De haut en bas, de bas en haut
En février dernier, quand le président Barack Obama a visité Ottawa, il était encore au sommet de sa popularité. À la même date, le premier ministre Stephen Harper était déclaré politiquement mort depuis des mois par plusieurs observateurs, dont le Globe and Mail.
Aujourd'hui pourtant, M. Harper n'a jamais été aussi près d'un gouvernement majoritaire. Les conservateurs viennent de remporter deux des quatre élections partielles, dont une victoire surprise au Québec. Quant à M. Obama, il a subi la chute la plus importante parmi celles accusées par les douze derniers présidents élus, soit depuis que Gallup sonde l'opinion publique. Le seul président que Barack Obama devance à ce stade-ci est Bill Clinton, qui avait subi de graves pertes lors de ses premières élections de mi-mandat. Faut-il y voir un présage des événements à venir en 2010? Toujours est-il que deux candidats démocrates pour qui M. Obama a fait campagne ont été défaits il y a deux semaines.
Il y a un an, presque personne n'aurait pu prédire la tangente prise par les trajectoires politiques de ces deux chefs. Leur différence s'explique en grande partie par la façon dont chacun a géré l'économie, la préoccupation numéro un des électeurs des deux côtés de la frontière.
Les deux ont eu la malchance de gouverner pendant une importante récession, qui s'avère généralement le cimetière des chefs politiques. Mais ils ont aussi eu la chance de pouvoir blâmer des forces externes. Pour M. Harper, le problème a pris les contours de l'économie mondiale. Il s'est astucieusement déplacé vers la gauche et il a pigé dans le programme de l'opposition. Pour M. Obama, le malfaiteur a pris les traits de George W. Bush, une théorie que les Américains sont de moins en moins enclins à adopter.
M. Obama et ses conseillers ont fait l'erreur de prétendre que, sans leurs mesures, le chômage atteindrait les deux chiffres. Aujourd'hui, il se situe à 10,2 % en dépit des mesures pleines de magouilles annoncées par le président, qui est d'ailleurs passé très vite à autre chose.
Pour le parti de M. Obama, la priorité reste la santé, une priorité partagée par seulement un électeur sur cinq. Avec le débat qu'il a déclenché, le président a réussi à s'aliéner sa base politique et la majorité des Américains qui ont une assurance maladie. De plus, M. Obama semble avoir beaucoup de difficulté à prendre une décision sur l'Afghanistan.
Au Canada, cette question a été réglée depuis longtemps par la Chambre des communes. M. Harper a pu consacrer toutes ses énergies à l'économie. Les critiques formulées par les partis de l'opposition et relayées par les médias à propos des dépenses de son gouvernement ont souligné ce fait à gros traits. Alors que le chômage augmentait aussi chez nous, M. Harper et ses ministres travaillaient assidûment à réduire les attentes. M. Harper a eu la bonne fortune de trouver en Michael Ignatieff un novice comme adversaire politique.
Aux États-Unis en revanche, les républicains ont réussi à monter une vigoureuse opposition tout en prenant garde de ne pas attaquer personnellement M. Obama. Bien que beaucoup de leurs messages nous apparaissent scandaleux, nos voisins se méfient du secteur public. Les sondages montrent d'ailleurs que M. Obama a perdu beaucoup d'appuis parmi les électeurs indépendants, ceux-là mêmes qui font et défont les gouvernements.
Aujourd'hui, la plupart des Américains ne croient pas que le programme de M. Obama a atteint ses objectifs. Une écrasante majorité pense même que leur situation personnelle a empiré. Les Canadiens, d'autre part, sentent qu'ils sont en sécurité avec M. Harper et ils conservent un optimisme remarquable malgré la pire récession que le pays ait connu depuis le début des années 1990.
Au cours de sa visite à Ottawa en février dernier, M. Obama avait dit à la blague que, si sa cote de popularité empirait, il pourrait toujours briguer les suffrages au Canada. Les derniers sondages montrent que cela n'a pas changé. Et c'est là un autre facteur expliquant le renouveau politique remarquable de Stephen Harper, un premier ministre qui, maintenant qu'il n'est plus accablé par George W. Bush, peut traiter avec un président qu'il tutoie et appelle Barack.
