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    Stephen Harper et Haïti: la suite

    Chantal Hébert
    18 janvier 2010 |Chantal Hébert | Canada | Chroniques
    Au cours de la dernière semaine, le premier ministre Stephen Harper a mis sa propension à vouloir tout contrôler au service de la réponse canadienne à la crise humanitaire qui s'abat sur Haïti. Les résultats sont impressionnants.

    Depuis le tremblement de terre de mardi dernier, on assiste à un déploiement intelligent de la gamme de moyens dont dispose le Canada pour intervenir dans ce genre de circonstances. Jusqu'à présent, l'opération s'est déroulée sans les bavures qui avaient caractérisé la réplique canadienne au tsunami de décembre 2004 et à la guerre au Liban en 2006.

    La connaissance canadienne du terrain haïtien n'est pas étrangère à la mise en place rapide de mesures d'urgence importantes. Ottawa semble également avoir tiré des leçons salutaires des cafouillages du passé. En prime, le premier ministre — omniprésent dans la direction des opérations depuis la première heure — est en symbiose avec l'opinion publique plutôt qu'à sa remorque. Même les partis d'opposition concèdent que la réponse initiale du gouvernement Harper à la crise haïtienne a été exemplaire.

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    La bonne tenue du dossier haïtien facilitera-t-elle un virage dans la perception qu'ont les Canadiens de Stephen Harper? Les faiseurs d'images conservateurs le souhaitent évidemment. La crise est survenue au moment où de nouvelles preuves de l'exceptionnelle fragilité du lien de confiance entre l'électorat et le gouvernement conservateur s'accumulaient. À Stephen Harper, les Canadiens ne pardonnent toujours pas ce qu'ils permettaient sans vraiment sourciller à Jean Chrétien.

    La semaine dernière, quatre sondages démontraient, chiffres à l'appui, que la décision de proroger le Parlement jusqu'en mars avait fait fondre l'avance du Parti conservateur dans les intentions de vote. Au total, c'est l'ensemble du capital d'estime amassé au fil de la gestion de la récession tout au long de l'an dernier qui s'est volatilisé au cours des dernières semaines. Ce sont des données qui laissent entendre que, malgré la faiblesse de la performance de l'opposition officielle, le parti au pouvoir n'est pas blindé contre une débâcle électorale et encore loin d'une majorité gouvernementale.

    Le gouvernement Harper ne serait pas le premier régime en panne d'inspiration et d'élan dans les intentions de vote à trouver un nouveau souffle providentiel à la faveur d'événements tragiques imprévus. En 2001, les attentats du 11-Septembre avaient eu pour effet de donner un sens au troisième mandat de Jean Chrétien.

    Jusque-là, le gouvernement libéral tournait en rond; dans le vide ambiant, sa guerre intestine était en voie de prendre complètement le pas sur les affaires de l'État. La crise de leadership qui agitait à la même époque l'opposition officielle allianciste accentuait cette évidente dérive. Le Parlement fédéral tournait à vide.

    Si les événements du 11-Septembre n'avaient pas changé la donne fédérale, on peut croire que le règne de Jean Chrétien aurait fini en queue de poisson plutôt que d'être couronné par le grand débat que l'on sait sur la participation canadienne à la guerre en Irak.

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    La tragédie qui afflige Haïti survient au moment où le Canada se prépare à commencer à se désengager du front militaire de l'Afghanistan, le pays qui a le plus monopolisé l'attention du gouvernement fédéral depuis quelques années.

    Une fois l'urgence immédiate passée à Haïti, il faudra nécessairement s'atteler à son essentielle reconstruction. Tout destine le Canada à jouer un rôle de première ligne dans ce qui s'annonce comme une corvée internationale de longue haleine.

    Car, s'il y a un endroit sur la planète où le Canada est un joueur, au sens utile du mot, c'est bien davantage à Port-au-Prince qu'à Kaboul ou à Kandahar. L'identité des rescapés et des disparus canadiens en Haïti — des ingénieurs, des infirmières, des médecins, des policiers-mentors, des travailleurs humanitaires, etc. — et les liens tissés entre les deux pays témoignent de l'engagement de la société civile canadienne dans la région

    Ottawa est actuellement à la recherche d'une vocation plus humanitaire pour le Canada en Afghanistan. Jusqu'à présent, cette recherche est problématique. Les conditions ambiantes ne sont pas nécessairement propices au genre d'action sur laquelle le gouvernement fédéral voudrait idéalement se replier dans la foulée de son engagement militaire.

    Le maintien d'une présence canadienne en Afghanistan n'est pas incompatible avec un rôle de premier plan en Haïti, mais le fait est que les ressources humanitaires canadiennes ne sont pas inépuisables. Depuis la semaine dernière, un redéploiement essentiel de moyens importants sur le front haïtien fait désormais partie du débat sur la suite à donner à la mission de Kandahar.

    Dans la perspective du retrait militaire prochain du Canada en Afghanistan, on peut avancer qu'il y aurait de bonnes raisons pour qu'Haïti devienne la priorité du gouvernement Harper en matière de développement international et que le premier ministre trouverait vraisemblablement son compte politique dans un tel réalignement.

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    Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

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    chebert@thestar.ca












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