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Torture en Afghanistan - Richard Colvin contre-attaque

Le diplomate démolit l'argumentaire du gouvernement point par point

Guillaume Bourgault-Côté   17 décembre 2009  Canada
Richard Colvin
Photo : Agence Reuters
Richard Colvin
Ottawa — Après un mois de silence radio, le diplomate Richard Colvin est de retour. L'homme au cœur de la saga des détenus afghans transférés a lancé hier sa contre-attaque en déposant une lettre de 16 pages qui réfute ligne par ligne 17 allégations soulevées par le gouvernement.

C'est à une offensive aux allures de cours magistral que se livre M. Colvin dans son document envoyé à la greffière du comité spécial sur la mission en Afghanistan. Ni émotion, ni fioritures, la réplique est méthodique. Le diplomate se concentre à démonter point par point ce qui a constitué l'essentiel de l'argumentaire du gouvernement depuis son passage devant le comité, le 18 novembre.

Au final, le diplomate réaffirme — citations et références à l'appui — que le gouvernement a été prévenu des problèmes de torture dès 2006, qu'il a tardé à agir, qu'une censure a été imposée aux fonctionnaires sur le terrain et que les allégations qui émaillaient les rapports envoyés à Ottawa étaient de première main.

Les précisions qu'il apporte heurtent de plein fouet les versions des faits présentées devant le comité par David Mulroney (ancien coordonnateur ministériel de la mission), le gouvernement ou les généraux Rick Hillier et Michel Gauthier. De ces deux derniers, Richard Colvin dit qu'il est «peu plausible qu'ils n'aient pas été au courant» des conditions de détention dans les prisons afghanes.

En pièce de résistance, M. Colvin cite plusieurs rapports névralgiques envoyés à Ottawa et qui contredisent l'assertion voulant que le gouvernement ait agi dès que le problème de la torture lui fut signalé de manière crédible.

Or, les rapports officiels de 2006 (mai, juin, septembre et décembre) étaient très clairs, dit-il: la Croix-Rouge se plaignait de perdre la trace des détenus transférés; la Force internationale d'assistance à la sécurité (FIAS) était mécontente du manque de collaboration de l'armée pour fournir des renseignements sur les détenus; l'Équipe provinciale de reconstruction (EPR) de Kandahar s'inquiétait du problème généralisé de mauvais traitements infligés aux détenus dans les prisons afghanes, «y compris ceux transférés par le Canada».

Aussi, à la fin décembre de cette même année, le rapport-bilan de l'ambassade sur la situation des droits de la personne «utilisait le mot "torture" à répétition», écrit M. Colvin. Les Américains s'inquiétaient également de la situation, rappelle le diplomate en citant un rapport du département d'État daté de mars 2006.

En mars 2007, M. Colvin affirme avoir dit de vive voix à une douzaine d'officiels à Ottawa que la Direction nationale de la sécurité de l'Afghanistan (DNS, à qui le Canada remettait ses détenus) «torture les gens: si nous ne voulons pas voir nos détenus torturés, il ne faut pas les donner à la DNS».

Mais «toute l'information transmise n'a pas eu d'impact visible sur les pratiques de transfert» jusqu'à la signature d'un nouveau protocole le 3 mai 2007, déplore Richard Colvin. Et il a encore fallu attendre à la fin octobre 2007 pour qu'Ottawa envoie quelqu'un dont c'était la tâche spécifique de suivre le parcours des détenus transférés pour vérifier leur condition. «Dès lors, il a trouvé des preuves concluantes de torture constante», dit M. Colvin.

Entre autres choses, Richard Colvin réfute les allégations voulant qu'il ait basé ses rapports sur des témoignages de deuxième ou troisième main, comme l'a affirmé le ministre de la Défense, Peter MacKay. Ses informateurs étaient des services de renseignement afghans et étrangers; du personnel des ambassades de l'OTAN; des gens de la FIAS et des Nations unies; des organisations de défense des droits de la personne. Et «les informations étaient contre-vérifiées», écrit M. Colvin.

Ce dernier réaffirme également avoir reçu des directives de censurer ses rapports. «Le personnel de l'ambassade a été averti qu'il ne fallait pas rapporter des informations qui entraient en conflit avec le message du gouvernement», note-t-il.

Critiqué par Peter MacKay pour ne pas avoir parlé directement du problème de la torture aux ministres qu'il a rencontrés, Richard Colvin réplique finalement que ce n'était pas son rôle. «Il y a une chaîne de commandement» au sein du ministère des Affaires étrangères, dit-il. Mais surtout, la seule fois qu'il a rencontré M. MacKay, il n'était en poste en Afghanistan que depuis 10 jours: «Même si j'avais voulu briser le protocole et l'avertir, je n'aurais rien eu à lui dire à ce moment.»

Comité

Pour le député bloquiste Claude Bachand, les propos de M. Colvin «relancent le dossier» et donnent plus de poids aux différentes demandes de l'opposition: la création d'une commission d'enquête publique et la publication d'une liasse de documents non censurés.

