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Comment payer la facture?

Manon Cornellier   23 décembre 2009  Canada
Cela paraît une éternité, mais à la même époque l'an dernier, le premier ministre Stephen Harper était à la tête d'un gouvernement en sursis. Sa survie tenait entièrement à son budget 2009 et aux mesures de relance économique qu'on y trouverait. Il n'a pas lésiné. En janvier 2009, il annonçait pour plus de 40 milliards de dollars de mesures. La facture a même explosé en cours d'année. Résultat: le Canada affichera à la fin de l'année financière le plus important déficit de son histoire. Environ 56 milliards de dollars, selon les dernières prévisions. Pour l'an prochain, deuxième année de mise en oeuvre du plan de relance, ce sera un peu mieux, avec un déficit de plus de 30 milliards.

Pareil endettement semblait contre nature pour les conservateurs. Leur base le leur a vigoureusement reproché d'ailleurs. Malgré cela, Stephen Harper évite habilement de discuter sérieusement des mesures à prendre pour renouer avec l'équilibre budgétaire. On sait que les mesures de relance prendront fin, ce qui effacera le gros du déficit, mais qu'adviendra-t-il du reste du manque à gagner?

Stephen Harper persiste à entretenir l'illusion d'un assainissement des finances publiques pratiquement sans douleur. Il affirme pouvoir rétablir l'équilibre budgétaire en quatre ou cinq ans simplement en contrôlant les dépenses et en profitant de la hausse des revenus générée par la reprise économique. Car il est totalement exclu, évidemment, de hausser les taxes. M. Harper l'a encore répété dans deux entrevues de fin d'année réalisées avec les réseaux CTV et TVA.

Sabrera-t-il alors les dépenses? Il laisse entendre que non. «On pourra équilibrer le budget sans mesures extrêmes, mais on [devra] avoir une vraie discipline», a-t-il dit au réseau TVA. «La façon d'y parvenir n'est pas d'adopter une approche radicale de réduction de dépenses ou de hausse de taxes, mais simplement d'essayer d'agir à l'intérieur d'un modèle de croissance des dépenses qui soit contenu et discipliné», a-t-il dit à CTV.

**

Mais pour qui cette discipline? On sait, parce que le ministre des Finances, Jim Flaherty, l'a maintes fois répété, que les conservateurs ne comptent pas toucher aux transferts aux provinces ni à ceux aux particuliers. On parle ici de plus de la moitié des dépenses fédérales et de celles qui croissent le plus vite.

En 2009-10, le fédéral prévoit dépenser environ 116,5 milliards en transferts aux autres administrations et aux particuliers et 112,7 milliards pour ses programmes directs. Selon le dernier budget, l'écart ne cessera de se creuser d'ici 2013-14. Cette année-là, Ottawa prévoit dépenser environ 132,3 milliards en transferts et 121,8 milliards en programmes directs. Pour faire des économies, il faudra que ces derniers programmes écopent. Lesquels? Le premier ministre se garde bien de le dire.

Son discours est rassurant, mais est-il réaliste? Bien des économistes croient que non car, si la situation n'est pas critique, elle reste préoccupante. Le déficit canadien demeure modeste comparé à celui d'autres pays et il en va de même pour le poids de la dette comparativement à la taille de notre économie. Le danger cependant est la perte de contrôle de l'endettement, ce qui survient quand le déficit n'est plus conjoncturel, mais structurel, c'est-à-dire quand les revenus sont chroniquement insuffisants pour éponger les factures ou, à l'inverse, que les factures sont trop lourdes pour la capacité financière de l'État. Quand cela survient, la dette et les frais de la dette grimpent, mangeant une portion croissante des revenus de l'État, revenus qui ne sont plus disponibles pour financer d'autres priorités.

Le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, l'a dit cet été et répété cet automne. Le Canada est en voie, d'ici cinq ans, de renouer avec un déficit structurel pouvant atteindre 18,9 milliards en 2013-14. Et M. Page dit être arrivé à ce chiffre à partir de «projections relativement conservatrices».

Les libéraux craignent cette éventualité, ce qui explique que leur chef Michael Ignatieff ait osé reconnaître ce printemps qu'il pourrait hausser les taxes, mais seulement en dernier recours et advenant que le déficit soit structurel et impossible à juguler autrement. Les conservateurs l'ont taillé en pièces et l'intimidation a malheureusement réussi à le museler.

**

Les Canadiens ne pourront pourtant pas faire l'économie de ce débat encore bien longtemps. La fin du plan de relance approche et le moment des choix difficiles aussi. La présentation du prochain budget (en mars, a dit M. Harper, alimentant les rumeurs de prorogation des travaux parlementaires jusqu'après les Olympiques de Vancouver) pourrait être l'occasion de lever le voile sur les intentions des partis, mais il est difficile d'y croire car l'année 2010 pourrait être électorale.

