Comment payer la facture?
Cela paraît une éternité, mais à la même époque l'an dernier, le premier ministre Stephen Harper était à la tête d'un gouvernement en sursis. Sa survie tenait entièrement à son budget 2009 et aux mesures de relance économique qu'on y trouverait. Il n'a pas lésiné. En janvier 2009, il annonçait pour plus de 40 milliards de dollars de mesures. La facture a même explosé en cours d'année. Résultat: le Canada affichera à la fin de l'année financière le plus important déficit de son histoire. Environ 56 milliards de dollars, selon les dernières prévisions. Pour l'an prochain, deuxième année de mise en oeuvre du plan de relance, ce sera un peu mieux, avec un déficit de plus de 30 milliards.
Pareil endettement semblait contre nature pour les conservateurs. Leur base le leur a vigoureusement reproché d'ailleurs. Malgré cela, Stephen Harper évite habilement de discuter sérieusement des mesures à prendre pour renouer avec l'équilibre budgétaire. On sait que les mesures de relance prendront fin, ce qui effacera le gros du déficit, mais qu'adviendra-t-il du reste du manque à gagner?
Stephen Harper persiste à entretenir l'illusion d'un assainissement des finances publiques pratiquement sans douleur. Il affirme pouvoir rétablir l'équilibre budgétaire en quatre ou cinq ans simplement en contrôlant les dépenses et en profitant de la hausse des revenus générée par la reprise économique. Car il est totalement exclu, évidemment, de hausser les taxes. M. Harper l'a encore répété dans deux entrevues de fin d'année réalisées avec les réseaux CTV et TVA.
Sabrera-t-il alors les dépenses? Il laisse entendre que non. «On pourra équilibrer le budget sans mesures extrêmes, mais on [devra] avoir une vraie discipline», a-t-il dit au réseau TVA. «La façon d'y parvenir n'est pas d'adopter une approche radicale de réduction de dépenses ou de hausse de taxes, mais simplement d'essayer d'agir à l'intérieur d'un modèle de croissance des dépenses qui soit contenu et discipliné», a-t-il dit à CTV.
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Mais pour qui cette discipline? On sait, parce que le ministre des Finances, Jim Flaherty, l'a maintes fois répété, que les conservateurs ne comptent pas toucher aux transferts aux provinces ni à ceux aux particuliers. On parle ici de plus de la moitié des dépenses fédérales et de celles qui croissent le plus vite.
En 2009-10, le fédéral prévoit dépenser environ 116,5 milliards en transferts aux autres administrations et aux particuliers et 112,7 milliards pour ses programmes directs. Selon le dernier budget, l'écart ne cessera de se creuser d'ici 2013-14. Cette année-là, Ottawa prévoit dépenser environ 132,3 milliards en transferts et 121,8 milliards en programmes directs. Pour faire des économies, il faudra que ces derniers programmes écopent. Lesquels? Le premier ministre se garde bien de le dire.
Son discours est rassurant, mais est-il réaliste? Bien des économistes croient que non car, si la situation n'est pas critique, elle reste préoccupante. Le déficit canadien demeure modeste comparé à celui d'autres pays et il en va de même pour le poids de la dette comparativement à la taille de notre économie. Le danger cependant est la perte de contrôle de l'endettement, ce qui survient quand le déficit n'est plus conjoncturel, mais structurel, c'est-à-dire quand les revenus sont chroniquement insuffisants pour éponger les factures ou, à l'inverse, que les factures sont trop lourdes pour la capacité financière de l'État. Quand cela survient, la dette et les frais de la dette grimpent, mangeant une portion croissante des revenus de l'État, revenus qui ne sont plus disponibles pour financer d'autres priorités.
Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, l'a dit cet été et répété cet automne. Le Canada est en voie, d'ici cinq ans, de renouer avec un déficit structurel pouvant atteindre 18,9 milliards en 2013-14. Et M. Page dit être arrivé à ce chiffre à partir de «projections relativement conservatrices».
Les libéraux craignent cette éventualité, ce qui explique que leur chef Michael Ignatieff ait osé reconnaître ce printemps qu'il pourrait hausser les taxes, mais seulement en dernier recours et advenant que le déficit soit structurel et impossible à juguler autrement. Les conservateurs l'ont taillé en pièces et l'intimidation a malheureusement réussi à le museler.
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Les Canadiens ne pourront pourtant pas faire l'économie de ce débat encore bien longtemps. La fin du plan de relance approche et le moment des choix difficiles aussi. La présentation du prochain budget (en mars, a dit M. Harper, alimentant les rumeurs de prorogation des travaux parlementaires jusqu'après les Olympiques de Vancouver) pourrait être l'occasion de lever le voile sur les intentions des partis, mais il est difficile d'y croire car l'année 2010 pourrait être électorale.
