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Ottawa démolit son diplomate

«Les allégations [de M. Colvin] ne sont pas crédibles», dit le ministre de la Défense

Guillaume Bourgault-Côté   20 novembre 2009  Canada
Photo : Agence Reuters
Ottawa — Mis sur la sellette par un feu nourri de questions concernant les détenus torturés en Afghanistan, le gouvernement conservateur a tenté hier d'anéantir la crédibilité du témoignage du diplomate Richard Colvin, jugé frivole. Une enquête publique est donc inutile, estime Ottawa.

Au cours d'une période de questions mouvementée et largement monopolisée par les révélations explosives de M. Colvin, le ministre de la Défense, Peter MacKay, a saisi chaque occasion pour démolir les affirmations du diplomate, ex-haut fonctionnaire en Afghanistan. Ottawa l'accuse de s'être laissé berner par les talibans.

Le ministre a notamment affirmé que «les allégations [de M. Colvin] ne sont pas crédibles», que «les preuves ne tiennent pas la route», qu'«il a eu l'occasion de [révéler le problème] à des ministres de passage en Afghanistan, mais qu'il a choisi de ne pas le faire», que «ses preuves s'appuient sur des ouï-dire, des témoignages de deuxième ou de troisième main, ou bien viennent directement des talibans.» Conclusion: «Il y a des trous immenses dans cette histoire», dit M. MacKay, qui rejette tout en bloc.

Mercredi, devant le Comité parlementaire spécial sur la mission canadienne en Afghanistan, Richard Colvin a livré un témoignage accablant pour le gouvernement. Selon le diplomate, Ottawa savait depuis mai 2006 que les prisonniers transférés par l'armée canadienne aux autorités locales étaient «systématiquement» torturés, et que ces détenus étaient pour la plupart «innocents».

Le gouvernement a toujours soutenu ne pas avoir été mis au courant des problèmes avant le printemps 2007. Le ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, et l'ancien ministre de la Défense Gordon O'Connor l'ont encore répété hier.

Mais M. Colvin jure avoir informé de hauts dirigeants politiques et militaires, notamment le sous-ministre délégué aux Affaires étrangères de l'époque, David Mulroney. Les 18 rapports rédigés par le diplomate évoquaient l'absence de suivi des prisonniers transférés et le «mur du secret» érigé autour des opérations. À compter du printemps 2007, David Mulroney aurait ainsi ordonné aux fonctionnaires de ne plus faire mention des détenus torturés dans leurs rapports écrits: le téléphone suffirait. Une «accusation ridicule», réplique le gouvernement.

Hier, les conservateurs ont soutenu que les sources d'information de M. Colvin n'étaient nul autre que des talibans. «Il faudrait accepter le témoignage de gens qui jettent de l'acide au visage des enfants et qui font exploser des autobus de civils?», a demandé Peter MacKay. Dans son témoignage, M. Colvin affirmait avoir rédigé ses rapports sur la foi de plusieurs sources, dont des organisations spécialisées et des gens des services du renseignement. Des témoignages directs auprès des détenus ont aussi été enregistrés.

Interrogé sur les raisons qui expliquent le fait que M. Colvin soit actuellement directeur adjoint des services de renseignement de l'ambassade canadienne à Washington si le gouvernement le juge peu crédible, M. MacKay a répliqué «qu'il a eu sa promotion bien avant qu'il nous dévoile ses preuves». De même, si Ottawa a reconnu avoir changé en 2007 le protocole de transfert des détenus sur la base de plusieurs rapports, dont un émanant de Richard Colvin, c'est parce que les sources, cette fois, étaient crédibles et nombreuses.

M. MacKay a également affirmé en Chambre «qu'il n'y a pas eu une seule preuve formelle de sévices impliquant un prisonnier taliban transféré par les Forces canadiennes». Pourtant, le 5 novembre 2007, l'armée avait pris la décision de cesser le transfert de tout prisonnier après qu'un cas de torture rapporté eut été jugé suffisamment crédible. Le diplomate Nicholas Gosselin avait rédigé un rapport officiel faisant état de ce cas précis. Les transferts ont repris le 29 février 2008.


Enquête et mépris

De leur côté, les trois partis d'opposition ont fait front commun pour exiger du gouvernement qu'il crée une commission d'enquête publique permettant de faire la lumière sur le dossier du transfert des prisonniers. Le NPD a lancé l'idée en matinée.

