Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • fermer

    Connexion au Devoir.com

    Mot de passe oublié?
    Abonnez-vous!

    Torture: Ottawa aurait dû agir plus tôt

    Un haut fonctionnaire confirme l'essentiel du témoignage de Colvin sur les détenus afghans

    Témoignage de Richard Colvin devant le comité sur l'Afghanistan, mercredi dernier
    Photo : La Presse canadienne (photo) Témoignage de Richard Colvin devant le comité sur l'Afghanistan, mercredi dernier
    Ottawa — Alors que le gouvernement conservateur tente depuis une semaine de réduire à néant la valeur du témoignage de Richard Colvin, un haut fonctionnaire est venu confirmer hier l'essentiel des révélations du diplomate.

    Dans un long entretien accordé hier au Devoir, cette source — qui a occupé d'importants postes en Afghanistan — a indiqué que le gouvernement a trop tardé avant d'adopter de nouvelles règles de transfert des détenus en Afghanistan: toute personne le moindrement curieuse aurait dû réagir plus tôt à Ottawa, tant les informations étaient inquiétantes.

    Ce haut fonctionnaire explique que la situation sur le terrain était «chaotique et désorganisée» à l'automne 2006. «C'était évident que le protocole de transfert [adopté en décembre 2005] était insuffisant et que nous n'avions pas les moyens nécessaires pour suivre et surveiller les détenus que nous transférions», dit ce fonctionnaire.

    Cette situation a perduré jusqu'à l'adoption d'un nouveau protocole de transfert des détenus, en mai 2007. Le gouvernement a reconnu lundi avoir dû interrompre à au moins trois reprises les transferts pour des raisons de sécurité depuis cette date.

    Selon notre source, les soupçons et les preuves concernant la torture se sont donc accumulés durant tout l'automne 2006, jusqu'à ce que le portrait se précise durant la période des Fêtes. «Ç'a pris un certain temps pour obtenir les informations des militaires et pour faire nos propres recherches», dit-elle.

    Sans vouloir critiquer l'armée, qui faisait un «travail difficile dans un environnement difficile», notre source affirme que les militaires «ne prenaient pas cet enjeu [la torture] au sérieux». Or il y avait à ce moment très peu de civils canadiens présents sur le terrain pour faire contrepoids.

    Le dossier de la torture s'est finalement imposé à l'écran radar d'Ottawa autour de Noël 2006. À ce moment, «il était devenu de plus en plus apparent pour tous les gens présents qu'il y avait de grandes brèches dans le protocole et qu'il y avait de réelles possibilités que les détenus soient abusés».

    Mais ces preuves étaient-elles solides? Le haut fonctionnaire adopte ici une position à mi-chemin entre celle défendue par le diplomate Richard Colvin (tous les détenus ont été torturés) et celle du ministre de la Défense, Peter MacKay (pas une seule preuve formelle de torture n'a été documentée). «Rien ne nous permet d'affirmer que tous les détenus ont été torturés. À mon sens, il n'y avait pas de preuves précises pour dire ça. Mais ça ne veut pas dire qu'il n'y avait pas de soupçons suffisants pour qu'on réagisse, loin de là.»

    Cela parce que les gens en place «avaient des doutes sérieux à propos des détenus que l'on transférait [Colvin a affirmé qu'ils étaient pour la plupart innocents], des conditions dans lesquelles ça se faisait... Toute cette information aurait dû amener même la personne la plus méfiante à se dire que les risques étaient très grands que des irrégularités entachent le processus de transfert.»

    Or il faudra attendre plusieurs mois avant qu'Ottawa ne réagisse... et cela, seulement après la parution d'une série d'articles compromettants dans le Globe and Mail, note notre intervenant. «Les allégations étaient pourtant sérieuses et les préoccupations, légitimes», résume-t-il.

    En ce qui concerne le rôle joué par le sous-ministre aux Affaires étrangères, David Mulroney, dans la «censure» des rapports écrits, le haut fonctionnaire explique que M. Mulroney était «intraitable» au chapitre de la rigueur des rapports: si les allégations ne pouvaient être prouvées par des témoignages de première main, elles ne devaient pas faire partie d'un rapport écrit. C'est ce qui expliquerait la directive évoquée par Richard Colvin lors de son témoignage devant le comité sur l'Afghanistan, mercredi dernier.


    Harper réagit

    On ignore d'ailleurs si M. Mulroney témoignera cette semaine. L'opposition réclame du gouvernement d'obtenir d'abord les mémorandums et rapports rédigés par M. Colvin. Si le gouvernement y consentait lundi, il semblait hésitant hier, se commettant seulement à fournir «tous les documents légalement disponibles», faisant croire au chef du Bloc québécois qu'ils seront largement caviardés et inutilisables.

    Le premier ministre Stephen Harper, qui répondait pour la première fois en Chambre aux questions sur les prisonniers afghans, s'est délecté de cette position de l'opposition. «[Richard Colvin] a son opinion et l'a partagée, a déclaré M. Harper. Nous savons aussi qu'un grand nombre de ses collègues ne partagent pas son avis. Il a demandé de parler, alors j'encourage l'opposition à ne pas le museler.»
     
     
    Édition abonné
    La version longue de certains articles (environ 1 article sur 5) est réservée aux abonnés du Devoir. Ils sont signalés par le symbole suivant :
     
     












    CAPTCHA Image Générer un nouveau code

    Envoyer
    Fermer
    Blogues
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Articles les plus : Commentés|Aimés
    Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel