Budget Flaherty - Coupes à l'aveugle
L'opposition déplore le manque de détails sur les réductions budgétaires annoncées
Jim Flaherty
Ottawa — Au lendemain du dépôt du budget fédéral, les trois partis d'opposition à Ottawa ont été unanimes hier à dénoncer la stratégie de lutte contre le déficit du gouvernement de Stephen Harper. Selon eux, les conservateurs se déresponsabilisent en déléguant à leurs fonctionnaires la tâche ingrate de choisir quelles dépenses gouvernementales couper. En outre, un ancien grand patron de la fonction publique avertit que l'exercice minceur fera plus mal que ne veut l'admettre le gouvernement.
Le budget 2010-11 déposé jeudi par le ministre des Finances, Jim Flaherty, a dévoilé la stratégie qu'entend adopter Ottawa pour retrouver l'équilibre budgétaire dans cinq ans. Si le gouvernement mise en grande partie sur la reprise économique pour assainir ses finances, il prévoit quand même retrancher de ses dépenses 17,6 milliards de dollars en cinq ans. De cette somme, la moitié proviendra du gel des budgets des ministères (6,8 milliards) et de la révision stratégique des programmes (1,3 milliard).
Le hic, c'est qu'Ottawa a accordé des augmentations salariales à ses fonctionnaires de 1,5 % cette année, ou environ 300 millions de dollars, et autant l'année suivante et 1,1 % la troisième année. «Les ministères seront tenus de réaffecter des sommes provenant des autres éléments de leurs budgets de fonctionnement pour financer ces augmentations», est-il écrit dans le budget. Sans compter que les ministères devront aussi absorber l'impact de l'inflation faisant en sorte que les fournitures de bureau, les services de télécommunications, les loyers et tutti quanti coûtent plus cher chaque année. Où prendront-ils l'argent, et les services aux citoyens seront-ils touchés? Mystère.
«Ça m'inquiète, lance le critique libéral en matière de finances, John McCallum. Je pense que les conservateurs ne veulent pas nous dire cela, parce qu'ils veulent cacher les mauvaises nouvelles. Si on dit un gel, on ne sait pas encore quels programmes sociaux on va perdre, qui seront les Canadiens qui vont souffrir. C'est inévitable que si on a un gel pour trois, quatre ans, il faille couper des programmes sociaux.»
Selon le député bloquiste Pierre Paquette, «il faut qu'il y ait une étude beaucoup plus précise des ministères, mission par mission. On ne pense pas que du mur-à-mur soit la bonne façon de procéder».
Quant au NPD, il déplore que le choix des restrictions budgétaires soit fait par les fonctionnaires et non les élus. «C'est important que le Parlement ait un droit de regard sur ces décisions. Laisser [ce choix] aux ministres et sous-ministres, ça peut produire de grands problèmes, estime le chef, Jack Layton. Mon inquiétude, c'est que M. Harper poursuive son approche idéologique par rapport aux programmes du gouvernement. On sait qu'il n'aime pas beaucoup le gouvernement en soi!»
Des ministres rassurants
Les ministres interrogés hier se sont montrés confiants. «Il n'y a pas de doute dans mon esprit qu'il y a au sein du gouvernement beaucoup de possibilités d'économies administratives», estime le ministre du Commerce international, Peter Van Loan. L'attrition de personnel, à son avis, y sera pour beaucoup. Il a toutefois admis qu'il ignorait la valeur de l'augmentation salariale dans son ministère et donc la valeur des économies devant être dénichées.
Le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, dit «assumer totalement la responsabilité de [son] ministère», mais il indique que ce sont «les dirigeants du ministère, qui sont très professionnels, comme dans les autres ministères, qui évalueront de manière responsable la performance d'Environnement Canada dans chacune de ses missions».
