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    Torture: Hillier et Gauthier nient tout en bloc

    «Aucun d'entre nous n'aurait supprimé ou essayé de cacher des problèmes qui venaient du terrain»

    26 novembre 2009 |Guillaume Bourgault-Côté | Canada
    Le général Rick Hillier quelques minutes avant son témoignage d’hier à Ottawa.
    Photo: Agence Reuters Le général Rick Hillier quelques minutes avant son témoignage d’hier à Ottawa.
    • Les généraux à la retraite rejettent  les affirmations du diplomate Richard Colvin
    • Aucune preuve ne permet de dire qu'un détenu transféré par le Canada a été torturé par la suite
    • Michel Gauthier dit que ce n'est qu'en avril 2007 qu'il a «entendu parler» d'un possible problème de torture dans les prisons afghanes
    • Le gouvernement refuse de rendre publics les rapports rédigés par Richard Colvin

    Ottawa — Rien vu, rien entendu: les généraux à la retraite Rick Hillier et Michel Gauthier ont rejeté en bloc hier les affirmations du diplomate Richard Colvin concernant la torture et les détenus afghans. Des allégations carrément «ridicules» à leurs yeux.

    Une semaine jour pour jour après son passage devant le comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan, Richard Colvin a vu son exposé être taillé en pièces par ceux qui dirigeaient la mission en 2006-07.

    Si l'on en croit la version présentée par les militaires Hillier et Gauthier au cours d'une autre séance très courue hier, aucune preuve ne permet de dire qu'un détenu transféré par le Canada a été torturé par la suite. Et rien dans les rapports du diplomate Colvin n'était de nature à justifier une réaction quelconque.

    Très confiant durant son témoignage, Rick Hillier a affirmé que les rapports de Colvin n'ont jamais été portés à son attention parce que «rien ne justifiait» que ses assistants le fassent. Une lecture récente de certains documents l'a convaincu que son équipe avait bien évalué la teneur des rapports à l'époque.

    Michel Gauthier, ancien commandant de la Force expéditionnaire du Canada et responsable du déploiement des troupes à l'étranger, a lui aussi soutenu que les rapports de M. Colvin n'étaient pas alarmants. Le mot «torture» ne serait ainsi apparu que dans le sixième rapport, transmis le 4 décembre 2006. Et cela «ne pouvait être interprété comme un avertissement», a dit M. Gauthier.

    «Nulle part dans les rapports n'est-il écrit noir sur blanc que tous les Afghans transférés par le Canada étaient torturés, a assuré Michel Gauthier. J'ai entendu dire ça pour la première fois la semaine dernière.» Rick Hillier a corroboré en avançant que Richard Colvin est «une personne qui n'a aucune connaissance lui permettant de tenir de tels propos».

    Michel Gauthier dit que ce n'est qu'en avril 2007 qu'il a «entendu parler» d'un possible problème de torture dans les prisons afghanes, soit quelques jours avant la publication d'une enquête du Globe and Mail. Les deux premiers rapports de terrain confirmant ces soupçons (dont un de Colvin) sont arrivés les 5 et 6 juin 2007, un mois après l'adoption d'un nouveau protocole de transfert des détenus plus rigoureux. «Selon M. Colvin, nous aurions été au courant des risques très élevés de torture dès mai 2006. Mais moi et d'autres n'avons reçu des avis confirmés qu'un an plus tard», a expliqué M. Gauthier.

    Hier, le haut fonctionnaire affirmait au Devoir que le gouvernement a été clairement mis au courant des risques de torture au moins à partir de Noël 2006.

    Ouï-dire

    La valeur des sources d'information de M. Colvin a par ailleurs été mise en doute par le général Hillier. Contrairement au diplomate, «nous ne fondions pas nos décisions sur des ouï-dire, des hypothèses ou encore des informations émanant de sources indirectes», a-t-il dit. Le ministre de la Défense, Peter MacKay, a souvent répété cette ligne dans les derniers jours.

    L'ancien chef d'état-major a aussi catégoriquement démenti l'affirmation voulant que la plupart des détenus transférés puissent avoir été innocents. Richard Colvin les a présentés mercredi comme étant souvent des paysans ou des agriculteurs malchanceux de s'être trouvés au mauvais endroit à la mauvaise heure.

    Mais Rick Hillier affirme qu'il s'agissait plutôt de personnes ayant «tenté de tuer nos fils et nos filles [des gens] qui ont fait sauter des véhicules, qui ont été pris sur le fait avec des explosifs ou des résidus de poudre. Peut-être y avait-il quelques agriculteurs de temps à autre, mais c'est parce qu'ils se transformaient en talibans la nuit». Les innocents ont été relâchés rapidement, a-t-il dit.

    De son côté, Michel Gauthier a été catégorique: l'armée canadienne a toujours pris au sérieux ses responsabilités concernant les lois internationales et n'aurait jamais accepté de transférer des détenus en sachant qu'ils pourraient être torturés. «Aucun d'entre nous n'aurait supprimé ou essayé de cacher des problèmes qui venaient du terrain», a-t-il soutenu. Si les rapports avaient fait la preuve d'un problème, «les dizaines de personnes intelligentes qui les lisaient» l'auraient noté.

    Michel Gauthier a toutefois eu quelques difficultés à expliquer comment il pouvait être sûr qu'il n'arrivait rien à des détenus dont le Canada perdait la trace dès qu'ils étaient transférés aux autorités afghanes. En effet, le premier protocole de transfert signé en décembre 2005 ne permettait pas de bien faire le suivi des dossiers. Il a aussi été vague lorsqu'on lui a demandé d'expliquer comment l'armée a pu ne rien voir là où la Croix-Rouge lançait des signaux d'alarme dès 2006. Le militaire a répliqué que ce n'était pas le rôle de l'armée de s'occuper de cette question.

    Mulroney et les documents

    Par ailleurs, le gouvernement a refusé de rendre publics hier les 18 rapports rédigés par Richard Colvin, contrairement à ce que Peter MacKay avait promis lundi. Ce refus s'est doublé d'un bras de fer avec M. Colvin lui-même, qui désire remettre ses rapports au comité parlementaire. Selon son avocate, le diplomate a été menacé de représailles par le ministère de la Justice, qui estime que le respect de la Loi sur la preuve au Canada a préséance sur les demandes d'un comité parlementaire.

    Hier, les députés de l'opposition membres du comité ont bien tenté de forcer le jeu en voulant empêcher le témoignage du haut fonctionnaire David Mulroney tant que les documents de M. Colvin ne seront pas rendus publics. Or, le libellé maladroit de la motion déposée a rendu caduque la demande: M. Mulroney pourra donc témoigner cet après-midi.












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