dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Prisonniers afghans - Représailles financières d'Ottawa contre Colvin ?

Hélène Buzzetti   26 janvier 2010  Canada
Richard Colvin
Photo : Agence Reuters
Richard Colvin
Ottawa — La prorogation du Parlement avait presque fait oublier le dossier des prisonniers afghans, mais de nouvelles accusations lancées par le fonctionnaire délateur Richard Colvin relancent toute l'affaire. M. Colvin soupçonne Ottawa de vouloir le faire taire en ne payant plus ses frais juridiques.

Richard Colvin est ce haut fonctionnaire fédéral ayant déjà été en poste à Kaboul et à Kandahar qui prétend qu'Ottawa savait depuis longtemps que les prisonniers remis par le Canada aux autorités locales risquaient de subir de mauvais traitements. Il soutient que le gouvernement conservateur avait été alerté, par lui-même notamment, des risques dès 2006 lorsque les transferts ont débuté. Ottawa n'a finalement accepté de modifier les modalités de transfert qu'un an et demi plus tard, après une série d'articles dévastateurs parus dans le quotidien torontois Globe and Mail.

M. Colvin a été invité à comparaître d'abord devant la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire, puis en comité parlementaire. À titre d'employé de l'État, il a droit à des services juridiques indépendants payés par l'État jusqu'à un maximum de 50 000 $. Mais voilà. Si Ottawa a accepté de payer les deux premières factures, le 9 septembre puis le 16 novembre 2009, il n'a plus rien reçu depuis. Or, ce n'est que le 18 novembre qu'il a livré son témoignage-choc devant le Comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan. Ses frais juridiques ont donc continué à s'accumuler, mais Ottawa ne répond plus à ses demandes de remboursement.

«Considérant les attaques publiques auxquelles s'est livré le gouvernement à l'endroit de M. Colvin et de son témoignage devant le Comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan, notre client en arrive à la conclusion raisonnable que le refus d'indemnisation supplémentaire est une mesure de représailles pour sa participation devant le comité et la Commission», écrit son avocat Owen Rees, dans une lettre remise à la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire pour expliquer son retard à fournir certains documents.

Le ministère des Affaires étrangères a donné un tout autre son de cloche hier. Ottawa aurait déjà payé 21 000 $ en frais d'avocat. «Une troisième facture dépassant le montant approuvé en novembre a depuis été reçue. Le ministère l'examine et prendra une décision sous peu», indique le ministère dans un courriel.

La Politique sur les services juridiques et l'indemnisation du gouvernement fédéral est limpide. «La prestation de services juridiques aux fonctionnaires de l'État et leur indemnisation sont essentielles à la protection des intérêts de l'État, au traitement équitable de ses fonctionnaires et à la gestion efficace d'une organisation», est-il écrit en guise d'introduction. «Il est nécessaire qu'ils reçoivent les services juridiques appropriés et soient protégés de la responsabilité personnelle dans la mesure où ils n'agissent pas à l'encontre des intérêts de l'État.»

La Politique stipule notamment que «l'intérêt public général» est bien servi si les fonctionnaires de l'État «collaborent pleinement aux procédures judiciaires, y compris aux procédures parlementaires, aux commissions d'enquête, aux enquêtes et autres instances similaires» et que la politique vise «à encourager une telle collaboration».


«Choquant», dit Bob Rae

Lorsque le premier ministre Stephen Harper a prorogé les travaux parlementaires après Noël, la question des prisonniers afghans monopolisait l'actualité politique fédérale. Il ne se passait pas un jour sans que l'opposition attaque le gouvernement à ce sujet. Elle craint qu'en tardant à s'assurer que ses prisonniers étaient bien traités, Ottawa ait contrevenu aux conventions internationales sur la torture. La prorogation a eu pour effet de faire cesser les travaux du comité parlementaire et d'annuler une demande de documents non censurés formulée par la majorité de la Chambre des communes. La lettre d'hier a relancé tout le débat.

«C'est une absurdité. C'est contre toutes les règles existantes», a lancé le critique libéral en matière d'Affaires étrangères, Bob Rae. «Il a fait son devoir comme citoyen, et c'est absolument choquant que le gouvernement refuse de payer ses frais. [...] C'est dommage qu'on ne soit pas dans la Chambre pour poser des questions là-dessus.»

