L'occasion manquée, prise 2
La scène avait quelque chose d'étrange. Alors que tous les projecteurs politiques étaient tournés vers la conférence de Copenhague sur les changements climatiques et l'affaire des détenus afghans, le chef libéral Michael Ignatieff a convoqué la presse hier pour dévoiler ses propositions pour assurer de meilleurs revenus de retraite aux Canadiens.
Le projet en trois volets n'est pas dénué d'intérêt. Les libéraux proposent d'abord de créer un Régime supplémentaire de pensions du Canada, qui permettrait aux Canadiens qui le souhaitent et qui n'ont pas de régime de pension privé de contribuer à un régime public complémentaire plus simple que les REER. Les libéraux voudraient ensuite que les retraités d'une entreprise en faillite puissent protéger ce qui leur reste de caisse de retraite en confiant sa gestion au Régime de pensions du Canada. Finalement, ils voudraient que les lois sur la faillite et l'insolvabilité soient modifiées pour que les caisses de retraite d'invalidité de longue durée aient le statut de créancier privilégié en cas de faillite.
Dans ce dernier cas, les libéraux trouvent la situation suffisamment urgente pour envisager de présenter leur propre projet de loi au Sénat. On croirait, étant donné l'urgence, que ledit projet de loi aurait été dévoilé hier et déposé avant que le Sénat fasse relâche pour les Fêtes, la semaine prochaine. Mais non. Les libéraux y travaillent encore.
Pour justifier le fait d'ouvrir son jeu maintenant, Michael Ignatieff invoque deux raisons. D'abord, la tenue, la semaine prochaine, d'une rencontre des ministres fédéral et provinciaux des Finances lors de laquelle la question des pensions est à l'ordre du jour. Et il y a ensuite la responsabilité qui incombe à l'opposition de faire des suggestions concrètes.
*
On ne blâmera pas les libéraux de vouloir mettre des solutions de rechange de l'avant — on leur a assez reproché le contraire —, mais leur problème en ce moment est qu'ils brûlent leurs cartouches trop vite. Ils se privent, eux et leur chef, de retombées positives dont ils ont bien besoin. Le cas le plus flagrant, et même désolant pour Michael Ignatieff, est celui de son programme environnemental qu'il a dévoilé à l'Université Laval, le 26 novembre dernier.
Il y a d'abord l'événement. En plus d'avoir été tenu trop tôt, il a été annoncé au moyen du communiqué traditionnel, sans plus. L'importance du discours n'a pas été mise en évidence et la couverture journalistique a été à l'avenant, éparse et sans effet.
Le discours était pourtant substantiel, en particulier sur les changements climatiques. Le chef libéral disait ce qu'il ferait si lui était à Copenhague. S'il n'en tenait qu'à lui, le Canada militerait pour un traité de réduction des gaz à effet de serre (GES) fondé sur la science et destiné à limiter à 2 °C le réchauffement planétaire. Il appuierait des cibles contraignantes pour les pays riches, et différenciées pour les pays en développement.
Sous Michael Ignatieff, le Canada reviendrait à 1990, année de référence du protocole de Kyoto (les conservateurs ont choisi 2006), afin de pas pénaliser ceux qui, comme le Québec, ont pris de l'avance. Le chef libéral appuierait aussi l'adoption d'un système de plafonnement et d'échanges de carbone, et n'attendrait pas les Américains pour avancer et investir dans les économies renouvelables. Il n'a cependant pas dit comment il arriverait à réconcilier les positions divergentes des provinces, ni quelles seraient ses cibles exactes de réduction de GES.
Ce n'est qu'en point de presse qu'il a dit qu'il voudrait que le Canada soit dans la moyenne des pays industrialisés, soit une réduction de 16 à 23 % par rapport à 1990 d'ici 2020. Cette omission dans son discours a toutefois détourné l'attention du reste de son exposé, car elle était incompréhensible, les libéraux ayant voté deux jours plus tôt pour une motion bloquiste préconisant une réduction de 25 %. Depuis, l'entourage de
M. Ignatieff explique qu'une négociation doit avoir lieu à Copenhague et qu'il fallait se donner une marge de manoeuvre, mais cette erreur n'a fait que porter ombrage au reste du message.
*
Ce qui a le plus nui à l'impact de ce discours, cependant, est le choix du moment. Ce n'était pas il y a deux semaines que M. Ignatieff devait parler de changements climatiques, mais maintenant. Et cela aurait dû être fait avec bruit et insistance.
Un sondage Harris-Decima révélait en début de semaine que 64 % des Canadiens considéraient que les pays riches devaient assumer une plus grande part de la responsabilité pour la réduction des émissions de GES et que cela voulait dire accepter des cibles plus strictes. Le même sondage indiquait que 81 % des Canadiens souhaitaient que le Canada ait une position indépendante de celle des Américains à Copenhague. Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir montrait pour sa part que la performance conservatrice dans ce dossier et celui des détenus afghans freinait la progression du PC au Québec.
L'environnement est le talon d'Achille de Stephen Harper et les libéraux l'exploitent mal. C'est d'autant plus problématique pour eux qu'il s'agit de l'enjeu sur lequel ils peuvent le mieux se démarquer des conservateurs. Et ils ont un urgent besoin de se démarquer, eux qui ont appuyé le dernier budget et plusieurs projets de loi.
