dimanche 27 mai 2012 Dernière mise à jour 01h01
fermer

Connexion au Devoir.com

Mot de passe oublié?


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

L'occasion ratée

Manon Cornellier   7 décembre 2009  Canada
Le premier ministre Stephen Harper aime bien se vanter de son plan de relance économique. Encore la semaine dernière, il affirmait, dans le ciel de la Sibérie, que 97 % des fonds promis dans le dernier budget étaient engagés. Un chiffre qui ne veut rien dire puisque, pour y arriver, le gouvernement tient compte de toutes les mesures ayant fait l'objet d'une loi ou d'une annonce, que les fonds aient été déboursés ou non. C'est le cas, par exemple, du crédit à la rénovation domiciliaire dont vous ne verrez la couleur qu'après avoir rempli votre déclaration de revenus.

Le décollage aujourd'hui de la conférence de Copenhague sur les changements climatiques inspire un autre étalon de mesure. Trouve-t-on dans le plan fédéral la vision nécessaire à l'émergence d'une économie verte et aux emplois d'avenir qui s'y rattachent?

Selon un rapport publié en mai dernier par la division des changements climatiques de la banque HSBC, le Canada — le gouvernement fédéral pour être précis — fait piètre figure à l'échelle internationale à cet égard. Seulement 8,7 % des fonds annoncés dans le dernier budget entrent dans la catégorie dite «verte». C'est moins que le Mexique ou les États-Unis (10,1 % de son Emergency Economic Stabilization Act et 12 % de l'American Recovery and Reinvestment Plan). C'est bien loin derrière la Chine ou encore la Corée du Sud, l'Union européenne, le Japon, l'Australie, l'Allemagne, la France, la Grande-Bretagne, la Norvège...

Le Canada sortira de cette crise doté d'infrastructures toutes neuves, mais aura oublié, contrairement à ses principaux concurrents, d'investir dans un des secteurs économiques les plus prometteurs, où il existe pourtant une expertise canadienne et la possibilité d'emplois durables et à haute valeur ajoutée.

***

Le gouvernement Harper n'a pas ignoré le secteur environnemental, il l'a simplement traité comme une quantité négligeable. Il n'y a qu'une infime partie des 47 milliards dépensés sur deux ans qui serviront à améliorer des installations de traitement des eaux, de transports en commun ou d'économie d'énergie. Ce sera un peu le fruit du hasard, car personne n'en a fait une obligation.

Le seul programme d'infrastructures à vocation environnementale est le Fonds pour l'infrastructure verte de la Fédération canadienne des municipalités auquel Ottawa a accordé un milliard sur cinq ans, dont 400 millions dans le cadre du plan de relance de deux ans. En revanche, le Fonds de stimulation des infrastructures n'a pas à voir vert pour dépenser ses quatre milliards sur deux ans.

Ottawa a prévu verser trois milliards en crédit d'impôt pour la rénovation domiciliaire, mais sans exiger, comme au Québec, que les travaux servent à améliorer la performance énergétique des maisons. Pour cela, on a misé sur un programme existant dont on a accru le budget de 300 millions sur deux ans seulement, soit dix fois moins que la somme allouée au crédit d'impôt (qui n'oblige même pas à acheter des produits canadiens).

Il y a bien un important investissement environnemental dans ce plan. Il totalise un milliard, sur cinq ans, et est réservé en presque totalité (850 millions) à une technologie qui n'a pas fait ses preuves: le captage et le stockage du carbone. La recherche sur les autres méthodes de réduction des émissions de carbone devra se contenter des 150 millions restants.

***

Le gouvernement Harper aurait pu faire beaucoup plus pour verdir notre économie, car le potentiel est là. L'an dernier, le groupe de consultants Russell-Mitchell a produit un rapport sur les obstacles à l'expansion, en Ontario, des entreprises spécialisées dans les technologies propres. La firme effectue actuellement une analyse similaire à l'échelle du Canada, et les constats se recoupent, confirme Céline Bak, qui fait partie des auteurs de l'étude.

