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    Un parlementaire peu assidu

    Stephen Harper participe peu aux travaux du Parlement, lui qui était déjà accusé de ne pas respecter les institutions du pays

    18 décembre 2009 |Hélène Buzzetti | Canada
    La période de questions, très peu pour lui. Le premier ministre Stephen Harper s'est présenté à 18 périodes de questions à peine cet automne. Un nombre suffisamment bas pour relancer le débat sur le respect des institutions parlementaires par le gouvernement actuel.

    Ottawa — Stephen Harper se promène peut-être aux quatre coins du globe, mais ses voyages ont un prix: son absence dans l'enceinte parlementaire. Le premier ministre conservateur a été aux abonnés absents cet automne, ne se présentant qu'une fois sur trois à la Chambre des communes.

    Une compilation effectuée par Le Devoir montre que Stephen Harper n'a participé qu'à 18 des 49 périodes de questions quotidiennes s'étant déroulées à la Chambre des communes, c'est-à-dire qu'il était là 37 % du temps. Dans le système parlementaire britannique, la période de questions est le moment où l'opposition peut demander des comptes au gouvernement.

    Les premiers ministres font rarement preuve d'une assiduité exemplaire à ce chapitre. Souvent, ils ne se présentent pas à la période de questions du lundi, encore moins à celle du vendredi, fréquentée d'ailleurs par très peu d'élus, déjà en route vers leur circonscription. N'empêche, les récents prédécesseurs de M. Harper ont établi de meilleures marques.

    Le Devoir a décortiqué les sessions parlementaires automnales de 1999 à 2005. On y découvre que c'est le libéral Jean Chrétien qui s'est présenté le plus souvent devant l'opposition pour faire face à l'opposition. À l'automne 2000, alors que M. Chrétien préparait un déclenchement électoral prématuré, il s'est montré à 11 des 17 périodes de questions (65 %). Son adversaire Stockwell Day, de l'Alliance canadienne, s'était présenté à peine à deux séances de plus à cette époque. Sinon, M. Chrétien s'y est présenté entre 41 % et 46 % du temps.

    Son successeur, Paul Martin, a établi une marque similaire: il s'est présenté à 21 des 43 périodes de questions à l'automne 2004 (49 %) et à 15 des 35 de l'automne 2005 (43 %). À cette époque, Stephen Harper était chef de l'opposition officielle et il faisait preuve d'une grande discipline, ayant assisté en moyenne à trois périodes de questions sur quatre (environ 75 %).

    Un conservateur qui demande l'anonymat s'insurge contre les absences de son chef, d'autant plus qu'il s'apprête à léguer en héritage politique un Centre canadien pour l'avancement de la démocratie doté d'un budget de 30 à 70 millions de dollars. «On est qui, nous, pour donner de grandes leçons de démocratie dans le monde alors qu'on est au bord du maccarthysme et de la chasse aux sorcières sur tous les thèmes?»

    Ned Franks, professeur à l'Université Queen's spécialisé dans le parlementarisme canadien, estime que cela «démontre quel respect Stephen Harper accorde au Parlement». «Il ne tient pas cet endroit en haute estime. Il voit le Parlement comme un lieu où on affronte ses adversaires et, si on peut l'éviter, eh bien, on l'évite!»

    Selon M. Franks, le meilleur exemple de cette attitude s'est produit lors de la «crise» de la coalition. Stephen Harper, que l'opposition menaçait de renverser quelques semaines après l'élection, a promis, lors d'une déclaration le 28 novembre, que la Chambre des communes aurait l'occasion de voter sur son énoncé économique 10 jours plus tard. Ce vote n'a jamais eu lieu à cause de la prorogation du Parlement, qu'il a demandée et obtenue de Michaëlle Jean.

    Donald Savoie, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en administration publique et gouvernance à l'Université de Moncton, ne pose pas un jugement aussi sévère. «C'est moins inquiétant qu'on pourrait le penser», dit-il, en soulignant que la présence du premier ministre au Parlement a toujours été «relativement flexible». Il rappelle que Pierre Elliott Trudeau avait été critiqué à son époque pour les mêmes raisons.

    «Pour moi, ce n'est pas le nombre de fois qu'il se présente, mais la manière dont il se comporte lorsqu'il y est qui m'inquiète», ajoute M. Savoie, faisant référence aux attaques partisanes qui s'y multiplient. «On a personnalisé le pouvoir au Canada à un point tel que le Parlement est maintenant une institution qu'on doit détourner, qu'on doit gérer, mais qu'on ne doit pas respecter.»

    Ned Franks abonde dans son sens. Il note que le nombre de jours de séances parlementaires a diminué de 25 % en 40 ans. Le nombre de projets de loi adoptés a aussi diminué de moitié entre l'époque de Lester B. Pearson et celle de Stephen Harper. Tout cela démontre, à son avis, que les gouvernements gouvernent désormais, non pas par le Parlement, mais malgré lui, à coup de règlements ou d'ordres en conseil.


    Des voyages mal planifiés

    L'absentéisme du premier ministre s'explique en partie par les nombreux voyages qu'il a effectués cet automne à l'étranger: à Singapour, en Inde, en Chine et en Corée. Outre le sommet de l'APEC à Singapour, tous les autres voyages ont eu lieu pendant les travaux législatifs.

    «Selon mes calculs, la Chambre des communes a siégé 128 jours cette année, sur une possibilité de 366, soit environ un tiers de l'année, commente Ned Franks. J'aurais tendance à penser que, s'il l'avait voulu, il aurait pu planifier ses voyages pendant les périodes où la Chambre ne siégeait pas...»

    Fait à noter, le chef de l'opposition officielle, Michael Ignatieff, a été peu présent cet automne. Sur les 49 jours de séance, il s'est montré à 26 périodes de questions, pour un taux de 53 %. Depuis une dizaine d'années, les chefs d'opposition ont tendance à se maintenir dans la fourchette des 70 %.

    ***

    Taux moyen de présence à la Chambre des communes

    Jean Chrétien: 50%

    Paul Martin: 46%

    Stephen Harper: 37%












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