Et les élections ne se conjuguent plus avec courage. Ceux qui préféreraient étaler dans le temps le rééquilibrage des finances publiques n'osent le dire, même si cette position se défend. Ceux qui rêvent d'un retour rapide au déficit zéro ont tout autant la frousse d'assumer les conséquences de leur position. Alors, ils ne soufflent mot du prix réel de leur médecine. Chaque scénario suppose des choix différents. Une élection serait un bon moment pour en décider. Encore faudrait-il que nos politiciens jouent franc-jeu.
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mcornellier@ledevoir.com
Pareil endettement semblait contre nature pour les conservateurs. Leur base le leur a vigoureusement reproché d'ailleurs. Malgré cela, Stephen Harper évite habilement de discuter sérieusement des mesures à prendre pour renouer avec l'équilibre budgétaire. On sait que les mesures de relance prendront fin, ce qui effacera le gros du déficit, mais qu'adviendra-t-il du reste du manque à gagner?
Stephen Harper persiste à entretenir l'illusion d'un assainissement des finances publiques pratiquement sans douleur. Il affirme pouvoir rétablir l'équilibre budgétaire en quatre ou cinq ans simplement en contrôlant les dépenses et en profitant de la hausse des revenus générée par la reprise économique. Car il est totalement exclu, évidemment, de hausser les taxes. M. Harper l'a encore répété dans deux entrevues de fin d'année réalisées avec les réseaux CTV et TVA.
Sabrera-t-il alors les dépenses? Il laisse entendre que non. «On pourra équilibrer le budget sans mesures extrêmes, mais on [devra] avoir une vraie discipline», a-t-il dit au réseau TVA. «La façon d'y parvenir n'est pas d'adopter une approche radicale de réduction de dépenses ou de hausse de taxes, mais simplement d'essayer d'agir à l'intérieur d'un modèle de croissance des dépenses qui soit contenu et discipliné», a-t-il dit à CTV.
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Mais pour qui cette discipline? On sait, parce que le ministre des Finances, Jim Flaherty, l'a maintes fois répété, que les conservateurs ne comptent pas toucher aux transferts aux provinces ni à ceux aux particuliers. On parle ici de plus de la moitié des dépenses fédérales et de celles qui croissent le plus vite.
En 2009-10, le fédéral prévoit dépenser environ 116,5 milliards en transferts aux autres administrations et aux particuliers et 112,7 milliards pour ses programmes directs. Selon le dernier budget, l'écart ne cessera de se creuser d'ici 2013-14. Cette année-là, Ottawa prévoit dépenser environ 132,3 milliards en transferts et 121,8 milliards en programmes directs. Pour faire des économies, il faudra que ces derniers programmes écopent. Lesquels? Le premier ministre se garde bien de le dire.
Son discours est rassurant, mais est-il réaliste? Bien des économistes croient que non car, si la situation n'est pas critique, elle reste préoccupante. Le déficit canadien demeure modeste comparé à celui d'autres pays et il en va de même pour le poids de la dette comparativement à la taille de notre économie. Le danger cependant est la perte de contrôle de l'endettement, ce qui survient quand le déficit n'est plus conjoncturel, mais structurel, c'est-à-dire quand les revenus sont chroniquement insuffisants pour éponger les factures ou, à l'inverse, que les factures sont trop lourdes pour la capacité financière de l'État. Quand cela survient, la dette et les frais de la dette grimpent, mangeant une portion croissante des revenus de l'État, revenus qui ne sont plus disponibles pour financer d'autres priorités.
Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, l'a dit cet été et répété cet automne. Le Canada est en voie, d'ici cinq ans, de renouer avec un déficit structurel pouvant atteindre 18,9 milliards en 2013-14. Et M. Page dit être arrivé à ce chiffre à partir de «projections relativement conservatrices».
Les libéraux craignent cette éventualité, ce qui explique que leur chef Michael Ignatieff ait osé reconnaître ce printemps qu'il pourrait hausser les taxes, mais seulement en dernier recours et advenant que le déficit soit structurel et impossible à juguler autrement. Les conservateurs l'ont taillé en pièces et l'intimidation a malheureusement réussi à le museler.
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Les Canadiens ne pourront pourtant pas faire l'économie de ce débat encore bien longtemps. La fin du plan de relance approche et le moment des choix difficiles aussi. La présentation du prochain budget (en mars, a dit M. Harper, alimentant les rumeurs de prorogation des travaux parlementaires jusqu'après les Olympiques de Vancouver) pourrait être l'occasion de lever le voile sur les intentions des partis, mais il est difficile d'y croire car l'année 2010 pourrait être électorale.
Et les élections ne se conjuguent plus avec courage. Ceux qui préféreraient étaler dans le temps le rééquilibrage des finances publiques n'osent le dire, même si cette position se défend. Ceux qui rêvent d'un retour rapide au déficit zéro ont tout autant la frousse d'assumer les conséquences de leur position. Alors, ils ne soufflent mot du prix réel de leur médecine. Chaque scénario suppose des choix différents. Une élection serait un bon moment pour en décider. Encore faudrait-il que nos politiciens jouent franc-jeu.
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