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Harper travaille à son héritage politique

Le premier ministre veut créer une agence gouvernementale pour promouvoir la démocratie dans le monde

Alec Castonguay   1 décembre 2009  Canada
Stephen Harper
Photo : Agence Reuters
Stephen Harper
Le premier ministre Stephen Harper prépare son héritage politique. Dans les prochaines semaines, le ministre d'État à la Réforme démocratique, Steven Fletcher, déposera un projet de loi pour créer une nouvelle agence gouvernementale qui fera la promotion de la démocratie dans le monde. La grande priorité de cet organisme sera d'appuyer la création et l'épanouissement de partis politiques dans les démocraties naissantes, a appris Le Devoir.

Même si le projet de loi sera déposé par le ministre Fletcher, la mise sur pied de cet organisme est pilotée par les plus hautes instances du gouvernement, soit le bureau du premier ministre et le Conseil privé, le ministère du premier ministre.

La création de cette agence est vue par M. Harper comme une partie de son héritage politique, dit-on en coulisse. Un peu à l'image de Brian Mulroney, qui a créé l'organisme Droits et démocratie en 1988 pour appuyer les valeurs universelles des droits de la personne partout dans le monde, Stephen Harper veut laisser un organisme actif sur la scène internationale.

Le projet de M. Harper a été évoqué brièvement dans le discours du Trône de novembre 2008, mais il a pris de la vitesse dans les derniers mois. Un comité de quatre personnes a été créé pour réfléchir aux priorités de cette future agence. Le président du groupe est le professeur Thomas Axworthy, qui dirige le Centre for the Study of Democracy de l'Université Queens, à Kingston. Il a déjà été le secrétaire principal du premier ministre Trudeau. Il est le frère de Lloyd Axworthy, ancien ministre libéral des Affaires étrangères.

Le groupe a remis son rapport au gouvernement il y a quelques semaines. La traduction a été terminée la semaine dernière, de sorte qu'il devrait être rendu public dans les prochains jours, a-t-on appris.

En entrevue avec Le Devoir hier, le ministre Fletcher a confirmé que ce rapport servira de base de discussion avec les partis d'opposition aux Communes, qui auront leur mot à dire dans la création de cette agence puisque le gouvernement veut qu'elle relève du Parlement. Le financement, évalué à plusieurs millions de dollars par année, serait entièrement public. «Je veux consulter les partis d'opposition sur le sujet, leur demander leur avis avant de procéder. Ce qui est certain, c'est qu'on veut créer cette agence», soutient Steven Fletcher.

Une fois les partis d'opposition consultés, un projet de loi suivra, probablement en janvier ou au début de février. Le ministre soutient qu'il s'agit d'un «projet unique pour le Canada» et qu'il faut donc bien faire les choses.


Aider les démocraties naissantes

Selon nos informations, le rapport Axworthy recommande que la tâche principale de cette agence soit l'aide au développement des partis politiques à l'étranger. Ce nouvel organisme, que l'on décrit comme «non partisan», serait mis sur pied pour soutenir le passage pacifique à la démocratie dans les pays répressifs et aider les démocraties émergentes à se doter d'institutions solides. Le rapport mentionne Haïti, l'Afghanistan, Cuba ou encore le Zimbabwe.

Le rapport Axworthy souligne même que le Parlement canadien, grâce à cette nouvelle agence, pourrait travailler avec des gouvernements en exil ou des dissidents, afin de les aider à prendre la voie politique. Selon les informations obtenues, le nom de l'agence pourrait être le Centre pour l'avancement de la démocratie.

Le ministre Fletcher n'a pas voulu donner trop de détails hier, mais il confirme avoir un préjugé favorable envers le rapport Axworthy. «La démocratie, ce n'est pas juste des élections, dit-il. Il y a beaucoup de choses entre les élections, et il faut aider les partis politiques à grandir et à être prêts pour les élections. Un pays sans partis politiques est un pays totalitaire.»

Un tel objectif serait partagé par l'ensemble des parlementaires, selon M. Fletcher. «C'est certain que la démocratie et ses mécanismes sont importants pour nous tous au Parlement. Les pays qui sortent d'un conflit ou qui sont une démocratie émergente sont importants. Il faut aider ces populations à améliorer leur vie et ça passe par un gouvernement dynamique dans une démocratie en santé.»

Est-ce que Stephen Harper voit cette agence comme une partie de son testament politique, comme les échos le laissent entendre? «Je vais laisser le premier ministre en parler», répond simplement Steven Fletcher.


