L'image du premier ministre coûte cher aux Canadiens
Les associations de journalistes demandent aux médias de ne pas utiliser le matériel promotionnel qui leur est fourni gracieusement
Stephen Harper a-t-il grimacé en mangeant de la viande de phoque cet été? On ne le saura jamais, car seul le cliché de son photographe officiel a été diffusé. Le bureau du premier ministre dépense des millions de dollars pour fournir photos et vidéos aux journalistes, mais leurs associations professionnelles les mettent en garde contre la tentation de les utiliser.
Ottawa — Les associations journalistiques du pays montent aux barricades pour dénoncer les images et vidéos promotionnelles que distribue désormais aux médias le bureau du premier ministre Stephen Harper dans l'espoir qu'elles soient diffusées sans filtre. Tous craignent la confusion des genres et pressent les médias de ne pas utiliser ce matériel.
Depuis avril, le bureau de Stephen Harper envoie aux journalistes canadiens, pour diffusion, des photos du premier ministre croquées par son photographe personnel. Depuis le 1er décembre, il envoie aussi des vidéos. La première montrait M. Harper avec son épouse Laureen entrant dans l'Airbus devant les amener en Chine.
La Presse canadienne a révélé hier que cette façon de faire avait un prix: le budget du bureau de M. Harper augmentera de 7,3 millions de dollars cette année. De cette somme, 1 million servira à fournir du son de qualité propre à la diffusion, de l'éclairage et des enregistrements. Un autre montant de 700 650 $ ira en salaires de 6,5 nouveaux employés fournissant des conseils en communications au premier ministre. Une autre tranche de 270 000 $ paiera les heures supplémentaires de techniciens, dont les vidéographes.
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) craint cette pratique. Son président, Brian Myles, explique que «la FPJQ ne va pas condamner explicitement les journalistes et les médias qui utiliseraient ce matériel, mais on leur déconseille fortement de le faire». Au même titre, illustre-t-il, qu'un journaliste ne doit pas repiquer un communiqué de presse en le faisant passer pour un article.
«Il en va du lien de confiance que la population peut avoir avec les médias de masse, de la crédibilité des journalistes et de leur indépendance.» M. Myles ajoute que si le matériel est diffusé quand même, «il doit explicitement être identifié comme étant du matériel promotionnel, car l'acte de la diffusion ne le transforme pas en produit journalistique».
Le phoque comme précédent
La présidente de l'Association canadienne des journalistes, Mary Agnes Welsh, craint pour sa part que ce genre de matériel soit présenté par le bureau du premier ministre comme un substitut à un véritable accès à M. Harper, à ses ministres et au gouvernement en général. «Ces vidéos ne seraient pas un problème si elles ne remplaçaient pas un véritable accès, par des observateurs indépendants, aux événements», dit-elle. C'est ce qui est en train de se produire, à son avis. «C'est la pire sorte de manipulation de message qui existe.»
Cet été, lorsque Stephen Harper et ses ministres ont goûté à la viande de phoque à Iqaluit, ils ont interdit l'accès à l'événement aux journalistes et photographes. Une photo prise par le photographe de M. Harper a ensuite été distribuée, montrant tout le monde souriant. Ont-ils vraiment aimé le goût de cette viande sanguine et de ce gras spongieux ou ont-ils plutôt grimacé?
Chris Waddell, directeur de l'école de journalisme à l'Université Carleton, rappelle que même si les photos et vidéos prises par l'entourage de M. Harper ne sont en général pas très différentes de celles prises par les médias, «parfois, un événement imprévu gênant survient et les médias sont alors libres de l'utiliser ou non». Les journalistes sont là pour témoigner de l'événement dans son entièreté.
«On n'est pas manipulé, parce qu'on n'est pas obligé de passer la photo ou la vidéo», précise quant à lui Antoine Char, professeur à l'École de journalisme de l'UQAM. Il reconnaît toutefois que le contexte économique difficile des médias rend la tentation plus forte. «Il y a une éthique des riches et il y a une éthique des pauvres.»
D'ailleurs, les vidéos de M. Harper en Chine étaient d'autant plus alléchantes qu'il en coûtait 7000 $ par journaliste pour être du voyage. Les réseaux de télévision qui n'envoyaient pas d'équipe de tournage pouvaient acheter les images journalistiques mises en commun s'ils cotisaient la coquette somme d'environ 15 000 $.
Normal, dit Blackburn
Le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, a indiqué qu'il trouvait normale la pratique de son gouvernement. «Un premier ministre, bien sûr, a une image nationale, a une image internationale. Il y a des choses qui doivent être véhiculées sur la place publique. C'est l'image du Canada!»
Récemment, le porte-parole de M. Harper, Dimitri Soudas, a déclaré que «les médias ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Ils ne peuvent pas nous critiquer parce que nous ne fournissons pas assez d'information et ensuite nous critiquer parce que nous en fournissons trop».
Les partis d'opposition à Ottawa, eux, sont révoltés. «C'est de la propagande, c'est très clairement de la propagande», a lancé Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois. «Ce gouvernement est dangereux.» Le chef libéral, Michael Ignatieff, faisait la comparaison avec les compressions récentes imposées à des organismes d'aide internationale comme KAIROS. «C'est lamentable. Ça montre les véritables priorités de ce gouvernement, soit de faire de l'autopromotion». Le chef du NPD, Jack Layton, estime que le pays «a des priorités plus importantes que d'utiliser les impôts pour faire des photos du premier ministre».
