Cinquante visites dans les prisons afghanes - Une fonctionnaire n'a rien vu de mal
Et pourtant, la Croix-Rouge avait tiré la sonnette d'alarme
Photo : Agence Reuters
Forces armées en Afghanistan
Qui dit vrai dans le dossier de la torture en Afghanistan? Hier encore, les témoignages contradictoires se sont confrontés, avec trois hauts fonctionnaires venus démentir les affirmations de Richard Colvin, et un mémo confirmant au contraire les craintes de la Croix-Rouge...
Ottawa — De la torture? Rien d'apparent: une haute fonctionnaire ayant effectué près de 50 visites dans les prisons afghanes a affirmé hier n'avoir jamais observé de marques de torture sur des détenus.
Linda Garwood-Filbert, une gestionnaire de Service correctionnel Canada responsable des visites des prisons afghanes en 2007, a affirmé hier après-midi au Comité spécial sur l'Afghanistan avoir effectué 47 visites inopinées dans différentes prisons entre février et décembre 2007, et n'avoir jamais «trouvé de signes physiques de violence pour corroborer les allégations de torture» qui étaient parfois faites par des détenus.
En avril 2007, le témoignage de deux détenus a toutefois été jugé assez préoccupant pour qu'elle le mentionne à la Croix-Rouge internationale, a-t-elle dit devant le comité. On sait depuis deux ans que le Canada n'a pas poussé très loin son enquête dans ce dossier, se contentant de rapporter la déposition.
Mme Garwood-Filbert a beaucoup été questionnée sur un autre incident particulier: la découverte, le 19 novembre 2007, d'un bout de câbles électriques tressés trouvé dans le bureau du directeur d'une prison. L'objet ne pouvait servir qu'à pratiquer une forme de torture, a-t-elle reconnu. Une enquête a été ouverte et a mené au congédiement de ce directeur.
Le député libéral Bob Rae s'est alors insurgé de voir qu'une situation de ce type n'a pas sonné de cloche à Ottawa. Il y avait pourtant là l'indication d'un risque substantiel de torture pour les détenus, a-t-il soutenu, en rappelant que la convention de Genève interdit le transfert d'un prisonnier lorsqu'il y a un doute sur ses conditions futures de détention.
«Nous avons pris les mesures raisonnables à l'époque pour réduire les risques», a rétorqué Colleen Swords, ancienne sous-ministre adjointe aux Affaires étrangères et responsable de la politique de transfert des détenus (de l'automne 2006 au printemps 2007). Mme Swords a défendu hier la position du gouvernement et de l'armée, voulant qu'aucune allégation sérieuse de torture n'ait été portée à l'attention du Canada avant l'automne 2007.
«Dans un pays comme l'Afghanistan, il faut faire bien attention aux allégations, a soutenu Mme Swords. Sinon, tout le monde déclare avoir été torturé». D'après elle, le Canada a toujours réagi promptement lorsque des problèmes avec les transferts étaient signalés. Et quand le problème est apparu plus structurel, un nouveau protocole de transfert a été adopté. «C'est le meilleur parmi nos alliés», évalue-t-elle.
Mme Swords a affirmé qu'une entente prévoyait que la Commission indépendante de l'Afghanistan pour les droits de la personne avertisse les autorités canadiennes si elle découvrait des cas de mauvais traitements infligés aux détenus. Or, la commission n'aurait jamais émis d'avertissement. La diplomate s'est autrement défendue d'avoir imposé une quelconque forme de censure à Richard Colvin.
Douglas Scott Proudfoot, un ancien directeur de la division de la politique de l'Afghanistan au ministère des Affaires étrangères, a pour sa part témoigné que des rapports datant de 2006 critiquaient certaines inefficacités dans le processus de transfert des détenus, mais que rien ne concernait précisément la torture.
La Croix-Rouge inquiète
Ces témoignages sont survenus au terme d'une autre journée chargée dans ce dossier. Le gouvernement a notamment accepté de remettre au comité une copie de tous les rapports de Richard Colvin... mais en version censurée. Le volumineux document a ainsi été passé au caviar, ce que l'opposition a vivement dénoncé au sortir des audiences.
Par contre, d'autres documents — non censurés — dévoilés hier soir par la Presse canadienne confirment que M. Colvin n'était pas le seul à se préoccuper des risques de torture en 2006. Les documents montrent en effet que des représentants de la Croix-Rouge internationale ont rencontré à deux reprises des responsables canadiens en 2006 pour les mettre en garde des risques de torture. Et même s'ils ne peuvent utiliser le mot «torture» ou commenter directement les agissements d'un gouvernement, les représentants de la Croix-Rouge auraient été très clairs sur le fait que la situation n'était pas acceptable.