À la différence de la Commission des plaintes concernant la police militaire — dont les travaux sont suspendus à la suite d'un litige avec le gouvernement, qui évoque des questions de sécurité nationale pour empêcher 23 personnes de comparaître —, une enquête publique aurait le pouvoir de faire témoigner tous les intervenants impliqués, y compris les ministres. Elle pourrait aussi s'intéresser au dossier de manière plus large que le seul spectre de l'action militaire.

Selon Gilles Duceppe, l'attitude du gouvernement témoigne «de l'arrogance, du mépris de la vérité, du mépris de cette Chambre, du mépris de la population et de l'incohérence totale» de celui-ci. Le chef du Bloc québécois a ridiculisé les réserves des conservateurs concernant M. Colvin, à qui une députée conservatrice demandait mercredi s'il avait vu de ses yeux quelqu'un être torturé. «Il serait assez surprenant qu'on ait invité M. Colvin à venir voir... "Venez, on va vous aider à faire votre rapport, on va en torturer un devant vous".» M. Duceppe estime autrement que «dès qu'il y a soupçon [de torture], ça contrevient à la convention de Genève».

Pour le libéral Bob Rae, «il est impossible de croire franchement que le premier ministre lui-même n'était pas au courant de l'information présentée dans les rapports de M. Colvin». M. Rae a défendu la crédibilité du témoin, soulignant qu'il «n'a absolument rien à gagner à dire ce qu'il a dit, au contraire».

****

Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti

Le Devoir






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 20 novembre 2009 07h09
    Crédibilité zéro
    C’est la crédibilité du gouvernement qui est nulle, dans cette affaire. Il est évident que sa seule stratégie consiste à dénier les propos de son ambassadeur, sans avoir procédé à la moindre vérification, et sans répondre à une question cruciale : qui a reçu les messages envoyés par cet homme? Et pourquoi rien n’a été fait à la suite de la réception de ceux-ci.

    Par ailleurs, Amnistie Internationale témoigne dans le même sens que l’ambassadeur. La concordance de deux souques d’information indépendante est troublante, et rejeter ces informations du revers de la main témoigne d’une attitude hautaine, mais surtout d’une défense qui veut cacher quelque chose, si on fait une analyse psychologique de ce mode défensif.

    Quant aux déclarations du gouvernement corrompu de Karzaiï elles n’ont aucune valeur, comme les élections truquées qui viennent de se dérouler en sont la preuve. Alors, le gouvernement Harper ferait mieux de baisser le ton de ses déclarations fulminantes et d’instaurer une enquête publique qui montrera à l’évidence qui a raison. Sa crédibilité en dépend. Pour l’instant, avec ses dénégations bruyantes, elle est nulle.

  • Yvon Roy
    Abonnée
    vendredi 20 novembre 2009 09h42
    Américains
    Il serait toujours intéressant de savoir où les Américains envoyaient leurs prisonniers eux aussi. Et comme Kaboul n'en dira rien, il faudra sans doute rechercher du côté de ces petits avions secrets qui en ont transporté dans diverses capitales européennes sans rien dire ou presque....

  • André Michaud
    Inscrit
    vendredi 20 novembre 2009 09h56
    Alternative?
    Nos militaires sont en pays étranger. ILs ne peuvent décider à la place du gouvernement afghan quoi faire des criminels!! Devraient-ils les cacher ? Ou que l'armée juge ces gens à la place de la justice afghane?

    Torturer un simple citoyen uniquement pour ses opinions c'est de la pure barbarie. Par contre faire parler un fanatique religieux sanguinaire pour traquer ses complices et éviter d'autres victimes innocentes c'est autre chose. Les talibans ont semé la violence et ils récoltent ce qu'ils ont semé...Je laisse l'angélisme aux autres...

  • Louis Marion
    Inscrit
    vendredi 20 novembre 2009 10h53
    Harper Danger torture
    J’espère, que cette fois-ci, après toute une série de scandale concernant les droits de l’homme commise par Harper et son gouvernement que la population du Canada exigera immédiatement une enquête publique. Ce n’est pas par ce que nous ne sommes pas réellement en démocratie, mais sous la tutelle d’un comité de gestion des corporations du capitaliste privé que nous aurions un prétexte pour ne pas nous révolter et exiger par tous les moyens le respect de la vérité et de la morale élémentaire.

