Lutte contre la criminalité - Pierre-Hugues Boisvenu s'allie aux conservateurs
Stephen Harper nomme cinq sénateurs en espérant faire avancer son programme législatif
Le premier ministre Stephen Harper s'est donné cinq joueurs de plus au Sénat hier, espérant faire mieux progresser sa lutte contre la criminalité. Les partis d'opposition lui rappellent qu'il n'a toujours pas la majorité à la Chambre des communes.
Ottawa — Le gouvernement conservateur s'est félicité hier du fait que la nomination de cinq nouveaux sénateurs, dont celle du défenseur des victimes d'actes criminels, Pierre-Hugues Boisvenu, lui permettra de faire avancer plus rapidement son ordre du jour en matière de répression de la criminalité.
Sans tambour ni trompette, le premier ministre Stephen Harper a pourvu hier matin les cinq sièges du Sénat vacants depuis peu. Comme Le Devoir l'avait annoncé en décembre, le président et fondateur de l'Association des personnes assassinées ou disparues, Pierre-Hugues Boisvenu, est du lot. Les autres sont Bob Runciman, député et ex-ministre conservateur de l'Ontario, Vim Kochhar, un Ontarien d'origine indienne oeuvrant auprès des personnes handicapées, Beth Marshall, députée de Terre-Neuve et ex-vérificatrice générale de la province, ainsi que Rose-May Poirier, une députée du Nouveau-Brunswick et ancienne dirigeante de Tupperware Canada. M. Runciman et les deux autres élus se sont engagés à démissionner de leur poste de député avant de siéger à Ottawa.
Les conservateurs ne disposent pas pour autant de la majorité à la Chambre haute. Sur les 105 sièges disponibles, ils en occupent désormais 51, contre 49 pour les libéraux, les autres étant d'autres affiliations. Ce n'est que le 6 décembre prochain, lorsque le libéral Jean Lapointe devra prendre sa retraite, que les conservateurs prendront le contrôle total du Sénat.
Un porte-parole québécois
Les conservateurs fondent beaucoup d'espoir sur l'arrivée du très médiatisé Pierre-Hugues Boisvenu pour faire progresser leur lutte contre le crime au Québec. Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, a tenu une conférence de presse en sa présence pour sommer les sénateurs libéraux, comme cela est devenu son habitude, de cesser leur obstruction législative. «Je demande à [Michael] Ignatieff d'en faire sa priorité. Quelqu'un a-t-il déjà entendu parler cet homme de la lutte contre le crime?», a lancé le ministre.
La réalité est toutefois différente. La prorogation a fait avorter 15 projets de loi en matière de justice ou de sécurité publique. De ce nombre, seulement trois étaient rendus au Sénat. Tous les autres étaient encore à la Chambre des communes et, à l'exception d'un, en étaient encore à l'étape de la première lecture. Le gouvernement ne les a jamais rappelés à l'ordre du jour pour en débattre, souvent parce qu'il savait ne pas avoir l'appui d'une majorité de députés. «Un Parlement minoritaire n'est pas une excuse pour ne pas se porter à la défense des victimes et des citoyens respectueux des lois», estime le ministre.
M. Boisvenu a indiqué qu'il appuierait les projets de loi du gouvernement en tâchant de les améliorer. «Lorsqu'un projet de loi va arriver du Parlement vers le Sénat, si je peux, par ma connaissance et par mon expérience, les bonifier, bien ça va être ça, ma participation. Mais ce ne sera surtout pas d'émettre une objection à tout projet de loi», a-t-il expliqué. Cela reste à voir. Jacques Demers avait promis aussi de jouer un rôle de législateur indépendant. Il s'était prononcé en faveur du projet de loi du libéral Jean Lapointe contre les machines de loterie vidéo — auquel s'opposaient les conservateurs — mais s'est éclipsé comme par hasard au moment du vote.
M. Boisvenu se donne quatre ans au Sénat, après quoi il réévaluera la pertinence d'y rester pour quatre autres années.
Au Bloc québécois, on reconnaît l'apport constructif de M. Boisvenu, tout en soulignant que sa douleur personnelle l'empêche d'avoir une vue d'ensemble. «J'essayais de le convaincre que des lois injustes ne donnent rien, mais il ne comprenait pas ça: il disait que, si c'est bon pour les victimes, on corrigera les injustices après», raconte le critique bloquiste en matière de justice, Serge Ménard.
La fille de M. Boisvenu, Julie, a été violée et assassinée par un délinquant sexuel relâché prématurément, Hugo Bernier. Quelques années plus tard, son autre fille, Isabelle, est décédée dans un accident de la route.
Dans son livre Survivre à l'innommable, publié en 2008, il écrit que les pédophiles récidivistes devraient se faire offrir le choix de «demeurer derrière les barreaux de façon permanente» ou d'être encadrés lors de leur sortie: «la castration physique ou chimique, le port d'un système mondial de localisation (GPS) ou la lobotomie spécifique centrée sur les circuits neurophysiologiques de l'agressivité».
«Je sais très bien qu'en avançant de tels propos, je vais faire frémir certaines personnes, écrit-il. Or, je crois qu'il est temps d'aborder ces délicates questions en marge des chapelles d'opinions irrécusables.»