N'eût été la prorogation, les travaux de la Chambre des communes auraient repris hier. D'importantes manifestations antiprorogation ont eu lieu un peu partout au pays samedi, attirant les milliers de personnes. Pour le critique du Bloc québécois en matière de Défense, Claude Bachand, le refus de payer les frais juridiques de M. Colvin participe d'un «cheminement antidémocratique de ce gouvernement». «On a vu des pancartes aux manifestations ce week-end où on ne parlait plus seulement d'attaques contre la démocratie, mais de crime contre la démocratie.»

Quant au néodémocrate Paul Dewar, il ne manque pas de rappeler que la politique sur les services juridiques et l'indemnisation a été utilisée pour des causes moins nobles. «C'est ce même programme qui a permis à [Brian] Mulroney d'obtenir des services juridiques, et ses factures étaient bien plus importantes que celles de M. Colvin», note M. Dewar en insistant sur le fait qu'il s'agissait d'un ancien premier ministre progressiste-conservateur. «Cela mine encore davantage la crédibilité du gouvernement dans le dossier des prisonniers afghans.»

M. Mulroney a été appelé à témoigner devant la commission d'enquête publique sur les sommes d'argent comptant qu'il avait acceptées de l'homme d'affaires Karlheinz Schreiber. La facture des frais juridiques de M. Mulroney, assumée entièrement par Ottawa, s'est élevée à 1,6 million de dollars. La politique d'Ottawa ne prévoit aucune limite pour les anciens premiers ministres.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • Pierre Rousseau - Inscrit
    26 janvier 2010 07 h 31
    Intérêts de l'État
    Il est intéressant de noter que personne n'a relevé cette phrase de la politique d'indemnisation: «Il est nécessaire qu'ils reçoivent les services juridiques appropriés et soient protégés de la responsabilité personnelle dans la mesure où ils n'agissent pas à l'encontre des intérêts de l'État.» Or, qui décide ce qui va « à l'encontre des intérêts de l'État »? Est-ce que c'est Bob Rae? Non, c'est le gouvernement, soit les Conservateurs. Cette disposition de la politique laisse la porte toute grande ouverte à ce type de représailles à partir du moment où le gouvernement décide que le fonctionnaire a agi à l'encontre des intérêts de l'État, soit de ses intérêts. Une histoire à suivre car la politisation de la fonction publique semble s'accélérer.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • pagerry3 - Inscrit
    26 janvier 2010 10 h 20
    Sombres horizons, aux lendemains de la plus factice des récessions.
    Si Stephen Harper a décidé de s'en référer au texte: « dans la mesure où ils n'agissent pas à l'encontre des intérêts de l'État », pour avaliser la suspension et/ou l'arrêt du remboursement des frais de représentation auxquels remboursements Monsieur Calvin a autant droit que Brian Mulroney n’en avait, pour une cause beaucoup moins noble, pour ne pas dire ignoble et qui nous a coûté 1,6 Millions ajoutés aux Millions Mulroney/Air Bus, il doit être conscient, sinon force nous revient de le conscientiser qu'en agissant ainsi par revancharde mesquinerie, par le plus vil et le plus lâche des mépris et par un abus d’autorité politique qui l'identifient à un certain putschisme de brousse sud-américain, qui le placent au-dessus de toutes les lois et qui l’identifient aux schémas dictatoriaux les plus abrutissants de l’histoire de l’humanité, il provoque définitivement une inévitable rébellion massive, au sein du Parlement canadien et au sein de la population, de la côte atlantique à la côte du pacifique. Se placer ainsi, avec une telle insolence et une telle arrogance, au-dessus des lois que seule la Cour fédérale peut interpréter, c'est expressément tenter d'institutionnaliser «le banditisme à cravate» et d’avaliser l’organisation du «crime institutionnalisé», comme s'autorisent à ce faire, tous les maffieux occupants des Loggias du pouvoir parallèle. Dans le sombre cadre de tels horizons et dans la perspective de dérapes et de secousses consécutives, n’urge-t-il pas que le Québec se protège, se définisse clairement, et se positionne définitivement. Le moment historique ne serait-il pas arrivé pour le Québec de se détacher de cet amalgame glacial fondant du fédéralisme envahisseur et sur lequel le peuple n’a aucune emprise ni d'autre perspective que celle de glisser irréversiblement vers l'abime, prenant toutefois bien soin, par ailleurs et simultanément, de se débarrasser, au plus coupant, des faiseux et barbeux majoritaires que pilote le transfuge fédéraliste singulièrement pluriel Jean John James Charest, le pion de certaines fortunes capitalistes monopolisatrices.

