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Choc idéologique à Droits et Démocratie

Les liens du président du conseil avec un militant de la cause israélienne sont à l'origine d'un conflit ayant mené, hier, à la suspension de trois directeurs

Hélène Buzzetti   2 février 2010  Canada
Distribution d’aide alimentaire dans la bande de Gaza. Le président du conseil d’administration de Droits et Démocratie s’oppose au soutien financier de certaines ONG engagées au Moyen-Orient.
Photo : Agence France-Presse Mohammed Abed
Distribution d’aide alimentaire dans la bande de Gaza. Le président du conseil d’administration de Droits et Démocratie s’oppose au soutien financier de certaines ONG engagées au Moyen-Orient.
Ottawa — La tempête à Droits et Démocratie se poursuit. Hier, trois de ses directeurs ont été suspendus «indéfiniment» sous prétexte qu'ils sont les cerveaux de la rébellion visant le président du conseil d'administration, Aurel Braun. À l'origine du conflit: les liens de M. Braun, l'homme fort d'Ottawa, avec un farouche militant de la cause israélienne, Gerald Steinberg, et l'influence de ceux-ci sur l'orientation idéologique de Droits et Démocratie.

Droits et Démocratie, un organisme de défense des droits de la personne fondé par le Parlement canadien en 1988, est en crise de leadership. Les 47 employés ont exigé par lettre le départ de M. Braun. Il a réussi à se maintenir en poste parce qu'Ottawa a nommé de nouveaux membres du conseil d'administration lui étant favorables.

Aurel Braun était en conflit avec le président de l'organisme aujourd'hui décédé, Rémy Beauregard, à propos de trois subventions de 10 000 $ chacune accordées aux groupes al Haq, Bt'selem et al Mazan engagés au Moyen-Orient. M. Braun est d'avis qu'il s'agit d'organismes qui, sous le couvert de défense des droits humanitaires des Palestiniens, attaquent la légitimité de l'État d'Israël.

«Il s'agit d'organisations très, très vicieuses impliquées dans de viles activités», a-t-il déclaré la semaine dernière au National Post. «Même en faisant preuve d'imagination, on ne peut les qualifier d'organisations humanitaires. [...] Il n'y a aucune ambiguïté à propos d'al Haq et al Mazan.» Il a ajouté qu'al Mazan étant située à Gaza, «nous n'avons aucun moyen de savoir» si l'argent ne finit pas entre les mains du Hamas. Quant à Bt'selem, il s'agit d'une organisation israélienne «de nom seulement». Le fait que Rémy Beauregard ait accordé ces subventions prouve selon M. Braun son manque de jugement.

L'influence de Steinberg à Droits et Démocratie

Ce que peu savent, c'est qu'Aurel Braun est un «ami très proche» de Gerald Steinberg, professeur d'université à Ramat Gan, en Israël. M. Steinberg a fondé le groupe NGO Monitor qui, comme son nom l'indique, décortique le discours politique tenu par les ONG à l'oeuvre au Moyen-Orient. Sa thèse est la suivante: ces ONG utilisent le paravent de l'aide humanitaire pour critiquer Israël et saper son droit même d'exister. Les agences internationales comme l'ACDI et Droits et Démocratie leur accordent, déplore-t-il, une légitimité en les finançant. (Le Devoir a publié une entrevue avec Gerald Steinberg le 22 septembre 2008.)

Au nom de cette théorie, M. Steinberg a critiqué des organismes aussi réputés qu'OXFAM. Comme par hasard, son site contient une section complète sur Bt'selem et les raisons pour lesquelles il ne devrait pas recevoir de financement international. Idem pour al Haq et son président Shawan Jabarin. Récemment, il s'est réjoui de ce que les organismes canadiens KAIROS et Alternatives aient vu leurs subventions fédérales coupées. Le ministre de la Citoyenneté et de l'Immigration, Jason Kenney, avait évoqué les positions anti-Israël de KAIROS.

Aurel Braun et Gerald Steinberg se sont croisés au sein de l'organisme Scholars for Peace in the Middle-East. M. Braun accorde à ce point d'importance aux idées de M. Steinberg qu'il l'a invité à venir les présenter à Montréal aux membres du conseil d'administration de Droits et Démocratie, a appris Le Devoir. Le conseil a refusé.

Aurel Braun est lui-même militant pour la cause israélienne, ayant déjà siégé au conseil d'administration du B'nai Brith. Lors d'une rencontre du conseil d'administration de Droits et Démocratie en juin dernier, il a déclaré être «fier d'être Juif et d'appuyer l'État d'Israël», indique le procès-verbal.