Inquiétudes

Par contre, dans le milieu des agences gouvernementales et même des organismes non gouvernementaux (ONG), ce projet de nouvelle agence suscite quelques craintes, a-t-on constaté. À mots couverts, plusieurs travailleurs humanitaires et des droits de l'homme se demandent si Ottawa ne va pas puiser le financement de la nouvelle structure dans les budgets existants destinés aux autres organismes, affaiblissant d'autant le travail du Canada sur d'autres fronts. Certains se demandent aussi pourquoi créer une nouvelle agence, alors que le mandat d'un autre organisme existant, par exemple Droits et démocratie, aurait simplement pu être élargi.

De plus, d'autres institutions dans le monde s'attardent déjà à l'aide aux démocraties émergentes, notamment la Westminster Foundation for Democracy de Londres, qui a été mise sur pied en 1992, et la Netherlands Institute for Multiparty Democracy, basée aux Pays-Bas. Dans ce cas, où serait la spécificité canadienne?

Mais le ministre Fletcher affirme que l'objectif n'est pas de copier d'autres pays. «On s'est informé sur les autres agences et on a pris en considération ce qu'ils font. Nous allons être complémentaires. Ce sera une initiative totalement canadienne», dit-il.
 
 
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  • Maurice Cabana-Proulx
    Abonné
    mardi 1 décembre 2009 08h16
    Harper selon Orwell
    C’est évident que la création de cet organisme « est pilotée par les plus hautes instances du gouvernement, soit le bureau du premier ministre et le Conseil privé, le ministère du premier ministre » puisque tout, au gouvernement du Canada, est « piloté » par Harper. Ce « conservateur » qui nous avait promis des réformes et de la transparence s’est avéré être un petit caudillo. Non satisfait de museler les commissions d’enquêtes et de censurer les informations qui émanent de son gouvernement (un contrôle « maladif » et « antidémocratique » selon Michel Drapeau que vous citiez jadis), M. Harper voudrait maintenant récrire l’histoire. Par un détournement de langage orwellien qui caractérise les régimes autoritaires, M. Harper veut nous faire croire qu’il championne la démocratie « dans le monde ». Faudrait d’abord la respecter au Canada.

    Maurice Cabana-Proulx
    Gatineau

  • Jean-Louis Tanguay
    Abonné
    mardi 1 décembre 2009 08h36
    Harper, le sépulcre blanchi!
    Quel hypocrite, que ce premier ministre : il bafoue régulièrement les principes démocratiques, au Parlement.... et veut maintenant prôner la démocratie sur le plan international. Sans doute à la manière des Républicains américains.

    Merci aux partisans du Bloc qui permettent à Harper de rester en selle, par leur vote de protestation futile... mais drôlement utile aux Réformistes-conservateurs... Ils ont compris que le pouvoir passe par une coalation (tiens, tiens!) de leurs forces de droite!

    Et ne parlons pas de la prétendue gauche canadienne... des Libéraux pas pressés!

    Jean-Louis Tanguay

  • Bryan Coutu
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 09h13
    Ironie de Harper
    Promouvoir la démocratie à l'étranger, c'est bien. Mais, ça serait mieux de la pratiquer chez soi. Harper méprise le Parlement et les institutions démocratiques, comme la presse et toute forme de remise en question (cf. Colvin).

  • André/Andrés 71
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 14h26
    La pensée magique d'un Harper majoritaire ?

    Je viens de relire "Le magicien" de Sergio Kokis (Ed. XYZ 2002) en pensant à notre futur "dictateur canadien" appelé Stephen Harper. Dans ce roman qui s'inspire des systèmes politiques latino-américains, l'auteur, gagnant de plusieurs prix littéraires nous explique les stratégies subversives de plusieurs dirigeants manipulateurs et tricheurs professionnels qui mystifient le peuple pour mieux dilapider les richesses de leurs pays respectifs laissant derrière eux pauvreté, misère et désolation tout comme le magicien des mots et des gestes détourne notre attention pour mieux nous détrousser dans tous ces domaines qui font notre fierté actuelle....

    Est-ce bien cela que nous voulons, passer du 8ème rang mondial pour la qualité de vie (UNESCO-2009) et nous retrouver dans 10 ans au 18 ou au 180ème rang ?

    Pensez-y bien si vous réélisez les CONS-ervateurs aux prochaines élections fédérales parce qu'après vous serez "pognés avec..." pour longtemps...

    Toujours minoritaire depuis 3 ans grâce à ses astuces et à la complicité purement électoraliste des autres partis... dans un système où coalition et réformes constitutionnelles ou électorales sont aussi tabous qu’avortement, homosexualité et euthanasie.

    Comparez les promesses de Charest au Québec et ses réalisations depuis 6 ans *
    Voir le commentaire de Jean-Luc Proulx : novembre 30, 2009 à 16:02 dans le magazine l'Actualité <www.lactualite.com> et vous comprendrez que l'on vous leurre et vous passe des sapins avant Noël, comme savent si bien le faire les bons magiciens.