En s'appuyant sur d'autres documents inédits, le Globe and Mail révélait finalement hier que l'ex-ambassadeur Arif Lalani a lui-même demandé à Richard Colvin de réduire de 70 à 5 la liste des destinataires de ses rapports. Il aurait aussi exigé qu'il biffe une section d'un mémo dans laquelle un officiel de la Croix-Rouge confirmait que l'enquête menée par le Globe en avril 2007 était conséquente avec ce que l'organisation observait sur le terrain.
Ottawa — De la torture? Rien d'apparent: une haute fonctionnaire ayant effectué près de 50 visites dans les prisons afghanes a affirmé hier n'avoir jamais observé de marques de torture sur des détenus.
Linda Garwood-Filbert, une gestionnaire de Service correctionnel Canada responsable des visites des prisons afghanes en 2007, a affirmé hier après-midi au Comité spécial sur l'Afghanistan avoir effectué 47 visites inopinées dans différentes prisons entre février et décembre 2007, et n'avoir jamais «trouvé de signes physiques de violence pour corroborer les allégations de torture» qui étaient parfois faites par des détenus.
En avril 2007, le témoignage de deux détenus a toutefois été jugé assez préoccupant pour qu'elle le mentionne à la Croix-Rouge internationale, a-t-elle dit devant le comité. On sait depuis deux ans que le Canada n'a pas poussé très loin son enquête dans ce dossier, se contentant de rapporter la déposition.
Mme Garwood-Filbert a beaucoup été questionnée sur un autre incident particulier: la découverte, le 19 novembre 2007, d'un bout de câbles électriques tressés trouvé dans le bureau du directeur d'une prison. L'objet ne pouvait servir qu'à pratiquer une forme de torture, a-t-elle reconnu. Une enquête a été ouverte et a mené au congédiement de ce directeur.
Le député libéral Bob Rae s'est alors insurgé de voir qu'une situation de ce type n'a pas sonné de cloche à Ottawa. Il y avait pourtant là l'indication d'un risque substantiel de torture pour les détenus, a-t-il soutenu, en rappelant que la convention de Genève interdit le transfert d'un prisonnier lorsqu'il y a un doute sur ses conditions futures de détention.
«Nous avons pris les mesures raisonnables à l'époque pour réduire les risques», a rétorqué Colleen Swords, ancienne sous-ministre adjointe aux Affaires étrangères et responsable de la politique de transfert des détenus (de l'automne 2006 au printemps 2007). Mme Swords a défendu hier la position du gouvernement et de l'armée, voulant qu'aucune allégation sérieuse de torture n'ait été portée à l'attention du Canada avant l'automne 2007.
«Dans un pays comme l'Afghanistan, il faut faire bien attention aux allégations, a soutenu Mme Swords. Sinon, tout le monde déclare avoir été torturé». D'après elle, le Canada a toujours réagi promptement lorsque des problèmes avec les transferts étaient signalés. Et quand le problème est apparu plus structurel, un nouveau protocole de transfert a été adopté. «C'est le meilleur parmi nos alliés», évalue-t-elle.
Mme Swords a affirmé qu'une entente prévoyait que la Commission indépendante de l'Afghanistan pour les droits de la personne avertisse les autorités canadiennes si elle découvrait des cas de mauvais traitements infligés aux détenus. Or, la commission n'aurait jamais émis d'avertissement. La diplomate s'est autrement défendue d'avoir imposé une quelconque forme de censure à Richard Colvin.
Douglas Scott Proudfoot, un ancien directeur de la division de la politique de l'Afghanistan au ministère des Affaires étrangères, a pour sa part témoigné que des rapports datant de 2006 critiquaient certaines inefficacités dans le processus de transfert des détenus, mais que rien ne concernait précisément la torture.
La Croix-Rouge inquiète
Ces témoignages sont survenus au terme d'une autre journée chargée dans ce dossier. Le gouvernement a notamment accepté de remettre au comité une copie de tous les rapports de Richard Colvin... mais en version censurée. Le volumineux document a ainsi été passé au caviar, ce que l'opposition a vivement dénoncé au sortir des audiences.
Par contre, d'autres documents — non censurés — dévoilés hier soir par la Presse canadienne confirment que M. Colvin n'était pas le seul à se préoccuper des risques de torture en 2006. Les documents montrent en effet que des représentants de la Croix-Rouge internationale ont rencontré à deux reprises des responsables canadiens en 2006 pour les mettre en garde des risques de torture. Et même s'ils ne peuvent utiliser le mot «torture» ou commenter directement les agissements d'un gouvernement, les représentants de la Croix-Rouge auraient été très clairs sur le fait que la situation n'était pas acceptable.
En s'appuyant sur d'autres documents inédits, le Globe and Mail révélait finalement hier que l'ex-ambassadeur Arif Lalani a lui-même demandé à Richard Colvin de réduire de 70 à 5 la liste des destinataires de ses rapports. Il aurait aussi exigé qu'il biffe une section d'un mémo dans laquelle un officiel de la Croix-Rouge confirmait que l'enquête menée par le Globe en avril 2007 était conséquente avec ce que l'organisation observait sur le terrain.
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