Si les positions d'Aurel Braun et de Gerald Steinberg sont à ce point similaires, cela ne signifie pas pour autant qu'elles sont partagées par la communauté internationale. L'Agence canadienne de développement international (ACDI) verse régulièrement des subventions à al Haq: 30 000 $ en 1995, 50 000 $ en 2004 et plus de 8000 $ en 2005 (l'inventaire n'est pas exhaustif). Les Pays-Bas avaient publiquement dénoncé Israël lorsqu'il avait refusé de délivrer un document de voyage au président d'al Haq, l'empêchant du coup d'aller chercher en personne un prestigieux prix pour les droits de la personne.

D'autres mesures

Le poste de président du conseil d'administration est un poste à temps partiel. Aurel Braun continue d'enseigner à l'Université de Toronto. Il sera à Montréal aujourd'hui pour rencontrer l'équipe de Droits et Démocraties. Les employés s'attendent à d'autres mesures en plus des trois suspensions avec salaire annoncées hier.

Les trois personnes suspendues sont le directeur des communications, Charles Vallerand, la directrice à l'administration et aux ressources, Marie-France Cloutier, et le directeur des politiques, des programmes et de la planification, Razmik Panossian. Aucune raison n'a été fournie. Dans les coulisses, on dit qu'ils seront suspendus le temps qu'une enquête soit menée sur leur rôle dans la «rébellion» contre Aurel Braun et le président qu'il a nommé pour remplacer feu Rémy Beauregard, Jacques Gauthier.

Le NPD a indiqué hier qu'il demandera au comité parlementaire des Affaires étrangères de faire enquête sur Droits et Démocratie au retour de la Chambre des communes.
 
 
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  • michel lebel
    Inscrit
    mardi 2 février 2010 07h10
    Pas de place à l'idéologie!
    Une donne incontournable; l'idéologie ne doit pas avoir sa place dans un organisme voué à la défense des droits et libertés. L'incompatibilté est et doit demeurer totale entre les deux. Maintenir une telle opposition de principe entre les deux n'est pas chose facile, mais si elle n'est pas faite, c'est foutu. Foutu en termes de crédililité, de pertinence et d'efficacité. Droits et Démocratie ne doit pas l'oublier.

  • Michèle Dorais
    Abonnée
    mardi 2 février 2010 07h51
    Bravo Hélène Buzetti
    Merci pour cet article des plus éclairants... un beau papier... nous attendons la suite.

  • Sanzalure
    Inscrit
    mardi 2 février 2010 08h36
    Et la légitimité de la Palestine ?
    Si Israël veut que l'on reconnaisse sa légitimité, qu'elle commence par reconnaître celle des autres. Si Israël veut être reconnu comme un État démocratique, qu'il commence par se comporter de façon démocratique : une personne = un vote. Ça veut dire qu'il n'y a pas deux sortes de personnes (le peuple élu et les autres), mais une seule sorte (les êtres humains).

  • Karim Jbeili
    Abonné
    mardi 2 février 2010 09h46
    La paranoïa de l'étrangleur
    Il y a là une haine insistante et pathologique contre des gens dont le seul crime est d'avoir survécu sur les décombres de leur maison. Une paranoïa démesurée qui ne cessera même pas après les avoir étranglés. Elle s'en prendra alors à d'autres parce que personne n'aura eu le courage de lui mettre des limites.

  • Guylaine St-Pierre
    Inscrit
    mardi 2 février 2010 09h56
    La palestine doit vivvre sans terrorisme si on veut les aider.
    Il ne faut pas confondre parti pour Israel lorsque on parle de dire NON aux Palestiniens qui continu de s'armer. Mais personne de parle des Égyptiens qui sont en train de construire un mur en acier sous la terre pour des milles et des milles à la ronde,, signe qui veut tout dire, L'Égypte ne veulent pas des palestiniens et là ben on n'en parle pas , bizarre , mais le devoir, c'est votre devoir de tout dire n'est-ceq pas ?
    Lasser pas les terrorisme s'armer en plus ! Non mais c'est quoi ça ?

  • Sanzalure
    Inscrit
    mardi 2 février 2010 10h32
    Une armée régulière
    Si on ne veut pas que les gens de Palestine recourent au terrorisme, qu'on les laisse se construire une armée régulière.