Ottawa — Les associations journalistiques du pays montent aux barricades pour dénoncer les images et vidéos promotionnelles que distribue désormais aux médias le bureau du premier ministre Stephen Harper dans l'espoir qu'elles soient diffusées sans filtre. Tous craignent la confusion des genres et pressent les médias de ne pas utiliser ce matériel.
Depuis avril, le bureau de Stephen Harper envoie aux journalistes canadiens, pour diffusion, des photos du premier ministre croquées par son photographe personnel. Depuis le 1er décembre, il envoie aussi des vidéos. La première montrait M. Harper avec son épouse Laureen entrant dans l'Airbus devant les amener en Chine.
La Presse canadienne a révélé hier que cette façon de faire avait un prix: le budget du bureau de M. Harper augmentera de 7,3 millions de dollars cette année. De cette somme, 1 million servira à fournir du son de qualité propre à la diffusion, de l'éclairage et des enregistrements. Un autre montant de 700 650 $ ira en salaires de 6,5 nouveaux employés fournissant des conseils en communications au premier ministre. Une autre tranche de 270 000 $ paiera les heures supplémentaires de techniciens, dont les vidéographes.
La Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) craint cette pratique. Son président, Brian Myles, explique que «la FPJQ ne va pas condamner explicitement les journalistes et les médias qui utiliseraient ce matériel, mais on leur déconseille fortement de le faire». Au même titre, illustre-t-il, qu'un journaliste ne doit pas repiquer un communiqué de presse en le faisant passer pour un article.
«Il en va du lien de confiance que la population peut avoir avec les médias de masse, de la crédibilité des journalistes et de leur indépendance.» M. Myles ajoute que si le matériel est diffusé quand même, «il doit explicitement être identifié comme étant du matériel promotionnel, car l'acte de la diffusion ne le transforme pas en produit journalistique».
Le phoque comme précédent
La présidente de l'Association canadienne des journalistes, Mary Agnes Welsh, craint pour sa part que ce genre de matériel soit présenté par le bureau du premier ministre comme un substitut à un véritable accès à M. Harper, à ses ministres et au gouvernement en général. «Ces vidéos ne seraient pas un problème si elles ne remplaçaient pas un véritable accès, par des observateurs indépendants, aux événements», dit-elle. C'est ce qui est en train de se produire, à son avis. «C'est la pire sorte de manipulation de message qui existe.»
Cet été, lorsque Stephen Harper et ses ministres ont goûté à la viande de phoque à Iqaluit, ils ont interdit l'accès à l'événement aux journalistes et photographes. Une photo prise par le photographe de M. Harper a ensuite été distribuée, montrant tout le monde souriant. Ont-ils vraiment aimé le goût de cette viande sanguine et de ce gras spongieux ou ont-ils plutôt grimacé?
Chris Waddell, directeur de l'école de journalisme à l'Université Carleton, rappelle que même si les photos et vidéos prises par l'entourage de M. Harper ne sont en général pas très différentes de celles prises par les médias, «parfois, un événement imprévu gênant survient et les médias sont alors libres de l'utiliser ou non». Les journalistes sont là pour témoigner de l'événement dans son entièreté.
«On n'est pas manipulé, parce qu'on n'est pas obligé de passer la photo ou la vidéo», précise quant à lui Antoine Char, professeur à l'École de journalisme de l'UQAM. Il reconnaît toutefois que le contexte économique difficile des médias rend la tentation plus forte. «Il y a une éthique des riches et il y a une éthique des pauvres.»
D'ailleurs, les vidéos de M. Harper en Chine étaient d'autant plus alléchantes qu'il en coûtait 7000 $ par journaliste pour être du voyage. Les réseaux de télévision qui n'envoyaient pas d'équipe de tournage pouvaient acheter les images journalistiques mises en commun s'ils cotisaient la coquette somme d'environ 15 000 $.
Normal, dit Blackburn
Le ministre du Revenu, Jean-Pierre Blackburn, a indiqué qu'il trouvait normale la pratique de son gouvernement. «Un premier ministre, bien sûr, a une image nationale, a une image internationale. Il y a des choses qui doivent être véhiculées sur la place publique. C'est l'image du Canada!»
Récemment, le porte-parole de M. Harper, Dimitri Soudas, a déclaré que «les médias ne peuvent pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Ils ne peuvent pas nous critiquer parce que nous ne fournissons pas assez d'information et ensuite nous critiquer parce que nous en fournissons trop».
Les partis d'opposition à Ottawa, eux, sont révoltés. «C'est de la propagande, c'est très clairement de la propagande», a lancé Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois. «Ce gouvernement est dangereux.» Le chef libéral, Michael Ignatieff, faisait la comparaison avec les compressions récentes imposées à des organismes d'aide internationale comme KAIROS. «C'est lamentable. Ça montre les véritables priorités de ce gouvernement, soit de faire de l'autopromotion». Le chef du NPD, Jack Layton, estime que le pays «a des priorités plus importantes que d'utiliser les impôts pour faire des photos du premier ministre».