La décision des conservateurs de boycotter le comité spécial sur l'Afghanistan force pour l'instant l'opposition à trouver des solutions de rechange pour maintenir l'attention sur le dossier. Selon M. Bachand, il est possible que le comité siège quand même en janvier, mais de manière informelle: les témoins invités n'auraient pas droit à l'immunité parlementaire. «Nous n'agiterons pas le drapeau blanc parce que les conservateurs jouent un jeu», promet le député du NPD Paul Dewar.

Le secrétaire parlementaire de M. MacKay, Laurie Hawn, a pour sa part répété hier que «chaque fois que les militaires et les représentants diplomatiques ont reçu des preuves crédibles et corroborées, ils ont pris les mesures qui s'imposaient». Il ajoute que «contrairement à mes homologues des partis de l'opposition, je ne me ferai pas du capital politique en laissant entendre de façon cavalière que les soldats canadiens sont des criminels de guerre».
 
 
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    17 décembre 2009 06 h 35
    Deux points seulement…
    mais ils sont de taille.

    1. Devant ces faits, les précisions « précises » apportées par M. Colvin, le ministre MacKay n’a plus qu’ç démissionner.

    2. L’absence des conservateurs lors de la réunion du Comité spéciale sur l’Afghanistan est une preuve de culpabilité. S’ils ne se présentent pas, c’est qu’ils ne veulent pas être confrontés aux faits, à la réalité.

    Voilà qui en dit long sur le gouvernement de transparence que l’on nous avait promis.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    17 décembre 2009 08 h 07
    Nous voulons savoir s.v.p.
    Nous voulons savoir : Quel genre de torture, des détails s.v.p. Est-ce du genre que l'épouse de Tiger Wood a fait vivre à son chaleureux mari, avec un bois 1 ou un fer 7, à 3 heures du matin ? Les empêcher de prier ? Arracher Des doigts ou des ongles ? Serrer des morceaux qui font mal ? efuser le sommeil ? Quoi s.v.p. pour avouer quoi ? Merci beaucoup à l'avance.
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  • Jacques Morissette Jacques Morissette - Abonné
    17 décembre 2009 08 h 29
    Y aurait-il quelque part odeur de mauvaise foi, dans cette affaire?
    Monsieur Colvin a raison de dire que les soldats canadiens ne sont pas des criminels de guerre. Par contre, je pense que les soldats canadiens dont ils parlent étaient des êtres foncièrement obéissant dans cette affaire. Les soldats sont formés à obéir. Pour caricaturer, comme les soldats allemands lors de la seconde guerre mondiale.

    En revanche, monsieur Colvin ne peut pas dire qui étaient les véritables responsables de ce laissez-faire événementiel. Quand je lis le texte de monsieur Bourgault-Côté au second niveau, Il y a un mot qui me vient à l'esprit et c'est "laxisme" de presque toute la chaîne hiérarchique. Et ce n'était pas vraiment organisé.

    La chaîne faisait comme elle devait faire, sans trop se poser de questions. Dans ce genre d'organisation, est-ce que tous les membres sont comme enchaînés et se tiennent à l’étroit sur un terrain balisé d'intention? Bref, la chaîne voulait avancer; et monsieur Colvin était celui qui veut les faire reculer avec ses critiques dérangeantes.