Le cas ontarien a montré que les entreprises innovatrices ont généralement accès à des fonds gouvernementaux, y compris fédéraux, pour la recherche et le développement ainsi que pour la démonstration de leur technologie. Leurs problèmes commencent quand vient le temps de développer un marché et de commercialiser leurs produits. «Nous n'achetons pas les produits de nos propres entreprises, ce qui a un impact important sur leur capacité de vendre à l'étranger», explique Mme Bak, et le financement pour la commercialisation est difficile à trouver. Les entreprises n'arrivent pas à atteindre leur plein potentiel ni à créer tous les emplois espérés, à moins, trop souvent, de se tourner vers des investisseurs étrangers, qui acquièrent ainsi une technologie que les Canadiens ont financée

Le gouvernement ontarien a compris le message l'an dernier et a utilisé une partie de son plan de relance pour soutenir le secteur prometteur des technologies propres. Il a en particulier exigé un certain pourcentage de contenu ontarien en échange du financement gouvernemental pour les projets d'énergie renouvelable.

Le gouvernement Harper, de son côté, n'a rien fait de tel. Il n'a pas su utiliser son plan comme un levier pour soutenir un secteur en pleine croissance, mais à la recherche d'un coup de pouce pour affronter ses concurrents étrangers. Il avait l'occasion de laisser aux générations futures non seulement des dettes, mais des emplois durables et les bases d'une économie tournée vers l'avenir. Il est passé à côté.
 
 
Édition abonné
La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
 
 












CAPTCHA Image Générer un nouveau code

Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires  Chargement ...
  • André Loiseau - Abonné
    7 décembre 2009 01 h 56
    L'animalerie

    Malgré ses performances imbéciles et les risques évidents qu'il fait prendre autant au monde entier, canadiens en premier, et son chien étant mort au Québec, la grande part anglophone de ce pays le maintiendra-t-elle en selle? Le prend-t-elle en pitié?
    Il bouge avec les circonvolutions, la lenteur menaçante et les ruses du serpent afin de protéger, de son mielleux venin, les sables bitumineux et gluants du dollar albertain. Aucun papier, aucune preuve tangible ne pourront faire accepter à une roche qu'elle en soit une.
    La tête du cochon n'est pas l'appendice de ce seul animal, elle garnit trop souvent les épaules de certains hommes.
    Choisissez l'animal que vous préférez.
    Nous vivons dans un pays libre du gros bon sens.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Eric Allard - Abonné
    7 décembre 2009 12 h 43
    L'Histoire se souviendra...
    ... des années Harper comme les années sombres où le Canada a reculé en plusieurs matières, en particulier en démocratie. Ces Années Sombres (on devrait dire Harper's Dark Years) auront vu le Canada reculer sur le plan technologique, sur la recherche universitaire fondamentale, sur le plan social et artistique, sur le plan des droits de la personne, sur la démocratie etc

    La liste des accrocs de ce gouvernent régional est évidemment trop longue pour être citée ici, mais j'ai surtout hâte de savoir combien de temps ces Années Sombres vont durer.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • Geo Bea - Inscrit
    7 décembre 2009 13 h 25
    Mentalité moyen-âgeuse.
    On sait que les "Reformists" qui composent l'essentiel des conservateurs vivent encore au XIXe siècle. Il n'est donc pas étonnant de les voir prendre de telles décisions sur des sujets qui les dépassent complètement. Il n'y a qu'à voir comment ils traitent le système carcéral ou encore le registre des armes à feu. Sans compter qu'ils faut ménager ses petits amis du pétrole.
    Tout le monde se rend compte que si Har-Peur se dérangent à Copenhague, c'est parce qu'Obama s'y rend pour faire avancer le dossier. Il faut à tout pris saboter la réunion, tant pis si le Canada passe pour un pays arriéré.
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
  •  
  • fermer
    Vous devez être connecté pour rédiger un commentaire.
    ou Créer un profil
Cet article vous intéresse?
3 réactions
1 vote Voter
 
  • a Taille du texte -- ++
  • Imprimer
  • Envoyer
  • Partager
  • Droits de reproduction
  • Voter
Pour en savoir plus
Chroniques
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

m'inscrire
 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

En savoir plus
Stratégie Web et référencement par Adviso
Design Web par Egzakt
© Le Devoir 2002-2012