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Commandites - Jean Chrétien savait depuis l'automne 2000

8 juin 2002  Canada
Le premier ministre Jean Chrétien savait au moins depuis l'automne 2000 que le controversé programme de commandites souffrait de lacunes importantes, notamment que d'autres firmes avaient été payées pour un travail qui n'avait pas été fait. Pourtant, il aura fallu un article de journal, deux ans plus tard, pour que des enquêtes soient déclenchées.

Les trois adjoints les plus proches de M. Chrétien, soit son conseiller principal Eddie Goldenberg, sa directrice des communications Françoise Ducros et son assistant législatif John Malloy, ont en effet pris part à une rencontre d'information le 28 septembre 2000 avec des fonctionnaires de Travaux publics Canada. À l'ordre du jour: le rapport de vérification interne accablant qui faisait état des problèmes du programme de commandites. Le but de la rencontre: prévoir un plan de communication pour faire passer le message.

«C'était une rencontre de fonctionnaires pour nous informer», a expliqué Mme Ducros, précisant qu'environ 25 personnes y assistaient. «Il n'y a rien d'inhabituel qu'on nous briefe sur ce qui se passe avec des rapports gouvernementaux parce qu'on veut voir quelles seraient les questions posées en Chambre, quelles mesures seraient prises.» Toutefois, elle rappelle que la rencontre «n'a presque pas eu lieu» puisque environ 20 minutes après le début, la mort de Pierre Elliott Trudeau a été annoncée et que les priorités ont changé.

Même version des faits de la part d'Eddie Goldenberg. «Si, le lendemain, on m'avait demandé ce que j'avais fait la veille, j'aurais complètement oublié que j'avais assisté à cette réunion.»

Ce n'est pas tout. Le National Post rapporte qu'une autre rencontre a été organisée une semaine plus tôt (le 21 septembre), cette fois entre le responsable du programme de commandites d'alors, Pierre Tremblay, et les dirigeants des firmes de communication agissant comme intermédiaires: Jean Brault (Groupaction), Claude Boulay (Groupe Everest), Paul Coffin (Coffin Communication) et Gilles-André Gosselin (Gosselin Communication, maintenant une filiale de Groupaction). M. Tremblay, qui a été le chef de cabinet d'Alfonso Gagliano, leur aurait alors dévoilé le contenu de la vérification interne et les aurait prévenus que des mesures correctives seraient apportées.

MM. Brault, Boulay et Coffin n'ont pas rappelé Le Devoir hier.

À la Chambre des communes, les partis d'opposition se sont insurgés à propos de ces révélations. Michel Gauthier, du Bloc québécois, a demandé pourquoi «le responsable du programme, en étant informé des irrégularités qu'il y avait dans ce programme de commandites, a choisi de se réunir avec ceux qui sont directement impliqués dans le problème, ceux qui en ont profité pleinement, tellement, d'ailleurs, qu'un certain nombre d'entre eux sont sous enquête policière au moment où on se parle».

Les firmes Groupaction et Lafleur Communication Marketing font l'objet d'enquêtes criminelles de la GRC.

Le chef conservateur Joe Clark a demandé si certains aspects de la rencontre impliquant les conseillers du premier ministre font l'objet d'une enquête de la GRC. Le ministre des Travaux publics, Ralph Goodale, a seulement indiqué que «c'est la GRC qui détermine ce sur quoi elle enquête».

«Le premier ministre avait un choix à l'époque: apporter des corrections ou étouffer l'affaire, a de son côté lancé l'allianciste John Reynolds. Pourquoi le premier ministre n'a-t-il pas ordonné, à l'époque, la suspension de tout le programme?»

La défense de M. Goodale consiste à dire que des mesures correctives ont été apportées à la suite de cette vérification interne.

«La question laisse entendre que le système qui existait avant la vérification interne en 2000 a continué de fonctionner jusqu'à maintenant. Ce n'est pas vrai. Immédiatement après les conclusions de ce rapport, des mesures correctives ont été mises en place.»

Ce que le ministre n'explique pas, toutefois, c'est pourquoi des mesures rétroactives n'ont pas été prises. Ce n'est qu'en mars dernier, lorsque le Globe and Mail a révélé que des rapports de Groupaction payés 1,6 million de dollars étaient introuvables, que le dossier a été référé à la Vérificatrice générale. La GRC a ouvert une enquête criminelle. Depuis ces révélations, le ministère a entrepris une révision de chacun des dossiers pour déterminer si d'autres cas similaires existent.

Le rapport de vérification interne soulevait d'ailleurs qui rien ne justifiait que l'agence de gestion touche un pourcentage (3 %) de chaque commandite pour son travail. «La quantité requise de travail [...] est généralement la même que la valeur de la commandite, soit 25 000 $ ou 500 000 $», écrivait-on. En moyenne, chaque chèque émis par cette agence avait donc coûté 2000 $ à Ottawa. Média I.D.A. Vision est toujours payée au pourcentage en ce moment.






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