L'année Layton?
Des quatre chefs des principaux partis d'opposition fédéraux, Jack Layton est indubitablement celui qui sort le moins égratigné de l'année politique 2009. Contrairement à Gilles Duceppe, il n'a pas subi une défaite humiliante aux mains des conservateurs. Contrairement à Michael Ignatieff, ses ouailles ne remettent pas sa compétence en question à voix haute.
En prime, Elizabeth May a largement disparu de l'écran radar. C'est notamment pour continuer de moucher sa rivale du Parti vert au fil d'arrivée médiatique que le chef néodémocrate s'est déplacé au sommet climatique de Copenhague cette semaine.
En cette fin d'année, ce bilan fait dire à des analystes néodémocrates que les Canadiens devraient être prêts à examiner sérieusement la candidature de M. Layton au poste de premier ministre. Il y a quelques jours, l'ex-organisateur en chef néodémocrate Brian Topp concluait un compte rendu exhaustif des tractations qui ont mené, l'an dernier, au projet de coalition PLC-NPD en recommandant son chef aux électeurs.
Selon lui, l'expérience — même si elle a avorté rapidement — a quand même révélé l'audace et l'âme visionnaire de Jack Layton. Dans un même élan, cependant, le stratège du NPD concluait à regret que, pour son parti, la voie du pouvoir ne passerait pas, dans l'avenir prévisible, par ce genre de partenariat. S'il veut se rapprocher d'un rôle gouvernemental, le NPD devra y arriver par ses propres moyens.
*
Or, force est de constater qu'à ce chapitre, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Même en admettant que le NPD ait tout fait bien en 2009 — ce qui est discutable —, il faudrait conclure que les chiffres ne sont pas au rendez-vous pour une rencontre imminente entre Jack Layton et le pouvoir, ou même avec l'opposition officielle aux Communes.
Selon le plus récent sondage EKOS, réalisé ces dernières semaines pour la CBC, le NPD (à 16,7 % dans les intentions de vote) n'a pas gagné un pouce de terrain depuis les élections de l'automne dernier (18,2 %). Dans le même esprit, l'écart entre l'imaginaire néodémocrate — selon lequel le parti est en pleine ascension au Québec — et la réalité de sa situation est conséquent.
Le NPD est particulièrement fier d'avoir ravi la seconde place aux libéraux dans la circonscription montréalaise d'Hochelaga le mois dernier. Sauf que l'on est ici devant une bataille pour le prix de présence. Au total, le NPD — avec 19 % des suffrages — a terminé la course une bonne trentaine de points derrière le Bloc québécois.
À des fins de comparaison, le Parti conservateur a réalisé un gain en bonne et due forme au Québec dans le cadre de ces élections complémentaires. Et quand on compare la courbe de la cote québécoise de Stephen Harper — que l'on donnait comme mort au Québec à la même date l'an dernier — à celle de Jack Layton, ce dernier n'a pas vraiment de quoi pavoiser.
Selon un sondage réalisé par Repère Communication Recherche, Jack Layton serait le chef fédéral en lequel les Québécois auraient le plus confiance après Gilles Duceppe (dix points devant). Mais en y regardant de plus près, on constate que le chef néodémocrate n'a qu'un point d'avance sur Stephen Harper. Et le premier ministre est perçu comme plus compétent que son rival néodémocrate.
*
Dans un bulletin de fin d'année à Radio-Canada, j'ai décerné la palme du téflon au chef néodémocrate. Ce n'était pas nécessairement un compliment. Dans les faits, le qualificatif faisait référence au décalage, de plus en plus manifeste en 2009, entre la perception qu'ont les Québécois de son leadership et la réalité de certaines de ses positions.
On a beaucoup reproché à Michael Ignatieff la demi-douzaine de votes libéraux inscrits contre le registre des armes à feu lors d'un vote récent aux Communes. Mais un tiers des députés de Jack Layton ont également voté contre le registre.
Surtout, il y a la décision troublante du NPD de faire la guerre aux politiques fiscales de deux provinces à partir de son strapontin au Parlement fédéral. En se positionnant agressivement contre les projets de taxes de vente harmonisées de la Colombie-Britannique et de l'Ontario, Jack Layton espère tirer profit du vent d'insatisfaction qu'elles inspirent, un peu comme il l'avait fait en s'opposant à la taxe sur le carbone défendue par Stéphane Dion lors de la dernière campagne.
À l'époque, le positionnement néodémocrate avait suscité beaucoup de perplexité dans les milieux écologiques. Et cette fois-ci, M. Layton envoie un drôle de message sur le genre de fédéralisme que pratique son parti — un fédéralisme en fonction duquel un éventuel gouvernement fédéral néodémocrate serait en droit d'émettre des jugements et même de mettre des bâtons dans les roues budgétaires de ses partenaires provinciaux. Avec le temps, la capacité de Jack Layton de surfer sur toutes les vagues qui passent à sa portée commence à être plus inquiétante qu'admirable.
