la vente d'actifs fédéraux. Le gouvernement en parle depuis deux ans, mais en réponse à un journaliste hier, le ministre des Finances a indiqué qu'il fallait encore attendre pour connaître le résultat de son examen. On ignore même quelles institutions il a dans sa mire.

Le gouvernement a de la suite dans les idées. Son penchant pour le libre marché, la sécurité et le patriotisme est bien affiché dans ce budget. Mais ce dernier est composé d'une multitude de mesures éparpillées et souvent modestes qui rendent difficile la tenue d'un débat public cohérent. On nage dans l'anecdotique, on perd de vue l'ensemble et, surtout, l'essentiel. Et à voir aller les ministres depuis le début de la semaine, on peut penser qu'ils ne tiennent pas à ce qu'il en soit autrement.

*****

mcornellier@ledevoir.com
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Loraine King
    Inscrite
    mercredi 10 mars 2010 05h59
    Les Libéraux faisaient autrement
    En lisant l'article je me suis dit qu'il manquait quelque chose - la phrase qu'on lit dans tous les articles depuis quatre ans : les Libéraux n'étaient pas différents. Dans ce cas-ci les Libéraux agissaient très différemment.

    On a qu'à lire l'excellent rapport de l'ancien greffier du Conseil privé, Jocelyne Bourgon, Program Review: The Government of Canada's Experience Eliminating the Deficit, 1994-1999 - A Canadian Case Study publié en ligne. Elle écrit même que Paul Martin et Jean Chrétien laissaient de côté leurs ambitions personnelles quand il s'agissait de la lutte au déficit. Les élus étaient impliqués avec la fonctions publique dans cette démarche.

    Les situations sont sans doute différentes, la conjoncture n'est pas la même, mais l'absence de gestionnaires compétents parmi les élus de ce gouvernement, par exemple un Marcel Massé, est un hancicap sérieux à la lutte au déficit.

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 10 mars 2010 07h54
    Nuage de fumée
    Je pourrais reproduire en ne changeant que quelques mots ce que j’écrivais samedi dernier au sujet de la stratégie du gouvernement Harper, sous la direction de son chef, à la suite de la présentation du budget,
    Je parlais de cette « véritable stratégie mise au point de longue date par S. Harper et appliquée par ses ministres, le flou, l’incertitude. C’est la fuite en avant dans un nuage de fumée, de sorte que nul ne voit exactement ce qui se passera dans 2, 3, 4 ou 5 ans ».
    Ce que nous dit Manon Cornellier à propos des conférences de presse insignifiantes de ministres, auxquelles elle a assisté, illustre parfaitement cette stratégie dont je parlais. Parler pour ne rien dire ou ne rien dire en parlant, c’est ce qui ressort des propos de ces ministres qui n’ont rien à dire, mais font semblant de dire quelque chose.
    La conclusion de l’article résume bien les faits : « On nage dans l'anecdotique, on perd de vue l'ensemble et, surtout, l'essentiel. Et à voir aller les ministres depuis le début de la semaine, on peut penser qu'ils ne tiennent pas à ce qu'il en soit autrement. » Manon Cornellier n’emploie pas le mot stratégie comme je le fais. Mais sin on fait une analyse portant sur plusieurs années, on s’aperçoit qu’il s’agit bien d’une stratégie délibérée, qui s’affine au fil des ans, et qui n’a guère d’autre but que de créer incertitude, confusion, incompréhension sur ce que ce gouvernement fait ou veut faire.
    L’électeur ne peut avoir que du mal à s’y retrouver et l’opposition à s’y opposer. Et je « valorise » la façon de procéder de S. Harper et de ses ministres en parlant de stratégie, ce qui suppose une réflexion, une concertation, une coordination. Sinon, il faudrait parler d’une incapacité à gouverner un grand pays comme le Canada!!!

  • Jean-Pierre Aubry
    Abonné
    mercredi 10 mars 2010 09h40
    Pas de véritable plan à moyen terme
    Même si le gouvernement fédéral a présenté de jeudi dernier un plan budgétaire visant un retour à l’équilibre budgétaire dans 5 ans, ce dernier n’est pas un véritable plan à moyen terme où des choix stratégiques sont faits. Le plan budgétaire du gouvernement repose principalement sur la croissance économique, sur une intervention de moins en moins grande de l’État et sur le laisser-faire. Le «soupoudrage » des dépenses en infrastructure montre bien l’absence d’une vision et d’un plan stratégique.
    Dans huit ou neuf mois, le gouvernement remettra le compteur à zéro et commencera à préparer un nouveau budget.

    Le gouvernement Harper a choisi, au printemps 2006, de préparer ses budgets sur un horizon d’au plus deux ans.

    Le derneir budget n'est qu'un budget de transition.


    Jean-Pierre Aubry

  • Jacques Morissette
    Abonné
    mercredi 10 mars 2010 11h20
    Ce que dit ma boule de cristal.
    Bien que ce soit possible aussi, mon opinion n'est pas nécessairement reliée avec ce que je viens de lire ci-dessus. À chaque erreur de jugement que les politiciens font, le bilan des problèmes que nous aurons à supporter s'alourdit. En concret, la facture à payer sera de plus en plus salée. Et nos portefeuilles de contribuables vont de plus en plus s'amincir. Par manque de jugement, c'est devenu comme un labyrinthe où ça devient de plus en plus difficile de trouver la porte de sortie. Ce n'est pas encourageant, c'est à chacun de trouver un certain bonheur à soi, non pas par égoïsme, mais plutôt en se disant que la solution est de plus en plus entre les mains des citoyens, qu'entre les mains de nos politiciens.