    André, le joyeux retraité de Mazatlán
    L'essentiel du texte précédent a été écrit en novembre 2008

  • Pierre Simard
    Inscrit
    mardi 1 décembre 2009 15h55
    Parfaitement d'accord...
    ... avec les 3 commentaires qui me précèdent! Harpeur a fait reculé la démocratie de la fédération appelé le Canada (KKKanada). Un des premier geste qu'il a fait en prennant le contrôle du gouvernement a été de descendre de 3 étages les journalistes afin qu'ils ne puissent plus poser de questions embarassantes aux dé-putés, Sinistres et surtout, à Harpeur le Premier-Sinistre. La vérité ne dois pas tomber dans les oreilles de la population, c'est mieux pour exercer le pouvoir; C'est pourquoi il s'emploie à limiter l'accès à l'information, qu'il censure des quantité complète de rapport sous prétexte de "sécurité nationale", qu'il joue avec les chiffres, qu'il n'utilise pas le même discour en français qu'en anglais, etc...

    Mais, grâce à l'ignorance et au nombrillisme, il trouve de moyen faire élire des députés, nous avons donc le gouvernement qu'on mérite!


  • Abonné
    mercredi 2 décembre 2009 14h16
    La menace d'une longue dictature !
    Voilà le dernier moyen utilisé pour tromper l'électorat en se couvrant d'un voile de virginité, celui du plus grand et pur défenseur de la démocratie.

    La ''démagogie'' a bien droit à son virtuose canadien, Harper dit le despote, le défenseur des pétrolières et autres multinationales étrangères aux dépends des droits et libertés, de l'égalité entre les individus, d'une société juste, enfin, de la démocratie elle-même et de la Nation Québécoise.

    Comment empêcher Harper d'obtenir une majorité parlementaire qui lui donnera les moyens d'intaller une dictature déguisée, les moyens de détruire le peuple Québécois.

    Halte à la menace Harperienne !!

  • palitcha
    Inscrit
    jeudi 17 décembre 2009 10h53
    Le CCAD et les intitutions démocratiques en Afrique

     J'espère qu'avec un budget annuel demandé de 70 millions de dollars, 6 fois plus que l'organisme Droits et démocratie http://www.ichrdd.ca/site/(dont le siège social est à Montréal au 1001 boul. de Maisonneuve Est, Bureau 1100, Téléphone 514-283-6073),
    le CCAD sera à même de "bien accompagner la naissance d'institutions démocratiques" partout où c'est nécessaire dans le monde et qu'il aura donc la capacité d'être implanté dans les différents pays d'Afrique Centrale, notamment au Tchad (qui lui aussi a bien besoin d'une aide étrangère amicale pour renforcer son processus de démocratisation en cours), ou au moins de créer un bureau local à N'Djamena. J'espère également qu'il ne se contentera pas finalement d'intervenir de loin, à partir d'Ottawa, ou par de belles paroles à l'ONU, mais qu'il sera vraiment pro-actif sur le terrain pour aider concrètement les partis politiques dépourvus de moyens, et aussi qu'il ne sera pas simplement et uniquement présent dans quelques "pays fragiles comme l'Afghanistan, Haïti, Cuba ou le Zimbabwe", ou dans d'autres endroits où le Canada a des intérêts économiques, mais qu'il partagera avec le monde entier les valeurs de démocratie, de paix, d'ouverture au monde, de multiculturalisme, de tolérance et de respect d'autrui qui sont son image de marque à l'international.

    Ce montant pour l'avancement de la démocratie dans le monde est certes bien peu, voire dérisoire, comparé au budget total de l'aide internationale canadienne consacré au développement économique et social d'une vingtaine de pays cibles, qui s'élève actuellement à près de 5 milliards de dollars par année, mais l'initiative est louable,car sans démocratie réelle, il n'y a pas de développement possible pour l'ensemble de la population, i.e. qui profite à tous et à chacun,et non pas simplement à une poignée de personnes et d'entreprises qui s'arrangent par divers moyens pour s'accaparer la plus grosse partie de la manne financière étrangère. La démocratie est la base même de tout développement équitablement réparti entre tous.

    Je souhaite une bonne continuation et encore toutes mes félicitations à Mr S. Harper et à l'équipe du Professeur Thomas Axworthy pour avoir mener à bien ce projet. Je vous prie tous de croire, Messieurs, à l'expression de ma haute considération.
    Avec ma bien cordiale estime et mes sincères salutations

    Mika-L.Yondoloum
    Président du Parti Libéral du Tchad
    pltchad101@gmail.com

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