Quant à la peine de mort, il y souscrit en partie. S'il se dit prêt «à donner une seconde chance à quelqu'un qui a commis un crime passible de la peine capitale» dans la mesure où cette personne reconnaît ses torts et se montre disposée à se réhabiliter, les meurtriers en série devraient se voir offrir le choix entre une peine de prison de 50 ans fermes ou la peine de mort.
Ottawa — Le gouvernement conservateur s'est félicité hier du fait que la nomination de cinq nouveaux sénateurs, dont celle du défenseur des victimes d'actes criminels, Pierre-Hugues Boisvenu, lui permettra de faire avancer plus rapidement son ordre du jour en matière de répression de la criminalité.
Sans tambour ni trompette, le premier ministre Stephen Harper a pourvu hier matin les cinq sièges du Sénat vacants depuis peu. Comme Le Devoir l'avait annoncé en décembre, le président et fondateur de l'Association des personnes assassinées ou disparues, Pierre-Hugues Boisvenu, est du lot. Les autres sont Bob Runciman, député et ex-ministre conservateur de l'Ontario, Vim Kochhar, un Ontarien d'origine indienne oeuvrant auprès des personnes handicapées, Beth Marshall, députée de Terre-Neuve et ex-vérificatrice générale de la province, ainsi que Rose-May Poirier, une députée du Nouveau-Brunswick et ancienne dirigeante de Tupperware Canada. M. Runciman et les deux autres élus se sont engagés à démissionner de leur poste de député avant de siéger à Ottawa.
Les conservateurs ne disposent pas pour autant de la majorité à la Chambre haute. Sur les 105 sièges disponibles, ils en occupent désormais 51, contre 49 pour les libéraux, les autres étant d'autres affiliations. Ce n'est que le 6 décembre prochain, lorsque le libéral Jean Lapointe devra prendre sa retraite, que les conservateurs prendront le contrôle total du Sénat.
Un porte-parole québécois
Les conservateurs fondent beaucoup d'espoir sur l'arrivée du très médiatisé Pierre-Hugues Boisvenu pour faire progresser leur lutte contre le crime au Québec. Le ministre de la Justice, Rob Nicholson, a tenu une conférence de presse en sa présence pour sommer les sénateurs libéraux, comme cela est devenu son habitude, de cesser leur obstruction législative. «Je demande à [Michael] Ignatieff d'en faire sa priorité. Quelqu'un a-t-il déjà entendu parler cet homme de la lutte contre le crime?», a lancé le ministre.
La réalité est toutefois différente. La prorogation a fait avorter 15 projets de loi en matière de justice ou de sécurité publique. De ce nombre, seulement trois étaient rendus au Sénat. Tous les autres étaient encore à la Chambre des communes et, à l'exception d'un, en étaient encore à l'étape de la première lecture. Le gouvernement ne les a jamais rappelés à l'ordre du jour pour en débattre, souvent parce qu'il savait ne pas avoir l'appui d'une majorité de députés. «Un Parlement minoritaire n'est pas une excuse pour ne pas se porter à la défense des victimes et des citoyens respectueux des lois», estime le ministre.
M. Boisvenu a indiqué qu'il appuierait les projets de loi du gouvernement en tâchant de les améliorer. «Lorsqu'un projet de loi va arriver du Parlement vers le Sénat, si je peux, par ma connaissance et par mon expérience, les bonifier, bien ça va être ça, ma participation. Mais ce ne sera surtout pas d'émettre une objection à tout projet de loi», a-t-il expliqué. Cela reste à voir. Jacques Demers avait promis aussi de jouer un rôle de législateur indépendant. Il s'était prononcé en faveur du projet de loi du libéral Jean Lapointe contre les machines de loterie vidéo — auquel s'opposaient les conservateurs — mais s'est éclipsé comme par hasard au moment du vote.
M. Boisvenu se donne quatre ans au Sénat, après quoi il réévaluera la pertinence d'y rester pour quatre autres années.
Au Bloc québécois, on reconnaît l'apport constructif de M. Boisvenu, tout en soulignant que sa douleur personnelle l'empêche d'avoir une vue d'ensemble. «J'essayais de le convaincre que des lois injustes ne donnent rien, mais il ne comprenait pas ça: il disait que, si c'est bon pour les victimes, on corrigera les injustices après», raconte le critique bloquiste en matière de justice, Serge Ménard.
La fille de M. Boisvenu, Julie, a été violée et assassinée par un délinquant sexuel relâché prématurément, Hugo Bernier. Quelques années plus tard, son autre fille, Isabelle, est décédée dans un accident de la route.
Dans son livre Survivre à l'innommable, publié en 2008, il écrit que les pédophiles récidivistes devraient se faire offrir le choix de «demeurer derrière les barreaux de façon permanente» ou d'être encadrés lors de leur sortie: «la castration physique ou chimique, le port d'un système mondial de localisation (GPS) ou la lobotomie spécifique centrée sur les circuits neurophysiologiques de l'agressivité».
«Je sais très bien qu'en avançant de tels propos, je vais faire frémir certaines personnes, écrit-il. Or, je crois qu'il est temps d'aborder ces délicates questions en marge des chapelles d'opinions irrécusables.»
Quant à la peine de mort, il y souscrit en partie. S'il se dit prêt «à donner une seconde chance à quelqu'un qui a commis un crime passible de la peine capitale» dans la mesure où cette personne reconnaît ses torts et se montre disposée à se réhabiliter, les meurtriers en série devraient se voir offrir le choix entre une peine de prison de 50 ans fermes ou la peine de mort.
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