Le cas des détenus afghans poursuit Harper
L'opposition exige plus que jamais la tenue d'une enquête publique
Ottawa — La prorogation n'y aura pas changé grand-chose: le dossier des détenus afghans est revenu hanter le gouvernement conservateur à la première occasion, hier. L'opposition a sauté sur de nouvelles révélations impliquant le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) pour exiger la tenue d'une enquête publique.
Mars ou décembre, même combat. La première véritable période de questions à se tenir depuis la prorogation du Parlement avant Noël avait des airs de déjà vu, hier. La question afghane a de nouveau occupé l'essentiel des débats et mis le gouvernement sur la défensive.
Au coeur des hostilités, les révélations indiquant que des agents du SCRS ont joué un «rôle crucial» dans les interrogatoires de combattants talibans capturés par les troupes de la coalition internationale en Afghanistan.
Des documents caviardés obtenus par La Presse canadienne dimanche montrent en effet que les espions du SCRS ont travaillé de concert avec des agents du renseignement de la police militaire en Afghanistan. Le SCRS interrogeait des prisonniers et recommandait parfois leur transfert au NDS (le National Directorate of Security — l'agence afghane de renseignements, qui dirige la plupart des interrogatoires dans les prisons).
L'opposition s'est ainsi demandé hier si les autorités canadiennes n'ont pas délibérément remis des combattants aux mains des Afghans afin que ceux-ci mènent des interrogatoires plus musclés. Une sorte de «sous-traitance d'interrogatoires et de torture», selon le critique libéral en matière de défense, Ujjal Dosanjh.
Le chef libéral, Michael Ignatieff, a qualifié hier de «dérangeantes» les informations faisant état de l'implication du SCRS dans les interrogatoires. Pour lui, «la question n'est pas de savoir si le SCRS doit être en Afghanistan. C'est plutôt de connaître la relation entre le SCRS et le NDS, qui a une réputation notoire» concernant la torture.
M. Ignatieff estime que des «questions qui touchent au coeur des droits de l'homme» sont ici en jeu: «Qu'est-ce qui se passait après la fin des interrogatoires? Quelles étaient les instructions? Est-ce que [le SCRS] partageait les informations [avec le NDS]? Ce ne sont pas des détails mineurs.»
Même appréhension chez le chef du NPD, Jack Layton. «Nous connaissons tous les méthodes brutales du NDS afghan», a-t-il dit avant de soulever une rafale de questions: «Quel était le rôle du SCRS là-dedans? Était-ce de remettre les détenus aux autorités afghanes où ils allaient être torturés? Participait-il aux interrogatoires? Est-ce qu'il soumettait les questions aux autorités? Encourageait-il les autorités à être particulièrement agressives ou tentait-il de prévenir la torture? On ne sait pas», a déploré M. Layton, qui estime que «le SCRS n'est pas et ne doit pas être la CIA».
Le premier ministre, Stephen Harper, a défendu le travail du SCRS en affirmant qu'il «a respecté ses obligations internationales». Il a aussi défendu le choix de l'ancien juge de la Cour suprême, Frank Iacobucci, nommé vendredi par Ottawa pour déterminer quels documents liés au dossier des détenus afghans pourront être dévoilés sans censure à l'opposition. Celle-ci a adopté le 10 décembre une motion ordonnant au gouvernement de produire une liasse de documents en version non caviardée.
M. Harper a promis que l'ancien juge «aura accès à tous les documents» avant de faire son rapport, mais Michael Ignatieff n'en croit rien et répète que seule une commission d'enquête pourra faire la lumière complète sur les événements.
«Le gouvernement se cachait derrière les forces, maintenant il se cache derrière le juge Iacobbuci, a indiqué M. Ignatieff. Le juge n'a aucune directive claire, ni mission définie ni les moyens nécessaires d'accomplir sa tâche.»
Khadr
Par ailleurs, le gouvernement a nié hier avoir reçu une quelconque demande du gouvernement américain pour qu'il rapatrie son ressortissant Omar Khadr, emprisonné à Guantánamo depuis 2002.
Le bureau du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a fait cette précision après que des quotidiens du groupe Canwest eurent rapporté les propos anonymes d'un haut responsable de l'administration Obama indiquant que les États-Unis n'ont «pas envie de juger un enfant pour crimes de guerre». Khadr a été arrêté alors qu'il avait 15 ans, et demeure emprisonné depuis. Il n'a pas encore subi de procès.
Le Canada a maintes fois indiqué qu'il ne demanderait pas le rapatriement d'Omar Khadr. En réponse à un récent jugement de la Cour suprême qui statuait que les droits du Canadien étaient actuellement bafoués, Ottawa a envoyé une note diplomatique à Washington pour lui demander de ne pas tenir compte durant son procès des informations recueillies lors d'interrogatoires illégaux menés par des agents du SCRS.
