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Torture en Afghanistan - L'homme crédible

Josée Boileau   21 novembre 2009  Canada
Il va sans dire qu'une enquête publique s'impose dans le dossier des prisonniers afghans. En dépit des dénégations conservatrices, les allégations du diplomate Richard Colvin sont suffisamment solides pour aller au fond des choses. On ne peut se satisfaire de la défense d'un gouvernement qui jette l'opprobre sur ceux qui veulent lui ouvrir les yeux.

Ce n'est pas la première fois que l'attitude de représentants canadiens à l'étranger soulève de sérieux doutes. Sur le plan militaire, il y a eu, dans les années 1990, la répugnante mise à mort d'un adolescent somalien aux mains de soldats canadiens. Sur le plan diplomatique, on peut citer le sort de bien des Canadiens abandonnés à eux-mêmes, parmi lesquels Maher Arar, expédié et torturé en Syrie, et William Sampson, injustement emprisonné en Arabie saoudite.

Lors de la divulgation du rapport de la commission d'enquête sur l'affaire Arar, nous avions souligné la dangereuse naïveté de la diplomatie canadienne. Là où des pays aguerris, comme la Grande-Bretagne, n'avaient pas besoin de «voir» la torture en face pour en reconnaître la vraisemblance dans des pays comme la Syrie, le Canada, lui, se contentait des dénégations officielles et de l'absence de marques visibles de torture pour conclure que le prisonnier allait très bien, merci.

Mais le gouvernement Harper, nouvellement élu, disait alors avoir corrigé le tir en créant notamment un programme de formation pour que les agents diplomatiques sachent reconnaître les signes de torture. On ne se ferait plus avoir!

Richard Colvin, envoyé en Afghanistan en 2006 où il deviendra le numéro 2 de l'ambassade, n'a pas eu droit à une telle mise au point, mais l'homme avait du c¶ur, du jugement et du courage. Il a su interpréter le vraisemblable, basé sur la réputation des prisons afghanes, ses visites de celles-ci, ses rencontres de prisonniers — et la vue de leurs marques de torture! — et de multiples témoignages, toutes choses qui avaient fait comprendre à d'autres pays occidentaux présents en Afghanistan qu'il fallait y suivre leurs prisonniers à la trace.

Non seulement M. Colvin a ouvert les yeux et les oreilles, il a aussi tenté d'alerter une foule de personnes de ce qu'il découvrait. On lui a signifié de se taire, ce qui était déjà une étape de plus dans l'aveugle approche diplomatique propre au Canada. Un ordre qui persiste encore aujourd'hui puisque le gouvernement Harper a tout fait, même l'intimider, pour l'empêcher de témoigner publiquement.

Mercredi, il a enfin pu se faire entendre. Incapables de démentir ses allégations, ni de se contenter de faire valoir que le protocole de transfert des prisonniers a été modifié en 2007 (en soi une reconnaissance de la fiabilité des observations de M. Colvin), les conservateurs ont opté pour l'odieux: démolir la crédibilité du diplomate. Peter MacKay, ministre de la Défense, s'est bien ridiculisé en dénonçant le témoignage «inacceptable» de Richard Colvin. Il est au contraire troublant et exige des réponses.

Une enquête publique, plus large que celle que la Commission d'examen des plaintes concernant la police militaire souhaite mener (et que le gouvernement Harper a bloquée), permettrait de mettre au jour les comportements politiques et diplomatiques qui entourent ce qui relevait au départ de douteuses décisions militaires. L'arrogance conservatrice la rend encore plus nécessaire.






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  • Normand Carrier
    Abonné
    samedi 21 novembre 2009 06h11
    La réputation entachée du Canada......
    Le gouvernement Harper a entaché sérieusement le réputation du Canada en s'alignant sur les politiques de Georges Bush ! Ce qui est encore plus sérieux est qu'il n'ont pas réalisé qu'il y a eu du changement a la direction des U.S.A. et que le monde change rapidement ....Malheureusement nous ne pouvons nous fier aux onze députés conservateurs minables qui doivent représenter les valeurs des Québécois car ils suivent la ligne de parti a genoux et a plat ventre . Dire que l'on vient d'en élire un douzième...misère que le chemin de Damas est long pour certains .......
    Normand Carrier

  • Steve Fortin
    Abonné
    samedi 21 novembre 2009 06h49
    Certains se foutent de la torture...
    Vous avez bien raison, les allégations sont accablantes, pathétiques, mais ce ne sont pas là les premiers affronts faits par les Conservateurs à la diplomatie canadienne. La réputation du Canada, pour toute personne qui en sort un peu, est ternie et dans bien des cas, un passeport canadien ne vaut guère mieux qu'un document équivalent américain pendant les sombres années de Bush...

