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Manon Cornellier   30 décembre 2009  Canada
Quand on est confronté à la maladie et qu'on passe ses journées entre des salles d'examen médical et les couloirs du parlement, on ne peut que constater le fossé abyssal qui sépare la manière dont chacun de ces deux mondes conçoit le service public. Pendant qu'au parlement des politiciens se disputent les feux de la rampe, dans un hôpital près de chez vous, un personnel médical insuffisant s'échine et se dévoue pour servir autrui et, parfois, lui sauver la vie. Sans projecteurs et sans gloriole.

Le contraste était particulièrement criant cet automne alors que le Parlement sombrait plus souvent qu'à son tour dans la mesquinerie et l'invective. Il était franchement difficile de ne pas céder au cynisme et au désenchantement qu'inspire une partie de la classe politique. Une partie seulement, car ce ne sont pas tous les politiciens qui ont perdu, dans leur quête de pouvoir, la notion de bien commun que ce pouvoir est censé servir. Malheureusement, ce ne sont pas les plus bruyants, les plus connus ou encore les plus puissants au sein de leur parti.

La démission, à la mi-décembre, du député péquiste Camil Bouchard a mis en relief ce mal qui ronge notre système politique, à Québec comme à Ottawa. Après presque sept ans passés à l'Assemblée nationale, sur les banquettes de l'opposition, il ne pouvait plus supporter «le sentiment de ne pas [se] sentir aussi utile» qu'il aurait pu l'être s'il avait été du côté du pouvoir. Lui qui a inspiré la création des CPE aurait normalement dû pouvoir apporter une contribution utile une fois à Québec. Mais non, car il était du mauvais côté des choses. D'où ce constat attristant: «J'aurai sans doute contribué à changer le monde davantage comme chercheur que comme politicien.»

***

Ce genre de gaspillage de talents survient parce que la coopération et le compromis n'ont pas la cote dans nos Parlements. La confrontation sans merci est la norme, au détriment du débat intelligent et de l'échange d'idées qui permettraient d'en arriver à des politiques publiques servant au mieux l'intérêt public. Au bout du compte, c'est nous qui y perdons au change.

Il ne faut pas verser dans l'angélisme. Les partis politiques sont en compétition pour la prise du pouvoir, mais on aurait pu au moins espérer un changement d'attitude quand la donne est devenue minoritaire à Ottawa. C'était trop demander. Les partis ne rêvent que de la prochaine occasion d'arracher une majorité de sièges. Notre mode de scrutin uninominal à un tour favorise cette vision des choses et décourage du même coup le changement d'attitude. Si être minoritaire était la norme plutôt que l'exception, les politiciens seraient forcés de s'ajuster.

Les partis fédéraux refusent de l'admettre et, depuis cinq ans, tout n'est que calcul stratégique. Les rares moments de coopération qu'on a connus cet automne relevaient généralement du théâtre et n'avaient pour but que de charmer l'électorat ou de sauver sa peau. Et si les conservateurs ont pu gouverner toute l'année, ce n'est pas parce qu'ils ont coopéré avec les partis d'opposition, mais parce que ces derniers étaient trop faibles ou frileux pour le défaire. De leur faiblesse, Stephen Harper a acquis une force qui lui a donné les allures de premier ministre de gouvernement majoritaire. Il a traité ses vis-à-vis avec mépris et comme des ennemis, sauf lorsqu'il a eu besoin d'eux, le temps d'un vote.

***

L'air du temps est à l'image, au pavoisement, aux positions modelées sur les sondages et aux coups de gueule qui font de la si «bonne télé».

Il y a pourtant des députés qui sacrifient leur carrière et leur vie de famille dans l'espoir d'aider leurs concitoyens, de faire avancer une cause ou des politiques. Des politiciens qui ne jaugent pas tous leurs efforts en fonction de leur plan d'avenir au sein du parti.

Députée bloquiste de la première heure, Francine Lalonde en est un bon exemple. Malgré deux combats contre le cancer, elle n'a pas perdu sa foi en la politique et en son utilité. Elle avoue ne pas aimer la façon de faire de certains de ses collègues, mais il leur revient à eux, pas à elle, d'en assumer la responsabilité. Et ce n'est surtout pas, pour elle, une raison de remettre en question son engagement.

Ce visage de la politique est méconnu, et les médias y sont pour beaucoup. Ils n'en ont que pour l'immédiateté, la recherche du conflit, la nouvelle trop courte livrée en continu, la course aux tirages et aux cotes d'écoute, la concentration sur les chefs et la période des questions au détriment du reste du travail parlementaire. Cela a son effet. Selon un sondage récent d'Ipsos Reid, 66 % des Canadiens refuseraient d'encourager un proche à se présenter aux élections. Au Québec, ils ne seraient que 55 %.

Rien de tout cela n'est une fatalité, mais en ce moment, la culture politique canadienne est malade et a un effet repoussoir. Ce n'est pas parce que les Canadiens ne peuvent pas voter électroniquement que le taux de participation aux élections est si bas. C'est parce que trop de politiciens en vue donnent l'impression qu'ils ne méritent pas un détour par les urnes.

