L'occasion ratée
Le premier ministre Stephen Harper aime bien se vanter de son plan de relance économique. Encore la semaine dernière, il affirmait, dans le ciel de la Sibérie, que 97 % des fonds promis dans le dernier budget étaient engagés. Un chiffre qui ne veut rien dire puisque, pour y arriver, le gouvernement tient compte de toutes les mesures ayant fait l'objet d'une loi ou d'une annonce, que les fonds aient été déboursés ou non. C'est le cas, par exemple, du crédit à la rénovation domiciliaire dont vous ne verrez la couleur qu'après avoir rempli votre déclaration de revenus.
Le décollage aujourd'hui de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques inspire un autre étalon de mesure. Trouve-t-on dans le plan fédéral la vision nécessaire à l'émergence d'une économie verte et aux emplois d'avenir qui s'y rattachent?
Selon un rapport publié en mai dernier par la division des changements climatiques de la banque HSBC, le Canada — le gouvernement fédéral pour être précis — fait piètre figure à l'échelle internationale à cet égard. Seulement 8,7 % des fonds annoncés dans le dernier budget entrent dans la catégorie dite «verte». C'est moins que le Mexique ou les États-Unis (10,1 % de son Emergency Economic Stabilization Act et 12 % de l'American Recovery and Reinvestment Plan). C'est bien loin derrière la Chine ou encore la Corée du Sud, l'Union européenne, le Japon, l'Australie, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Norvège...
Le Canada sortira de cette crise doté d'infrastructures toutes neuves, mais aura oublié, contrairement à ses principaux concurrents, d'investir dans un des secteurs économiques les plus prometteurs, où il existe pourtant une expertise canadienne et la possibilité d'emplois durables et à haute valeur ajoutée.
***
Le gouvernement Harper n'a pas ignoré le secteur environnemental, il l'a simplement traité comme une quantité négligeable. Il n'y a qu'une infime partie des 47 milliards dépensés sur deux ans qui serviront à améliorer des installations de traitement des eaux, de transports en commun ou d'économie d'énergie. Ce sera un peu le fruit du hasard, car personne n'en a fait une obligation.
Le seul programme d'infrastructures à vocation environnementale est le Fonds pour l'infrastructure verte de la Fédération canadienne des municipalités auquel Ottawa a accordé un milliard sur cinq ans, dont 400 millions dans le cadre du plan de relance de deux ans. En revanche, le Fonds de stimulation des infrastructures n'a pas à voir vert pour dépenser ses quatre milliards sur deux ans.
Ottawa a prévu verser trois milliards en crédit d'impôt pour la rénovation domiciliaire, mais sans exiger, comme au Québec, que les travaux servent à améliorer la performance énergétique des maisons. Pour cela, on a misé sur un programme existant dont on a accru le budget de 300 millions sur deux ans seulement, soit dix fois moins que la somme allouée au crédit d'impôt (qui n'oblige même pas à acheter des produits canadiens).
Il y a bien un important investissement environnemental dans ce plan. Il totalise un milliard, sur cinq ans, et est réservé en presque totalité (850 millions) à une technologie qui n'a pas fait ses preuves: le captage et le stockage du carbone. La recherche sur les autres méthodes de réduction des émissions de carbone devra se contenter des 150 millions restants.
***
Le gouvernement Harper aurait pu faire beaucoup plus pour verdir notre économie, car le potentiel est là. L'an dernier, le groupe de consultants Russell-Mitchell a produit un rapport sur les obstacles à l'expansion, en Ontario, des entreprises spécialisées dans les technologies propres. La firme effectue actuellement une analyse similaire à l'échelle du Canada, et les constats se recoupent, confirme Céline Bak, qui fait partie des auteurs de l'étude.
Le cas ontarien a montré que les entreprises innovatrices ont généralement accès à des fonds gouvernementaux, y compris fédéraux, pour la recherche et le développement ainsi que pour la démonstration de leur technologie. Leurs problèmes commencent quand vient le temps de développer un marché et de commercialiser leurs produits. «Nous n'achetons pas les produits de nos propres entreprises, ce qui a un impact important sur leur capacité de vendre à l'étranger», explique Mme Bak, et le financement pour la commercialisation est difficile à trouver. Les entreprises n'arrivent pas à atteindre leur plein potentiel ni à créer tous les emplois espérés, à moins, trop souvent, de se tourner vers des investisseurs étrangers, qui acquièrent ainsi une technologie que les Canadiens ont financée
Le gouvernement ontarien a compris le message l'an dernier et a utilisé une partie de son plan de relance pour soutenir le secteur prometteur des technologies propres. Il a en particulier exigé un certain pourcentage de contenu ontarien en échange du financement gouvernemental pour les projets d'énergie renouvelable.
