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L'année Layton?

Chantal Hébert   14 décembre 2009  Canada
Des quatre chefs des principaux partis d'opposition fédéraux, Jack Layton est indubitablement celui qui sort le moins égratigné de l'année politique 2009. Contrairement à Gilles Duceppe, il n'a pas subi une défaite humiliante aux mains des conservateurs. Contrairement à Michael Ignatieff, ses ouailles ne remettent pas sa compétence en question à voix haute.

En prime, Elizabeth May a largement disparu de l'écran radar. C'est notamment pour continuer de moucher sa rivale du Parti vert au fil d'arrivée médiatique que le chef néodémocrate s'est déplacé au sommet climatique de Copenhague cette semaine.

En cette fin d'année, ce bilan fait dire à des analystes néodémocrates que les Canadiens devraient être prêts à examiner sérieusement la candidature de M. Layton au poste de premier ministre. Il y a quelques jours, l'ex-organisateur en chef néodémocrate Brian Topp concluait un compte rendu exhaustif des tractations qui ont mené, l'an dernier, au projet de coalition PLC-NPD en recommandant son chef aux électeurs.

Selon lui, l'expérience — même si elle a avorté rapidement — a quand même révélé l'audace et l'âme visionnaire de Jack Layton. Dans un même élan, cependant, le stratège du NPD concluait à regret que, pour son parti, la voie du pouvoir ne passerait pas, dans l'avenir prévisible, par ce genre de partenariat. S'il veut se rapprocher d'un rôle gouvernemental, le NPD devra y arriver par ses propres moyens.

*

Or, force est de constater qu'à ce chapitre, il y a encore loin de la coupe aux lèvres. Même en admettant que le NPD ait tout fait bien en 2009 — ce qui est discutable —, il faudrait conclure que les chiffres ne sont pas au rendez-vous pour une rencontre imminente entre Jack Layton et le pouvoir, ou même avec l'opposition officielle aux Communes.

Selon le plus récent sondage EKOS, réalisé ces dernières semaines pour la CBC, le NPD (à 16,7 % dans les intentions de vote) n'a pas gagné un pouce de terrain depuis les élections de l'automne dernier (18,2 %). Dans le même esprit, l'écart entre l'imaginaire néodémocrate — selon lequel le parti est en pleine ascension au Québec — et la réalité de sa situation est conséquent.

Le NPD est particulièrement fier d'avoir ravi la seconde place aux libéraux dans la circonscription montréalaise d'Hochelaga le mois dernier. Sauf que l'on est ici devant une bataille pour le prix de présence. Au total, le NPD — avec 19 % des suffrages — a terminé la course une bonne trentaine de points derrière le Bloc québécois.

À des fins de comparaison, le Parti conservateur a réalisé un gain en bonne et due forme au Québec dans le cadre de ces élections complémentaires. Et quand on compare la courbe de la cote québécoise de Stephen Harper — que l'on donnait comme mort au Québec à la même date l'an dernier — à celle de Jack Layton, ce dernier n'a pas vraiment de quoi pavoiser.

Selon un sondage réalisé par Repère Communication Recherche, Jack Layton serait le chef fédéral en lequel les Québécois auraient le plus confiance après Gilles Duceppe (dix points devant). Mais en y regardant de plus près, on constate que le chef néodémocrate n'a qu'un point d'avance sur Stephen Harper. Et le premier ministre est perçu comme plus compétent que son rival néodémocrate.

*

Dans un bulletin de fin d'année à Radio-Canada, j'ai décerné la palme du téflon au chef néodémocrate. Ce n'était pas nécessairement un compliment. Dans les faits, le qualificatif faisait référence au décalage, de plus en plus manifeste en 2009, entre la perception qu'ont les Québécois de son leadership et la réalité de certaines de ses positions.

On a beaucoup reproché à Michael Ignatieff la demi-douzaine de votes libéraux inscrits contre le registre des armes à feu lors d'un vote récent aux Communes. Mais un tiers des députés de Jack Layton ont également voté contre le registre.

Surtout, il y a la décision troublante du NPD de faire la guerre aux politiques fiscales de deux provinces à partir de son strapontin au Parlement fédéral. En se positionnant agressivement contre les projets de taxes de vente harmonisées de la Colombie-Britannique et de l'Ontario, Jack Layton espère tirer profit du vent d'insatisfaction qu'elles inspirent, un peu comme il l'avait fait en s'opposant à la taxe sur le carbone défendue par Stéphane Dion lors de la dernière campagne.

À l'époque, le positionnement néodémocrate avait suscité beaucoup de perplexité dans les milieux écologiques. Et cette fois-ci, M. Layton envoie un drôle de message sur le genre de fédéralisme que pratique son parti — un fédéralisme en fonction duquel un éventuel gouvernement fédéral néodémocrate serait en droit d'émettre des jugements et même de mettre des bâtons dans les roues budgétaires de ses partenaires provinciaux. Avec le temps, la capacité de Jack Layton de surfer sur toutes les vagues qui passent à sa portée commence à être plus inquiétante qu'admirable.