Barack Obama l'a montré. Quand la politique est inspirante, quand elle se veut championne d'idées neuves et ambitieuses, qu'elle est portée par des convictions bien senties, un respect de l'intelligence de l'électeur et un sens affirmé du service public, elle mobilise.

*****

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • Rironie - Inscrit
    30 décembre 2009 10 h 55
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    Je crois qu'il ne faut pas chercher le problème dans la nature humaine. La nature humaine est la même pour les politiciens, que pour vous et moi. Je pense qu'il vaut mieux chercher du côté des structures dans lesquelles nos représentants sont obligés d'agir pour mieux comprendre le problème. La vérité, c'est qu'on envoit des gens au parlement pour faire parti du gouvernement (et des prises de décision), et d'autres pour faire les trouble-fêtes. C'est comme si le système politique était calqué sur celui du sport. Voilà l'hérésie qu'on croit être la normalité la plus normale du monde. Cette normalité est profondément ancré dans notre ADN, de tel sorte qu'il nous est impossible de sortir de notre aveuglement. Pourtant tout est clair. Au hockey, un club doit battre l'adversaire. Mais pour gérer les choses publiques? Ne serions-nous pas mieux servit s'il n'y avait pas de parti politique, et que tous nos représentants au parlement feraient parti du gouvernement? Enfin, peut-être que nous aimons trop les sports pour penser changer ce système qui nous offre tant de palpitations...
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  • Jean-Pierre Audet - Abonné
    30 décembre 2009 11 h 06
    Des Camil Bouchard

    Des Camil Bouchard, la politique à tous les niveaux pourrait les compter sur les doigts d'une seule main. Et ce phénomène n'est pas récent. J'oserais avancer qu'il est structurel en politique. Quel parti donnerait sa bénédiction à un nouvel élu qui se mettrait à appuyer les bonnes décisions du parti adverse ? Chaque intervention politique vise clairement, quoiqu'on en dise, à laisser entendre que son propre parti est le meilleur de tous. Et que chacune de ses interventions est concoctée en vue du Bien Commun. Certains, comme Charest, Harper, Tremblay, Harel ou Marois possèdent une machinerie morale qui les pousse en toute bonne foi vers une sorte de duplicité devenue peu à peu une seconde nature. D'autres, comme Camil Bouchard ou Francine Lalonde sont dépourvus de cet atout majeur en politique. D'où une carrière moins flamboyante pour ces gens trop limpides, trop portés à maintenir leurs convictions, même quand leurs dires rendent service aux partis opposés.

    Dans un sens, ce sont ces derniers qui devraient être majoritairement en politique. Platon dirait que ce sont les meilleurs politiciens, justement parce que ce sont des philosophes. Mais ce genre de démocratie n'a jamais fonctionné en réalité, sauf quelques années à Athènes. Et Platon trouvait que c'était là une faiblesse. Un peu plus tard, c'est Aristote qui a précisé la notion de Bien Commun. Les politiciens font semblant de s'y référer. Mais en pratique, c'est à qui donnera les pires jambettes à ses adversaires politiques. Ainsi va la vie : au plus fort la poche ! C'est encore pire entre religions soi-disant révélées. C'est comme si chacune disait aux autres : mon Dieu est plus fort que le tien. Et cela fait des millénaires que l'Occident est entraîné dans cette compétition féroce. Comment peut-on alors se surprendre que l'Islam prenne des moyens excessifs et même impensables pour contrer à sa façon ce culte occidental de la compétition à tout crin ?

    Jean-Pierre Audet
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  • elopion - Abonné
    30 décembre 2009 11 h 49
    Bien vu!
    Merci Mme Cornellier,

    Si davantage de médias pouvaient exposer les choses à votre façon, ce serait un pas de plus vers un réel changement dans la lutte contre le cynisme et pour l'engagement politique des gens de qualité qui pourront faire avancer le Québec au lieu de le faire reculer.
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  • Serge - Abonné
    30 décembre 2009 18 h 30
    Qui a dit qu'être petit empêchait d'être grand!
    Une politique inspirante...voilà qui est bien noble et nécessaire. Tant que nous sommes dans la même cour, ça peut aller. Sortez de votre cour et allez vous joindre au sommet de Copenhague par exemple et vous verrez où cela vous mènera... Autrement dit, sur une petite échelle, cette vision de la politique est plus facile à faire valoir, les intentions n'ayant pas à être confrontées à celles des autres ou beaucoup moins. Gouverner à petite échelle me semble donner plus de résultats. J'aime bien la façon de faire des Pays Scandinaves. Si chaque province était autonome (sauf quelques dossiers communs), nous n'aurions pas à négocier nos priorités. Car c'est là que les intérêts des uns au détriment des intérêts des autres génèrent tant de conflits et tant de batailles.
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