    Pourtant, la machine conservatrice ne s'émeut guère de ses "niaiseries" et certains électeurs citoyens non plus. Que le Canada torpille les conventions internationales face au respect des droits des autochtones, face aux efforts de réduction des GES, face à l'utilisation de mines antipersonnelles, face au respect de la convention de Genève... Bof! pi... après??? Cela n,a pas empêché les bonnes gens de Rivière-du-Loup (et al) de porter un pouvoir un conservateur...

    On a les politiciens (et les politiques, et la diplomatie, etc) qu'on mérite...

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    samedi 21 novembre 2009 07h44
    Mackay fait bien piètre figure
    La façon dont le ministre de la Défense, Peter Mackay, s’y prend pour réfuter les propos du diplomate Richard Colvin concernant la torture des prisonniers remis par les Canadiens aux autorités afghanes, montre à l’évidence deux choses : son inculture en matière de communication et la véracité des assertions de M. Colvin.

    En effet, Mackay, au lieu de réfuter les faits preuve à l’appui, s’en prend au messager qui transmet les informations incriminantes, à savoir que ces prisonniers sont torturés dans les prisions afghanes. Cette pratique est conforme à ce qui se faisait dans l’Antiquité : quand un messager transmettait une mauvaise nouvelle, comme la défaite d’une armée, il était mis à mort. Bien entendu, cela ne changeai rien à la mauvaise nouvelle, bien au contraire. Cela démontrait la véracité des faits, les nouvelles étaient mauvaises.

    Faute de pouvoir tuer physiquement M. Colvin, P. Mackay s’est efforcé de le tuer aux yeux de la population en le décrédibilisant, en le discréditant avec des arguments aussi ridicules que son comportement. Cela démontre donc que les nouvelles rapportées par M. Colvin étaient et sont exactes, sinon il n’aurait pas été nécessaire de se livrer à cet exercice archaïque.

    Par son inculture en mastère de communication, le ministre de la Défense a, indirectement, révélé au grand public que le diplomate Colvin avait raison et fait piètre figure sur la scène nationale et inter5nationale.

  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    samedi 21 novembre 2009 07h45
    Un autre motif d'avoir honte du Canada et foi en l'humanité
    Le Canada, et dans une moindre mesure le Québec, me fait honte. C'est comme si les pires d'entre nous devenaient ministres et qu'il leur était dès lors tout permis pour mieux défendre leur carrière. Imaginez: au lieu d'honorer celui qui se tient debout et défend les plus hautes valeurs humaines, on lui tape dessus. Honneur à celui qui défend l'humanité. Devrons-nous un jour avoir notre propre tribunal de Nuremberg?

  • Yvon Roy
    Abonnée
    samedi 21 novembre 2009 08h44
    ripoux
    Il va sans dire qu'il n'y aura pas d'enquête publique sur l'armée pour sauver la tête des ripoux de Kaboul c'est tout à fait assuré; et tout comme pour Saigon, le fait de hurler avec les loups n'y changera strictement rien du tout, puisque l'esentiel reste toujours de quitter ce merdier au plus tôt avant d'aller s'y incruster pour un autre 25 ans sous la bonne gouverne du gros Caderre. Peace, please...

  • michel lebel
    Inscrit
    samedi 21 novembre 2009 08h45
    Une enquête publique s'impose.
    Navrant spectacle que donne ce gouvernement conservateur. Honte à celui-ci. Une enquête publique s'impose.

  • André Loiselet
    Abonné
    samedi 21 novembre 2009 13h35
    Peine de mort

    Croyez-vous qu'un gouvernement qui approuve la peine de mort se gênerait pour favoriser la torture?
    Les innocents deviennent trop souvent coupables, sous ces méthodes d'un autre siècle. Les barbares ne sont pas ceux qu'on pense. Vive la loi du Talion qui nous régit!

  • Jasette
    Abonné
    dimanche 22 novembre 2009 11h04
    Avec Harper à la barre, j'ai honte de mon gouvernement canadien
    Harper et les conservateurs à sa suite montrent tous les signes d'un gouvernement délinquant. À chaque épreuve que l'histoire semble lui imposée, Harper ne manque à peu près jamais une occasion de faire des bavures.

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