*****

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.

chebert@thestar.ca
 
 
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  • Gabriel RACLE - Inscrit
    14 décembre 2009 07 h 48
    Certes
    Que Jack Layton ne soit pas un homme politique parfait, on ne saurait en douter. Et il est facile de lui reprocher telle ou telle prise de position, dans la lutte qu’il mène pour se faire connaître et reconnaître.

    Mais dans le trio qu’il forme avec Harper et Ignatieff – excluons Duceppe qui ni ne cherche ni ne veut devenir premier ministre du Canada – il est le seul qui sorte du lot. Ne parlons pas des prises de positions politiciennes de Stephen Harper qui ne vise qu’à devenir majoritaire pour gouverner le pays à sa guise, et l’on sait de quelle guise il s’agit, et le lamentable cafouillage d’Ignatieff, dont les libéraux se sont malencontreusement dotés comme chef, il n’y a que Jack Layton qui ait une crédibilité plus ou moins justifiée, mais réelle.

    Il serait bon, mais ce n’est pas pour demain ni après-demain, que les électeurs canadiens lui donnent la possibilité de montrer ce qu’il peut faire à la tête du pays. Mais l’électorat canadien dans son ensemble est trop figé sur des positions auxquelles il s’accroche, est trop frileux pour avoir l’audace de se lancer dans une voie nouvelle. Ce serait pourtant intéressant de voir un peu de changement à la tête du pays.
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  • Pierre Rousseau - Inscrit
    14 décembre 2009 08 h 42
    Pas étonnant...
    ...que M. Layton et le NPD fédéral soient opposés à la taxe harmonisée en Colombie-Britannique étant donnée la position très claire du NPD provincial contre cette taxe que les Libéraux provinciaux avaient carrément rejetée durant la récente campagne électorale. Le NPD provincial a pris position en premier et M. Layton a suivi.

    Il ne fait pas de doute non plus que le NPD en C.B. est extrêmement opportuniste, un peu comme son vis-à-vis Libéral. Avant la dernière élection ils ont pris position contre la taxe sur le carbone des Libéraux provinciaux (qui était déjà en vigueur depuis presqu'un an, contrairement au plan Dion qui n'était que sur papier) simplement parce qu'une partie de la population dans les régions éloignées était contre et ils espéraient faire des gains électoraux dans ces régions qui avaient voté Libéral. Mal leur en pris car ils ont probablement perdu l'élection à cause de cette politique opportuniste.

    Mais sur la TVH, ils peuvent faire plus de chemin puisque la grande majorité des gens sont contre car il s'agit d'une série de nouvelles taxes qui défont un peu ce que les gouvernements de gauche avaient fait en terme d'exemption de taxes dans le passé. Il n'en reste pas moins que le NPD est extrêmement opportuniste (tout comme ses adversaires) et a mis de côté plusieurs de ses principes à des fins électorales et, comme vous le dites, il n'a pas gagné de terrain en ce faisant. La gauche canadienne a beaucoup de difficulté à contrer la vague de droite et, avec la présence du Bloc, cela fait qu'aucun des partis de centre ou de gauche a des chances de former le gouvernement étant donnée la division du vote. C'est un terrain que la droite a aussi très bien connu dans le passé et qu'elle n'a pu surmonter que par l'union de ses forces. La gauche avait compris avec la coalition mais avec Ignatieff, cela vient de s'arrêter net. En conséquence, non seulement Layton mais aussi tout le centre et la gauche vont devoir prendre leur mal en patience car ce n'est pas demain la veille qu'ils vont remplacer la droite au pouvoir.
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  • Yvon Roy - Abonnée
    14 décembre 2009 08 h 46
    teflon
    Il y aura toujours comme un abîme incommensurable entre l'Imaginaire et les images en politique, mais comme le teflon ne fait pas nécessairement une bonne poêle, il n'est pas dit assurément que les oeufs de May West of the Green Acres seront nécessairement meilleurs que ceux du Grand Chef Jack dans une prochaine élection.

    Cela dépend souvent aussi de la poule comme de raison, et il sera sans doute intéressant d'observer lequel des deux volatiles les plus belles plumes dans un prochain suffrage qui ne devrait pas trop tarder d'ici l'été si la tendance se maintient.

    Paix, Santé et Sécurité dans le plus meilleur Pays du Monde sans les libéraux en attendant, qu'il vaudrait mieux composter pour de bon en ce qui me concerne.
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  • C Eve - Inscrit
    18 décembre 2009 14 h 49
    taxes
    Je suis en désaccord avec certains points soulevés dans cet éditorial ainsi que dans certains des commentaires émis ci-dessus. Bien sûr, personne n’est parfait, et il serait bien naïf de croire que le désir de gagner du support ne joue aucun rôle dans les prises de position d’un parti politique. Cependant, dans le cas du NPD, ces prises de position (sur la taxe sur le carbone et sur la TVH) ne contredisent pas du tout les principes sociaux-démocrates du parti. J’habite la Colombie-Britannique depuis trois ans et j’ai observé de près les affaires politiques tant sur la scène provinciale que fédérale. Je demeure à New Westminster, une communauté représentée au fédéral par Peter Julian et Fin Donnelly et au provincial par Dawn Black, tous trois néo-démocrates, et je dois dire que je suis impressionnée par leur travail, et pour les avoir côtoyés en personne, par leur passion et leur intégrité.

