La crainte des banques - Le déni de Flaherty
Le sujet du jour débute par un paradoxe mettant en relief la timidité, pour ne pas dire l'imprudence, du gouvernement fédéral en matière économique: les banquiers demandent à Ottawa, et non l'inverse, d'établir des règles plus sévères sur le front hypothécaire. Leur argument? Le risque que la bulle immobilière en gestation implose comme elle a implosé aux États-Unis est bel et bien réel.
Auprès des autorités concernées, y compris le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, les patrons des six géants financiers du pays ont déposé la requête suivante: hisser de 5 à 10 % la mise de fonds préalable à l'obtention d'une hypothèque et réduire la période d'amortissement de celle-ci de 35 à 30 ans. Ils proposent cela parce qu'ils sont inquiets de l'évolution des prix. À preuve, en 2009, la valeur d'un bien immobilier déjà existant a dépassé les 337 000 $, en hausse de 19 % (!), alors qu'une crise économique sévissait. C'est évidemment intenable.
D'autant plus qu'au Canada, les six grandes banques détenant 75 % des hypothèques contractées par les individus, elles pourraient être confrontées à des conséquences peut-être aussi dommageables qu'aux États-Unis en cas d'éclatement de la bulle. Car, de ce côté-ci de la frontière, la concentration du crédit est plus prononcée qu'elle ne l'est au sud. Certes, ici, il y a la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL).
Mais sur ce flan également, on aperçoit des signaux inquiétants. De quoi s'agit-il? La valeur des hypothèques «titrisées» et assurées par la SCHL a été multipliée par plus de deux entre 2007 et 2009 pour totaliser aujourd'hui près de 380 milliards. Et alors? On peut présumer que si les banquiers exigent un renforcement des balises, c'est que leurs économistes leur ont certainement soufflé dans l'oreille que le portefeuille regroupant les «titrisées» de la SCHL s'est dégradé.
Pour l'heure, le ministre des Finances, Jim Flaherty, fait la sourde oreille. Cette position, il l'appuie sur le raisonnement suivant: il n'y a pas de bulle. De fait, il estime qu'une augmentation de la mise de fonds aurait comme contrecoup un ralentissement de la croissance économique. Certes, il songe à des changements. Il jongle avec des idées qui, si elles se traduisaient dans les faits, reviendraient à remettre à plus tard la solution d'un problème bien actuel. Quoi d'autre? Le calcul politique. Acquiescer aux requêtes des banques ne serait pas rentable électoralement.
Le problème, c'est qu'indépendamment du cocktail confectionné par les banquiers, un relèvement du loyer de l'argent est à l'horizon en 2010. Bien évidemment, les argentiers en sont conscients et redoutent que la greffe de cette hausse à un contexte fortement empreint de spéculation fasse écho à l'évolution du marché immobilier observée au cours de la décennie antérieure.
On se souviendra que, pour combattre les biais inflationnistes afférents à l'introduction de la TPS en 1990, le gouverneur de la Banque du Canada de l'époque, John Crow, avait ajouté 1 % au taux d'alors en 1989. Il avait agi par anticipation. Toujours est-il que l'inventaire de reprises hypothécaires enregistrées entre 1989 et 1995 avait débouché sur ceci: plus de la moitié des transactions réalisées à Montréal furent en 1995 le fait des banques. Ces dernières ne veulent plus être confrontées à ce type de situation. Flaherty devrait observer le devoir de précaution en appliquant les propositions des six banquiers.
Auprès des autorités concernées, y compris le gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, les patrons des six géants financiers du pays ont déposé la requête suivante: hisser de 5 à 10 % la mise de fonds préalable à l'obtention d'une hypothèque et réduire la période d'amortissement de celle-ci de 35 à 30 ans. Ils proposent cela parce qu'ils sont inquiets de l'évolution des prix. À preuve, en 2009, la valeur d'un bien immobilier déjà existant a dépassé les 337 000 $, en hausse de 19 % (!), alors qu'une crise économique sévissait. C'est évidemment intenable.
D'autant plus qu'au Canada, les six grandes banques détenant 75 % des hypothèques contractées par les individus, elles pourraient être confrontées à des conséquences peut-être aussi dommageables qu'aux États-Unis en cas d'éclatement de la bulle. Car, de ce côté-ci de la frontière, la concentration du crédit est plus prononcée qu'elle ne l'est au sud. Certes, ici, il y a la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL).
Mais sur ce flan également, on aperçoit des signaux inquiétants. De quoi s'agit-il? La valeur des hypothèques «titrisées» et assurées par la SCHL a été multipliée par plus de deux entre 2007 et 2009 pour totaliser aujourd'hui près de 380 milliards. Et alors? On peut présumer que si les banquiers exigent un renforcement des balises, c'est que leurs économistes leur ont certainement soufflé dans l'oreille que le portefeuille regroupant les «titrisées» de la SCHL s'est dégradé.
Pour l'heure, le ministre des Finances, Jim Flaherty, fait la sourde oreille. Cette position, il l'appuie sur le raisonnement suivant: il n'y a pas de bulle. De fait, il estime qu'une augmentation de la mise de fonds aurait comme contrecoup un ralentissement de la croissance économique. Certes, il songe à des changements. Il jongle avec des idées qui, si elles se traduisaient dans les faits, reviendraient à remettre à plus tard la solution d'un problème bien actuel. Quoi d'autre? Le calcul politique. Acquiescer aux requêtes des banques ne serait pas rentable électoralement.
Le problème, c'est qu'indépendamment du cocktail confectionné par les banquiers, un relèvement du loyer de l'argent est à l'horizon en 2010. Bien évidemment, les argentiers en sont conscients et redoutent que la greffe de cette hausse à un contexte fortement empreint de spéculation fasse écho à l'évolution du marché immobilier observée au cours de la décennie antérieure.
On se souviendra que, pour combattre les biais inflationnistes afférents à l'introduction de la TPS en 1990, le gouverneur de la Banque du Canada de l'époque, John Crow, avait ajouté 1 % au taux d'alors en 1989. Il avait agi par anticipation. Toujours est-il que l'inventaire de reprises hypothécaires enregistrées entre 1989 et 1995 avait débouché sur ceci: plus de la moitié des transactions réalisées à Montréal furent en 1995 le fait des banques. Ces dernières ne veulent plus être confrontées à ce type de situation. Flaherty devrait observer le devoir de précaution en appliquant les propositions des six banquiers.
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