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    Haïtiens: Québec se heurte à Ottawa

    Le fédéral refuse d'assouplir les critères de réunification des familles

    Des Haïtiens fuyaient hier Port-au-Prince dans l’espoir de se rendre en République dominicaine. Pendant ce temps, Ottawa refusait d’assouplir, comme le souhaite le Québec, les critères permettant de réunir les familles d’immigrants haïtiens.
    Photo: Agence Reuters Ana-Bianca Marin Des Haïtiens fuyaient hier Port-au-Prince dans l’espoir de se rendre en République dominicaine. Pendant ce temps, Ottawa refusait d’assouplir, comme le souhaite le Québec, les critères permettant de réunir les familles d’immigrants haïtiens.
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    Au diapason de la diaspora haïtienne, le gouvernement du Québec a demandé hier au gouvernement fédéral d'assouplir les critères touchant la réunification des familles d'immigrants haïtiens. Mais l'appel risque de rester vain: Ottawa estime avoir fait ce qu'il pouvait dans les circonstances.

    Le premier ministre Jean Charest a chargé la ministre de l'Immigration, Yolande James, de négocier avec son homologue fédéral, Jason Kenney, afin d'étendre aux frères et soeurs, ainsi qu'aux oncles et tantes, les membres des familles d'immigrants haïtiens qui peuvent profiter du programme de réunification.

    Soulignant qu'Ottawa avait franchi une première étape vendredi en annonçant l'accélération du traitement des demandes de réunification des familles déjà soumises (mais qui ne concerne que les époux, enfants ou grands-parents), Jean Charest a dit qu'il faut maintenant travailler «à une prochaine étape avec le gouvernement fédéral sur la question de la réunification familiale, l'adoption et l'immigration pour qu'on puisse ajuster et adapter nos démarches en fonction de la situation exceptionnelle d'Haïti».

    De passage à Montréal, le ministre de l'Immigration, Jason Kenney, a toutefois laissé entendre que le gouvernement avait fait le maximum pour accélérer le traitement des demandes. Pas question, donc, de permettre d'inclure les frères et les soeurs dans la mesure de réunification des familles (c'est la loi, a dit le ministre), non plus que de traiter au Canada plutôt qu'en Haïti les demandes déjà entamées.

    M. Kenney n'a ainsi pas été en mesure de dire quand le Canada accueillera le premier bénéficiaire des mesures accélérées de réunification: les délais demeureront longs, même pour les 2000 dossiers qui étaient dans la machine avant le tremblement de terre et qui seront traités en priorité. Ce ne sera «pas des jours, mais pas des années», a répondu le ministre.

    Interrogé à plusieurs reprises après une rencontre avec la communauté haïtienne, M. Kenney a mentionné que les fonctionnaires à Port-au-Prince se montreront «le plus flexibles possible» pour que les dossiers cheminent vite. Certaines exigences (certificat médical, risque de criminalité) pourraient être éliminées, mais tout se fera au «cas par cas», selon le «gros bon sens». Même réponse quant à savoir comment seront traitées les demandes de ceux qui ont perdu tous leurs papiers.

    M. Kenney a aussi indiqué que, selon les règles internationales, les Haïtiens qui désirent immigrer ne sont pas des «réfugiés», mais des «déplacés internes», ce qui ferme la porte à des demandes d'accueil en tant que réfugiés.


    Cohue

    Ce différend entre Québec et Ottawa survient alors que l'ambassade du Canada à Port-au-Prince a été prise d'assaut, hier, par des centaines d'Haïtiens qui avaient entendu dire dans les radios locales que le Canada ouvrait toutes grandes ses portes aux sinistrés.

    L'ambassadeur, Gilles Rivard, a estimé que 90 % de ceux qui étaient devant les grilles avaient été induits en erreur. M. Rivard a reconnu que la question de l'immigration devenait un casse-tête pour ses employés, puisque plusieurs personnes ont perdu leurs papiers dans le tremblement de terre. Comme M. Kenney, l'ambassadeur Rivard a mentionné que la priorité de toutes les demandes est accordée aux citoyens canadiens, puis aux résidents permanents et à leurs proches.


    Le DART se déploie à Jacmel

    Par ailleurs, l'armée a annoncé hier que les soldats canadiens envoyés en Haïti seraient finalement déployés à Jacmel, alors que le gouvernement confirmait que 859 Canadiens manquent toujours à l'appel.

    Ville natale de la gouverneure générale Michaëlle Jean, Jacmel a été très touchée par le tremblement de terre de mardi et a un urgent besoin de secours. Les médias faisaient état hier d'une situation «désastreuse», les routes étant bloquées.

    Ce sera donc là que travaillera en priorité l'Équipe d'intervention en cas de catastrophe (DART, en anglais) qui se trouve déjà sur le terrain. C'est l'ONU et le gouvernement haïtien qui ont demandé au Canada de s'occuper de Jacmel, qui compte environ 30 000 habitants et est située à 30 kilomètres au sud-est de la capitale.

    À Ottawa, le gouvernement a dévoilé hier matin que 859 Canadiens manquent toujours à l'appel. Onze Canadiens ont jusqu'ici été déclarés morts.

    «Il est évident qu'au fur et à mesure que les heures passent, les probabilités de retrouver [les disparus] sains et saufs s'amenuisent», a mentionné le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon. Devant cette perspective et même si «tous les efforts sont faits pour les retrouver», le gouvernement mise dorénavant davantage sur les opérations de ravitaillement et de rapatriement des ressortissants retrouvés. Jusqu'à présent, 11 vols ont ramené près de 1000 personnes au pays.

    Sur le terrain, l'aide s'organise mieux. Les deux navires militaires partis de Halifax la semaine dernière devraient arriver ce matin à Port-au-Prince. Depuis mercredi, le Canada a envoyé dans la région 313 tonnes d'équipement divers, et quelque 750 soldats.

    Des centaines d'autres soldats attendent toujours à Valcartier le feu vert pour un déploiement. De passage sur la base en compagnie du ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, le chef d'état-major de la Défense Walt Natynczyk a expliqué hier que les 800 militaires qui partiront d'un jour à l'autre seront dépêchés dans une zone située entre les villes de Leogâne et Jacmel. On prévoit que la mission durera au moins un ou deux mois.

    Finalement, Jean Charest a annoncé hier que son gouvernement octroiera une aide d'urgence de trois millions de dollars pour Haïti, qui sera versée à la Croix-Rouge, à Oxfam-Québec, au Centre d'étude et de coopération internationale, à Développement et Paix et à Médecins du monde.

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    Avec la collaboration d'Isabelle Porter












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