    Derrière comme devant un tel tableau de mépris, d’errance politique et de fourvoiement dictatorial, les députés de l’Opposition Majoritaire n’ont pas besoin de la permission de Lady Michaëlle Jean ni besoin de se coalitionner, pour envahir la Chambre des Communes et renverser l’actuel Gouvernement qui cumule d’intolérables gaffes, au rythme de ses hystériques accointances mondialisatrices avec les USA des plus capiteux monopoles, dont celle, entre autre, de mentir effrontément et d’intenter toutes les formes de manigances vicieusement intimidatrices, dans le dossier, devenu sordidement crapuleux, de la torture des prisonniers talibans, tortures connues et non dénoncées (c'est à dire avalisées et objets d'un échangisme de complicités et de convivialités infernales) par les autorités de la soldaterie canadienne politiquement contingentée et muselée, plus militaristes que militaires, plus politiques que professionnelles, plus perversement collaboratrices et écrasées devant THE BLUE POLITIK BUNKER que relevant du courage et de la bravoure, de l’intégrité et de la droiture, de la respectabilité et de l’honorabilité.

    En raison de l’IMMUNITÉ et de l’IMPUNITÉ, le Gouvernement Harper, pour lequel Haïti est du bonbon et pour lequel les Olympiques de Vancouver contiennent toutes les médailles des courses à la diversion et de sauts d'évasion, est en train de creuser sa fosse politique. Mais attention, encore une fois, ce sera à nous, Canadiens otages et Québécois enclavés, d’assumer tous les frais d’un tel enterrement «diacres sous diacres». Si les Oppositions fédérales n’ont ni l’intelligence, ni l’honnêteté, ni le courage, non plus que les fonds que nécessitent des élections, qu’elles cessent alors d’envahir les médias de la 5e Colonne des pouvoirs parallèles, pour n’assouvir que leurs bas instincts de m’as-tu-vus grassement payés à parlementer, à s’invectiver, mais à ne rien faire de concret, à l’avantage du peuple plutôt qu’aux seuls avantages des exploiteurs du peuple qui, comme nous le savons tous, graissent et beurrent ces élus toastés «des deux bords».
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Geoffroi - Abonné
    26 janvier 2010 10 h 26
    Ottawa pour les naïfs
    Colvin et les néo-démocrates seraient-ils des naïfs ou des pleurnichards ? Cette attitude était tout à fait prévisible.

    Si ces prisonniers étaient des Canadiens. Ottawa aurait-il agit ainsi ?

    Si tu n'es pas citoyen Canadien, Ottawa s'en fout tout simplement.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Jean de Cuir - Abonné
    26 janvier 2010 11 h 50
    Problème de démocratie
    Le problème de la concentration du pouvoir entre les mains du premier ministre et de sa coterie non élue, mais nommée par lui, ce problème existe depuis au moins trente ans. Jeffrey Simpson l`a déjà souligné dans un volume dont le titre m`échappe.Si ce gouvernnement était majoritaire, il aurait sous la houlette harpérienne fait selon la tête "Harper". Il n`y a pas de contrepoids dans notre système parlementaire. Le gouvernement nomme qui il veut là où il le veut et déloge de même. On l`a vu récemment.
    Alors, la question : pourquoi élire un tel personnage? Et pourquoi conserver un tel système de tyrannie douce? Qui donc aura le courage politique de réformer la démocratie boiteuse canadienne?
    Le cas actuel n`est qu`un autre symptôme d`un plus grand "malêtre". Proroger le parlement ( le Parlement est devenu le parlement), mais ça ne relève pas du Parlement, dit-il! Ça relève de Moi, le Chef. Le Québec a déjà vécu cette noirceur!
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Raymonde Chouinard - Abonnée
    26 janvier 2010 12 h 10
    Ben quoi...!
    Si c'est afghans ont été fait prisonniers c'est qu'ils se sont attaqués à nos soldats alliés. Moi, je n'en rien à cirer des afghans et de la politique partisane de l'opposition..., ni de Colvin qui s'est employé à salir le gouvernement sur la scène nationale et internationale. Donc, il a agit à l'encontre des intérêts de l'Etat pour servir d'autres intérêts occultes.... et le voilà pris à son propre jeu!

    Les afghans n'ont aucun respect pour la vie humaine. On ne peut quand même pas se montrer "plus catholique que le Pape".
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Roland Berger - Abonné
    26 janvier 2010 12 h 23
    Un seul problème
    Le seul véritable problème de Harper est que la fonction publique ne se plie pas à ses ordres, comme les lèche-cul obéissent à un dictateur. La prorogation sert entre autres à contourner la fonction publique.
    Roland Berger
    St. Thomas, Ontario
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
6 réactions
0 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012