*****
Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
chebert@thestar.ca
En prime, Elizabeth May a largement disparu de l'écran radar. C'est notamment pour continuer de moucher sa rivale du Parti vert au fil d'arrivée médiatique que le chef néodémocrate s'est déplacé au sommet climatique de Copenhague cette semaine.
En cette fin d'année, ce bilan fait dire à des analystes néodémocrates que les Canadiens devraient être prêts à examiner sérieusement la candidature de M. Layton au poste de premier ministre. Il y a quelques jours, l'ex-organisateur en chef néodémocrate Brian Topp concluait un compte rendu exhaustif des tractations qui ont mené, l'an dernier, au projet de coalition PLC-NPD en recommandant son chef aux électeurs.
Selon lui, l'expérience — même si elle a avorté rapidement — a quand même révélé l'audace et l'âme visionnaire de Jack Layton. Dans un même élan, cependant, le stratège du NPD concluait à regret que, pour son parti, la voie du pouvoir ne passerait pas, dans l'avenir prévisible, par ce genre de partenariat. S'il veut se rapprocher d'un rôle gouvernemental, le NPD devra y arriver par ses propres moyens.
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Or, force est de constater qu'à ce chapitre, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Même en admettant que le NPD ait tout fait bien en 2009 — ce qui est discutable —, il faudrait conclure que les chiffres ne sont pas au rendez-vous pour une rencontre imminente entre Jack Layton et le pouvoir, ou même avec l'opposition officielle aux Communes.
Selon le plus récent sondage EKOS, réalisé ces dernières semaines pour la CBC, le NPD (à 16,7 % dans les intentions de vote) n'a pas gagné un pouce de terrain depuis les élections de l'automne dernier (18,2 %). Dans le même esprit, l'écart entre l'imaginaire néodémocrate — selon lequel le parti est en pleine ascension au Québec — et la réalité de sa situation est conséquent.
Le NPD est particulièrement fier d'avoir ravi la seconde place aux libéraux dans la circonscription montréalaise d'Hochelaga le mois dernier. Sauf que l'on est ici devant une bataille pour le prix de présence. Au total, le NPD — avec 19 % des suffrages — a terminé la course une bonne trentaine de points derrière le Bloc québécois.
À des fins de comparaison, le Parti conservateur a réalisé un gain en bonne et due forme au Québec dans le cadre de ces élections complémentaires. Et quand on compare la courbe de la cote québécoise de Stephen Harper — que l'on donnait comme mort au Québec à la même date l'an dernier — à celle de Jack Layton, ce dernier n'a pas vraiment de quoi pavoiser.
Selon un sondage réalisé par Repère Communication Recherche, Jack Layton serait le chef fédéral en lequel les Québécois auraient le plus confiance après Gilles Duceppe (dix points devant). Mais en y regardant de plus près, on constate que le chef néodémocrate n'a qu'un point d'avance sur Stephen Harper. Et le premier ministre est perçu comme plus compétent que son rival néodémocrate.
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Dans un bulletin de fin d'année à Radio-Canada, j'ai décerné la palme du téflon au chef néodémocrate. Ce n'était pas nécessairement un compliment. Dans les faits, le qualificatif faisait référence au décalage, de plus en plus manifeste en 2009, entre la perception qu'ont les Québécois de son leadership et la réalité de certaines de ses positions.
On a beaucoup reproché à Michael Ignatieff la demi-douzaine de votes libéraux inscrits contre le registre des armes à feu lors d'un vote récent aux Communes. Mais un tiers des députés de Jack Layton ont également voté contre le registre.
Surtout, il y a la décision troublante du NPD de faire la guerre aux politiques fiscales de deux provinces à partir de son strapontin au Parlement fédéral. En se positionnant agressivement contre les projets de taxes de vente harmonisées de la Colombie-Britannique et de l'Ontario, Jack Layton espère tirer profit du vent d'insatisfaction qu'elles inspirent, un peu comme il l'avait fait en s'opposant à la taxe sur le carbone défendue par Stéphane Dion lors de la dernière campagne.
À l'époque, le positionnement néodémocrate avait suscité beaucoup de perplexité dans les milieux écologiques. Et cette fois-ci, M. Layton envoie un drôle de message sur le genre de fédéralisme que pratique son parti — un fédéralisme en fonction duquel un éventuel gouvernement fédéral néodémocrate serait en droit d'émettre des jugements et même de mettre des bâtons dans les roues budgétaires de ses partenaires provinciaux. Avec le temps, la capacité de Jack Layton de surfer sur toutes les vagues qui passent à sa portée commence à être plus inquiétante qu'admirable.
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Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.
chebert@thestar.ca
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