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Déficit d'équité

Manon Cornellier   8 mars 2010  Canada
Quand le gouvernement Harper a présenté le premier volet de son plan de relance, l'an dernier, plusieurs groupes et experts en matière de condition féminine ont protesté. L'accent mis sur la brique et le mortier risquait de priver les femmes de leur juste part des retombées promises.

Cette crainte était inspirée par la logique, mais ne reposait sur aucune analyse approfondie. Le budget présenté jeudi, quatre jours avant la Journée internationale des femmes, n'a pas calmé les inquiétudes, d'autant moins que l'on a maintenant une première étude qui démontre leur bien-fondé et mesure l'importance de l'écart.

Professeure à la faculté de droit de l'Université Queen's et spécialiste en droit fiscal, Kathleen Lahey a passé au peigne fin tous les projets et mesures financés par le plan de relance conservateur dévoilé en janvier 2009 ainsi que l'ensemble des mesures fiscales adoptées depuis quelques années. Elle voulait savoir si les femmes y trouvaient leur compte. (L'étude doit être publiée incessamment dans le numéro spécial de la Revue Femmes et droit/Canadian Journal of Women and the Law portant sur les femmes et l'équité fiscale.)

Les quelques résultats qu'elle a pu partager avec Le Devoir avant publication, et qu'elle a mis à jour à la suite du budget de jeudi, sont éloquents et la conclusion tranchée. Selon Mme Lahey, les femmes sortent perdantes.

Cela est particulièrement évident avec le programme d'infrastructures auquel le gouvernement a consacré 8 milliards l'an dernier et 9,6 milliards en 2010-2011. La majeure partie de ces fonds servira à financer la réfection de routes, de ponts et d'édifices. Or, seulement 7 % des travailleurs des secteurs de la construction et du transport sont des femmes, souligne Mme Lahey. En génie, dans le secteur manufacturier et les industries primaires, seulement 21 à 22 % des travailleurs sont des femmes. Ce sont donc surtout des hommes qui bénéficient des emplois protégés ou créés grâce à ce plan.

***

Il en va de même avec les infrastructures universitaires, dit-elle. On pourrait toutefois objecter qu'une autre partie des fonds ira à la recherche, ce dont les femmes peuvent davantage profiter. Kathleen Lahey taille cet argument en pièces. Elle note que les secteurs ciblés sont très fortement masculins (entre 73 et 70 % d'hommes). On parle de génie, de mathématiques, d'informatique, de sciences de l'information.

Les mesures fiscales ne trouvent pas davantage grâce à ses yeux. Alors qu'elles forment un peu plus de la moitié de la population, les femmes ne profitent que de 40 % ou moins des réductions de taxes et impôts. Les données sur les revenus sont souvent confuses, mais on sait que les femmes gagnent généralement moins que les hommes, travaillent plus souvent à bas salaire et à temps partiel et qu'elles sont surreprésentées dans la catégorie des familles monoparentales. Elles bénéficient donc moins que les hommes des allégements fiscaux.

Un exemple parmi d'autres cités par Mme Lahey est la baisse de la TPS. On calcule que les contribuables appartenant au quintile le plus bas des revenus économisent environ 280 $ par année grâce à cette baisse. Ceux appartenant au quintile le plus élevé, 1244 $. Or, la proportion de femmes dans le groupe le moins nanti est plus grande que dans le groupe le plus riche.

Dans le cas de l'assurance-emploi, le gouvernement a adopté des mesures pour prolonger la durée des prestations, faciliter la formation et le travail partagé. Encore faut-il y être admissible. Les gens travaillant moins de 35 heures par semaine ont souvent moins de facilité à se qualifier. Or, 70 % des travailleurs à temps partiel sont des femmes et elles sont moins nombreuses à avoir droit à l'assurance-emploi. En fait, dit l'universitaire, elles ne représentent qu'environ 36 % des prestataires réguliers, ce qui veut dire qu'elles profitent moins des bonifications annoncées.

***

Le gouvernement fédéral n'a pas exigé que les investissements, dans les infrastructures par exemple, profitent autant aux femmes qu'aux hommes. En fait, la répartition des fonds n'a été soumise à pratiquement aucun critère d'équité, à part un partage entre régions qui soit à peu près proportionnel à la population. Mais le gouvernement n'a pas non plus décidé de façon délibérée de privilégier les hommes.