Mars ou décembre, même combat. La première véritable période de questions à se tenir depuis la prorogation du Parlement avant Noël avait des airs de déjà vu, hier. La question afghane a de nouveau occupé l'essentiel des débats et mis le gouvernement sur la défensive.
Au coeur des hostilités, les révélations indiquant que des agents du SCRS ont joué un «rôle crucial» dans les interrogatoires de combattants talibans capturés par les troupes de la coalition internationale en Afghanistan.
Des documents caviardés obtenus par La Presse canadienne dimanche montrent en effet que les espions du SCRS ont travaillé de concert avec des agents du renseignement de la police militaire en Afghanistan. Le SCRS interrogeait des prisonniers et recommandait parfois leur transfert au NDS (le National Directorate of Security — l'agence afghane de renseignements, qui dirige la plupart des interrogatoires dans les prisons).
L'opposition s'est ainsi demandé hier si les autorités canadiennes n'ont pas délibérément remis des combattants aux mains des Afghans afin que ceux-ci mènent des interrogatoires plus musclés. Une sorte de «sous-traitance d'interrogatoires et de torture», selon le critique libéral en matière de défense, Ujjal Dosanjh.
Le chef libéral, Michael Ignatieff, a qualifié hier de «dérangeantes» les informations faisant état de l'implication du SCRS dans les interrogatoires. Pour lui, «la question n'est pas de savoir si le SCRS doit être en Afghanistan. C'est plutôt de connaître la relation entre le SCRS et le NDS, qui a une réputation notoire» concernant la torture.
M. Ignatieff estime que des «questions qui touchent au coeur des droits de l'homme» sont ici en jeu: «Qu'est-ce qui se passait après la fin des interrogatoires? Quelles étaient les instructions? Est-ce que [le SCRS] partageait les informations [avec le NDS]? Ce ne sont pas des détails mineurs.»
Même appréhension chez le chef du NPD, Jack Layton. «Nous connaissons tous les méthodes brutales du NDS afghan», a-t-il dit avant de soulever une rafale de questions: «Quel était le rôle du SCRS là-dedans? Était-ce de remettre les détenus aux autorités afghanes où ils allaient être torturés? Participait-il aux interrogatoires? Est-ce qu'il soumettait les questions aux autorités? Encourageait-il les autorités à être particulièrement agressives ou tentait-il de prévenir la torture? On ne sait pas», a déploré M. Layton, qui estime que «le SCRS n'est pas et ne doit pas être la CIA».
Le premier ministre, Stephen Harper, a défendu le travail du SCRS en affirmant qu'il «a respecté ses obligations internationales». Il a aussi défendu le choix de l'ancien juge de la Cour suprême, Frank Iacobucci, nommé vendredi par Ottawa pour déterminer quels documents liés au dossier des détenus afghans pourront être dévoilés sans censure à l'opposition. Celle-ci a adopté le 10 décembre une motion ordonnant au gouvernement de produire une liasse de documents en version non caviardée.
M. Harper a promis que l'ancien juge «aura accès à tous les documents» avant de faire son rapport, mais Michael Ignatieff n'en croit rien et répète que seule une commission d'enquête pourra faire la lumière complète sur les événements.
«Le gouvernement se cachait derrière les forces, maintenant il se cache derrière le juge Iacobbuci, a indiqué M. Ignatieff. Le juge n'a aucune directive claire, ni mission définie ni les moyens nécessaires d'accomplir sa tâche.»
Khadr
Par ailleurs, le gouvernement a nié hier avoir reçu une quelconque demande du gouvernement américain pour qu'il rapatrie son ressortissant Omar Khadr, emprisonné à Guantánamo depuis 2002.
Le bureau du ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a fait cette précision après que des quotidiens du groupe Canwest eurent rapporté les propos anonymes d'un haut responsable de l'administration Obama indiquant que les États-Unis n'ont «pas envie de juger un enfant pour crimes de guerre». Khadr a été arrêté alors qu'il avait 15 ans, et demeure emprisonné depuis. Il n'a pas encore subi de procès.
Le Canada a maintes fois indiqué qu'il ne demanderait pas le rapatriement d'Omar Khadr. En réponse à un récent jugement de la Cour suprême qui statuait que les droits du Canadien étaient actuellement bafoués, Ottawa a envoyé une note diplomatique à Washington pour lui demander de ne pas tenir compte durant son procès des informations recueillies lors d'interrogatoires illégaux menés par des agents du SCRS.
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