*****
mcornellier@ledevoir.com
Le projet en trois volets n'est pas dénué d'intérêt. Les libéraux proposent d'abord de créer un Régime supplémentaire de pensions du Canada, qui permettrait aux Canadiens qui le souhaitent et qui n'ont pas de régime de pension privé de contribuer à un régime public complémentaire plus simple que les REER. Les libéraux voudraient ensuite que les retraités d'une entreprise en faillite puissent protéger ce qui leur reste de caisse de retraite en confiant sa gestion au Régime de pensions du Canada. Finalement, ils voudraient que les lois sur la faillite et l'insolvabilité soient modifiées pour que les caisses de retraite d'invalidité de longue durée aient le statut de créancier privilégié en cas de faillite.
Dans ce dernier cas, les libéraux trouvent la situation suffisamment urgente pour envisager de présenter leur propre projet de loi au Sénat. On croirait, étant donné l'urgence, que ledit projet de loi aurait été dévoilé hier et déposé avant que le Sénat fasse relâche pour les Fêtes, la semaine prochaine. Mais non. Les libéraux y travaillent encore.
Pour justifier le fait d'ouvrir son jeu maintenant, Michael Ignatieff invoque deux raisons. D'abord, la tenue, la semaine prochaine, d'une rencontre des ministres fédéral et provinciaux des Finances lors de laquelle la question des pensions est à l'ordre du jour. Et il y a ensuite la responsabilité qui incombe à l'opposition de faire des suggestions concrètes.
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On ne blâmera pas les libéraux de vouloir mettre des solutions de rechange de l'avant — on leur a assez reproché le contraire —, mais leur problème en ce moment est qu'ils brûlent leurs cartouches trop vite. Ils se privent, eux et leur chef, de retombées positives dont ils ont bien besoin. Le cas le plus flagrant, et même désolant pour Michael Ignatieff, est celui de son programme environnemental qu'il a dévoilé à l'Université Laval, le 26 novembre dernier.
Il y a d'abord l'événement. En plus d'avoir été tenu trop tôt, il a été annoncé au moyen du communiqué traditionnel, sans plus. L'importance du discours n'a pas été mise en évidence et la couverture journalistique a été à l'avenant, éparse et sans effet.
Le discours était pourtant substantiel, en particulier sur les changements climatiques. Le chef libéral disait ce qu'il ferait si lui était à Copenhague. S'il n'en tenait qu'à lui, le Canada militerait pour un traité de réduction des gaz à effet de serre (GES) fondé sur la science et destiné à limiter à 2 °C le réchauffement planétaire. Il appuierait des cibles contraignantes pour les pays riches, et différenciées pour les pays en développement.
Sous Michael Ignatieff, le Canada reviendrait à 1990, année de référence du protocole de Kyoto (les conservateurs ont choisi 2006), afin de pas pénaliser ceux qui, comme le Québec, ont pris de l'avance. Le chef libéral appuierait aussi l'adoption d'un système de plafonnement et d'échanges de carbone, et n'attendrait pas les Américains pour avancer et investir dans les économies renouvelables. Il n'a cependant pas dit comment il arriverait à réconcilier les positions divergentes des provinces, ni quelles seraient ses cibles exactes de réduction de GES.
Ce n'est qu'en point de presse qu'il a dit qu'il voudrait que le Canada soit dans la moyenne des pays industrialisés, soit une réduction de 16 à 23 % par rapport à 1990 d'ici 2020. Cette omission dans son discours a toutefois détourné l'attention du reste de son exposé, car elle était incompréhensible, les libéraux ayant voté deux jours plus tôt pour une motion bloquiste préconisant une réduction de 25 %. Depuis, l'entourage de
M. Ignatieff explique qu'une négociation doit avoir lieu à Copenhague et qu'il fallait se donner une marge de manoeuvre, mais cette erreur n'a fait que porter ombrage au reste du message.
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Ce qui a le plus nui à l'impact de ce discours, cependant, est le choix du moment. Ce n'était pas il y a deux semaines que M. Ignatieff devait parler de changements climatiques, mais maintenant. Et cela aurait dû être fait avec bruit et insistance.
Un sondage Harris-Decima révélait en début de semaine que 64 % des Canadiens considéraient que les pays riches devaient assumer une plus grande part de la responsabilité pour la réduction des émissions de GES et que cela voulait dire accepter des cibles plus strictes. Le même sondage indiquait que 81 % des Canadiens souhaitaient que le Canada ait une position indépendante de celle des Américains à Copenhague. Le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir montrait pour sa part que la performance conservatrice dans ce dossier et celui des détenus afghans freinait la progression du PC au Québec.
L'environnement est le talon d'Achille de Stephen Harper et les libéraux l'exploitent mal. C'est d'autant plus problématique pour eux qu'il s'agit de l'enjeu sur lequel ils peuvent le mieux se démarquer des conservateurs. Et ils ont un urgent besoin de se démarquer, eux qui ont appuyé le dernier budget et plusieurs projets de loi.
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