  • France Marcotte
    Abonnée
    mercredi 10 mars 2010 13h21
    Pouvoir des journalistes
    Tout n'est pas perdu si des journalistes comme madame Cornellier continuent à bien faire leur travail. En nous expliquant par le menu comment ce gouvernement fait en sorte de dire en camouflant et de s'agiter tout en restant immobile, elle contribue à ce que cela ne puisse plus se reproduire car ce genre de tactique mise sur l'illusion et la diversion et on a la preuve que ça ne marche pas avec tout le monde. On ne peut que l'encourager à traquer ce gouvernement jusque dans ses derniers retranchements, c'est-à-dire, la porte de sortie.

  • Jacques Morissette
    Abonné
    mercredi 10 mars 2010 14h11
    Ce que dit ma boule de cristal. (2)
    En plus simple, que les solutions de notre société viendront plus de la base que de nos politiciens.

  • Nestor TURCOTTE
    Inscrit
    mercredi 10 mars 2010 21h48
    La liste de Drainville
    Le retour des députés à l’Assemblée nationale a permis aux citoyens de constater que les élus provinciaux sont retombés dans les mêmes travers qui les caractérisaient avant les deux semaines de la relâche : esprit gavroche, manque de respect, impolitesse généralisée, mépris des règlements, interpellations et manque d’écoute, partisannerie à outrance, bouffonneries, gestes et mots disgracieux. Le civisme élémentaire est absent des débats; l’éthique qu’ils réclament des autres est bafouée; le règles minimales d’un vivre-ensemble balayées sous le tapis. La population a raison de mettre ces clowns publics au bas de l’échelle de leur appréciation sociale. Ils ne méritent guère mieux : idéalement, il faudrait les mettre en bas de l’échelle, le dernier barreau ne leur convenant même pas.

    La période des questions et de réponses orales, depuis quelques jours, offre un spectacle désolant. Le spécialiste des questions pointilleuses, l’ancien journaliste Bernard Drainville, se couvre de plus en plus de ridicule, lors cette période de combats de coqs journaliers. Sérieux comme un pape, il se lève, jour après jour, arborant une liste de personnes frappées par les ratés du système de santé québécois et demande au Ministre en titre de régler les problèmes sur le coin de son bureau.

    Limité dans ses ressources, le gouvernement actuel et les anciens gouvernements péquistes et libéraux ont essayé de faire de leur mieux, avec les milliards disponibles, pour régler les problèmes de santé de leurs concitoyens. Rien n’est parfait au Ministère de la Santé. Rien n’est parfait au Ministère de l’Éducation. Rien n’est parfait au Ministère des Transports, etc. Le PLQ n’est pas parfait. Le PQ ne l’a jamais été, à ce que je sache. L’ADQ promet d’être parfait mais personne ne peut dire s’il peut l’être : il n’a jamais gouverné.

    Le député Drainville devrait se départir de sa liste de deux ou trois noms, sortie et rafraîchie quotidiennement, et se montrer plus généreux dans ses commentaires sur les services de santé publics. Car, il se fait d’excellentes choses dans le réseau. Et tout ne va pas si mal, comme il claironne tous les jours. Les anciens députés péquistes, qui ont œuvré dans ce ministère, n’ont pas réglé tous les problèmes. L’hypothétique ministre de la santé Bernard Drainville ne pourrait pas empêcher qu’une ambulance n’arrive pas à temps pour sauver un malade, que certaines chirurgies ne se fassent pas dans tous les délais prévus, que certaines vies ne puissent êtres sauvées, tenant compte de certaines circonstances. La raison? Rien n’est parfait en ce bas monde et le ministre, avec la meilleure volonté, ne peut pas, de son bureau et de son siège de ministre, régler tous les problèmes de santé au Québec. Un système parfait, ça n’existe que dans l’imaginaire des petits politiciens hargneux, sans envergure, qui n’aspirent qu’à détruire plutôt qu’à construire.

    Le député Drainville exhibe quotidiennement sa liste des ratés dans le système de santé. Il devrait ouvrir son agenda et noter les nombreuses questions soulevées par les ravages causés par la réforme scolaire de sa collègue et chef de l’Opposition. Il faudra des milliards de dollars pour en corriger les méfaits. Il serait souhaitable qu’il interroge la Ministre de l’éducation actuelle pour savoir comment elle va procéder pour remettre sur les rails un système d’éducation, lourdement endommagé par une réforme, qui a mené tout le système d’éducation québécois, du primaire et du secondaire, dans un véritable cul-de-sac. Je peux lui fournir une liste de noms d’enseignants et d’institutions qui n’ont pas encore digéré ce «virage ambulatoire éducationnel» concocté par Pauline Marois et qui a mené toute une génération, à ne savoir ni lire, ni écrire, ni compter.

Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
7 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Commenter
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Chroniques
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012