Le ministère de l'Environnement fait partie des trois ministères qui sont soumis à un régime minceur en vertu de l'exercice de révision stratégique. Il a trouvé 53,1 millions de dollars à couper dans ses dépenses internes au cours des trois prochaines années. Les salaires à financer à l'interne s'ajouteront à cette somme. Ressources naturelles (102,9 millions) et Sécurité publique (35,8 millions) sont les deux autres ministères touchés. Huit agences et commissions fédérales de toutes sortes ont aussi trouvé des économies, de même que le Service canadien du renseignement de sécurité (15 millions), pour un total de 686,1 millions en trois ans. Le budget ne précise pas d'où le reste du 1,3 milliard promis proviendra.
Cure pénible
Le gel, bien que réalisable, sera difficile, croit pour sa part l'ancien greffier du Conseil privé, Mel Cappe. «Les fonctionnaires vont trouver les moyens d'atteindre les objectifs, mais ça va changer la qualité des services, croit-il. On ne peut pas faire plus avec moins. On peut faire moins avec moins. Il n'y a pas beaucoup de gaspillage et de duplication, assure cet ancien grand patron de la fonction publique fédérale. Il y en a, mais au même titre qu'il y en a dans une grande entreprise comme Air Canada.» Il donne l'exemple de GM, qui a fermé des usines et congédié des employés. «Le public a arrêté d'acheter des autos!»
L'IPFPC, le syndicat représentant les 57 000 ingénieurs, chercheurs, médecins et autres professionnels de la fonction publique, craint le pire. «Ce ne sont pas nécessairement des services directs à la population qui seront affectés, mais le public verra la différence dans le futur, estime son président, Gary Corbett. Admettons qu'une conduite de pétrole sur un site d'extraction éclate, il y a un fonctionnaire d'Environnement Canada qui se rend sur les lieux. Il a des pouvoirs similaires à ceux d'un policier. Il fait enquête, et c'est lui ensuite qui recommande s'il y aura poursuite et à qui impartir la faute.» Avoir moins d'argent, illustre-t-il, c'est permettre moins de sorties sur le terrain de ces inspecteurs.
Denis Desautels, ancien vérificateur général du Canada et ex-directeur du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa, n'est pas aussi pessimiste. Selon lui, il est possible de réduire les frais de déplacement des fonctionnaires, ou encore celles des télécommunications (en réduisant le nombre de BlackBerry en circulation, par exemple). «Ce n'est pas si dramatique que ça.» Il concède toutefois qu'au-delà d'une année, le gel fera plus mal. «Après deux ou trois ans, ça devient plus difficile. D'autres solutions devront être trouvées, dont l'élimination de certains programmes.»
Le budget 2010-11 déposé jeudi par le ministre des Finances, Jim Flaherty, a dévoilé la stratégie qu'entend adopter Ottawa pour retrouver l'équilibre budgétaire dans cinq ans. Si le gouvernement mise en grande partie sur la reprise économique pour assainir ses finances, il prévoit quand même retrancher de ses dépenses 17,6 milliards de dollars en cinq ans. De cette somme, la moitié proviendra du gel des budgets des ministères (6,8 milliards) et de la révision stratégique des programmes (1,3 milliard).
Le hic, c'est qu'Ottawa a accordé des augmentations salariales à ses fonctionnaires de 1,5 % cette année, ou environ 300 millions de dollars, et autant l'année suivante et 1,1 % la troisième année. «Les ministères seront tenus de réaffecter des sommes provenant des autres éléments de leurs budgets de fonctionnement pour financer ces augmentations», est-il écrit dans le budget. Sans compter que les ministères devront aussi absorber l'impact de l'inflation faisant en sorte que les fournitures de bureau, les services de télécommunications, les loyers et tutti quanti coûtent plus cher chaque année. Où prendront-ils l'argent, et les services aux citoyens seront-ils touchés? Mystère.
«Ça m'inquiète, lance le critique libéral en matière de finances, John McCallum. Je pense que les conservateurs ne veulent pas nous dire cela, parce qu'ils veulent cacher les mauvaises nouvelles. Si on dit un gel, on ne sait pas encore quels programmes sociaux on va perdre, qui seront les Canadiens qui vont souffrir. C'est inévitable que si on a un gel pour trois, quatre ans, il faille couper des programmes sociaux.»
Selon le député bloquiste Pierre Paquette, «il faut qu'il y ait une étude beaucoup plus précise des ministères, mission par mission. On ne pense pas que du mur-à-mur soit la bonne façon de procéder».