Les effets discriminatoires des politiques ne sont généralement pas voulus, mais ils sont insidieux et très réels. Ils se produisent parce que l'on n'y pense pas, parce que l'on est rarement conscient de leur existence ou parce que l'on refuse tout simplement de la reconnaître. Éviter ces effets pervers n'est pas une préoccupation ni un réflexe. On constate leur existence après coup. On s'en désole, mais une fois que le mal est fait.

Il est très rare que les gouvernements évaluent leurs politiques à l'aune de l'équité entre les sexes. On n'en ressent pas le besoin parce que l'on est persuadé qu'elles sont neutres. Formellement, elles le sont, mais dans la réalité, quand on les applique, c'est une autre paire de manches. Tout le monde ne part pas du même point. Cela est particulièrement vrai sur le plan économique et, pour certains groupes, cela peut se traduire par des obstacles supplémentaires pour profiter de l'aide gouvernementale. Personne ne dit que c'est ce que les conservateurs souhaitaient pour les femmes avec leur plan, mais il semble que c'est ce qui est en train de se produire.

***

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Ginette Bertrand
    Inscrite
    lundi 8 mars 2010 07h03
    Journée de la femme oblige
    Nous avons droit à l'annonce de la publication d'une étude dont les résultats étaient extrêmement prévisibles, mais qui reposent maintenant sur un travail rigoureux.

    Nous avons droit aussi à une interprétation de ces résultats hautement prévisible, mais qui s'apparente davantage à des truismes qu'à la rigueur scientifique.

    J'espère qu'une autre étude pourra nous dire ce que le gouvernement aurait dû faire pour tenir compte de l'équité entre les sexes dans un domaine exigeant une forte concentration de gros bras comme la réfection des infrastructures, ou dans une bonification de l'assurance-emploi qui aurait été sans contrecoup pour les 74% de prestataires qui en profitent le plus.

  • Francois Bouchard
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 08h22
    Rien à voir avec l'équité
    Les investissements dans les infrastructures profitent davantage aux hommes? Et dans le secteur de la santé, davantage aux femmes parce qu'elles s'y retrouvent en majorité dans le personnel soignant? Que de sottises! Faudrait-il mettre dehors la moitié des gars de la construction et la moitié des infirmières et les remplacer par du personnel du sexe opposé pour que l'on atteigne l'équité? Interrogeons l'histoire, la culture, l'anthropologie et précisons nos outils conceptuels, que diable! Le féminisme contemporain se trouve discrédité par des idéologues stipendiées qui répètent les mêmes niaiseries depuis des décennies. Vivement de la rigueur intellectuelle, de l'intelligence et du respect pour les femmes!

  • France Marcotte
    Abonnée
    lundi 8 mars 2010 09h49
    Sans vouloir présumer...
    Comme le dit madame Cornellier avec circonspection: "Les effets discriminatoires des politiques ne sont généralement pas voulus, mais ils sont insidieux et très réels." Et venant de la part du gouvernement Harper qui a déjà démontrer sa propension à vouloir garder les femmes à la maison et qu'il leur a déjà couper les subventions à une aide juridique dont elles avaient vraiment besoin, qui ne cache pas ses hésitions à protéger ici le droit à l'avortement et même à la contraception par son aide sélective aux femmes des pays pauvres... disons qu'il est assez tentant de sauter aux conclusions.

  • Jean de Cuir
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 10h04
    C' est une personne !
    Voir mon commentaire à l`éditorial de Mme Boileau.

  • ysengrimus
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 11h09
    Féminisme fiscaliste de droite...
    Il est de plus en plus observable qu’il existe un féminisme de droite

    http://ysengrimus.wordpress.com/2009/10/15/sur-le-

    Nier cette sorte de « consécration » sociale du féminisme, c’est quand même un peu se mentir…
    Paul Laurendeau

  • rabrulot
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 11h36
    Question préalable
    Même en faisant un effort, j'arrive difficilement à percevoir du sexisme dans les mesures de relance de l'économie, tant au Canada qu'ailleurs dans le monde. L'idée de base des politiques de relance est de maintenir l'activité économique en minimisant l'augmentation du taux de chômage.