    Monsieur Colvin a raison de ne pas se taire au grand déplaisir des responsables. Comme je le dis plus haut, la chaîne ne se posait pas trop de questions. En revanche, monsieur Colvin a peut-être apporté un peu de lumière à des gens dans cette chaîne, avec un peu de recul. S’il est honnête, ça devrait être constructif pour la majorité.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    17 décembre 2009 08 h 44
    Étouffer l'affaire
    Autre belle preuve que le gouvernement, en refusant le processus démocratique des commissions parlementaires, agit d'une manière anti-démocratique et veut de toute évidence étouffer l'affaire. On doit remercier ce haut-fonctionnaire de ne pas se laisser intimider par les manoeuvres de ces matamores!
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  • ARKA777 - Abonné
    17 décembre 2009 10 h 09
    et la Gouverneur general dans cette impasse ????
    En tant que chef d'Etat,quel est le role de la Gouverneur general face a cette situation precise, et face a tout autre geste demontrant un non-respect du systeme democratique par le grouv. Harper ?
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  • Lamonta - Abonné
    17 décembre 2009 11 h 31
    Un homme qui se tient debout
    M. Colvin se comporte comme un homme de grande intégrité face à des hommes politiques prêts à toutes les basses manoeuvres pour ne pas perdre la face et reconnaître leur responsabilité et leur négligence. Je souhaite que les parlementaires ne lâchent pas le morceau et que cela se conclut par la démission de M. MacKay, avant qu'on se débarrasse de ce gouvernement au grand complet.
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  • Jacques Tihon - Inscrit
    17 décembre 2009 11 h 49
    Convention de Geneve
    J'ai longtemps hesite a afficher mon point de vue sur ce sujet, mais l'opinion manifestee par les differents intervenants semble deriver dangereusement.
    J'ai vecu la 2e Guerre Mondiale en Europe et donc ne fait pas partie de la generation canadienne qui n'a jamais subi les miseres de la guerre,ici au Canada. Si on avait du , durant cette guerre , la faire un manuel du"je peux faire' ou "je peux pas faire' avant de decider d'une action, ou en serions nous maintenent ?
    Ou est le temps ou les combattants NON PORTEURS d'un uniforme ou signe distinctif d'une armee reguliere n'avaient pas droit a la protection de cette convention.
    Durant la 2e guerre mondiale,nombre de resistants ont ete executes sans jugement , etant consideres comme espions sans uniforme et de la liquides purement et simplement. Cette convention ayant depuis ete modifiee ( voir site internet convention de Geneve) elle rend tres difficile son respect par les troupes regulieres sur le terrain. Le seul fait de porter une arme en fait un combattant "agree".Donc le seul fait de s'en debarasser en fait un"civil" lui aussi agree....Les Talibans, se fondant parmi la population civile, un instant combattants,l'instant d'apres gentil fermier,ou deguises en femme et dissimulant des ceintures d'explosif sous la fameuse bourka, ne devraient pas meriter tant de
    depense d'energie et de respect .Apres tout, ils sont Afghans, en Afghanistan et dela donc soumis au traitement qui leur est reserve par le gouvernement officiel de ce pays. nous n'avons pas a nous en meler. Le Canada operant aussi sur le territoire Afghan et donc devant se soumettre aux us et coutumes du pays.
    Allez visiter les familles des soldats (quelle que soit leur nationalite )decedes sur place et expliquer qu'on fait plus de cas de ces faux-jetons sans uniforme qui sont certains d'une sorte d'impunite et d 'un traitement de faveur alors qu'ils mettent en danger journellement leur compatriotes civils, causant les milliers de morts par leurs laches attentats l En forcant nos troupes a adopter une conduite de Boyscouts vis a vis de ces terroristes, on les met dans une situation ou l'inegalite des regles du jeu conduisent a une suite inutile de morts canadiens ou OTAN. Qu'on laisse faire l'armee sans leur mettre les batons dans les roues, ou alors qu'on s'en aille. On fait la guerre ou on ne la fait pas,pas de demi-mesures./
    Le Canada semble etre le seul pays faisant tant de cas de ces quelques evenements.
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  • Gilles Bousquet - Inscrit
    17 décembre 2009 12 h 43
    @ M. Jacques Tihon
    M. Tihon écrit : «Qu'on laisse faire l'armée sans leur mettre les bâtons dans les roues»

    Bien oui, faudrait faire comme l'épouse de Tiger, à la place de mettre des bâtons dans les roues de notre armée, notre armée s’en sert pour frapper l'adversaire et lui faire saigner du nez. Quien toué le méchant barbu ! De la part du Canada civilisé même si un peu pollueur, tout en étant bien intentionné.
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  • Marmot - Inscrit
    17 décembre 2009 15 h 47
    Toute une histoire...
    Je trouve intéressant le point de vue de M. Tihon, malgré que je doive m'inscrire en faux par rapport à son opinion. Oui, effectivement, «en Afghanistan on vit comme les Afghans», mais il en va de la notoriété et de la réputation du Canada de ne pas accepter de fermer les yeux sur le sort destinés à des humains, aussi Afghans soient-ils (après tout, nous sommes tous égaux, non?). Dieu merci, ldu point de vue des droits fondamentaux, les choses ont évolué depuis la deuxième Guerre mondiale.
    Ce qui est malheureux, c'est que le gouvernement fédéral tente encore de cacher des choses à la population. Et encore plus malherueux, c'est que ce gouvernement serait majoritaire s'il y avait des élections aujourd'hui. Moi, ça me fait vraiment peur.
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  •  
  • Loraine King - Inscrite
    17 décembre 2009 16 h 12
    @Jacques Tihon
    Le Canada n'est pas le seul pays à faire cas d'évènements de torture. Les pays signataires des Conventions de Genève et de la Convention de l'ONU contre la torture sont tous tenus de respecter leurs engagements qui visent à protéger nos soldats. Si le Canada ou la Nouvelle Zélande, etc., ne respectent pas ces engagements aujourd'hui, qu'arrivera-t-il à l'avenir?

    Vous faites état de la Deuxième Guerre. Eh bien oui, il y a eu des exécutions sommaires et des atrocités commises. Il y a eu des camps de concentration et des fours crématoires. Mais nos soldats étaient dans des camps de prisonniers de guerre - pas à Auschwitz. Nous avons aussi eu au Canada des camps pour les soldats allemands - pourquoi? Par respect pour les Conventions de Genève. Cela ne nous a pas fait perdre la guerre, et nous ne le faisions pas parce que nous étions mous avec les Allemands. Nous le faisions pour protéger nos soldats. Cela n'empêche pas les crimes de guerre, mais cela nous permet de poursuivre et d'exécuter les meurtriers. On peut faire la guerre sans torturer des civils.
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