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nspector@globeandmail.ca
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
Aujourd'hui pourtant, M. Harper n'a jamais été aussi près d'un gouvernement majoritaire. Les conservateurs viennent de remporter deux des quatre élections partielles, dont une victoire surprise au Québec. Quant à M. Obama, il a subi la chute la plus importante parmi celles accusées par les douze derniers présidents élus, soit depuis que Gallup sonde l'opinion publique. Le seul président que Barack Obama devance à ce stade-ci est Bill Clinton, qui avait subi de graves pertes lors de ses premières élections de mi-mandat. Faut-il y voir un présage des événements à venir en 2010? Toujours est-il que deux candidats démocrates pour qui M. Obama a fait campagne ont été défaits il y a deux semaines.
Il y a un an, presque personne n'aurait pu prédire la tangente prise par les trajectoires politiques de ces deux chefs. Leur différence s'explique en grande partie par la façon dont chacun a géré l'économie, la préoccupation numéro un des électeurs des deux côtés de la frontière.
Les deux ont eu la malchance de gouverner pendant une importante récession, qui s'avère généralement le cimetière des chefs politiques. Mais ils ont aussi eu la chance de pouvoir blâmer des forces externes. Pour M. Harper, le problème a pris les contours de l'économie mondiale. Il s'est astucieusement déplacé vers la gauche et il a pigé dans le programme de l'opposition. Pour M. Obama, le malfaiteur a pris les traits de George W. Bush, une théorie que les Américains sont de moins en moins enclins à adopter.
M. Obama et ses conseillers ont fait l'erreur de prétendre que, sans leurs mesures, le chômage atteindrait les deux chiffres. Aujourd'hui, il se situe à 10,2 % en dépit des mesures pleines de magouilles annoncées par le président, qui est d'ailleurs passé très vite à autre chose.
Pour le parti de M. Obama, la priorité reste la santé, une priorité partagée par seulement un électeur sur cinq. Avec le débat qu'il a déclenché, le président a réussi à s'aliéner sa base politique et la majorité des Américains qui ont une assurance maladie. De plus, M. Obama semble avoir beaucoup de difficulté à prendre une décision sur l'Afghanistan.
Au Canada, cette question a été réglée depuis longtemps par la Chambre des communes. M. Harper a pu consacrer toutes ses énergies à l'économie. Les critiques formulées par les partis de l'opposition et relayées par les médias à propos des dépenses de son gouvernement ont souligné ce fait à gros traits. Alors que le chômage augmentait aussi chez nous, M. Harper et ses ministres travaillaient assidûment à réduire les attentes. M. Harper a eu la bonne fortune de trouver en Michael Ignatieff un novice comme adversaire politique.
Aux États-Unis en revanche, les républicains ont réussi à monter une vigoureuse opposition tout en prenant garde de ne pas attaquer personnellement M. Obama. Bien que beaucoup de leurs messages nous apparaissent scandaleux, nos voisins se méfient du secteur public. Les sondages montrent d'ailleurs que M. Obama a perdu beaucoup d'appuis parmi les électeurs indépendants, ceux-là mêmes qui font et défont les gouvernements.
Aujourd'hui, la plupart des Américains ne croient pas que le programme de M. Obama a atteint ses objectifs. Une écrasante majorité pense même que leur situation personnelle a empiré. Les Canadiens, d'autre part, sentent qu'ils sont en sécurité avec M. Harper et ils conservent un optimisme remarquable malgré la pire récession que le pays ait connu depuis le début des années 1990.
Au cours de sa visite à Ottawa en février dernier, M. Obama avait dit à la blague que, si sa cote de popularité empirait, il pourrait toujours briguer les suffrages au Canada. Les derniers sondages montrent que cela n'a pas changé. Et c'est là un autre facteur expliquant le renouveau politique remarquable de Stephen Harper, un premier ministre qui, maintenant qu'il n'est plus accablé par George W. Bush, peut traiter avec un président qu'il tutoie et appelle Barack.
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Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail
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