    Mais si on prend comme hypothèse qu'il y a effectivement du sexisme dans les politiques de relance, il faudrait alors, pour l'évaluer correctement, faire un examen préalable des impacts de la crise sur l'emploi des hommes et des femmes. Votre papier n'en fait point mention.

    Cela dit, l'importance qu'ont pris les programmes d'infrastructure traditionnels ne témoigne pas d'une grande imagination du côté des concepteurs de programmes et décideurs.

  • Marie Lauzier
    Inscrite
    lundi 8 mars 2010 18h10
    Journée de la fème? Non.
    Journée internationale DES femmes, madame Bertrand.

  • legada
    Abonné
    lundi 8 mars 2010 20h28
    D'une pierre deux coups
    Une des principales raisons pour laquelle on a investi dans les infrastructure, c'est qu'il est important et urgent de soit les réparer ou de les remplacer.

    A-t-on oublié que des gens sont morts à cause d'infrastructures usées?

    Puisqu'il fallait dépenser de l'argent pour relancer l'économie, on a choisi de le dépenser pour que ce soit utile à court terme et à long terme.

    Cet argent dépensé ne sert pas qu'à la majorité d'homme que l'on voit travailler sur les chantiers. Dans les bureaux de consultants, la proportion de femmes est plus élevée que sur les chantiers.

    L'argent injecté dans l'économie par ces travailleurs contribue à faire fonctionner l'économie, ce qui servira les hommes et les femmes.

    Et à ce qu'il me semble, les ponts et les routes sont utilisées par des hommes et des femmes. L'eau produite par les stations de filtration est bue par des hommes et des femmes.

    Que l'on souligne qu'il faut une plus grande équité entre les salaires des hommes et des femmes, que les critères de l'assurance-chômage sont discriminatoire, etc.. je comprend. Mais je ne comprend pas que l'on dise que remplacer des ponts qui sont près de s'effondrer ou des stations de filtration d'eau potable usées à la corde soit discriminatoire.

    Daniel Legault

  • nonauracisme
    Inscrit
    lundi 8 mars 2010 22h13
    D'ou va venir cette argent pour l'equite?
    Les entreprises quittent en masse le quebec pour ce genre de mesures.
    On devrait proner la productivite, la competence, l'intelligence. C'est drole car il y avait un rapport qui montrait que les immigrants qualifies touchaient moins que les autres employes.

  • Louis Duchesne
    Inscrit
    mardi 9 mars 2010 11h45
    Une étude incomplète
    Il y a un aspect oublié ou négligé par l'étude de Me Lahey, du moins d'après le résumé présenté. Les hommes (ou plutôt les emplois à majorité masculine) ont été beaucoup plus «atteints» par la récession que les femmes.
    En consultant ces tableaux de l'Institut de la statistique du Québec du nombre de chômeurs et du taux de chômage par sexe des deux ou trois dernières années, on voit que l'écart entre les taux masculins et féminins s'accroît à l'avantage des femmes.
    Par exemple, parmi les chômeurs de 15-64 ans, la proportion des femmes diminue de 41,9% en 2007 à 40,6% en 2008 et à 38,5% en 2009. Chez les 35-44 ans, les écarts sont encore plus grands et la proportion des femmes diminue de 46,0% en 2007 à 36,1% en 2009. Pour ce même groupe d'âge l'écart entre les taux de chômage des sexes est de 0,2 point en 2007, soit le résultat de taux à peu près égaux et l'écart atteint 3,4 points centésimaux en 2009, soit des taux de chômage de 9,0% chez les hommes et de 5,6% chez les femmes.
    http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/march_t
    http://www.stat.gouv.qc.ca/donstat/societe/march_t

    Ce sont peut-être les femmes qui sortent perdantes des programmes, mais elles sortent plutôt gagnantes quant au nombre de «victimes» de la récession.

    Les autres aspects, infrastructures universitaires, mesures fiscales, baisse de la TPS, etc. méritent aussi des bémols. Par exemple, investir dans une faculté de génie coûte plus cher que d'investir dans une faculté de «papier» comme le droit (à majorité féminine). Les personnes ayant les plus faibles revenus ne paient pas d'impôts et ont des remboursements de certaines taxes. On ne peut réduire leurs impôts!

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