Et les élections ne se conjuguent plus avec courage. Ceux qui préféreraient étaler dans le temps le rééquilibrage des finances publiques n'osent le dire, même si cette position se défend. Ceux qui rêvent d'un retour rapide au déficit zéro ont tout autant la frousse d'assumer les conséquences de leur position. Alors, ils ne soufflent mot du prix réel de leur médecine. Chaque scénario suppose des choix différents. Une élection serait un bon moment pour en décider. Encore faudrait-il que nos politiciens jouent franc-jeu.

*****

mcornellier@ledevoir.com
 
 
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  • André Loiselet
    Abonné
    mercredi 23 décembre 2009 11h15
    Comment taire

    Quelle pression, quelle monnaie d'échange la population peut-elle logiquement se permettre quand le chef de l'opposition première se refuse à toute élection pour l'année qui vient? C'est à se demander ce que M. Ignatieff vient faire dans cette galère politicienne? C'est un peu comme s'il accordait une telle force, une telle pertinence à M. Harper qu'il ne pourrait l'abattre qu'à l'usure ou en comptabilisant ses erreurs. Peut-être espère-t-il même que les puits de pétrole s'assèchent en Alberta, sa mère patrie?

  • Loraine King
    Inscrite
    mercredi 23 décembre 2009 12h18
    En réponse à André Loiselet
    Quelle serait la monnaie d'échange pour le chef du parti formant l'Opposition officielle d'enclancher le processus électoral quand l'électorat semble se diriger au mieux vers un autre gouvernement minoritaire dirigé par Harper - ou peut-être vers une majorité conservatrice?

  • André Loiselet
    Abonné
    mercredi 23 décembre 2009 18h44
    Pour jaser avec Mme Lorraine King

    Je suis d'accord avec votre constat mais il me semble que M. Ignatieff pourrait-être plus pugnace, agressif. Les raisons ne manquent pas pour défaire M. Harper qui cumule les gaffes.
    Je ne suis pas fédéraliste mais il me semble que M. Chrétien, par exemple, qui était bon tacticien et bel harangueur, aurait usé du panache, du charisme et de la ruse nécessaire pour bouter ce premier ministre dehors. Une coalition (acceptée par le ROC) aurait été un premier pas.
    Comment un pays reconnu progressiste comme le Canada peut-il soutenir un parti Conservateur aussi peu représentatif? Le travail doit être fait à l'intérieur du parti Libéral au lieu de se croiser les bras et d'attendre. Trudeau n'aurait fait qu'une bouchée de Harper. Même Denis Coderre lui aurait rivé son clou. La situation semble désespérée mais il faut faire bouger l'électorat et cela nécessiterait la venue d'un vrai "politicien" pour ce faire.

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    mercredi 23 décembre 2009 19h21
    Harper majoritaire ???
    Je ne veux même pas y penser pour ne pas gâter mon temps des fêtes... Il est minoritaire par la faiblesse des autres partis et leur refus de s'unir pour le reverser... Déjà, par ses ruses et ses manigances, il se maintient toujours au pouvoir fort de ses partisans du ROC qui ne voient pas que l'économie et l'écologie vont de pair. Que nous servira-t-il de combler - à court terme - le déficit avec les profits du pétrole qui détruit la Planète à long terme.
    Malheureusement, nos politiciens ont la courte vue et on pourrait demander au Père Noël de leur prêter ses lunettes ou de leur apporter des loupes ou des jumelles pour qu'en 2010, ils puissent regarder un peu plus loin que le bout de leur petit nez !
    Heureuses fêtes de la part du "Joyeux retraité" de Mazatlán

  • Lapirog
    Abonné
    jeudi 24 décembre 2009 07h59
    Pour renflouer les coffres des États,lutter contre la fraude fiscale sous toutes ses formes.
    Difficile de mesurer l’ampleur de l’évasion fiscale internationale et des diverses formes de délinquances financières et de la faiblesse des moyens dont disposent les États pour contrer cette pandémie qui déstabilise les budgets publics et toute l’activité économique elle-même. On ne trouve presque plus personne pour défendre le fait que la fin justifie les moyens; sauf les ténors du système. Par un incroyable retournement de situation dû au talent des hommes de main qui défendent des intérêts dont on peine parfois à imaginer la démesure, le fraudeur est devenu la victime, l’intérêt général l’oppresseur, le volé l’agresseur. Stop à cette immense hypocrisie. Tout cela ne serait jamais arrivé si les territoires que l’on nomme paradoxalement « paradis fiscaux » jouaient le jeu de la coopération.

  • Paul Lafrance
    Inscrit
    mercredi 30 décembre 2009 08h49
    LeBloc
    Les Québécois aiment ça voter pour le Bloc. Il ne faut donc pas se surprendre que le PC se maintienne au pouvoir. Le Bloc ne peut que jouer le rôle de gérant d'estrade. Voter Bloc, c'est voter négatif. Ilsemble que nous aimions beaucoup n'être que des négativistes. Quelle pitié

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