  • Gervais Pomerleau
    Inscrit
    vendredi 20 novembre 2009 10h56
    de la crédibilité conservatrice...
    emprisonner des gens et les torturer parce qu'ils ont une autre foi, on a déjà vu ça marcher au pas de l'oie...
    nier l'innocence malgré sa propre charte et poursuivre les interrogatoires musclés, on a vu ça entre autres dans le cas Kadhr à Guantanamo et dans le cas de plusieurs ressortissants canadiens retenus dans les geoles de pays étrangers.
    Ah mais ça, c'était du temps des conservateurs, pas des...
    Oups! c'est pourtant vrai, ce sont encore les conservateurs... alors ce doit être un mensonge [sic]
    Duplessis avait déclaré que "la moitié de cette chambre sont des bandits". Sommé de se rétracter, il avait reformulé: "la moitié de cette chambre ne sont pas des bandits".
    Que dirait-il aujourd'hui pour sa défense?"la moitié de cette chambre ne sont pas des crapules"? Mais alors de quelle moitié s'agirait-il? des plafonniers ou des tentures?

  • FrSch
    Inscrit
    vendredi 20 novembre 2009 11h09
    Affaire Plame-Wilson
    Cette opération de démolition me fait drôlement penser à l'affaire Wilson, cet ambassadeur qui avait été envoyé au Nigeria pour prouver qu’ils envoyaient des matériaux nucléaires à Sadam Hussein, et qui avait plutôt démontré que les documents sur lesquels le gouvernement Bush s’était basé étaient des faux. Ça foutait par terre leur raison principale d’envahir l’Irak et ils s’étaient embarqués dans une opération de démolition de la réputation de leur ambassadeur, laissant couler à la presse que sa femme, Valérie Palme, était une espionne.

    Dans notre cas, ça démontre une fois de plus que l’émule de Bush qui nous sert de premier ministre en a rien à cirer des droits des prisonniers de guerre : ils sont coupables au départ et il faut les punir comme ils le mérite ! Attendons de voir ce qu’ils vont sortir à propos des relations de Richard Colvin pour tenter de démolir sa crédibilité. Décidément, la droite américaine a bien raison d’adorer notre premier ministre.

  • Jasette
    Abonné
    vendredi 20 novembre 2009 11h26
    Pour parler de crédibilité, celle du gouvernement conservateur est à remettre en question en agissant ainsi
    Le gouvernement conservateur fait de la petite politique en agissant ainsi. Comme tout le monde, le gouvernement est sujet à l'erreur. Si le gouvernement ne savait pas ce qui arrivait aux prisonniers torturés et que des doutes subsistent aujourd'hui, il devrait faire du recul pour redresser l'arbre par rapport à tout ça. À moins que le but du gouvernement soit de cacher ce qu'il savait déjà, tout en continuant de transférer des prisonniers. En voulant trop tirer sur la pauvre cible qu'est monsieur Calvin dans tout ça, il ne fait qu'ajouter de la suspicion à l'opinion qu'on s'en fait.

  • GJacques
    Abonné
    vendredi 20 novembre 2009 11h32
    La crédibilité
    La question que l'on doit se poser est la suivante: «Qui a le plus d'intérêt à mentir?»
    Le diplomate ou le ministre de la défense et le gouvernement? Le diplomate est sur les lieux continuellement, le ministre de la défense y va pour être photographié dans les journaux et rapidement revenir. Poser la question, est d'y répondre...

  • Godefroy
    Abonné
    vendredi 20 novembre 2009 14h17
    Ferme ta yueule ou tu vas en manger une mon...
    Le Canada devrait se débarasser des tribunaux : ça coûte trop cher et Harper est notre bienfaiteur et juge suprême.

  • Michel Gaudette
    Inscrit
    dimanche 22 novembre 2009 16h05
    La phobie face aux conservateurs
    Je trouve exécrable la façon de voir les Conservateurs au pouvoir de la part des Québécois.
    Il semble que les Québécois dans cette hargne ne comprennent jamais rien (ou ne veulent pas comprendre) la politique d'Ottawa.

    Il y a sûrement de la méfiance péquiste dans tout cela....

  • Robert Henri
    Inscrit
    mardi 24 novembre 2009 06h25
    Ottawa ment
    Ottawa ment,Ottawa ment,Ottawa ment,Ottawa ment,Ottawa ment

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