Le gouvernement Harper, de son côté, n'a rien fait de tel. Il n'a pas su utiliser son plan comme un levier pour soutenir un secteur en pleine croissance, mais à la recherche d'un coup de pouce pour affronter ses concurrents étrangers. Il avait l'occasion de laisser aux générations futures non seulement des dettes, mais des emplois durables et les bases d'une économie tournée vers l'avenir. Il est passé à côté.
Le décollage aujourd'hui de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques inspire un autre étalon de mesure. Trouve-t-on dans le plan fédéral la vision nécessaire à l'émergence d'une économie verte et aux emplois d'avenir qui s'y rattachent?
Selon un rapport publié en mai dernier par la division des changements climatiques de la banque HSBC, le Canada — le gouvernement fédéral pour être précis — fait piètre figure à l'échelle internationale à cet égard. Seulement 8,7 % des fonds annoncés dans le dernier budget entrent dans la catégorie dite «verte». C'est moins que le Mexique ou les États-Unis (10,1 % de son Emergency Economic Stabilization Act et 12 % de l'American Recovery and Reinvestment Plan). C'est bien loin derrière la Chine ou encore la Corée du Sud, l'Union européenne, le Japon, l'Australie, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Norvège...
Le Canada sortira de cette crise doté d'infrastructures toutes neuves, mais aura oublié, contrairement à ses principaux concurrents, d'investir dans un des secteurs économiques les plus prometteurs, où il existe pourtant une expertise canadienne et la possibilité d'emplois durables et à haute valeur ajoutée.
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Le gouvernement Harper n'a pas ignoré le secteur environnemental, il l'a simplement traité comme une quantité négligeable. Il n'y a qu'une infime partie des 47 milliards dépensés sur deux ans qui serviront à améliorer des installations de traitement des eaux, de transports en commun ou d'économie d'énergie. Ce sera un peu le fruit du hasard, car personne n'en a fait une obligation.
Le seul programme d'infrastructures à vocation environnementale est le Fonds pour l'infrastructure verte de la Fédération canadienne des municipalités auquel Ottawa a accordé un milliard sur cinq ans, dont 400 millions dans le cadre du plan de relance de deux ans. En revanche, le Fonds de stimulation des infrastructures n'a pas à voir vert pour dépenser ses quatre milliards sur deux ans.
Ottawa a prévu verser trois milliards en crédit d'impôt pour la rénovation domiciliaire, mais sans exiger, comme au Québec, que les travaux servent à améliorer la performance énergétique des maisons. Pour cela, on a misé sur un programme existant dont on a accru le budget de 300 millions sur deux ans seulement, soit dix fois moins que la somme allouée au crédit d'impôt (qui n'oblige même pas à acheter des produits canadiens).
Il y a bien un important investissement environnemental dans ce plan. Il totalise un milliard, sur cinq ans, et est réservé en presque totalité (850 millions) à une technologie qui n'a pas fait ses preuves: le captage et le stockage du carbone. La recherche sur les autres méthodes de réduction des émissions de carbone devra se contenter des 150 millions restants.
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Le gouvernement Harper aurait pu faire beaucoup plus pour verdir notre économie, car le potentiel est là. L'an dernier, le groupe de consultants Russell-Mitchell a produit un rapport sur les obstacles à l'expansion, en Ontario, des entreprises spécialisées dans les technologies propres. La firme effectue actuellement une analyse similaire à l'échelle du Canada, et les constats se recoupent, confirme Céline Bak, qui fait partie des auteurs de l'étude.
Le cas ontarien a montré que les entreprises innovatrices ont généralement accès à des fonds gouvernementaux, y compris fédéraux, pour la recherche et le développement ainsi que pour la démonstration de leur technologie. Leurs problèmes commencent quand vient le temps de développer un marché et de commercialiser leurs produits. «Nous n'achetons pas les produits de nos propres entreprises, ce qui a un impact important sur leur capacité de vendre à l'étranger», explique Mme Bak, et le financement pour la commercialisation est difficile à trouver. Les entreprises n'arrivent pas à atteindre leur plein potentiel ni à créer tous les emplois espérés, à moins, trop souvent, de se tourner vers des investisseurs étrangers, qui acquièrent ainsi une technologie que les Canadiens ont financée
Le gouvernement ontarien a compris le message l'an dernier et a utilisé une partie de son plan de relance pour soutenir le secteur prometteur des technologies propres. Il a en particulier exigé un certain pourcentage de contenu ontarien en échange du financement gouvernemental pour les projets d'énergie renouvelable.
Le gouvernement Harper, de son côté, n'a rien fait de tel. Il n'a pas su utiliser son plan comme un levier pour soutenir un secteur en pleine croissance, mais à la recherche d'un coup de pouce pour affronter ses concurrents étrangers. Il avait l'occasion de laisser aux générations futures non seulement des dettes, mais des emplois durables et les bases d'une économie tournée vers l'avenir. Il est passé à côté.
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