Quant au NPD, il déplore que le choix des restrictions budgétaires soit fait par les fonctionnaires et non les élus. «C'est important que le Parlement ait un droit de regard sur ces décisions. Laisser [ce choix] aux ministres et sous-ministres, ça peut produire de grands problèmes, estime le chef, Jack Layton. Mon inquiétude, c'est que M. Harper poursuive son approche idéologique par rapport aux programmes du gouvernement. On sait qu'il n'aime pas beaucoup le gouvernement en soi!»
Des ministres rassurants
Les ministres interrogés hier se sont montrés confiants. «Il n'y a pas de doute dans mon esprit qu'il y a au sein du gouvernement beaucoup de possibilités d'économies administratives», estime le ministre du Commerce international, Peter Van Loan. L'attrition de personnel, à son avis, y sera pour beaucoup. Il a toutefois admis qu'il ignorait la valeur de l'augmentation salariale dans son ministère et donc la valeur des économies devant être dénichées.
Le ministre de l'Environnement, Jim Prentice, dit «assumer totalement la responsabilité de [son] ministère», mais il indique que ce sont «les dirigeants du ministère, qui sont très professionnels, comme dans les autres ministères, qui évalueront de manière responsable la performance d'Environnement Canada dans chacune de ses missions».
Le ministère de l'Environnement fait partie des trois ministères qui sont soumis à un régime minceur en vertu de l'exercice de révision stratégique. Il a trouvé 53,1 millions de dollars à couper dans ses dépenses internes au cours des trois prochaines années. Les salaires à financer à l'interne s'ajouteront à cette somme. Ressources naturelles (102,9 millions) et Sécurité publique (35,8 millions) sont les deux autres ministères touchés. Huit agences et commissions fédérales de toutes sortes ont aussi trouvé des économies, de même que le Service canadien du renseignement de sécurité (15 millions), pour un total de 686,1 millions en trois ans. Le budget ne précise pas d'où le reste du 1,3 milliard promis proviendra.
Cure pénible
Le gel, bien que réalisable, sera difficile, croit pour sa part l'ancien greffier du Conseil privé, Mel Cappe. «Les fonctionnaires vont trouver les moyens d'atteindre les objectifs, mais ça va changer la qualité des services, croit-il. On ne peut pas faire plus avec moins. On peut faire moins avec moins. Il n'y a pas beaucoup de gaspillage et de duplication, assure cet ancien grand patron de la fonction publique fédérale. Il y en a, mais au même titre qu'il y en a dans une grande entreprise comme Air Canada.» Il donne l'exemple de GM, qui a fermé des usines et congédié des employés. «Le public a arrêté d'acheter des autos!»
L'IPFPC, le syndicat représentant les 57 000 ingénieurs, chercheurs, médecins et autres professionnels de la fonction publique, craint le pire. «Ce ne sont pas nécessairement des services directs à la population qui seront affectés, mais le public verra la différence dans le futur, estime son président, Gary Corbett. Admettons qu'une conduite de pétrole sur un site d'extraction éclate, il y a un fonctionnaire d'Environnement Canada qui se rend sur les lieux. Il a des pouvoirs similaires à ceux d'un policier. Il fait enquête, et c'est lui ensuite qui recommande s'il y aura poursuite et à qui impartir la faute.» Avoir moins d'argent, illustre-t-il, c'est permettre moins de sorties sur le terrain de ces inspecteurs.
Denis Desautels, ancien vérificateur général du Canada et ex-directeur du Centre d'études en gouvernance de l'Université d'Ottawa, n'est pas aussi pessimiste. Selon lui, il est possible de réduire les frais de déplacement des fonctionnaires, ou encore celles des télécommunications (en réduisant le nombre de BlackBerry en circulation, par exemple). «Ce n'est pas si dramatique que ça.» Il concède toutefois qu'au-delà d'une année, le gel fera plus mal. «Après deux ou trois ans, ça devient plus difficile. D'autres solutions devront être trouvées, dont l'élimination de certains programmes.»
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