    Pour ce qui est de la taxe sur le carbone, la position du NPD provincial pendant les élections de mai 2009 était selon moi la bonne. Le NPD n’était pas théoriquement opposé à l’implantation d’une telle taxe, mais opposé à celle mise en place par le gouvernement de Gordon Campbell. Le problème était (et est toujours) que les revenus engendrés par cette taxe ne servent pas du tout à l’amélioration ou l’expansion du système de transport en commun, ou à toute autre initiative visant à réduire les émissions de carbone. Non, le gouvernement a plutôt utilisé les revenus fonciers (incluant ceux engendrés par ladite taxe) pour construire des ponts et refaire des portions d’autoroute pour encourager encore plus l’étalement urbain, qui est déjà un réel problème dans la région métropolitaine de Vancouver. De plus, le fait que ce gouvernement ne fasse rien de concret pour encourager les logements abordables en ville encourage encore plus les familles à s’installer dans les banlieues éloignées comme Langley (55 km de Vancouver), Abbotsford (75 km à l’est de Vancouver) et même Chilliwack (104 km à l’est de Vancouver). Ces communautés sont bien entendu pas ou peu desservies par les transports en commun, et les gens qui y demeurent dépendent de leur voiture. Donc en bref, les politiques fiscales du gouvernement forcent et même encouragent les gens à s’éloigner de la ville, pour ensuite se retrouver sans option autre que la voiture pour leurs déplacements. Si les revenus engendrés par la taxe sur le carbone avaient été utilisés à bon escient, je suis convaincue que le NPD supporterait une telle initiative.

    Pour ce qui est de la TVH, je trouve surprenant que Mme Hébert en fasse un cas d’autonomie provinciale. En Chambre, les conservateurs ont dit qu’en s’opposant à la TVH, le NPD s’opposait à la volonté des Ontariens et des Britanno-Colombiens qui ont élu démocratiquement des gouvernements supportant l’harmonisation. Ce que M. Harper (et Mme Hébert) négligent de souligner c’est qu’en Colombie-Britannique, les Libéraux de Campbell avaient promis lors de la campagne électorale de ne pas mettre en œuvre l’harmonisation des taxes s’ils étaient élus. Quelques semaines après l’élection, ils annonçaient qu’ils nous feraient avaler cette taxe que nous ne voulons pas dès le mois de juillet 2010. Campbell et Harper affirment que l’harmonisation sera bénéfique pour les entreprises de Colombie-Britannique et donc pour la relance économique de la province, mais la population n’est pas dupe. Nous savons bien que l’harmonisation des taxes allègera le fardeau fiscal des grandes entreprises et que celui-ci sera transféré aux citoyens qui devront débourser 7% de plus pour des articles de tous les jours. La liste de produits et services affectés est longue et a été largement publiée au cours des derniers mois. Les petites entreprises et les restaurateurs ont également joint leur voix à celle des consommateurs, car ils savent bien qu’ils perdront des clients lorsque ceux-ci devront reconsidérer leurs habitudes et devront peut-être se tourner vers des chaînes de commerce au détail à rabais plutôt que de payer plus pour encourager les marchands du coin. La TVH est injuste et elle nous a été imposée sans consultation, après qu’on nous ait promis qu’elle ne serait pas implantée. Les sondages ici indiquent que près de 80% de la population s’oppose à l’harmonisation. En ce sens, plusieurs de mes concitoyens ici croient que le NPD est le seul parti reconnaissant notre indépendance provinciale en s’opposant à cette harmonisation que nous ne voulons pas, imposé en cachette par un gouvernement qui nous a menti de façon flagrante.

    Le NPD croit fermement que la revitalisation de l’économie doit se faire en préservant et augmentant le pouvoir d’achat des citoyens et en encourageant les commerces locaux, pas en accordant un autre répit aux grandes entreprises, et surtout pas en forçant les consommateurs à traverser les frontières provinciales ou nationales pour aller chasser des aubaines en Alberta ou aux États-Unis. Il s’agit là d’une position tout à fait cohérente avec la plateforme du NPD et l’opposition à la TVH s’inscrit logiquement dans cette veine. Dans ce cas-ci, Jack Layton ne fait que défendre les intérêts de l’électorat. Souhaite-t-il gagner leur support ? Bien entendu. Le fait-il de façon hypocrite et en abandonnant ses principes ? Pas du tout.
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