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Torture en Afghanistan - Les transferts ont été suspendus quatre fois

Le gouvernement et l'opposition continuent de s'affronter sur le sort des détenus afghans

Guillaume Bourgault-Côté   24 novembre 2009  Canada
Un soldat canadien surveille des détenus soupçonnés d’être des talibans. Le Canada a dû cesser de remettre ses prisonniers aux autorités afghanes à trois reprises
Photo : Agence France-Presse John D. McHugh
Un soldat canadien surveille des détenus soupçonnés d’être des talibans. Le Canada a dû cesser de remettre ses prisonniers aux autorités afghanes à trois reprises
Le témoignage du diplomate Richard Colvin sur la torture en Afghanistan continue de faire des vagues à Ottawa: le gouvernement a avoué hier que le nouveau protocole de transfert des détenus adopté en 2007 butait encore sur des problèmes.

Ottawa — Le gouvernement conservateur a reconnu hier avoir dû interrompre à trois reprises en 2009 le programme de transfert des détenus afghans aux autorités locales. Des doutes sur la sécurité des prisonniers ont justifié ces arrêts.

Jusqu'ici, le gouvernement n'avait fait part que d'une seule interruption des transferts, en novembre 2007. Un fonctionnaire avait alors documenté un cas de torture jugé suffisamment crédible pour qu'on y porte attention. Mais les révélations faites hier par le ministre de la Défense nationale, Peter MacKay, montrent qu'il y a eu un total de quatre arrêts depuis que le protocole de transfert des détenus a été révisé, en mai 2007.

Dans une lettre publiée en après-midi sur afghanistan.gc.ca, le gouvernement explique que «les deux premières pauses en 2009 étaient attribuables à des allégations concernant le traitement des détenus, alors que la dernière était liée à l'accès aux installations. Les trois pauses ont été de courte durée». On précise que «des mesures correctives appropriées ont été apportées» pour régler la question du traitement des détenus.

Le document affirme que l'armée canadienne «ne transfère aucun détenu aux autorités afghanes avant d'être persuadée que les détenus ne subissent aucun risque sérieux de torture ou de mauvais traitement». Ainsi, selon le gouvernement Harper, les trois interruptions du processus de transfert montrent que l'Accord supplémentaire sur les transferts adopté en 2007 fonctionne bien.

Mais l'aveu d'hier — qui faisait suite à des propos tenus dimanche par le chef d'état-major Walt Natynczyk — n'a pas rassuré pour autant l'opposition, qui demande toujours la mise sur pied d'une commission d'enquête publique.

En l'absence du premier ministre Harper, qui a raté la période de questions pour participer à une séance photo avec des joueurs de l'équipe canadienne de crosse, le ministre MacKay a encore été bombardé de questions à la Chambre (il s'est levé à 20 reprises).

La défense du gouvernement n'a pas changé depuis le témoignage explosif du diplomate Richard Colvin, mercredi: les allégations de torture rapportées par M. Colvin en 2006 et 2007 n'étaient pas crédibles. M. MacKay a toutefois accepté hier de dévoiler les documents que le gouvernement possède concernant ces allégations.

Pour le chef libéral, Michael Ignatieff, les révélations concernant les arrêts de transfert en 2009 ne changent rien au fond du problème: que s'est-il passé entre janvier 2006 et l'été 2007? «C'est pendant cette période-là que nous croyons qu'il y avait des preuves claires d'abus des détenus, et les conservateurs n'ont rien fait, n'ont pas agi», a-t-il dit au cours d'un rare point de presse.

Selon Jack Layton, les interruptions ne sont en rien «une preuve qu'il n'y avait pas de problèmes de torture avec les détenus. C'est pourquoi on a besoin d'une enquête complète». Gilles Duceppe estime aussi que les problèmes notés sous le nouveau protocole sont «la preuve qu'il y avait un risque de torture» évident quand les transferts étaient effectués sous des règles moins strictes.


Comité

Le dossier de la torture monopolisera encore l'attention de la colline parlementaire cette semaine, alors que trois personnages centraux du récit proposé par Richard Colvin devraient comparaître devant le comité parlementaire spécial sur l'Afghanistan.

Mercredi, les généraux Michel Gauthier et Rick Hillier, grand manitou des opérations militaires durant la période 2006-2007, seront entendus par les parlementaires. Jeudi, tout indique que David Mulroney, présenté par M. Colvin comme étant le représentant du premier ministre en Afghanistan durant cette période, fera le voyage entre Pékin (où il est actuellement ambassadeur) et Ottawa.

M. Mulroney a demandé lui-même au comité de pouvoir venir se défendre. M. Colvin a accusé David Mulroney d'avoir imposé une certaine censure dans la rédaction et la diffusion des rapports de terrain. Dans une lettre envoyée vendredi au président du comité parlementaire, M. Mulroney indique avoir toujours «encouragé les officiels à rapporter [les faits] librement et honnêtement, alors que j'attendais d'eux qu'ils rencontrent les plus hauts standards d'exactitude, d'objectivité et de professionnalisme».






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