  • Denise Veilleux
    Inscrit
    mardi 2 février 2010 11h05
    Perfidie conservatrice
    Derrrière le débat sur quels organismes devraient recevoir ou non des fonds publics se cache la situation plus grave de l'infiltration systématique du gouvernement Harper dans les institutions indépendants pour les mettre à sa main. Cette action est dirigée contre la démocratie et tous les gens qui la défendent. Les employés de Droits et Démocratie subissent depuis plus d'un an une forme de harcèlement injustifié. Il faut dénoncer haut et fort les tactiques de M. Braun et ses comparses, qui s'apparentent à du terrorisme psychologique. Non contents d'avoir causé un stress indû à M. Beauregard, stress sans doute en partie responsable de son décès prématuré, les nouveaux membres du conseil se comportent en tyrans. Jamais une nomination n'a donné la permission de malmener les autres personnes en poste! Qu'attendent Laurence Cannon et Stephen Harper pour congédier M. Braun et ses alliés? Leurs gestes prouvent qu'ils sont indignes de l'honneur accordé et de la rémunération qui s'y rattache.

  • Marthe Savoie
    Abonnée
    mardi 2 février 2010 11h16
    À éviter: les nominations si partisanes et politiques du gouvernement conservateur comme à Droits et Démocratie!
    Il me semble évident que M. Braun n'a pas sa place à la tête du CA d'un organisme comme Droits et Démocratie, à cause de son militantisme fervent envers Israël. Je lis avec stupeur ce qui se passe dans cet organisme et combien le personnel est pris à parti juste parce qu'ils ont voulu faire leur travail et informer de la situation. Au sujet de l'aide à la Palestine, si le mentor de M. Braun soupçonne OXFAM de fournir de l'argent pour des armes, je ne peux pas accordée de crédibilité à ses dires! Les Palestiniens ont droit à de l'aide internationale face aux besoins criants de sa population civile qui manque de tout. Merci de nous informer de ce qui se passe à Droits et Démocratie,mais je crains que ceux qui lèvent le voile sur ce qui se passe à l'interne ne paie un prix très élevé pour tenter de dénoncer la partisannerie.

  • Jean de Cuir
    Abonné
    mardi 2 février 2010 11h28
    Droit de penser
    Merci pour ce texte. il est clair, il me semble que le dit organisme devrait [etre indépendant.Donc, voir ``En français dans la Presse: l'article du cyberpresse (27 janvier)
    http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada <http://www.cyberpresse.ca/actualites/quebec-canada
    En anglais dans le National Post du 23 janvier 2010
    http://www.nationalpost.com/news/canada/story.html <http://www.nationalpost.com/news/canada/story.html
    En fait, l'article du National Post va dans tous les détails pertinents.

    On peut envoyer la lettre suivante :
    Sujet: SOS Droits et Démocratie


    Je demande au gouvernement canadien d’agir immédiatement afin d’assurer que Droits et Démocratie demeure une institution indépendante et non partisane.

    J’appuie les employées et employés de Droits et Démocratie.

    Votre nom
    Ville
    Province

    Si quelqu`un désire les adresses courriels, m`écrire à jeandecuir@sympatico.ca

  • gaetanfo
    Abonné
    mardi 2 février 2010 14h52
    Vicieux ?
    Vicieux ? Vrls m' étonnerait.
    Haineux (fort), partial (faible), peut-être.

  • Normand Lemyre
    Inscrit
    mardi 2 février 2010 15h13
    Éclairer les dessous
    Merci Mme Buzetti. Le cv de M. Braun est très éclairant. On s'en serait douté, mais le voir écrit à la clarté du jour aide à comprendre ces (ses) grandes manoeuvres.


  • Abonné
    mardi 2 février 2010 23h57
    La menace de dictature !!
    Plus le temps passe, plus les occasions se font nombreuses pour constater la perversité, le besoin maladif pour Harper de mettre son nez partout, de jouer au despote et de faire des nominations lui permettant de contrôler de plus en plus le pays.

    La Canada est une Monarchie plaçant tout les pouvoirs dans les mains du Premier Ministre, tel qu'à un vrai Souverain, que ce soit les nominations aux postes de G.G. et L.G., à la Cour suprême et aux Sénat, ainsi que les Ambassadeurs, les Ministres, en plus de tirer les ficelles de la GRC, du SCRS, des douanes, aéroports et ports, la garde côtières et l'Armée.

    Harper se permet même les jeux d'influences par des menaces de coupes de budgets chez CBC/Radio-Canada !!

    Que penser aussi de la nomination d’un créationniste sur un comité de sélection de projets scientifiques pour l’allocation d’octrois gouvernementaux ???

    Ainsi, il ne manque qu'une majorité parlementaire à Harper pour installer une dictature pouvant durer plus de 20 ans. Wow !!

    À Harper !! Gwad save AlbertOIL !!

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